Affichage des articles dont le libellé est sanglier. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est sanglier. Afficher tous les articles

samedi 27 avril 2024

Promenons-nous dans les bois (tant que la peste porcine n’est pas là) (2)

 


(Suite et fin) Qui a disséminé la myriade de sangliers qui, depuis un moment, hante les bois, les champs, les périphéries et même les centre-villes de la péninsule italienne ? On ne sait pas trop, même si on a de forts soupçons. Dans l’incertitude, disons que c’est la faute à la déprise agricole, aux écosystèmes qui n'arrêtent pas de bouger et, plus généralement, à l’État. Puisque les chasseurs n’arrivent pas à régler le problème et la peste porcine sévit, c’est bien à l’État qu’on demande une solution. Contre les sangliers, ces non-humains à quatre pattes qui avec leurs épidémies compromettent l’écoulement de la cochonaille transalpine, on a ainsi décidé de mobiliser l’armée. Acclamés par tout le monde, des spécialistes militaires utiliseront des drones pour repérer les charognes pestiférées.  On n’exclut pas l’emploi de troupes au sol.

   

jeudi 25 avril 2024

Promenons-nous dans les bois (tant que la peste porcine n’est pas là)

 

Désolé pour les jambons de Parme, mais la question est sérieuse. Je viens de lire que « La peste porcine africaine (PPA) est une maladie virale hémorragique qui touche exclusivement les porcs domestiques et les sangliers et n'est pas contagieuse pour l'Homme » (Wikipédia). Cette innocuité relative ne règle pas le problème. Si la carcasse d’un sanglier infecté par la PPA* est repérée à moins de 15 kilomètre d’une charcuterie,  celle-ci est soumise à des restrictions draconiennes. L’exportation du célèbre jambon de Parme** est désormais interdite au Japon, en Chine, en Corée du sud et à Taiwan. D’autres pays n’acceptent que la Mortadelle. Les prélèvements  des chasseurs ne suffisent pas et les non-chasseurs sont tenus à collaborer : les randonneurs  ne doivent pas sortir des  chemins balisés ni faire des pique-niques. Une  fois rentrés de leur promenade, ils sont priés de stériliser leurs vêtements et leurs chaussures (à suivre).

 

* On en a retrouvé 150 entre Parme et Piacenza. 

 **Région célèbre aussi  pour son fromage et ses aficionados de l’opéra.

mercredi 28 juin 2023

Des sangliers et des vignes (dans une société qui s’hybride)

 

  La dolce vita. Sangliers en promenade dans le centre de Rome (cliché : Il Corriere della Sera)

Avant-hier  j’ai assisté à la  soutenance de la   thèse de  Carole Marin « Sauvage en ville. Le sanglier bordelais »*. Un très beau travail, à en juger de la présentation. Il a été question de stratégies et de tactiques, d’idéologie, d’enquête de terrain,  de suivi GPS, d’interdisciplinarité …  On a appris plein de choses autour de   la « lutte contre l’ensauvagement spontané de la nature urbaine » et ses enjeux culturels et politiques.

Ce qui passionne, dans le sanglier, c’est son « affordance »  symbolique**  : à lui seul, il résume le caractère hybride du monde où nous vivons. Diurne et nocturne à la fois, sauvage mais de plus en plus enclin à socialiser avec l’humain, passant son temps  entre le fourré et les champs, le sanglier  remet en cause nos catégories habituelles, et notamment l’opposition domestique/sauvage. Pour comprendre sa logique et lui faire face, nous sommes obligés de nous hybrider à notre tour. Le géographe devient ethnologue, le chasseur devient écologue, l’éthologue devient pisteur (et c’est relativement facile parce que cette hybridité, au bout du compte, est déjà en nous,  habités comme nous sommes par plusieurs instances  à la fois).

Tout le monde a salué avec enthousiasme la qualité de cette recherche. À un certain moment, un membre du jury particulièrement scrupuleux a émis quelques critiques (ça fait partie du rituel,  il n’y a pas d’initiation sans brimades, nous rappelle Durkheim)***.  La tension, soudainement, a augmenté. Il y avait du cynégétique dans l’air.  Ça a duré quelques minutes. Loin d’être aux abois, la candidate a réagi calmement, en argumentant ses choix et en profitant des questions pour confirmer sa maîtrise  du sujet.    

Je ne sais pas comment ça c’est terminé. Très bien,   j’imagine.

* Thèse de doctorat en géographie, Bordeaux 3, sous la direction de Laurent Couderchet et de Nicolas Lemoigne.

**Dans le sens qu’il semble tout prêt pour des emplois symboliques qui sautent aux yeux.

*** Ça portait au départ sur des oublis bibliographiques. On peut comprendre. Il faut reconnaître que, lorsqu’on travaille depuis longtemps sur un sujet marginal qui a pris de l'importance (c'est le cas du statut de l'animal), on aime figurer dans l'état de l'art dressé par les jeunes chercheurs.  Lorsqu'on n'apparaît pas dans les bibliographies des collègues travaillant sur les mèmes questions, c'est encore plus vexant.

jeudi 6 avril 2023

Un chien de chasse (et de défense) : le Cursinu

 

(Suite du post précédent)

 

- Parce que les défenses, vous les avez vues, elles sont comme ça, hein.  Et c’est …  presque de l’ivoire.

- Vous les gardez à chaque fois, donc ?

-  Non, on les jette. Des fois il y en a qui ont des défenses ... belles eh, …  Ils les jettent.

-  Moi j’ai pris celles-là parce qu’il m’avait estropié le chien, celui là.

-  Il fallait voir, parce j’ai tiré de loin, au fusil eh, dans la calanque.  Je tire, pan et …  plon, il est tombé. Le chien, il n’est pas arrivé ici. Je descends, il y avait du sang. J’ai dit : oh putain, il m’a tué le chien. Il l’avait tapé dans le cuissot, il avait une entaille comme ça, il lui avait fendu le cuissot. Il est monté d’en bas, il est arrivé ici, le chien. On l’a porté chez le vétérinaire hein.

- Et vous avez réussi à le guérir ou ...

- Oui oui, il a dit :  “il n’a pas touché …” Il avait perdu du sang.

- Et après ils repartent avec la même passion ou pas ?

- Oui, il y en a qui sont encore plus méchants. Terrible hein, le chien. Celui-là il se fait exterminer tous les ans. Il faut voir les entailles qu’il se fait.  Il se fait exterminer, il ne s’arrête pas.     

mercredi 5 avril 2023

Des chiens et des sangliers

 

Chien pour la chasse au sanglier dans la région de Calvi

De fidèles compagnons ? De collabos ? Ça dépend des points de vue. En tout cas, les chiens de chasse sont plutôt sympathiques. Il y en a de timides qui folâtrent dans les bois comme des farfadets.  Et il y en a de téméraires  qui foncent, s’exposent … et après il faut les recoudre. Tout comme les toréadors.


lundi 14 novembre 2022

L’appel du domestique (à propos des sangliers et de leurs préférences alimentaires)

 


 

Alors que nous glissons vers l’alimentation sauvage, les sangliers s’orientent vers le domestique. Un agriculteur de 92 ans, près de Mantova (Italie), est en fin de vie. Un sanglier l’a attaqué dans la cour de sa maison et lui a bouffé un bras, puis il est  passé aux jambes. À l’arrivée du fils de sa victime, le suidé a pris la fuite. On le cherche partout. Et si on parvenait à l'arraisonner ? Autrefois, sans mentionner les réactions les plus immédiates, on lui aurait peut-être fait un procès*, ou on l'aurait confié à un cirque (« Venez admirer le sanglier anthropophage …  attention à ne pas trop vous en approcher »). Aujourd’hui, notre sensibilité ayant progressé, il serait confié à un centre de réhabilitation pour sangliers borderline.

Cf, à ce sujet, Evans Edward P., (1906) 1987 The Criminal prosecution and Capital Punishment of Animals. The Lost History of Europe’s Animal Trials, London, Faber&Faber.

jeudi 4 août 2022

Arte Sella et l’effet Duchamp

 

En se promenant entre le bois et les clairières, le visiteur d’Arte Sella - exposition d’art dans la nature désormais célèbre - est parfois saisi par le doute : est-ce que l’objet que j’ai en face (une pile de bois, une palissade, un muret, un engin agricole, une fontaine),  est l’œuvre sournoise d’un artiste contemporain ? Ou alors n'est-ce qu'un modeste témoignage de la vie rurale sans la moindre ambition artistique ? J’y pense à propos de ce panneau. Il illustre, a priori,  l’évolution écologique du lieu. Mais, avec un peu d’imagination, il pourrait constituer l’appropriation d’un éco-artiste dénonçant la dérive des référentiels en matière de « nature sauvage » : autrefois on affichait des chevreuils et des chamois. Maintenant on affiche des sangliers. Du gibier menacé au gibier menaçant. À la prochaine étape, à la place du panneau, il y aura peut-être un miroir avec écrit : « Attention, touristes ».




dimanche 28 février 2021

La promenade des sangliers

 


Sanglier parisien (je l’ai immortalisé dans le quartier des Batignolles avant l’émergence de la pensée animaliste). Image tirée de mon ouvrage La langue des bois. L’appropriation de la nature entre remords et mauvaise foi, Paris Muséume d’Histoire Naturelle, 2020)

 

Tout le monde semble s’occuper des sangliers, cette année, et de leur souhait de vivre avec nous. Mais le problème n’est pas récent. Si à  Nice, en profitant de la pandémie, ces suidés omnivores se  reproduisent joyeusement, à Gènes, comme je le soulignais il y a dix ans, ils cohabitent peinards avec la partie la plus éclairée de la population urbaine. Et cette amitié interspécifique est  loin d’être la seule : 

“Nouveaux « mendiants » - j’écrivais -  les sangliers circulent en ville, nourris de spaghetti par des gens compassionnels.  Les ours polaires sont soignés par des dentistes alors que les chats et les chiens, encore plus proches de l’homme qu’ils l’étaient auparavant,  vont chez le psychologue et prennent du Prozac. Las de vivre dans les bois,  les piverts s’installent dans les maisons secondaires et creusent des trous dans les fenêtres  « à l’ancienne » (c’est ce qu’on appelle la multipropriété : lorsque les humains s’absentent les pivert réaménagent).  Grâce à la médiation des chiens  « Patou », le loup habite déjà ou presque avec l’agneau. Le paysan, dûment apprivoisé, ne s’oppose plus à l’ensauvagement  de ses terres (ici et là, il faut l’avouer, on trouve encore quelques poches de résistance, mais avec l’aide d’un bon négociateur …). Habillé en « vrai paysan » pour être plus photogénique,  faute de cultiver des terres de plus en plus en friche, il cultive son image et apprend aux touristes, qui le remplaceront bientôt (on les appellera les néo-ruraux), ses savoir-faire  ancestraux”. (Sergio Dalla Bernardina, Le retour du prédateur, Presses universitaires de Rennes, 2011), p. 122.

mercredi 2 décembre 2020

On est ce qu’on mange (à propos des sangliers)

 

Allez savoir pourquoi, je me laisse distraire par les histoires d’ours et de loups, alors qu’il faudrait se concentrer sur les sangliers. Les sangliers sont très « bons à penser », comme le dirait Lévi-Strauss. Ils sont plusieurs choses à la fois (fauve et cochon, par exemple), ils digèrent n’importe quoi et sont les protagonistes quotidiens de toute une série d’histoires qui vont du pittoresque au tragique. Il y en a qui divaguent comme des desperados sur le circuit autoroutier, d’autres qui se font abattre en plein centre ville par les agents communaux sous les yeux des enfants en larmes (à Rome, tout récemment), d’autres qui font de la peine (même s'ils pullulent et sont très poilus) et parviennent à se faire adopter (c’est interdit mais on s'en fiche …). D’autres encore qui – comble de l’ingratitude – après avoir été adoptés finissent par manger leur bienfaiteur. Le sanglier, il faut s'en souvenir, est omnivore.