mardi 9 juin 2026

Empathiser, emphatiser bis

 

Acteur social malveillant cherchant à hypnothiser l'ethnologue*

 

Hier matin, je suis intervenu au séminaire « Ruralités contemporaines » avec la communication : « Empathiser, emphatiser. Les émotions du chercheur ». Fidèle à cet intitulé, j’ai décrit mes émotions personnelles avec emphase en adoptant un ton vaguement satirique.  Dans l’ensemble, j’ai pu m’exprimer comme je le souhaitais, même si, vers la fin, le fatum, implacable, m’a privé des quelques minutes nécessaires pour assurer une conclusion équilibrée.

Mes propos ont suscité quelques réactions. Elles m’ont aidé à remettre en cause mon usage approximatif du terme « empathie » que, dans ce cas précis, j’avais associé trop directement à la sympathie et à la compassion. On m’a rappelé la vaste palette des sentiments qui entrent en jeu dans une enquête de terrain (alors que moi, je n’avais mis en avant que les sentiments extrêmes, à la manière d’Otto Dix ou de George Grosz).

Une collègue a carrément exprimé son désaccord, me signifiant que, par expérience, elle sait que les choses, sur le terrain, ne se passent pas forcément comme je le prétendais. Ce qui est très vrai. Je me suis dit : « Moi, j’ai parlé de mes émotions. Pour obtenir son agrément, j’aurais dû ressentir les siennes. Bonjour l’empathie. »

Les bémols, finalement, n’ont pas manqué. Ce matin, pour bien démarrer la journée, j'ai cherché à me souvenir des dièses.

 

Sur l’interprétation de cette image, les sources sont discordantes. D’autres proposent : « Ethnologue malveillant cherchant à hypnotiser son informateur ». À l’époque de la « post-vérité », les deux narratifs peuvent cohabiter sans problème.


 

dimanche 7 juin 2026

Souvenirs de Mongolie



Cela fait un an que Typhaine Cann nous a quittés.

 

Parmi ses nombreux dons, elle avait aussi celui de la peinture. Je regarde une petite huile qu’elle m’avait donnée. Je cherche dans mon courrier électronique le long message où elle décrivait le contexte de cette scène. Je réalise que je l’ai perdu. Je m’en veux. Sans savoir pourquoi, je me souviens du nom « Ganbat », associé au portrait du chasseur mongol.
Je le tape sur mon ordinateur et je tombe sur deux fragments. Le premier est incomplet :

 

« … père de Ganbat, mais lui ce n'étaient pas les ours qu'il assassinait (par contre les renards, les loups, les marmottes...). »

 

L’autre est daté du 2 juillet 2020 :

 

« PS : en lien indirect avec la photo du père de Ganbat en mafieux chasseur de marmottes, je suis en train de lire un livre dont j'adorerais traduire certains passages, justement sur la chasse à la marmotte ou sur la mort tragique d'un petit cheval offert généreusement par les éleveurs mongols aux soldats de l'armée rouge. »

 

Le temps passe, les traces s’effacent. On fait avec.

mercredi 3 juin 2026

Réenchanter le passé pour parler du présent. (À propos d'une publication imminente)

 


Cet ouvrage,  sur lequel je reviendrai de façon détaillée, sera disponible en librairie dans trois mois. Pour l’instant, voici le lien  éditorial permettant d’accéder, dans la rubrique « À paraître », à la table des matières et à la quatrième de couverture :  https://cths.fr/

Séminaire

Ruralités contemporaines en question(s)

ÉCOLE DES HAUTES ÉTUDES EN SCIENCES SOCIALES (Paris)

 

Pierre Alphandéry, chercheur honoraire, INRAE

Christophe Baticle, MCF, Univ. Aix-Marseille, LPED - Habiter le Monde,-UPJV

Sophie Bobbé, chercheure associée au laboratoire LAP–EHESS

Sergio Dalla Bernardina, professeur émérite, Univ Bretagne Occid, LAP-EHESS

Maxime Vanhoenacker, chercheur CNRS, LAP-EHESS, référent pour cette UE

 

 

Séance du lundi 8 juin  2026, 11-13 heures

Salle AS1-23 - 54 bd Raspail 75006 Paris

En présentiel et en visio :

https://bbb.ehess.fr/b/sop-lhm-oav-qy4

 

 

Empathiser, emphatiser. Les émotions du chercheur.

Intervenant :

Sergio Dalla Bernardina 

 

L’empathie d’un côté, le regard distancié de l’autre : le chercheur en sciences humaines et sociales est fatalement partagé. Souvent, il bricole. En tout cas, il s’interroge : comment gérer ses émotions ? Quelle place leur donner ? Comment les décrire ? Et comment restituer celles de l’interlocuteur, de l’« observé » ? L’anthropologie des émotions est aujourd’hui très en vogue. Par ses affordances sensorielles (les paysages, les parfums, l’effort physique…) et historiques (le terroir, les ancêtres, le « chez-soi »), le monde rural se prête tout particulièrement à l’exploration de ce champ longtemps négligé par l’anthropologie classique. Même lorsque le chercheur n’a pas explicitement intégré cette perspective à son enquête, il a sans doute beaucoup à dire sur les sentiments qu’il a éprouvés, les passions qu’il a cru déceler sur le terrain, ou encore sur la manière dont il les restitue - aussi bien au monde académique qu’aux femmes et aux hommes qui lui ont offert la matière de sa réflexion.

S’interroger sur la juste manière de traiter les émotions constitue à la fois une quête éthique et une interrogation épistémologique. Je profiterai de la sortie imminente de mon ouvrage, L’invention du chasseur écologiste (CTHS, 2026, parution prévue en septembre), pour illustrer, à partir d’exemples concrets, les tribulations d’un ethnologue cherchant à conjuguer ses projections narcissiques -  toujours à l’affût - avec le devoir de restituer la parole de l’Autre dans toute son objectivité.

 

lundi 1 juin 2026

Chanter comme un rossignol (ce qui n’est pas le cas du castor)

 

 

Oiseau qui chante. Cliché SDB

 

Il chantait comme un fou, et avec un répertoire très varié.

- Tu l’as pris en photo ?

- Je crois

- Attends, je vais l’enregistrer.

- C’est quoi ?

Hier soir, j’ai posé  la question à Gemini (Chat GPT parlait juste d’un « passereau », sans trop préciser). D’après l’IA il pourrait s’agir d’un rossignol Philomèle « souvent perché bien en évidence au sommet d'un buisson ou sur une branche basse d'un arbre pour maximiser la portée de sa voix »*.

Je demande des précisions : « Fin mai / début juin correspond au pic de la saison de reproduction où les mâles chantent inlassablement, de jour comme de nuit, pour défendre leur territoire ».

Je pense au castor dont on a parlé l’autre jour, qui, pour marquer son territoire, répand du castoréum partout.

Je me dis que, finalement, je préfère le rossignol.

* Gemini  avance aussi l’hypothèse de la grive musicienne, tout en ajoutant que c’est moins probable. Je n'ai pas les compétences pour trancher.