samedi 30 novembre 2019

La farce des dindons


 

« Tiens – m’étais-je dit - Karen Knorr a fait une nouvelle installation au Musée de la Chasse et de la nature ». J’ai tout de suite compris que ce n’était pas le cas. Il s’agissait des deux dindons graciés cette année par Donald Trump à l’occasion du Thanks Giving et hébergés pendant une nuit dans un hôtel de luxe.
C’est trop facile et pas marrant à la fois, mais j’ai pensé aux 25 condamnés exécutés dans les prisons américaines en 2018*.
*Question annexe : puis-je être simultanément favorable à la consommation de dindons et hostile à la peine de mort ? Ma réponse est oui (on y reviendra).

jeudi 28 novembre 2019

"Gardez moi de mes amis"

 

Voici une invitation au séminaire de lundi prochain

Séminaire EHESS-IIAC-LACI

De l’humain animalisé au vivant humanisé

Séance du 2 décembre de 15h à 17h (salle 2, 105 bd Raspail 75006 Paris)

Sergio Dalla Bernardina  (IIAC-LACI EHESS)

"Gardez moi de mes amis" (l’amitié/homme animal, ses aspects émouvants,  ses implications opportunistes).


Depuis qu’on a compris à quel point les (autres) animaux sont proches de nous, l’anthropologie n’est plus la même. On raisonne en termes de collectifs, on s’adresse aux autres espèces comme à de véritables interlocuteurs, on s’excuse auprès des paysans et des « primitifs » de ne pas avoir compris, lorsqu’ils prêtaient aux bêtes des sentiments, des intentions, une conscience,  qu’ils avaient raison.  Attendris par cette découverte – voici  une bonne nouvelle dans la morosité ambiante -  les spécialistes des sciences humaines  multiplient les événements pour célébrer la « nouvelle entente », le « nouveau contrat ». Puisque la question animale est devenue un enjeu et, par là, un territoire à conquérir et à défendre, ils se disputent aussi  autour des méthodes et des postures légitimes (« Touche pas à mes animaux  … » « C’est moi qui les ai vus le premier »). On abordera la question suivante : est-ce que, au sein de tant d’enthousiasme, il y a encore une place pour  le regard éloigné? Peut-on rester ironique? Peut-on, sans devenir inaudible, sans se faire expulser de la chorale, mettre l’accent sur les aspects mesquins et instrumentaux de l’amitié homme/animal ?

mardi 26 novembre 2019

Délit de facies



 

Je reconnais qu’il n’est pas sérieux de se référer à Gustave Le Bon, père de la psychologie sociale, à qui l’on doit toute une série de propos réactionnaires et racistes. J’aime bien cependant son  idée que les individus, quand ils se mettent ensemble pour former une foule, sont moins futés que lorsqu’ils  agissent séparément. Mais là aussi il faut nuancer. Parfois les gens se réunissent avec un esprit de lyncheurs. Et c’est un lynchage médiatique qu’ont subi l’autre jour les chiens courants qui se trouvaient dans la forêt de Retz, pas très loin du ravin où gisait le corps inanimé d’une jeune promeneuse*. Parfois, en revanche, ils se réunissent pour la bonne cause. C’est le cas  des   30.000 signataires de la pétition qui circule dans le net pour libérer Curtis,  le Staffordshire de la promeneuse, injustement retenu à la fourrière en raison des préjugés qui traînent autour de cette race canine. Pour l’instant, à vrai dire,  on ne sait pas grand chose sur l’identité des responsables. Mais a priori, par rapport à la position des lyncheurs, je préfère celle les « innocentistes ».
Pourvu  que ce ne soient  pas les mêmes.   

* Voir les billets précédents.

dimanche 24 novembre 2019

La question migratoire



L'hiver approche, les étourneaux aussi

Pendant un long moment j’ai travaillé autour de la question des invasions biologiques. Il faut dire que nos « informateurs »* profitaient des entretiens pour parler d’autre chose. On leur demandait de commenter l’arrivée  de telle ou telle  espèce (La Caulerpe, l’Herbe de la Pampa, la Crépidule, le Cormoran … ) et eux parlaient des touristes, des chercheurs du CNRS ou d'Ifremer (« Ils sont toujours sur notre dos, on n’en peut plus …») et, naturellement, des migrants. J’y pensais l’autre matin en admirant les préparatifs, dans le Square de la Tour d’Auvergne, pour l’arrivée des étourneaux.



*Terme horrible, hélas, mais encore courant chez les ethnologues, qui fait penser aux interrogatoires et aux délateurs.

vendredi 22 novembre 2019

Tel maître, tel chien?



 

John Nost Sartorius (1755–1828) : Chiens courants soupçonnés d’homicide 

Le fait divers de le forêt de Retz est plein d'opacités. On ne sait pas encore si les auteurs du forfait sont les chiens courants, mais on l'espère vivement*. Je m'attends à un coup de théâtre. 

*S'ils n'étaient que des figurants, après ce qui a été dit à droite et à gauche sur ces chiens et, implicitement, sur leurs maîtres, ce serait très embarrassant. 

Mise à jour   l’évolution de cette histoire emblématique laisse entrevoir deux ou trois scénarios bien plus vraisemblables  que l’hypothèse grotesque    des chiens courants assassins. On y a tous pensé. Pourquoi n’a-t-on pas osé les formuler ? Le politiquement correct est en train de nous abêtir.

 

mercredi 20 novembre 2019

Un accident de chasse dans l’Aisne ?





L’histoire est atroce. Une femme enceinte qui faisait son jogging en  forêt de Retz (Aisne) a été tuée par des chiens non identifiés. Qui sont les coupables? Des chiens errants ? Les chiens qui participaient   à une chasse à courre dans le même endroit ? Son chien à elle? (Ça alors … soyons sérieux ! *). Personne ne le sait encore sauf, vraisemblablement, les journalistes de l’Express qui illustrent  cette nouvelle par la photo d’une chasse à courre.

J’attends quelques jours pour  exprimer mon point de vue sur cette manière de traiter l’information et sur ce fait tragique qui nous aide à mieux comprendre, dans les réactions qu’il suscite, la violence  qui sous-tend le débat animalitaire.  

*Penser aux loups ce serait ridicule. On sait bien que, contrairement aux chiens courants, les loups  n’attaquent jamais les êtres humains.

lundi 18 novembre 2019

« On aura ta peau » (le tanneur tanné)


On a eu sa peau
Ça s’est passé à Brest, les témoignages concordent. La vitrine d’un commerçant de fourrures a été taguée pendant la nuit. En se rendant au travail, le matin, les passants pouvaient lire l’inscription, en grands caractères noirs : « Tu as eu leur peau, on aura la tienne ! ». Quelques heures plus tard tout avait disparu ( « On va pas faire de la pub à ces vandales … »). Quelques mètres plus loin il y avait un magasin de chaussures. Pas un seul tag, chez ces complices. Mais ça va venir : « Tu as fait des chaussures avec leur peau ? On les fera avec la tienne ».
On désigne un ennemi, on en tire un trophée. C'est déjà arrivé.

samedi 16 novembre 2019

Il y a chien et chien

Je profite de cet espace  pour annoncer la prochaine séance du séminaire : 

 De l’humain animalisé au vivant humanisé

Lundi 18 novembre
EHESS, 15 h à 17 h (salle 2, 105 bd Raspail 75006 Paris)


Nicolas Elias

« Une vie de chien ». Réintroduire les pulsions en anthropologie ?


Réintroduire les pulsions en anthropologie ? L’enjeu de cette communication sera moins ambitieux. Face aux questionnements sur les représentations ontologiques des « non-humains », il s’agira de postuler que l’anthropologie (politique) ne peut faire l’économie d’une réflexion ontologique sur l’homme, et, en premier lieu, sur ce que Claude Lévi-Strauss nomme, assez dédaigneusement, « désir, pulsion, affect, que sais-je encore... ». Pour cela, je propose d’effectuer un détour par la figure de Diogène de Sinope, et sa pratique hautement politique de l’ascèse, en vue de saisir des discours vernaculaires sur le sujet pulsionnel.


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jeudi 14 novembre 2019

Canitude et transcendance

J'ai pris cette photo dans la rade de Brest il y a quelques années

Est-ce que les chiens ressentent le sentiment du sublime? Moi je pense que oui.

mardi 12 novembre 2019

With a little help from my friends II. (Pour qui voter aux municipales de Brest ?).




J’ai pris ce cliché il y a quelques jours. J’aime  son ambiance  "yougoslave"


1) On votera bientôt, à Brest, pour l’élection du maire. Au marché Saint-Louis on nous file des tracts. N’arrivant pas à reconnaître de loin les militants de l’extrême droite, que je ne considère pas comme des interlocuteurs légitimes, j’accepte tout.

2) Je passe du coq à l’âne. J’ai toujours été embarrassé par ces jeunes gens qui, à la sortie du Monoprix, font la manche avec leurs chiens. Sans en faire des « cas sociaux », j’aime bien leur côté bohème et anarchiste (on ne va pas idolâtrer Rimbaud ou  Kerouac   et détester ces visionnaires un peu perdus, tout aussi idéalistes et tout aussi en danger).  S’ils me troublent c’est que je les soupçonne, parfois, d’instrumentaliser leurs animaux de compagnie pour susciter notre compassion.

3) Parmi les tracts que j’ai reçus il y en avait un des animalistes. Je n’ai rien à objecter à leur égard en sachant à quel point, chez certains esprits particulièrement sensibles, la question animale est devenue centrale (je veux dire sur le plan existentiel, au point de transformer leur vie, leur rapport au monde).

4) J’apprends en revanche avec peu d’enthousiasme  que même un parti de la droite classique comparable, dans ses orientations et dans son style, à celui de Berlusconi en Italie, vient de se découvrir une conscience « animaliste ». Si je parle de Berlusconi c’est parce que lui aussi, du jour au lendemain, s’est découvert un cœur « animalitaire ». Ça ne coûte pas grand chose et, sur le plan politique, ça peut rapporter gros.

5) Comme les punks à chiens du Monoprix, ces défenseurs tous récents de la cause animale cherchent à susciter notre adhésion en étalant leur altruisme (« J’ai les mêmes amis que vous, ils ont besoin de nous ») mais à des fins électorales ( « Voter pur moi c’est voter  pour eux »)*. Je comprends les premiers, je me méfie des  seconds.


* Je me demande, au passage, ce qu’en pense le Bon Dieu.

dimanche 10 novembre 2019

Le requin tigre, contrairement au loup …




Il ne faudrait pas plaisanter autour de ces faits tragiques. Donc je me retiens. La nouvelle, a priori, n’a rien d’exceptionnel. Un touriste écossais, à La Réunion, a été dévoré par un requin tigre (le qualificatif « tigre », comme pour le moustique homonyme, en dit long sur la férocité de l’animal)*. Il s’agit de la onzième victime  en quelques années, ce qui rend l’épisode somme toute banal et parfaitement en ligne avec l'éthologie du requin.  Un détail macabre, toutefois,  a attiré l’attention des journalistes et, par-là, des lecteurs dont je fais partie :   dans l’estomac du requin on a trouvé un doigt du touriste.  Et qu’y avait-il autour du doigt ? Son alliance de mariage.
La mer prend et parfois restitue. J’ai pensé à la gourmette de Saint-Exupéry.  

*Ou c'est peut-être la morphologie, mais lorsqu'on ressemble à un tigre ce n'est jamais un hasard.

vendredi 8 novembre 2019

L’odeur de l’Autre




Fresque pariétale  dans les toilettes d’un vénérable institut universitaire.

« Comme ils commençaient à se chauffer, ils entendirent heurter trois ou quatre grands coups à la porte : c'était l'Ogre qui revenait. Aussitôt sa femme les fit cacher sous le lit et alla ouvrir la porte. L'Ogre demanda d'abord si le souper était prêt, et si on avait tiré du vin, et aussitôt se mit à table. Le Mouton était encore tout sanglant, mais il ne lui en sembla que meilleur. Il fleurait à droite et à gauche, disant qu'il sentait la chair fraîche. Il faut, lui dit sa femme, que ce soit ce Veau que je viens d'habiller que vous sentez. Je sens la chair fraîche, te dis-je encore une fois, reprit l'Ogre en regardant sa femme de travers, et il y a ici quelque chose que je n'entends pas ».

« Ucci ucci sento odor di cristianucci! 
Ma no, e l'odore della carne dei cervi - disse sua moglie, tremando.
Ma l'Orco non si lasciava ingannare, conosceva troppo bene l'odore di carne umana.
Ucci ucci sento odor di cristianucci! 
»

La version française diffère de l’italienne. En Italie, derrière la chair humaine, l'ogre flaire une odeur de « cristianucci », à savoir de « petits chrétiens ».

mercredi 6 novembre 2019

Balance ta pie



Je vais raconter une histoire politiquement peu correcte. Oui, parce qu’en  parcourant le Blog de l'Association Nature Alsace Bossue*  je viens de découvrir  qu’il est moral aujourd’hui, et cohérent avec les avancées de la science, d’innocenter les pies,  injustement accusées de cleptomanie.

Nous habitions  à la campagne, dans le sud de la France. Mon amie portait des boucles dorées. Elle les enlevait mécaniquement lorsqu’elle prenait  le soleil. Dans le jardin les pies pullulaient. Un jour les boucles ont disparu, mais on n’a pas pensé à ces gracieux corvidés, bien évidemment. Quelques mois plus tard, une de ces boucles est réapparue sous le troène, à quelques dizaines de mètres de l’emplacement où mon amie s’exposait au soleil. À la fin de l’hiver, la neige venait juste de se retirer (il neige même en Provence, parfois), nous sommes tombés sur l’autre boucle. Elle  brillait dans la boue, au bord de la route qui menait à la maison. C’est à ce moment que nous avons pensé aux pies. Cette explication  nous paraissait évidente, mais comment la prouver ? Comment avancer cette hypothèse sans passer pour des colporteurs de vieux clichés anthropocentristes ? Bien plus vraisemblablement, il s’agissait d’un complot fomenté par les ennemis des pies. Et Dieu sait s’ils sont nombreux.

Pour tout dire, je trouve que priver la pie de son aura légendaire est un geste bête et méchant.

Question annexe :

Quel titre pourrait-on envisager pour donner à l’œuvre de Rossini une connotation moins discriminatoire ? « La pie volante ? » « La pie réhabilitée ? ». J’accepte des propositions.


dimanche 3 novembre 2019

Importante découverte dans les Pyrénées : une espèce myrtillophage*


Plantigrade flexitarien

Conversation avec un naturaliste :

- J’ai entendu l’autre jour à la radio ... c’était le responsable d’un Parc Naturel,  il me semble, ou quelque chose de ce genre ... que l’ours n’est carnivore qu’à 25%. Cela me paraît difficile à croire. Et où trouve-t-il les 75% manquant?

-  Ben, il y a beaucoup de myrtilles …

Je n’ai pas compris s’il plaisantait.

*À 75%

vendredi 1 novembre 2019

Halloween et le retour des morts (ce n’est même pas vrai)



Est-ce que les ancêtres ont le pouvoir d’interférer dans notre vie ? Ailleurs c’est une évidence, la question ne se pose même pas. Chez nous c’est différent. Parfois on dirait qu’ils existent bel et bien, et qu’ils font des petits gestes (ou grands, peut-être, mais qui passent inaperçus). Plus généralement, on dirait qu’ils regardent impuissants : « Ça alors ! … mais ce n’est pas possible, je n’aurais jamais cru … c'est indigne ... il faudrait faire quelque chose ! ». Ils voudraient intervenir, gronder, châtier, mais ils ne peuvent pas. C’est ainsi que, n’ayant rien à craindre,  nous  sommes libres de les décevoir et même de les  trahir.

Dans d’autres sociétés on craint la vengeance  non seulement des ancêtres, mais aussi  des animaux  :

« On s’excusait de l’acte qu’on allait accomplir, on gémissait de la mort de la bête, on la pleurait comme un parent. On lui demandait pardon avant de la frapper. On s’adressait au reste de l’espèce à laquelle elle appartenait comme à un vaste clan familial que l’on suppliait de ne pas venger le dommage qui allait lui être causé dans la personne d’un de ses membres. Sous l’influence des mêmes idées, il arrivait que l’auteur du meurtre était puni ; on le frappait ou on l’exilait » (H.Hubert et M.Mauss, Essai sur la nature et la fonction du sacrifice dans M. Mauss, Œuvres, I, Paris 1968, pp. 233-234).