jeudi 14 novembre 2019

Canitude et transcendance

J'ai pris cette photo dans la rade de Brest il y a quelques années

Est-ce que les chiens ressentent le sentiment du sublime? Moi je pense que oui.

mardi 12 novembre 2019

With a little help from my friends II. (Pour qui voter aux municipales de Brest ?).




J’ai pris ce cliché il y a quelques jours. J’aime  son ambiance  "yougoslave"


1) On votera bientôt, à Brest, pour l’élection du maire. Au marché Saint-Louis on nous file des tracts. N’arrivant pas à reconnaître de loin les militants de l’extrême droite, que je ne considère pas comme des interlocuteurs légitimes, j’accepte tout.

2) Je passe du coq à l’âne. J’ai toujours été embarrassé par ces jeunes gens qui, à la sortie du Monoprix, font la manche avec leurs chiens. Sans en faire des « cas sociaux », j’aime bien leur côté bohème et anarchiste (on ne va pas idolâtrer Rimbaud ou  Kerouac   et détester ces visionnaires un peu perdus, tout aussi idéalistes et tout aussi en danger).  S’ils me troublent c’est que je les soupçonne, parfois, d’instrumentaliser leurs animaux de compagnie pour susciter notre compassion.

3) Parmi les tracts que j’ai reçus il y en avait un des animalistes. Je n’ai rien à objecter à leur égard en sachant à quel point, chez certains esprits particulièrement sensibles, la question animale est devenue centrale (je veux dire sur le plan existentiel, au point de transformer leur vie, leur rapport au monde).

4) J’apprends en revanche avec peu d’enthousiasme  que même un parti de la droite classique comparable, dans ses orientations et dans son style, à celui de Berlusconi en Italie, vient de se découvrir une conscience « animaliste ». Si je parle de Berlusconi c’est parce que lui aussi, du jour au lendemain, s’est découvert un cœur « animalitaire ». Ça ne coûte pas grand chose et, sur le plan politique, ça peut rapporter gros.

5) Comme les punks à chiens du Monoprix, ces défenseurs tous récents de la cause animale cherchent à susciter notre adhésion en étalant leur altruisme (« J’ai les mêmes amis que vous, ils ont besoin de nous ») mais à des fins électorales ( « Voter pur moi c’est voter  pour eux »)*. Je comprends les premiers, je me méfie des  seconds.


* Je me demande, au passage, ce qu’en pense le Bon Dieu.

dimanche 10 novembre 2019

Le requin tigre, contrairement au loup …




Il ne faudrait pas plaisanter autour de ces faits tragiques. Donc je me retiens. La nouvelle, a priori, n’a rien d’exceptionnel. Un touriste écossais, à La Réunion, a été dévoré par un requin tigre (le qualificatif « tigre », comme pour le moustique homonyme, en dit long sur la férocité de l’animal)*. Il s’agit de la onzième victime  en quelques années, ce qui rend l’épisode somme toute banal et parfaitement en ligne avec l'éthologie du requin.  Un détail macabre, toutefois,  a attiré l’attention des journalistes et, par-là, des lecteurs dont je fais partie :   dans l’estomac du requin on a trouvé un doigt du touriste.  Et qu’y avait-il autour du doigt ? Son alliance de mariage.
La mer prend et parfois restitue. J’ai pensé à la gourmette de Saint-Exupéry.  

*Ou c'est peut-être la morphologie, mais lorsqu'on ressemble à un tigre ce n'est jamais un hasard.

vendredi 8 novembre 2019

L’odeur de l’Autre




Fresque pariétale  dans les toilettes d’un vénérable institut universitaire.

« Comme ils commençaient à se chauffer, ils entendirent heurter trois ou quatre grands coups à la porte : c'était l'Ogre qui revenait. Aussitôt sa femme les fit cacher sous le lit et alla ouvrir la porte. L'Ogre demanda d'abord si le souper était prêt, et si on avait tiré du vin, et aussitôt se mit à table. Le Mouton était encore tout sanglant, mais il ne lui en sembla que meilleur. Il fleurait à droite et à gauche, disant qu'il sentait la chair fraîche. Il faut, lui dit sa femme, que ce soit ce Veau que je viens d'habiller que vous sentez. Je sens la chair fraîche, te dis-je encore une fois, reprit l'Ogre en regardant sa femme de travers, et il y a ici quelque chose que je n'entends pas ».

« Ucci ucci sento odor di cristianucci! 
Ma no, e l'odore della carne dei cervi - disse sua moglie, tremando.
Ma l'Orco non si lasciava ingannare, conosceva troppo bene l'odore di carne umana.
Ucci ucci sento odor di cristianucci! 
»

La version française diffère de l’italienne. En Italie, derrière la chair humaine, l'ogre flaire une odeur de « cristianucci », à savoir de « petits chrétiens ».

mercredi 6 novembre 2019

Balance ta pie



Je vais raconter une histoire politiquement peu correcte. Oui, parce qu’en  parcourant le Blog de l'Association Nature Alsace Bossue*  je viens de découvrir  qu’il est moral aujourd’hui, et cohérent avec les avancées de la science, d’innocenter les pies,  injustement accusées de cleptomanie.

Nous habitions  à la campagne, dans le sud de la France. Mon amie portait des boucles dorées. Elle les enlevait mécaniquement lorsqu’elle prenait  le soleil. Dans le jardin les pies pullulaient. Un jour les boucles ont disparu, mais on n’a pas pensé à ces gracieux corvidés, bien évidemment. Quelques mois plus tard, une de ces boucles est réapparue sous le troène, à quelques dizaines de mètres de l’emplacement où mon amie s’exposait au soleil. À la fin de l’hiver, la neige venait juste de se retirer (il neige même en Provence, parfois), nous sommes tombés sur l’autre boucle. Elle  brillait dans la boue, au bord de la route qui menait à la maison. C’est à ce moment que nous avons pensé aux pies. Cette explication  nous paraissait évidente, mais comment la prouver ? Comment avancer cette hypothèse sans passer pour des colporteurs de vieux clichés anthropocentristes ? Bien plus vraisemblablement, il s’agissait d’un complot fomenté par les ennemis des pies. Et Dieu sait s’ils sont nombreux.

Pour tout dire, je trouve que priver la pie de son aura légendaire est un geste bête et méchant.

Question annexe :

Quel titre pourrait-on envisager pour donner à l’œuvre de Rossini une connotation moins discriminatoire ? « La pie volante ? » « La pie réhabilitée ? ». J’accepte des propositions.


dimanche 3 novembre 2019

Importante découverte dans les Pyrénées : une espèce myrtillophage*


Plantigrade flexitarien

Conversation avec un naturaliste :

- J’ai entendu l’autre jour à la radio ... c’était le responsable d’un Parc Naturel,  il me semble, ou quelque chose de ce genre ... que l’ours n’est carnivore qu’à 25%. Cela me paraît difficile à croire. Et où trouve-t-il les 75% manquant?

-  Ben, il y a beaucoup de myrtilles …

Je n’ai pas compris s’il plaisantait.

*À 75%

vendredi 1 novembre 2019

Halloween et le retour des morts (ce n’est même pas vrai)



Est-ce que les ancêtres ont le pouvoir d’interférer dans notre vie ? Ailleurs c’est une évidence, la question ne se pose même pas. Chez nous c’est différent. Parfois on dirait qu’ils existent bel et bien, et qu’ils font des petits gestes (ou grands, peut-être, mais qui passent inaperçus). Plus généralement, on dirait qu’ils regardent impuissants : « Ça alors ! … mais ce n’est pas possible, je n’aurais jamais cru … c'est indigne ... il faudrait faire quelque chose ! ». Ils voudraient intervenir, gronder, châtier, mais ils ne peuvent pas. C’est ainsi que, n’ayant rien à craindre,  nous  sommes libres de les décevoir et même de les  trahir.

Dans d’autres sociétés on craint la vengeance  non seulement des ancêtres, mais aussi  des animaux  :

« On s’excusait de l’acte qu’on allait accomplir, on gémissait de la mort de la bête, on la pleurait comme un parent. On lui demandait pardon avant de la frapper. On s’adressait au reste de l’espèce à laquelle elle appartenait comme à un vaste clan familial que l’on suppliait de ne pas venger le dommage qui allait lui être causé dans la personne d’un de ses membres. Sous l’influence des mêmes idées, il arrivait que l’auteur du meurtre était puni ; on le frappait ou on l’exilait » (H.Hubert et M.Mauss, Essai sur la nature et la fonction du sacrifice dans M. Mauss, Œuvres, I, Paris 1968, pp. 233-234).

mercredi 30 octobre 2019

De l’humain animalisé au vivant humanisé


 
Fritz von Uhde, 1848-1911, The performing dogs (1880)
Je quitte pour un instant les considérations arbitraires, polémiques  et carnavalesques qui caractérisent  ce blog pour annoncer le début de mon nouveau  séminaire à l’EHESS.  Nous laissons derrière nous  (ne serait-ce qu’officiellement) le monde du remords et de la mauvaise foi* pour nous pencher sur l’évolution croisée des statuts  ontologiques : autrefois on animalisait les humains (on le fait encore, de temps à autre …), aujourd’hui on humanise les non-humains. Le programme est vaste.

Séminaire EHESS-IIAC-LACI
De l’humain animalisé au vivant humanisé
Séance du 4 novembre 2019 de 15h à 17h (salle 2, 105 bd Raspail 75006 Paris)


Raphaël Larrère


Peut-on parler de formes de conscience dans le règne animal ?

Après avoir exposé la problématique qui a inspiré l’expertise collective récemment réalisée par l’INRA sur les capacités cognitives et émotionnelles des animaux, en seront présentés les principaux résultats qui permettent de considérer que certains animaux sont dotés de formes de conscience semblables à celles des humains. Il conviendra alors de discuter des limites de cet exercice, puis d’en dégager trois leçons principales : 1) Ces résultats apportent de l’eau au moulin de ceux qui considèrent qu’il y a plus à respecter chez les animaux que la simple sensibilité ; 2) La condamnation épistémologique de l’anthropomorphiste mérite d’être nuancée ; 3) Cette continuité entre les intériorités de certains animaux et celle des humains, relèverait en quelque sorte d’une validation scientifique de l’ontologie que Descola qualifie d’animisme.
* L’ancien séminaire s’appelait : « L’appropriation de la nature entre remords et mauvaise foi »



lundi 28 octobre 2019

Poule position



« Des poules dans le champ de la voisine : des années d’enquête et maintenant le procès ».


Il aura fallu  des années, mais la justice, à la fin, a triomphé.  Après le cas Dreyfus, après l’affaire Grégory, cette histoire de poules très controversée. J’ai toujours apprécié l’humour involontaire du quotidien Il Gazzettino.

samedi 26 octobre 2019

Devenir animal


L’homme est l’animal le plus accompli, disait-on autrefois. Il n’empêche qu’il aime beaucoup imiter les autres espèces. Je découvre que les concepteurs du kung-fu,  pour  élaborer leurs techniques de combat, se sont inspirés des mouvements de l’aigle, du tigre,  de la mante religieuse (les sources d’inspiration  sont nombreuses). Je me demande ce que cela implique sur le plan psychologique. Plus l’imitation est réussie,  j’imagine, plus on s’identifie au modèle.  Pendant un moment, au sommet de son art, on est vraiment aigle, tigre, mante religieuse. L’animalité, dans ce cas, n’est plus un point de départ mais un point d’arrivée. 

jeudi 24 octobre 2019

Petites joies de cavernicole





L'automne avance. Plein de coulemelles dans les prés. On les ramasse dans le bonheur. Liesse de troglodyte*


*Est-ce que les troglodytes ramassaient les coulemelles ? Je vais me renseigner.

lundi 21 octobre 2019

On a filmé la mort d’un cochon (et ce n’est pas un scoop de L214)


 



Je viens de revoir : « De la tête à la queue » de Florence Evrard, un documentaire consacré à l’abattage d’un cochon dans une ferme corrézienne*.  Le film résume de façon exemplaire, pour le plus grand plaisir des ethnologues et autres spécialistes de la culture matérielle, la chaine opératoire  qui mène du cochon en chair et en os à ses dérivés alimentaires (lard, saucisses, rillettes …) . Mais il n’y a pas que du matériel. Ce qui frappe, dans ces épisodes de la vie rurale reproduits à l’identique pendant des millénaires, est leur haut degré de ritualité. L’ambiance est facétieuse et solennelle à la fois. Le  carnavalesque se mélange au tragique et au sacrificiel. Et il y a même de l’ alchimique  : à la fin de la transmutation, bien alignés sur la table, des boudins  luisants et fumants ont pris la place du cochon. Le contenu du cochon (le boyau) est devenu son contenant. C’est le cycle de la vie et de la mort. Le travail bien fait, la bête disparue, les consciences s’apaisent et on peut passer à autre chose.



*Ce sera le dernier, lit-on dans la présentation, les fermiers étant  âgés, les sensibilités ayant changé. Maintenant, comme le proposent les militants du mouvement antispéciste, il faut épargner  les animaux de rente : pour préserver les variétés régionales  (la race basque, la gasconne, le cul noir des Pyrénées …), on n’a qu’à les transformer  en animaux de compagnie.

samedi 19 octobre 2019

Peut-on encore filmer la mort d’un cochon ?



mardi 15 octobre 2019

Fallait-il regarder le mach France-Turquie ? Oui, pour la bonne cause.


 
Commentateur sportif couvrant avec enthousiasme le match France-Turquie
Fallait-il laisser jouer le match France-Turquie ?  Difficile de l’éviter, assurent les experts. Et  ils doivent avoir raison, on n’arrête pas un dispositif de cette taille. Fallait-il le regarder ? Avec un peu de pudeur, en sachant  ce qui était en train de se passer au même moment chez les Kurdes,  on aurait pu l’éviter.  J’ai hâte de découvrir, aujourd'hui, les argument sérieux qui seront évoqués par ceux qui ont cédé à la tentation  (du genre  : « Ne mélangeons pas le sport et la politique »,  « Il fallait venger ces pauvres Kurdes » …) . Ce qui m’attriste, est que parmi ceux qui ont savouré  le spectacle (ici on jouait pendant que là-bas on trucidait) il y a, à coup sûr, des donneurs de leçons (« Ne dis pas ça, c’est blessant  … », « Ne mange pas ça, c’est inhumain » … « Ne pense pas ça, c’est discriminatoire » …). Dorénavant on pourra leur répondre : as-tu regardé le match France-Turquie ? Oui ? Et bien,  alors laisse-moi tranquille !

lundi 14 octobre 2019

Tous ethnologues? La place du symbolique


Quelle est la différence entre un sociologue et un ethnologue  ? Il y en a de moins en moins dit-on aujourd’hui. L’un comme l’autre font du terrain, recueillent les témoignages oraux, travaillent sur les histoires de vie ... Je réfléchis à cette question  en lisant le passage suivant consacré à l'origine des envies (taches de naissance sur la peau) dans la pensée folklorique :
« La mère de Mme Autardet, enceinte d’elle, était allée à Echalot – village que l’on atteint par les bois -, en chemin elle vit un écureuil, voulut l’attraper mais n’y parvint pas. De désespoir, elle porta la main sur son visage et se mit à pleurer. L’enfant naquit avec la tache velue sur le visage »*. 

La différence entre le sociologue et l’ethnologue réside dans la manière de traiter ce genre de matériaux**.

*Yvonne Verdier, « Les femmes et le saloir », in T.Joas, M.-C. Pingaud, Y. Verdier, F Zonabend, Une campagne voisine, Paris, MSH,  1990
** Il y en a plein d’autres, bien entendu.

samedi 12 octobre 2019

Trois façons de papillonner




J’ai entendu dire l’autre soir, mais j’ai peut-être mal compris, qu’il existe trois types de papillons. Il y  en a qui ont une mâchoire pour broyer leur nourriture, d’autres qui ont une trompe pour la sucer. Le troisième modèle n’a ni trompe ni mâchoire.   Il fait le plein au départ et vit tant qu’il y a du carburant. Jean de La Fontaine en aurait tiré une morale.

mercredi 9 octobre 2019