(Suite et fin). C’est bête, mais lorsque j’entends le mot
« brame » je ne peux pas m’empêcher de penser à Grimhilde, la
méchante marâtre de Blanche
neige. Dans la version italienne
du récit, en s’adressant au miroir pour connaître le palmarès des beautés
régionales*, elle emploie la formule :
Specchio, specchio
delle mie brame, chi è la più bella del reame ?
A savoir : « Miroir, miroir de mes désirs, qui est
la plus belle du royaume ? »
Brama, en italien,
signifie : « Désir démesuré, incontrôlable, qui se reflète dans les
habitudes et dans chaque acte de l’individu : soif d’honneurs, de richesses, de
plaisirs ».
Je viens de lire que la racine de ce terme est probablement onomatopéique. Ça ne m'étonne pas. Son étymologie est particulièrement intéressante : « Du germanique bramōn "hurler, rugir";
proprement "hurler de désir"]. – Désirer ardemment : brûler de posséder des
richesses ; brûler de savoir ; désirer la mort de quelqu’un »**.
Quand on « brame », en italien, c’est qu’on est
habité par un désir impérieux, peu importe que ce soit d’amour, de connaissance ou de mort. Le désir varie, mais ses effets restent
théâtraux.
Cette histoire de brames et de miroirs pourrait intéresser les communautés rurales en quête
d’attractions éco-touristiques. N’y a-t-il pas, au fond du bois, les vestiges d’un vieux
manoir en ruine ? Eh bien, c’est le château de Grimhilde, la Reine-Sorcière. Pendant les nuits sans lune, lorsque souffle le vent,
un gémissement insolite, furieux et langoureux à la fois, parcourt ces pierres
vénérables. Ce n’est pas le brame du cerf, phénomène banal auquel on assiste partout, désormais, sans même besoin de quitter sa bagnole. C’est la bramosia
de la Marâtre, l’expression sonore de son désir véhément et politiquement peu
correct d’être la plus belle du royaume.
J'imagine l'annonce suivante affichée dans les locaux de la mairie :
« Pendant votre séjour dans la région, les animateurs
de l’association Wilderness et
durabilité vous permettront d’accéder à ce phénomène mystérieux, à la
frontière entre le mystique et le paranormal ».
Et j'imagine aussi les réactions :
- Moi, franchement, je n’ai rien entendu !
- C’est que vous ne le
méritiez pas. Et quoi qu'il en soit ... elle ne passe pas tous les jours.
* Le miroir de Grimhilde, manifestement, anticipe l’IA.
** "dal
germanico *bramōn «urlare, ruggire»;
propriamente «urlare dal desiderio»]. – Desiderare ardentemente: b. ricchezze; b. di sapere; b. la morte di qualcuno;" https://www.treccani.it/vocabolario/ricerca/bramare/ -