dimanche 22 mars 2026

« S’émanciper de la culture dominante » (annonce)

 



Image empruntée au site de l’ Éco-lieu du Mallouestan

 

Dans son ouvrage trop souvent oublié Hommes domestiques et hommes sauvages (Christian Bourgeois, 1979), Serge Moscovici reconstitue la longue histoire des communautés qui, déçues par l’ordre en place et animées par le désir de repenser le lien social, optent pour le retour à la nature, conçue comme interlocutrice et comme théâtre d'une nouvelle vie, d'une palingénésie. Dans le séminaire de lundi prochain nous apprendrons comment il faut s’y prendre pour réussir cette conversion.

 

Séminaire

Ruralités contemporaines en question(s)

ÉCOLE DES HAUTES ÉTUDES EN SCIENCES SOCIALES (Paris)

 

Pierre Alphandéry, chercheur honoraire, INRAE

Christophe Baticle, MCF, Univ. Aix-Marseille, LPED - Habiter le Monde-UPJV

Sophie Bobbé, chercheure associée au laboratoire LAP–EHESS

Sergio Dalla Bernardina, professeur émérite, Univ Bretagne Occid, LAP-EHESS

Maxime Vanhoenacker, chercheur CNRS, LAP-EHESS, référent pour cette UE

  

 Séance du lundi 23 mars 2026, 11-13 heures

 Salle AS1-23 - 54 bd Raspail 75006 Paris

En présentiel et en visio :

 https://bbb.ehess.fr/b/sop-lhm-oav-qy4

 

 

Parcours d’une communauté alternative : entre pratique, théorie et émotions

Les membres de la Communauté du Mallouestan reviendront sur les motivations (et aussi leur désenchantement) qui ont présidé à la création de cet éco-lieu (https://www.mallouestan.org/).  

Ils évoqueront les conditions de fonctionnement de ce lieu alternatif ainsi que le projet politique qui le sous-tend.

 

Intervenants : 

Lauranne Heulot, Cortney Knorr (membre de l’Eco-lieu du Mallouestan), 

Michel Lallement, professeur de sociologique, CNAM-LISE-CNRS. 

Présentation Sophie Bobbé

 

vendredi 20 mars 2026

« Les loups sont revenus ». À propos d’une publication du Musée de Bagnes

 

 

- Que penses-tu du retour du loup ?

- Je m’en fiche éperdument.

 

Ça alors,  y aurait-il des gens indifférents au retour des grands prédateurs dans les espaces alpins qui avaient  mis des siècles à s’en débarrasser ? Eh bien oui.  Et ils sont peut-être nombreux. Mais on n’y songe pas,  tellement la prégnance archétypale de ces dispensateurs de frissons nous paraît universelle. Même ceux qui ne s’intéressent pas à la question du loup, de toute façon, ont tendance à se positionner. Ils le font  au sein d’un clivage qu’on fait correspondre, par commodité,     à l’opposition  lycophyles/lycophobes*. La réalité est sans doute  plus complexe, mais le principe de polarité qui structure en profondeur l’imaginaire occidental pousse les individus à se positionner pour ou contre la présence du loup sans trop de nuances*. C’est  comme dans un referendum. Parfois on hésite, tiraillé par des pulsions contradictoires. On aurait envie de dire « Oui, du point de vue écologique  j’aime bien … en même temps … ».  Mais on finit par se ranger d’un côté ou de l’autre **.

J’ai le sentiment que dans les nombreuses manifestations culturelles consacrées à la Wilderness et à la biodiversité,  la lycophilie l’emporte  sur la position arriérée des lycophobes (j’en parle très souvent dans ce blog).

Ce n’est pas le cas de la publication qui accompagne l’exposition Présences. Les loups sont revenus (Musée de Bagnes, du 8 février au 15 novembre). Y ayant participé, je vais en faire un court compte rendu.

Comme l’explique Mélanie Hugon-Duc, anthropologue, directrice à la fois  du Musée et de l’ouvrage collectif, « l’exposition et la publication se  veulent des dispositifs médiateurs de contenus scientifiques et artistiques  mobilisés pour stimuler une intelligence diplomatique de monde à monde ». Parmi ces mondes, il y a celui des bergers, dont la faible sympathie pour les canidés sauvages est notoire.

Le projet graphique (Diego Fellay) est très soigné et original.  Le noir prédomine : L’homme loup et l’Esthétique viscérale d’Ambroise Héritier se laissent à peine apercevoir. Le loup garou d’Eliza Levy  est juste un alignement de mots qui fendent l’obscurité.   Les photos nocturnes de Valérie Meizoz et  les images thermiques réalisées dans le cadre du projet  CanOvis  ravivent  l’aura ténébreuse qui entourait  le grand carnassier avant sa  béatification récente. Côté diurne et herbivore, j’ai reconnu la griffe d’Anne Golaz qui, tout en ayant à son actif quelques  images assez réalistes sur les aspects sanglants de la chasse, nous offre ici une représentation bucolico-sylvestre du pastoralisme. L’effusion de sang reste implicite, sorte de non-dit qui plane menaçant sur la sérénité apparente du troupeau.

Pour les témoignages et autres documents on a choisi une police gothique (choix très approprié, parce que je pense que si les loups devaient s’exprimer par écrit, ils opteraient eux aussi pour  le gothique).

Dans les prochains billets  j’évoquerai très brièvement  les points qui ont attiré mon attention (À suivre)

* Dans le chapitre de L’éloquence des bêtes qui s’appelle « Pourquoi danser avec les loups ? »(Métailié, 2006,  p. 79 et suiv.) j’utilise également le néologisme « lycolâtre ». Il permet de nommer la vénération dont le loup fait/(faisait ?) l’objet dans certains milieux.

** Je renvoie, à ce propos, au très bel ouvrage de George Lloyd : Polarity and analogy. Two types of argumentation in early Greek thought, Bristol Classical Press, 1966.

 

 

mercredi 18 mars 2026

Idiosyncrasies félines

 


- C’est drôle qu’il ne vienne pas dans la cuisine, le chat.

- Je pense qu’il n’aime pas le carrelage et qu’il n’aime pas le goéland.

lundi 16 mars 2026

Le chercheur et le bon sens 3)

 

Pascal Bernier, Accidents de chasse (1994-1998)
 
On ne peut pas être intelligent partout. J’y pense à propos de l’IA. C’est indéniable que sur plusieurs plans elle donne des résultats époustouflants. En matière de reconnaissance des œuvres d’art, elle est sans doute perfectible. Tout récemment, par exemple, je lui ai demandé d’identifier l’auteur de la création reproduite ci haut, dont j’avais oublié le nom. Elle m’a répondu, sans hésitation :  « C'est Damien Hirst ».
Elle m’a fait penser à ces passants à qui on demande un renseignement et qui, au lieu de reconnaître qu’ils sont tout aussi perdus que nous,  répondent avec assurance : « C’est par là, tout droit ».

 

L’erreur commise par  l’IA prouve quand même son intelligence. Les indices dont elle disposait (un animal taxidermisé, le ton ironique, l’arrière plan nécrophile) justifiaient le rapprochement.

samedi 14 mars 2026

Le chercheur et le bon sens (2

 

Nudité anthropomorphe du gibier.  Still Life of Dead Game with Hounds, Alexandre-François Desportes, 1730.

Je reviens sur mon aphorisme du billet précédent : «  La chasse, sur le plan fantasmatique,  est un va-et-vient permanent entre l’animalité et l’humanité de la proie ».

Cette généralisation avait été précédée par le propos suivant :

Alors là … si un chasseur m’entendait …  je veux  dire un  chasseur « standard », il crierait au scandale. Il me dirait : « Mais ça va pas ? C’est  un raisonnement pervers. Moi, je sais bien faire la  différence entre un humain et un non-humain ». Je lui répondrais  ce que je viens de vous dire :

 « C’est  indiscutable  - mon cher chasseur - mais dans tes récits, dans tes poèmes, et même dans les discours que tu fais au bar avec tes copains, tu anthropomorphises ta  proie. Tu la présentes comme un être intentionné, avec sa personnalité, ses astuces, ses vices. Et tu anthropomorphises même ses caractéristiques physiques ».

J’en ai ensuite profité pour suggérer à mon auditoire la lecture de l’article  « Sur qui tire le chasseur ? Jouissances dans les bois », publié dans n. 67 de la revue Terrain  et consultable en ligne  : https://journals.openedition.org/terrain/16152 

 

jeudi 12 mars 2026

Le chercheur et le bon sens

 


Je n'arrive pas à retrouver le nom de l'auteur/autrice de cette création. Je comblerai cette lacune dès que possible.

Avant-hier j’ai eu l’occasion de revenir sur mes travaux dans un cadre public.  À un moment donné j’ai sorti cette phrase sur un ton sérieux, non dépourvu d’une certaine solennité : « Bref, dès le début de mes recherches, la chasse m’est apparue, du point de vue des représentations mentales qui l’accompagnent, comme un va-et-vient permanent entre l’humanité et l’animalité de la proie ».

Je pense aux étudiants qui  ont entendu mon propos et je me mets à leur place. Ils doivent s'être dit : « Ça sonne bien, mais c’est complètement dingue ».

Je suis partiellement d’accord avec eux. (À suivre)

mardi 10 mars 2026

Le serpent Python

 


Un python, en Italie, ne mange pas depuis quatre mois. La population commence à s'inquiéter. La famille qui l’héberge aimerait  bien continuer à lui donner des rats vivants, mais désormais c’est interdit.
Nourrir les  pythons avec des rats vivants est une atteinte au bien-être animal. Garder un python à la maison, en revanche, est tout à fait admis, voire encouragé.*

*D’autant plus que les serpents, on le sait, portent bonheur.

dimanche 8 mars 2026

Vestiges sacrificiels dans l'art contemporain

 


Coq taxidermisé (gallinacé dont la proximité avec l’espèce humaine n’est plus à démontrer - cliché SDB). 

L'artiste contemporain : un chasseur qui s'ignore?  J’en parlerai mardi prochain,  à 18, dans les locaux de l’ EESAB École européenne supérieure d'art de Bretagne - art et design (18 rue du château, Brest)

Humain, trop humain. Autour du trophée de chasse et de ses avatars.

On insiste beaucoup, ces derniers temps, sur le fait que la distance entre humains et non-humains n’est plus ce qu’elle était. L’éthologie, la psychologie animale, et même le droit rendent désormais incontestable la proximité qui nous relie aux autres espèces. On le savait déjà, en réalité. Ce qui change aujourd’hui, c’est que nous ne pouvons plus le cacher. Reconnaître la « quasi-humanité » de l’animal n’est pas sans conséquences. Sur le plan symbolique, la mise à mort d’un « presqu’humain » devient un « presque homicide », et l’utilisation de ses restes une profanation. Cette remise en cause de la frontière ontologique jette une nouvelle lumière sur la passion du chasseur pour les trophées de chasse. Elle n’épargne pas non plus, peut-être, l’artiste contemporain, tout aussi passionné que le chasseur – en plein regain d'intérêt pour les  cabinets de curiosités – par la manipulation des corps taxidermisés.

vendredi 6 mars 2026

N’est pas Dreyfus qui veut

     


 Émile Zola, devant la Court d'Assise, proclamant l'innocence de Curtis

« Curtis serait-il le Dreyfus des chiens ? », suggérait Brigitte Bardot dans un tweet du 2 novembre 2020. Et, dans son appel au Président de la République, elle demandait : « Emmanuel Macron, allez-vous longtemps encore couvrir vos amis chasseurs/tueurs ? » Dans Le Monde du 5 mars, je lis : « Au deuxième jour de son procès, Christophe Ellul reconnaît la responsabilité de son chien Curtis dans la mort de sa compagne, Elisa Pilarski. » Mais pourquoi Curtis aurait-il massacré sa maîtresse ? C’était de la légitime défense, peut-être.

En tout cas, si j’étais membre de la Fondation Brigitte Bardot, je me sentirais obligé de demander humblement pardon à la communauté des chasseurs — et notamment à leurs chiens — victimes d’une campagne calomnieuse.

Trouvant ce cas emblématique, j’en ai parlé à plusieurs reprises dans ce blog (16 nov. 2019, 25 janvier 2020, 10 mars 2020, 14 mars 2020, 11 nov. 2020, 15 nov. 2020, 17 nov. 2020, 25 nov. 2020, 17 février 2025). 

mercredi 4 mars 2026

« Le sain entendement animal »


 

« Je crains que les animaux ne considèrent l’homme comme un être leur semblable, qui a perdu d’une manière extrêmement dangereuse le sain entendement animal — comme l’animal qui, par son idée fixe de l’“esprit”, par son imagination d’une origine et d’une destination supérieures, est devenu fou. »

Friedrich  Nietzsche Nachlass 1887–1888, fragment de la fin de l’année 1887 (édition critique Colli–Montinari ), Fragments posthumes 1885–1888).

 

Dans cet aphorisme, l’animal est un être stylisé comme savent bien le peindre les philosophes, une comparse censée incarner nos vertus originaires, un faire-valoir proche du « bon sauvage » des Lumières. La fureur belliciste qui traverse notre époque donne à cette abstraction une concrétude toute particulière.


lundi 2 mars 2026

Les arts de la forêt (à propos d’une publication imminente)


« On m’envoie en Garfagnana, parmi des montagnes et des bois,
au milieu d’hommes farouches et presque sauvages.
Là, je dois vivre armé nuit et jour,
toujours sur mes gardes contre les embûches.
Je quitte la cour et les amis,
et me voilà relégué parmi des rochers et des forêts,
loin des muses et des lettres. »

À l’époque du poète  Ludovico Ariosto, qui s’adressait dans cet écrit à son cousin Annibale Malaguzzi, la forêt n’était pas encore  conçue comme  le siège du sublime, ni comme un enjeu patrimonial (nous sommes en 1522). Depuis, les choses ont changé.  Pour mesurer toute la distance qui nous sépare de cet univers « sylvophobe », je conseille la lecture d’un ouvrage collectif qui vient juste de paraître.  J’y reviendrai prochainement pour commenter quelques articles et exprimer mon point de vue personnel. Voici, pour l'instant, le quatrième de couverture :