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dimanche 29 mai 2022

Se soigner avec les animaux (et ce n’est pas de la TAA*)

 



S’immerger dans des substances organiques,  voici une belle manière pour se régénérer. Ça réconcilie l'imaginaire avec la pensée scientifique. Sur le plan symbolique, c’est comme replonger dans le liquide amniotique. C'est la renaissance. C’est la palingénésie. Après ... chacun son liquide. Cléopâtre, pour rester jolie, prenait des bains de l’ait d’ânesse.  On dit que Vladimir Poutine,  pour faire face à une grave maladie, prend  des bains de sang de cerf**.

Pas étonnant,  de la part d'un spécialiste des bains de sang.

 

*Thérapie assistée par l'animal (TAA)

** Ou plus précisément, comme le précise la revue Slate, des bains de sang extrait de bois de cerf coupés http://www.slate.fr/story/225852/poutine-prendrait-des-bains-au-sang-de-bois-de-cerf.

mercredi 20 mai 2020

Le prix de l'indécence (du nouveau autour du pangolin)


Brest,  à la sortie de la Faculté de Lettres
Péremptoire, mais pourvu d’une certaine cohérence, ce message ne donne aucune envie de plaisanter. Juste pour voir l'effet, j'ai néanmoins inversé les termes du propos*. On obtient la formule : « Le problème n’est pas le capitalisme mais le pangolin ». Cela ouvre sur un autre type de vérité, d'ordre pataphysique. 
* C'est à cause de la pandémie, je crois, qui me rend inconséquent.  

lundi 18 mai 2020

« Je veux celui-là ». Le retour des animaux sauvages à l’époque du coronavirus





La pandémie, nous rappellent  les médias, n'a pas nui à tout le monde. Les animaux sauvages  en ont profité.  À Venise, par exemple, l’eau est redevenue claire et dans les canaux  on voit transiter les poissons.  Je trouve que c’est bien. J’aime savoir ce que je mange.

jeudi 7 mai 2020

Distanciation sociale, nationale, raciale, interspécifique, interplanétaire, intergalactique …

 
"Attention, oncle, Sam, les rats débarquent!".
 Illustration tirée du journal américain Judge (6 juin 1903) commentée  par Gian Antonio Stella dans l'ouvrage  : L'orda. Quando gli Albanesi eravamo noi*.

Si on avait gardé nos distances avec le pangolin, la chauve-souris et … . Il faudrait ériger des murs, voilà. Des murs nous protégeant de l’altérité ethnique, pour commencer. Les Mexicains, par exemple … Ils pullulent comme les rats. Et les Chinois … On les aide à bâtir des laboratoires pour étudier les virus, et voilà qu’il laissent s’échapper le COVID 19. Il faut être des tartes !  (et j’ai les preuves).   

*Milan, Rizzoli, 2003. Loin de jeter l’opprobre sur les Américains, ce livre  montre que les Italiens, lorsque l’occasion se présente, savent être tout aussi racistes que les autres.  

mardi 28 avril 2020

Le savoir des anciens (si les conseils thérapeutiques du Président américain ne devaient pas suffire)



 
Pigeon ne croyant qu'à moitié aux médecines  alternatives

 “À Guernesey, pour faire disparaître une affection assez peu définie, connue sous le nom de mal volant, le patient frictionne le siège de la maladie avec une poule noire, qui doit avoir été achetée, mais non donnée. Après l’opération elle ne doit être ni gardée ni tuée, mais il faut en faire cadeau à quelqu’un. L’usage d’appliquer sur le mal un pigeon fendu est plus ancien que le procès où il est ainsi décrit : « Barbe Dorée qui fur bruslée à Senlis en 1577, confessa avoir guari quelques-uns qu’elle avoit ensorcelez après avoir fendu un pigeon et mis sur l’estomac du patient en disant ces mots : Au nom du Père, du fils etc., de monsieur Saint Anthoine et de monsieur saint Michel l’Ange, tu puisses guérir du mal ». Cent ans plus tard, en cas de fièvre continue, on fendait un pigeonneau par la moitié  et on le plaçait sous la plante des pieds du malade, la tête tournée vers le talon”. (Paul Sébillot, Le Folk-Lore de la France: La Faune et la Flore - Tome troisième)

samedi 25 avril 2020

Proposition sarcastique : faut-il injecter du désinfectant dans la boîte crânienne de certains décideurs ?



Pour illustrer le fonctionnement de la pensée magique, l'anthropologue James George Frazer proposait, parmi d’innombrables exemples, la coutume observée dans plusieurs régions du globe de soigner, en même temps que la blessure, l’objet qui l’a provoquée (la lame qui a coupé le doigt, la barrière métallique qui a esquinté le cheval etc.).
Je ne suis pas magicien, mais je comprends très vite.  Je suggère donc de combattre le coronavirus en soumettant la communauté des  pangolins à des séances de  bronzage U.V.

dimanche 5 avril 2020

Lire la presse, lire le ciel


 Nuages brestois
Comment meubler mon confinement?  J’écoute les infos comme tout le monde. Mais ce que j’entends, malheureusement, est très confus. Les autorités sont confuses. Les commentateurs aussi. Ce n’est pas de leur faute. C’est la réalité qui est confuse*. Tant qu’à faire, je scrute la forme des nuages et je cherche à l’interpréter.
* Sauf pour les leaders populistes qui eux, en revanche, ont tout compris (c’est un complot …  il n’y avait qu’à …  il faut murer les frontières … à mort les cosmopolites … ).

vendredi 3 avril 2020

D’un masque à l’autre 6) Contre le pessimisme

(Dernier segment) Avec les rescapés, on est  passé à la phase du brossage. Là aussi on a dû regretter quelques pertes, parce que ceux qui n’avaient pas compris la consigne se sont mis  à fourbir leur camarade comme si c’était une pièce d’argenterie. « Mais peut-on être plus crétin ? », hurlait l’officier, « Maintenant il y a de la poussière radioactive partout ».  À un moment il nous a tourné le dos,  deux recrues indisciplinées ont commencé à se brosser mutuellement comme deux ratons laveurs.  On cherchait à ne pas rire, mais c’était difficile.

Nous avons regagné notre dortoir avec quelques doutes sur l’efficacité de l’exercice. Mais nous avions tort. Sur le plan pratique les  dispositifs de ce genre présentent peut-être des failles, mais sur le plan psychologique ils remplissent une fonction essentielle : en ritualisant nos conduites, en nous proposant un cadre gestuel, un « mode d’emploi »,  ils nous permettent  d’atténuer notre angoisse.

mercredi 1 avril 2020

D’un masque à l’autre 5) L’importance des statistiques



Masque taoïste contre les esprits malveillants

On a  commencé la manœuvre : tout le monde a mis son masque. L’officier est passé dans les rangs pour vérifier le résultat. « Toi, ça va, mais il faut serrer davantage ». Il s'est  approché du suivant. D’une main ferme, il a saisi son masque mal installé et l’a tiré vers le bas,  comme si c’était une cravate à élastique, en lui disant : « Toi en revanche tu es mort ».  Le soldat refusait de mourir : « Attendez … je cherche à le mettre un peu plus droit … ». « Toi tu es mort, un point c’est tout. Et maintenant tu t’allonges par terre parce que je dois faire les stat' ».  Après, en haussant la voix pour que tout le monde l’entende, il a déclaré : « Ceux qui sont morts s’allongent par terre parce que je dois faire les statistiques ».

lundi 30 mars 2020

D’un masque à l’autre 4) Du bon usage de la brosse





Brosse

Et voilà l’épisode qui m'est revenu à l'esprit en méditant sur la précarité de nos moyens de défense face à la menace d’une contamination planétaire. Un matin d’été - il faisait déjà chaud - , on nous a tous réunis  sur le parvis de la caserne pour un exercice. Il s’agissait d’apprendre le comportement à tenir en cas d’attaque chimique, biologique ou nucléaire. Notre équipement se composait de deux éléments : un masque et une brosse. L’officier responsable de l’opération devait nous illustrer la procédure. D’abord il nous a montré comment appliquer  le masque : « Ça doit être parfaitement étanche. S’il y a la moindre ouverture, vous êtes foutus ! ».  Ensuite, il nous montre le bon usage de la brosse : «  La brosse n’est pas pour vous, c’est pour brosser votre voisin. Celui-ci doit se tenir immobile pendant  que vous le brossez très lentement du haut en bas. Très lentement pour ne pas disperser les particules radioactives ».





samedi 28 mars 2020

D’un masque à l’autre 3) Confiance et déception




D’un autre côté, pendant un certain temps, j’ai eu une grande confiance envers les masques à gaz. J’étais convaincu que,  à l’instar des autres fournitures de l’armée, ils  étaient   indestructibles. C’est ainsi que, le jour où on nous a emmenés au champ de tir pour que l’on prenne connaissance de notre équipement, j’ai soumis mon masque à  une série d’épreuves assez rudes. Je ne l’ai pas fait exprès. Le masque est toujours resté dans son étui, accroché à ma ceinture. Mais, tout au long de la journée, il m’a accompagné pendant les  bonds,  les rampements et autres galipettes qui me semblaient convenir à la situation. Ce n’est que dans le car, avant de rejoindre la caserne, que j’ai jeté un regard furtif à l’intérieur de la sacoche : mon pauvre masque à gaz avait perdu une lentille et l’autre était sérieusement abimée. Je l’ai déposé dans l’entrepôt, avec nonchalance,  en espérant que personne ne vérifie son état  et que la guerre n’éclate pas le lendemain.

jeudi 26 mars 2020

D'un masque à l'autre à l'époque du coronavirus. 2) La forme et la fonction


La Place Wilson, à Brest, le 25 mars 2020

Qui l’aurait cru? À 9h30 du matin la place Wilson, ensoleillée, est parfaitement vide. Je n’ai pas le droit de déambuler comme d'habitude. La radio dit que la situation reste grave et qu’il n’y a pas de masques pour tout le monde. Mon esprit divague. Par association d’idées, je passe à une autre histoire de masques et de confinements. Je sais que ce n’est pas le meilleur moment pour faire de l’humour, d’autant plus que mon histoire est plutôt idiote. Je la raconte également, en guise d’exorcisme.  

J’ai toujours éprouvé des sentiments ambivalents vis-à-vis des  masques à gaz. D’un côté ils suscitent ma méfiance. Depuis mon enfance (il y en avait deux dans le grenier, on jouait avec),  je suis frappé par le décalage entre leur forme et leur fonction. La fonction est de nous tenir en vie. Mais la forme, manifestement, est  celle d’une  tête de mort. Il suffit de mettre un masque à gaz pour ressembler à un zombie. En donnant libre cours à l’imagination,  en se laissant bercer par la pensée magique, on pourrait se demander si la forme, à la limite,  ne risque pas de porter préjudice à la fonction. (À suivre)

mardi 24 mars 2020

D’un masque à l’autre à l’époque du coronavirus. 1) Préambule




Mètre étalon

Les animaux, de préférence, ne s’exposent pas trop.  Avant de bouger, ils attendent que leur proie soit assez proche, ou que  le danger se soit éloigné. Ça dépend beaucoup  de l’espèce.   Il y en a de lents et de rapides, d’individualistes et de grégaires. À quel animal je ressemble dans mes rapports au coronavirus ? Je ne saurais dire.  Ces derniers temps, comme tout le monde, je sors peu. Je prends mes précautions. Si je dois communiquer avec quelqu’un (l’employée du supermarché où je fais mes courses, par exemple),  je tiens scrupuleusement la distance et je me demande si un mètre suffit *.  Je me plie volontiers à cette mesure,  même si je crains que ce ne soit  qu’un palliatif. Sa logique incertaine  me rappelle un souvenir de l’époque où, pour ne pas subir les rigueurs de la loi, j’ai accepté d’effectuer mon service militaire. (La suite après-demain).

* Elle se pose la même question, bien entendu.

vendredi 20 mars 2020

Le courage civil (encore sur la distanciation sociale)


Résultat de recherche d'images pour "chapeau davy Crockett"
C’était au collège. On attendait patiemment, un derrière l’autre, l’ouverture de la salle de classe. Un retardataire s’est joint à nous avec un joli chapeau à la Davy Crocket.  Un copain lui a demandé : « Où as-tu trouvé le courage civil de porter un chapeau de ce genre ? »*

C’est la question que je pose à l’inventeur de l’expression « distanciation sociale » censée  décrire les mesures à prendre pour endiguer le virus :  « Où avez-vous trouvé le courage civil de nous proposer  une formule de ce genre ? »**

* À cette époque on était loin de se préoccuper du bien-être animal, c’était juste pour des raisons esthétiques.

** « Le courage civil », c’est fabuleux. Depuis, j’utilise cette locution avec la même fréquence que : « À l’insu de mon plein gré » (autre trouvaille géniale …) .  « Où as-tu trouvé le courage civil d'acheter cette armoire ? ». « Où a-t-il trouvé le courage civil de nous conseiller ce film?".