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vendredi 28 novembre 2025

Le poids du symbolique

On qualifie une plante aquatique   d’ « algue tueuse », on se laisse piéger par la métaphore  et  on finit par la personnifier. J’en parlerai le 3 décembre dans le cadre d’une rencontre sur fond maritime dont je livre ici le programme :

 



 

samedi 2 août 2025

Medicamenta. (Encore sur les taupes et la manière de les décourager).

 

 

- Mirella, j’ai des taupes dans mon jardin, toi tu sais comment je dois faire, j’en suis sûr.

- Ah, les taupes … nous on mettait des pièges, mais maintenant je ne sais pas. Tout est interdit, maintenant … Aujourd’hui ils leur donnent le médicament.

- Le médicament ?

- Oui, le médicament contre les taupes. Tu n’as qu’à demander au Consorzio Agrario*. Sinon, mon voisin mettait la naphtaline. Dans chaque trou une boule de naphtaline. Ça pue et elles partent. Enfin, il disait comme ça … nous on n’a jamais essayé.

* La coopérative agricole.

mercredi 23 juillet 2025

Le chapeau de ma grand-mère

 

Manteau en fourrure de taupe, années 1930

Mario ne se limitait pas à déterrer les courtilières, il attrapait aussi les taupes qui infestaient le jardin. Il insérait dans le monceau de terre un piège métallique, un ressort minimaliste en forme de V. Le matin suivant il sortait sa belle taupe et la désolidarisait de sa peau qu’il mettait à sécher. Il faisait pareil avec la peau des lapins. Le chiffonnier passait tous les mois, achetait ses produits et il les revendait aux fourreurs.  Dans les champs, avec ce traitement,  il restait toujours des taupes, mais dans des proportions acceptables. Leur prélèvement périodique était une sorte de récolte. La communauté des taupes payait une dîme, c’est vrai, mais elle n'était pas exterminée. Tout en tuant les courtilières, les taupes et les lapins, Mario n’était pas particulièrement méchant.

Lorsque j'étais petit, ma grand-mère paternelle, une femme très sobre, portait un chapeau en fourrure de taupe dans lequel brillaient des petites plumes de faisan. Elle était loin d’être méchante.

Quand je pense aux animalistes, saisis non pas dans leurs déclarations officielles, mais dans leur « éthologie » (je veux dire dans leur intimité, dans leur manière de se rapporter les uns aux autres et d’administrer des sentiments comme la jalousie, l’envie, le désir de juger et de conditionner son prochain  au nom de la bonne cause ... ), je me demande s’ils sont forcément plus humains que Mario et ma grand-mère.

lundi 21 juillet 2025

Taupiques

 



Ai-je le droit moral d’éliminer physiquement les taupes qui envahissent mon jardin ? Je me suis posé cette question après avoir consulté le net à la recherche d’un « dispositif » (terme très à la mode) pour empêcher que mon jardin ne devienne une taupinière.  La tendance générale, en matière de bestioles envahissantes, est à la non-violence. Il y en a qui proposent de les dissuader par des vibrations sonores (avec quelles conséquences pour la santé humaine et non-humaine ? On le saura dans quelques années). On suggère également une série de plantes décourageant l’installation des talpidés, tout en précisant qu’elles ne marchent qu’à moitié. D’autres proposent des pièges qui ne blessent pas l’animal et permettent de le transférer, la nuit tombée, dans le jardin du voisin (où l’herbe, on le sait, est toujours plus verte).

Je vois venir la création d’un service vétérinaire pour taupes accidentées : une fois  la santé retrouvée, elles pourront être réintroduites dans l’écosystème et fidélisées au territoire par la diffusion souterraine d’une musique « taupiaire » conçue à cet effet.

dimanche 2 février 2025

La boîte magique et les pantegane (3 sur 3)


(Suite et fin) Au bout de l’allée, derrière le virage, trônait un gros conteneur en plastique en forme de pyramide destiné au compostage. C’était un composteur magique : on avait beau le remplir, il restait toujours à moitié vide.

On comprit plus tard son secret. C’est comme pour le chien. Si son maître et sa famille avaient été végétariens, il n’y aurait pas eu de problèmes. Et s’ils avaient respecté les consignes en matière de compostage tout se serait bien passé. Le fait est qu’ils utilisaient  le composteur pyramidal comme une micro-décharge, pour ne pas dire un charnier : « Mais tu y mets les peaux du fromage et les coquilles d’œuf ? ». « Bien évidemment, c’est de la matière organique ». « Et les os du poulet » ? « Bien sûr, ça se décompose : "Souviens-toi que tu es poussière, et que tu redeviendras poussière" … ».

Ayant dépassé l'âge adulte depuis un long moment, le chien quitta la scène. Son maître en profita pour disperser du raticide partout. Les pantegane, qui sont intelligentes, quittèrent les lieux et  allèrent contribuer à la biodiversité quelque part ailleurs.

Le composteur n’était pas très en forme lui non plus et on décida de le supprimer. Surprise : son fond avait disparu, complètement rongé par les rats. De son emplacement partaient des tunnels qui s’enfonçaient dans la terre mélangée à des morceaux de plastique de toutes les couleurs. La colline était devenue un immense gruyère et, pour éviter qu’elle s’écroule, il fallut la bétonner.

Morale : certains humains sont moins éveillés que certaines pantegane.

lundi 15 juillet 2024

Le devenir de l’antispécisme


Manifestation à Trente après la suppression d'un ours "à problèmes"

 

 Tiens, me suis-je dit, j’ai passé des années à signaler les excès de l’antispécisme, les ambiguïtés de certaines fondations pour la défense des animaux, l’attitude presque religieuse des végétariens les plus intransigeants, et après, tout à coup, ma ferveur « savonarolienne  » s’est atténuée. À l’époque, je travaillais encore sur les espèces invasives et l’expansion de ces idéologies émergentes, de ces lectures alternatives de notre rapport à la réalité me paraissait irréversible - opportune dans une certaine mesure, mais inquiétante. Je crois avoir trouvé la raison de mon changement d’attitude. Ma perception de l’actualité a changé depuis que j’ai arrêté de consulter Twitter (ça s’appelait encore comme ça).  Sur Twitter je m’étais abonné à une brochette de sites dédiés à la nature et à la question animale. J’ai ainsi fini par faire coïncider le réel des relations que nous entretenons avec le « vivant » avec la réalité toute particulière des militants les plus engagés.   Depuis que j’ai arrêté avec Twitter le monde a pris une forme plus courante, avec ses carnivores décomplexés, des propagateurs de blagues salaces et/mais marrantes sorties des tréfonds de l’imaginaire collectif, des gens tout à fait normaux indifferents aux animaux et qui n’ont pas honte de le reconnaitre. Vue dans cette optique, la trajectoire de ces mouvements « fondamentalistes » qui me donnait le sentiment d’une dynamique colonisatrice portant atteinte à la biodiversité culturelle, me fait penser à l’évolution de certaines espèces invasives. On croyait qu’elles auraient saturé l’écosystème, elles finissent souvent  par se contenter d’une niche où elles prospèrent à côté des autres espèces, contribuant à l’harmonie collective (et à ses quelques dissonances).

mercredi 22 novembre 2023

Elusive Partners

 

 

Les espèces allogènes nous rendent visite.  Parfois, après quelques gesticulations, elles disparaissent. Parfois elles s’installent  et finissent par s’intégrer à notre horizon. Pour les concepts c’est pareil.  La formule « invasions biologiques », par exemple, sonnait bizarre autrefois. Désormais elle fait  partie de notre quotidien. On s’acclimate.

 



 

lundi 23 octobre 2023

La mort indolore du crabe bleu

 


Crabe bleu n'ayant pas souffert pendant sa cuisson

Tu te souviens de Beatrice, celle qui tient ces beaux discours sur le bien être animal? Eh bien, je l’ai choppée avant-hier  au supermarché avec un sac plein de crabes bleus. Je lui ai demandé : «  Mais ils ne souffrent pas? » Elle m’a répondu : « Tu sais … c’est une espèce invasive… Et j’ai ma technique : je les place deux  heures dans le congélateur, lorsqu’ils sortent ils sont tellement engourdis qu’ils ne s'aperçoivent de rien. 

lundi 17 juillet 2023

Sauterelles (l’arroseur arrosé)



Une sauterelle divague sur ma rose. Que fait-elle ? Je cherche à me documenter et je découvre que certaines sauterelles divaguent sur les roses des gens avec des buts alimentaires. C’était bien ma crainte. Je tombe ensuite sur le passage suivant : « Dans l'État d'Oaxaca, les sauterelles miniatures sont frites et farcies dans des tortillas de maïs. Les chapulines, comme elles sont appelées au Mexique, sont un aliment de base de la cuisine du sud du Mexique et sont souvent servies avec une couche de piment et de citron vert, servies en garniture ou en plat. Certains assimilent sa saveur au vinaigre de malt, tandis que d'autres prétendent que leur goût fumé s'apparente au bacon ». Je songe au fait que dans la region où je me trouve (on a beau grandir, on reste toujours des enfants ...) la farine de maïs ne manque pas. Je souris.

dimanche 16 octobre 2022

Biodiversité et développement durable


Peut-on dire d’une plante qu’elle est glauque ? On a le droit,  mais  c’est  discriminatoire. Autre question : est-ce le contexte qui rend glauque une plante ou la plante qui rend glauque le contexte ? J’y pense à un arrêt de train, dans la banlieue parisienne, en regardant des buddleias en train de proliférer. Comme je le documentais dans mon billet du 24 août elles se répandent partout, même dans les hauteurs alpines.

Ce n’est pas bon pour la biodiversité mais c’est du  développement durable.

mercredi 24 août 2022

Vive les papillons (et au revoir les edelweiss)

 

 

Bouddleja dolomitica

 

Dans le Parc National des Dolomites on trouve des espèces rarissimes : la Campanula de Moretti (Campanula morettina), la Speronella alpina (Delphinium dubium), la Cortusa de Mattioli (Primula matthioli). On y trouve même de l’absinthe pour distiller des breuvages réconfortants* et des chardons pour cailler le fromage. Et moi, l’autre jour, qu’ai-je trouvé à mille mètres d’altitude tout près des sapinières ?  Merveille des merveilles : un massif de buddleia. Elle se propage partout, comme les animateurs-nature et les eco-touristes**

 

* C’est strictement interdit.

** Je lui ai fait part de mes inquiétudes, elle m’a répondu : « Espèce de ségrégationniste, moi aussi je participe à la bodiversité ».

mardi 19 avril 2022

C’est extra(communautaire). Présences étrangères dans les jardins romains

 

Jardin romain d'avant la globalisation

 

Il faut faire vite. À partir du  8 mai l‘Italie interdira l’importation et le commerce d’animaux exotiques et sauvages. Les raisons de cette initiative sont à la fois d’ordre sanitaire et moral*. On a peur des zoonoses et on trouve de plus en plus discutable que l’on  oblige les canaris à dansoter dans des cages et les poissons rouges à tourner en rond  dans des bocaux (ils ont la mémoire courte, c’est vrai, mais pas au point d’oublier que c’est toujours le même parcours). Tout le monde n’apprécie pas cette restriction qui met fin à une circulation millénaire. C’est le cas des commerçants d’espèces « aliènes »** bien entendu, mais aussi celui des innombrables propriétaires de tortues, perroquets, reptiles et autres chinchillas (500 millions de spécimens au niveau erupéen). Il y aurait beaucoup à dire sur cette clôture des frontières. Pour l’instant, je me limiterai à remarquer qu’elle est dans l’air du temps.

Après une parenthèse fusionnelle et cosmopolite,  notre société retrouve des réflexes identitaires. Bannis à l’époque où nous étions des hippies, le localisme et  la xénophobie recommencent à titiller les esprits. L’Autre nous perturbe et nous déstabilise. Il se croit tout permis.

Il n’y a qu’à  regarder ces perroquets moines qui occupent sans gêne les jardins historiques de la capitale. On dirait qu’ils sont chez eux. Et nos geais alors ?  Et nos pics rouges ? Et nos tourterelles ?

 

* C’est juste l’application d’une disposition de la Communauté européenne.

** On les appelle comme ça, c’est déjà tout dit.

vendredi 18 février 2022

Rudolf Steiner et les rats


 

On peut reprocher plein de choses à  Rudolf Steiner, «polygraphe et occultiste autrichien » (Wikipédia),  mais pas qu’il manquait d’imagination. Voici la stratégie qu’il nous propose (ou qui nous est proposée en son nom), pour lutter efficacement contre les campagnols.


J’ai extrait ce  fragment du document suivant :

BArbo io Infos


lundi 5 juillet 2021

Héroïsmes modérés (des plantigrades partout)

 

 

Je sillonne une montagne pas très loin de  chez moi dans l’espoir que les tilleuls soient encore en fleur. C’est pour faire des tisanes. Hélas, c’est trop tard. À la place des fleurs je croise une dame qui descend : « Vous avez-vu le panneau ? Je voulais joindre le sommet mais j’ai lu : “Attention à l'ours”. Alors j’ai renoncé ». Je lui réponds : « Le vrai danger, ici,  ce sont les tiques, il y en a partout ». Elle repart vers le bas. Je continue intrépide vers le haut*. De façon égoïste je me dis : plus il y a d’ours, moins il y aura de touristes dans les bois. Mais ce n’est pas vrai. Pour une touriste qui a peur de l’ours il y en a dix qui ont besoin de le voir. Un besoin irrépressible.

* Se promener dans un territoire investi  par les ours permet de se sentir des vrai·e·s mecs à bon marché.

vendredi 18 décembre 2020

Idée cadeau pour Noël : un diable de Tasmanie

 


 

On n’a pas le droit je sais, mais adopter un représentant de cette espèce sarcophile* peu appréciée par les éleveurs serait une bonne action**. 

Dans National Geographic  je lis : « Charognards, ces marsupiaux jouent un rôle important dans le maintien d’un écosystème sain. Les scientifiques espèrent qu’ils permettront de rétablir l’équilibre des zones où les espèces invasives comme les chats ensauvagés et les renards roux font rage ».

L'adoption d'un diable de Tasmanie m'offrirait un triple avantage:

1) Bien utilisé, ce fougueux diablotin  me permettrait de recycler intelligemment les restes liés à ma consommation de poulets bio, cochons qui ont vécu dans la béatitude, gigots dont la mort indolore a été certifiée par le mouvement L214 et contresignée par la fondation de Brigitte Bardot.

2) Ça me permettrait en outre de contribuer  à la préservation des écosystèmes en ôtant aux chasseurs tout prétexte pour semer la terreur dans les bois***. Y a-t-il trop de renards ? Pas besoin d’incommoder les  chasseurs.  Je sors avec mon diable de Tasmanie, j’approche du fourré, je lui retire la muselière …

3) Héberger chez moi un diable de Tasmanie pourrait me rendre plus intéressant : « Un diable de Tasmanie dans ton appartement ? C’est vrai ? T'es vraiment un type original, tu sais ? Je t’aime !».

Petite parenthèse : que les renards « fassent rage », comme l’écrit National Geographic, est un fait  notoire.

* Je n'ai pas inventé cette définition qui se prête en France (en Italie aussi, d'ailleurs), à des plaisanteries bas de gamme.

** Les éleveurs, toujours eux, ça commence à bien faire ...

*** Ces brutes armées, on le sait, s’amusent à massacrer les  renards au nom de la défense de l’environnement.

lundi 25 mai 2020

C'est sublime : du vert partout


« La nature reprend ses droits », titrent les médias ces derniers temps.  Que c’est beau ! Ça sonne bien et ça nous remplit de joie. Après, ça dépend des cas. Le retour de la nature, on l'oublie, est parfois glauque.  Rien de plus efficace, pour symboliser l’abandon, que l’irruption de la verdure dans l’espace domestique.  

vendredi 3 avril 2020

D’un masque à l’autre 6) Contre le pessimisme

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(Dernier segment) Avec les rescapés, on est  passé à la phase du brossage. Là aussi on a dû regretter quelques pertes, parce que ceux qui n’avaient pas compris la consigne se sont mis  à fourbir leur camarade comme si c’était une pièce d’argenterie. « Mais peut-on être plus crétin ? », hurlait l’officier, « Maintenant il y a de la poussière radioactive partout ».  À un moment il nous a tourné le dos,  deux recrues indisciplinées ont commencé à se brosser mutuellement comme deux ratons laveurs.  On cherchait à ne pas rire, mais c’était difficile.

Nous avons regagné notre dortoir avec quelques doutes sur l’efficacité de l’exercice. Mais nous avions tort. Sur le plan pratique les  dispositifs de ce genre présentent peut-être des failles, mais sur le plan psychologique ils remplissent une fonction essentielle : en ritualisant nos conduites, en nous proposant un cadre gestuel, un « mode d’emploi »,  ils nous permettent  d’atténuer notre angoisse.

mercredi 1 avril 2020

D’un masque à l’autre 5) L’importance des statistiques



Masque taoïste contre les esprits malveillants

On a  commencé la manœuvre : tout le monde a mis son masque. L’officier est passé dans les rangs pour vérifier le résultat. « Toi, ça va, mais il faut serrer davantage ». Il s'est  approché du suivant. D’une main ferme, il a saisi son masque mal installé et l’a tiré vers le bas,  comme si c’était une cravate à élastique, en lui disant : « Toi en revanche tu es mort ».  Le soldat refusait de mourir : « Attendez … je cherche à le mettre un peu plus droit … ». « Toi tu es mort, un point c’est tout. Et maintenant tu t’allonges par terre parce que je dois faire les stat' ».  Après, en haussant la voix pour que tout le monde l’entende, il a déclaré : « Ceux qui sont morts s’allongent par terre parce que je dois faire les statistiques ».

lundi 30 mars 2020

D’un masque à l’autre 4) Du bon usage de la brosse





Brosse

Et voilà l’épisode qui m'est revenu à l'esprit en méditant sur la précarité de nos moyens de défense face à la menace d’une contamination planétaire. Un matin d’été - il faisait déjà chaud - , on nous a tous réunis  sur le parvis de la caserne pour un exercice. Il s’agissait d’apprendre le comportement à tenir en cas d’attaque chimique, biologique ou nucléaire. Notre équipement se composait de deux éléments : un masque et une brosse. L’officier responsable de l’opération devait nous illustrer la procédure. D’abord il nous a montré comment appliquer  le masque : « Ça doit être parfaitement étanche. S’il y a la moindre ouverture, vous êtes foutus ! ».  Ensuite, il nous montre le bon usage de la brosse : «  La brosse n’est pas pour vous, c’est pour brosser votre voisin. Celui-ci doit se tenir immobile pendant  que vous le brossez très lentement du haut en bas. Très lentement pour ne pas disperser les particules radioactives ».





samedi 28 mars 2020

D’un masque à l’autre 3) Confiance et déception




D’un autre côté, pendant un certain temps, j’ai eu une grande confiance envers les masques à gaz. J’étais convaincu que,  à l’instar des autres fournitures de l’armée, ils  étaient   indestructibles. C’est ainsi que, le jour où on nous a emmenés au champ de tir pour que l’on prenne connaissance de notre équipement, j’ai soumis mon masque à  une série d’épreuves assez rudes. Je ne l’ai pas fait exprès. Le masque est toujours resté dans son étui, accroché à ma ceinture. Mais, tout au long de la journée, il m’a accompagné pendant les  bonds,  les rampements et autres galipettes qui me semblaient convenir à la situation. Ce n’est que dans le car, avant de rejoindre la caserne, que j’ai jeté un regard furtif à l’intérieur de la sacoche : mon pauvre masque à gaz avait perdu une lentille et l’autre était sérieusement abimée. Je l’ai déposé dans l’entrepôt, avec nonchalance,  en espérant que personne ne vérifie son état  et que la guerre n’éclate pas le lendemain.