vendredi 10 juillet 2020

Totémisme de chez nous (pourquoi on ne mange pas de chats)


Juste un mot  sur l’extracommunautaire qui l’autre jour, dans une petite ville de Toscane, a rôti un chat sous les yeux de tout le monde   dans le but de le manger. « Pourquoi sommes-nous plus sensibles à la mort d’un chat qu’à celle d’une vache ? », se demande Anna Mannucci dans un article publié dans le Corriere della sera*. Elle répond : « Le chat, comme le chien, fait partie de la famille (c’est elle qui souligne)  et nous avons tous, à l’égard des membres de notre famille, des devoirs différents par rapport à ceux des autres ». 
Le chat toscan, évidemment,  ne faisait pas partie de la famille de l’extracommunautaire, qui l'a donc cuisiné.

mercredi 8 juillet 2020

Pas d'inconscient chez les amis des animaux?


 

Sigmund Freud venant d'avouer à sa fille Anna que la découverte de l'inconscient était un canular  

Encore un mot pour reconnaître la fragilité d’une démarche  attribuant au « montreur de souffrances », à côté de ses  motivations conscientes, des motivations inconscientes qu’il ne maîtrise pas*.
En fait, qui m'autorise à poser l'existence de mobiles occultes  qui échapperaient à la conscience des individus? Et éventuellement, si ces mobiles devaient vraiment exister, pourquoi aurais-je le droit de les interpréter? À quel titre?  Ne serais-je pas en train de projeter sur l’autre  des motivations inconscientes issues de  mon inconscient à moi ?  

* Inutile de préciser que je me considère tout aussi double que le montreur de souffrance que j’accable ici.

lundi 6 juillet 2020

Vidéos-shock : compassion ou délectation?


Spectateurs indignés regardant  une séquence insoutenable
Je reviens sur une hypothèse que je suggère dans « Faut qu’ça saigne ». Ce n'est pas automatique, bien entendu, mais la dénonciation des souffrances animales peut cacher l’attraction pour la scène sanglante  (on montre une scène « insoutenable » et  on la savoure sans honte, puisque c’est pour le bien des animaux)*. On m’a rétorqué, très sagement, que pour faire cesser les violences il faut bien les montrer. Cette explication devrait suffire, pourquoi chercher plus loin?  La question est délicate. Peut-on imaginer, à côté des motivations officielles ( « Je montre des animaux martyrisés pour que cela s’arrête ... »), l'existence de motivations inavouables du genre :
1) Je montre des animaux martyrisés parce que c’est excitant ;
2) Je montre un chat torturé à mort et un phoque décapité parce que ça déclenche la réaction : “il y a du sang, ça m'intéresse  ...”, réaction qui  m'assure un  scoop à bon marché;
3) « Je montre des sévices parce que cela me permet de gérer le débat, même si je n'ai rien à dire,  en qualité de "Maître des animaux" ("Qu'est-ce que l'animal? C'est un être souffrant dont je suis le représentant ...").
* Il n'y a rien de nouveau dans cette idée, comme bien le savent les lecteurs de  Freud. 

samedi 4 juillet 2020

Récompenses, la valeur d’une vie 4)



(suite) Une des principales caractéristiques des fleuves qui longent les villes est qu’on y trouve des épaves métalliques. Il y en avait une juste à portée de ma main. Elle n’était pas très aérodynamique (un morceau de vieille cuisinière, je crois) mais peu importe.  Dans la tentative de sauver ma créature*, j'ai brandi l'épave et  me suis lancé comme un samurai en direction du chien noir. Je hurlais très fort pour lui faire peur. À ce moment (pas avant), l’homme de la bibliothèque a rappelé son chien qui a obéi instantanément. Il était haletant et contrarié**. « De toute façon, a-t-il commenté avec dépit, il n’y avait pas de quoi s’inquiéter : je suis assuré ».
Revenons à nos ours, à nos loups et aux carnages qu'ils réalisent dans les prairies de France et de Navarre. Leurs défenseurs rétorquent aux bergers (et c’est presque un reproche) : « De toute façon, l’État vous rembourse ! ».
Leur raisonnement est le même que celui du géomètre.
FIN
* Une créature "pas d'exception", mais quand même ... 
** Tous les deux étaient haletants et contrariés.

jeudi 2 juillet 2020

Récompenses (la valeur d’une vie 3)

Mon chien de l'époque
 (Suite) Mon chien aussi avait l’air d’un setter, juste un peu plus fragile, avec des taches multicolores qui le faisaient ressembler à un tableau de Pollock. Il était flexitarien. Il mangeait quand même de la viande, de temps en temps, mais il semblait préférer les fruits et les légumes. Les pommes, tout particulièrement. Je l’amenais volontiers sautiller près du fleuve dans l’espoir d’améliorer, par l’exercice physique, sa constitution un peu chétive.  Nous étions en pleine promenade lorsque j’ai cru apercevoir, à la lisière entre le gravier et la végétation fluviale, les silhouettes du géomètre et de son fidèle compagnon.  Mon crétin de chien, en les voyant, s’est dirigé joyeux dans leur direction. Le berger belge l’a tout de suite repéré. Il était sans laisse et sans muselière. Il avançait lentement,  ne le quittant pas des yeux, comme un prédateur prêt à bondir (à suivre).

mardi 30 juin 2020

Récompenses (la valeur d’une vie 2)



  

(Suite du billet précédent). Or, il s’ avère que ce monsieur irascible qui faisait régner l’ordre dans la bibliothèque municipale était, justement, propriétaire d’un grand chien de défense. Il s’agissait d’un berger belge plus noir que le diable.  Comme c’est souvent le cas, ce chien ressemblait à son maître.  Il était massif et tirait la laisse au point  de s’étrangler en émettant des vociférations riches et variées. Retenu par le géomètre (qui était peut-être un comptable), il aurait mis de l’ordre dans la vie de toute créature lui passant sous le nez. Parfois il y parvenait. Il avait réussi, par exemple, à raccourcir l’existence du vieux setter d’un employé du tribunal, croisé lors d’une promenade et égorgé sur place sans aucune difficulté ("Un setter anglais? C'est fastoche!"). Depuis, il circulait avec une muselière qu’on lui enlevait seulement en plein air (à suivre).

dimanche 28 juin 2020

Récompenses (la valeur d’une vie)


La bibliothèque municipale de ma ville natale
Les histoires de « récompenses » et de « créatures d’exception » évoquées dans les billets précédents ont réveillé chez moi un ancien souvenir.  Il remonte à l’époque où je préparais  ma maîtrise, en Italie. Pendant l’été, l’université étant fermée, je passais mes matinées à la bibliothèque municipale pour lire la presse locale du XIXème siècle (du point de vue ethnologique, c’est tout aussi enrichissant que faire du terrain). Parmi les aficionados il y avait un drôle de retraité, je ne sais plus s’il était géomètre ou comptable. Il parcourait les journaux avec fébrilité.  Il ne parlait pas, mais ses soupirs saccadés, sortes de râlements,  attiraient l’attention. Sans lever le regard, il surveillait tout le monde. Dès qu’un lecteur s’adressait à son voisin  pour demander des informations, il fonçait sur lui comme un chien de garde en criant (j’exagère à peine) : Ma dove crede di essere ? Questa è una biblioteca pubblica. Esca subito di qui !  (« Mais où vous croyez-vous ? Ici on est dans une bibliothèque publique. Sortez immédiatement !). J’avais lu, à l’époque, qu’un chercheur américain - un psychologue je crois - prétendait  avoir repéré chez les propriétaires des grands chiens de défense la  tendance à s’immiscer dans la vie d’autrui (oui, parce que le penchant à « fliquer » son prochain, selon lui, répondait à une configuration psychologique)*. (À suivre).

* Cela pourrait ouvrir sur un débat intéressant sur les vocations.

vendredi 26 juin 2020

J’ai raison et basta! (être ours dans les Pyrénées)


"Magnifiques créatures"  pâturant dans les environs de Plougastel*
J'ai posé sur Twitter (je cherche à me moderniser ...) la question suivante : 
« Peut-on comprendre, sans passer pour des collabos, les raisons de ceux qui ont tué l’ours dans les Pyrénées ? »
Quelqu’un (nommé Alyce) m’a répondu : « Non, on ne peut pas comprendre. La prison pour celui qui a tué cette magnifique créature et basta ! ».
Sur le plan juridique je n’ai rien à objecter. Que l’on soit berger,   policier,  ou militant animaliste, on n’a pas le droit de se faire justice tout seul. Cette convergence avec mon interlocutrice, cependant,  ne m’empêche pas de chercher à comprendre le sens des comportements humains dans les pâturages ariégeois. J'ajouterai que l’argument de la  « magnifique créature » me laisse perplexe. Et si la créature n’était que « moyenne », voire « bas de gamme » comme par exemple un mouton?
*Je ne suis pas l'auteur de ce très beau cliché.  

mercredi 24 juin 2020

Des mafieux dans les Pyrénées


Vieux mafieux pyrénéen s'apprêtant à empocher une récompense.

La prime pour les informations permettant de démasquer  les « assassins » de l'ours retrouvé mort il y a quelques jours dans les Pyrénées  devient de plus en plus alléchante.

Dans l’entretien que Madame  Lamya Essemlali, présidente de l’association Sea Shepherd France a donné au mensuel Outside je lis le passage suivant :

« Déjà l’annonce de notre offre de récompense a sensibilisé l’opinion publique et augmenté la pression sur l’État qui doit assumer ses responsabilités dans une région où la mafia anti ours fait régner la terreur. Les tensions y sont tangibles, dans un climat d’impunité totale. Notre message est clair : les responsables doivent être confondus et assumer leurs actes ». *

J’aurais voulu exprimer mes doutes – je veux dire les doutes d’un anthropologue – sur la pertinence de  cette manière un peu trop rapide de décrire une communauté, ses motivations, son ethos. J’aurais aussi aimé, juste pour mettre les choses en perspective,  évoquer d’autres cas de stigmatisation des populations indigènes et de recours à des informateurs locaux pour briser l’ « omertà »**.

Le fait est que j’ai peur. Je viens de lire que l’association Sea Shepherd  prévoit des initiatives légales  contre la Présidente du Conseil Départemental de l'Ariège :

« Madame Téqui tient par ailleurs dans son communiqué des propos diffamatoires à l'encontre de Sea Shepherd. Propos pour lesquels nos avocats se chargeront de répondre ».*** 
Donc j’ai peur :  et si, après avoir proposé mon analyse, je devais me retrouver moi aussi au tribunal, à côté de Madame Téqui? J'ai donc décidé de me taire. Ce sera l’omertà****.
Je ne peux que saluer, au passage,  la redoutable efficacité de l’association Sea Shepherd.

*https://www.outside.fr/ours-abattu-sea-shepherd-offre-15000e-de-recompense/

** Ce n’est pas moi qui utilise ce mot, c’est madame Essemlali.

*** https://seashepherd.fr/index.php/actu-editos/actualites/211-news-19062020-fr-01
**** Je suis italien, d'ailleurs, donc c'est un réflexe naturel, spontané ... 

lundi 22 juin 2020

Être végan à Belfort


 
 Ancienne publicité d'un ouvrage instiguant à la consommation carnée
 Je découvre la photo du lion de Belfort décapité par un groupe d’activistes végans*. Ils ont laissé un message, paraît-il, où ils revendiquent  « la destruction d’un symbole humiliant de la tyrannie carnivore ». Incrédule, je relis deux ou trois fois cette déclaration pittoresque, à mi-chemin entre l’hymne patriotique et le gag surréaliste. Ils doivent être  des  préados, je me dis. C’est l’âge où on aime proférer des gros trucs insensés et après on se laisse entraîner par la sonorité des mots. S’ils étaient plus âgés, il y aurait de quoi s’inquiéter.  Je pense aux pauvres végans belfortains qui, dans leur grande majorité, n’ont rien à voir avec ce geste obtus et iconoclaste.  Je comprends ensuite que c'est un canular.
* Cette histoire troublante (et passionnante, en ce qu'elle a d'emblématique et de peu croyable à la fos),  m'avait échappé. Merci à Steve Lazzaris de me l'avoir signalée.

vendredi 19 juin 2020

Ours modernes et ours d’autrefois




L’ours traditionnel menait sa vie de prédateur. On le considérait comme un  nuisible, un ennemi.  L’ours moderne, en revanche,  est devenu notre délégué dans les espaces boisés : à l’instar du loup, il exerce pour nous la fonction prédatrice (on n’aime pas la violence, c’est vrai, mais il faut bien que ça saigne …). Il est tellement proche des humains, désormais, que son abattage est qualifié d’assassinat. On offre même des récompenses (30.000 euros, tout récemment), pour retrouver ses "assassins". Trop chargé de renvois historiques et d'implications symboliques, cet appel à la délation* mérite quelques réflexions supplémentaires. J'y reviendrai après-demain.  

*C'est comme ça qu'il est perçu par plusieurs commentateurs.

mercredi 17 juin 2020

Le crucifix est un trophée? « Faut qu’ça saigne » dernier épisode.




 


L’idée centrale de « Faut qu’ça saigne »   m’est venue  dans une boucherie (ce qui n'est pas étonnant). Sur le mur, l’un à droite et l’autre à gauche du boucher, trônaient un crucifix et une tête de chamois. Du coup, le présentoir où brillaient les morceaux de viande m’a fait penser  à une sorte d’autel. Rien d’orchestré, certes, rien de volontaire, mais la charge symbolique de ce rapprochement impie a commencé à travailler dans mon esprit : et si le crucifix aussi, à sa manière, était un trophée ? Et si le trophée aussi, à sa manière, était un crucifix ?  C’est autour de cette mise en parallèle  apparemment absurde que j’ai construit mon bouquin.

samedi 13 juin 2020

Ce que vous n'avez pas pu entendre au dernier colloque de la SEF



Capture d'un anthropologue dissident au cours d'une campagne de moralisation des rapports entre les humains et les non-humains.



Je croyais poser une question centrale à propos de la gestion du discours sur l’animal dans les sciences humaines et sociales (question éthique et déontologique).  Pour cette raison j’ai répondu favorablement  à une proposition qui m’avait été personnellement  adressée par les responsables du dernier colloque de la SEF :  « Les animaux en ethnographie : quelles méthodes d’enquête, quelles postures éthiques ? » Muséum National d’Histoire Naturelle de Paris, 21 et 22 novembre 2019.


Voici le résumé : 


« Nouveaux  collaborationnismes. Reste-t-il une place pour l’ethnographie de la chasse ? »


Il y a encore quelques années, l’anthropologie de la chasse gardait toute sa légitimité. Moins noble que l’étude des sociétés de chasse-cueillette ou de l’imaginaire cynégétique médiéval, elle constituait néanmoins un domaine  de recherche respectable.  Un peu « ringard » et « passéiste », selon certains,  mais susceptible, en raison de la marginalité historique de son objet,  de  donner des informations précieuses sur les connaissances naturalistes vernaculaires, sur la sociabilité rurale, sur les dynamiques identitaires, sur les manières « non modernes » de se représenter les frontières ontologiques. Le discrédit qui pèse sur la chasse aujourd’hui semble déteindre  sur les chercheurs qui s’en occupent. D’où cette question de caractère général : peut-on se pencher sur ces mondes obsolescents  (l’univers de la chasse mais aussi celui de la corrida, du cirque, du Palio de Sienne etc.)  sans passer pour des nostalgiques et des complices ?


Ma proposition n'a pas été retenue, ce qui semble confirmer la pertinence de ma question.


Plus j’y pense, plus je trouve que cette question mériterait, à elle seule,  un colloque tout  entier.

 




jeudi 11 juin 2020

"Je suis encore plus gentil que Saint François" (Faut qu’ça saigne 4) *




On peut aimer les animaux tout en étant loup-garou sur les bords

Encore un mot sur l’attachement multiforme que l’on peut ressentir pour son prochain, humain et non-humain. La vulgate  animalitaire (représentée par des institutions du genre  People for the Ethical Treatment of Animals, la fondation Brigitte Bardot, 3O millions d’amis  etc.),  met en avant l’empathie et la bonté,  célèbre l’altruisme et  fustige la cruauté. C’est louable et sacro-saint.  Mais  dans les impulsions qui nous poussent vers l’Autre, il n’y a pas que de la solidarité franciscaine. Si dans un certain domaine de notre expérience (celui du rapport aux animaux, par exemple) nous nous montrons charitables,  c'est peut-être que nous avons choisi d'autres lieux pour exprimer notre agressivité, d'autres catégories   sur lesquelles déverser notre haine et notre misanthropie  (le boucher, le chasseur, le Musulman ...).
Le monde n'est pas dichotomique, les Saint François d’un côté, les Loups-garous  de l’autre. Dans chacun d’entre nous les deux tendances cohabitent, ce qui change est juste le dosage. Le problème est que le discours  ambiant ne donne la parole qu’à  Saint François laissant le Loup-garou dans l’ombre, ou  projetant son profil malsain sur les « autres », les redoutables « ennemis des animaux ». 

Dans le prochain billet j’illustrerai par un exemple personnel les difficultés que l’on peut rencontrer lorsqu’on se permet de jeter un regard froid et analytique sur les relations constructives que nous entretenons avec  les autres animaux.



*À propos de Faut qu'ça saigne. Écologie, religion, sacrifice, Éditions Dépaysage, à paraître fin juin 2020

mardi 9 juin 2020

Le bêtisier de Mai 2020 (suite et fin)


Être vivant à part entière (et à roulettes)

J'ouvre une parenthèse ludique pour  revenir sur les épreuves  du cours  "De l'humain animalisé à l'animal humanisé". Voici  deux pépites  issues du dernier tamisage :
1) "Sur le plan législatif, les animaux sont passés de immeubles (catégories des objets inanimés) à meubles (êtres vivants à part entière)".

2) "Philippe Dujardin réfléchit aux conditions de constitution des groupes sociaux. Selon lui, l’homme est une entité de base de ces derniers".

samedi 6 juin 2020

« Faut qu’ça saigne ». (3 : pourquoi montrer et pourquoi regarder?)*




Ce n'est pas la vraie tête d'un cerf décapité, c'est juste une copie. Faux trophée dans un commerce brestois.

(Suite du billet précédent). Je continue  donc avec la présentation de  mon essai d’anthropologie conjecturale. Au lieu de m’extasier sur les bienfaits de la nouvelle alliance entre les hommes et les animaux, au lieu d’ajouter ma voix au débat actuel sur la bonne et sur la mauvaise mort animale, je suis parti du constat que cette mort, qu’elle soit bonne ou mauvaise, garde un charme obscur. Elle le garde même chez ceux qui la dénoncent et qui la pleurent. Ce constat se base sur une série de faits que je commente depuis un long moment : le retour dans les espaces publics et privés des animaux taxidermisés, l’intérêt équivoque pour les matériaux visuels consacrés aux  sévices infligés aux animaux, la nonchalance qui accompagne les massacres perpétrés par les grands prédateurs dans les prés et les alpages.

D’où vient cette attraction ? Des pulsions sadiques et nécrophiles qui traversent l’esprit de tout être humain, même du plus charitable ?  J’ai exploré ailleurs cette piste, qui reste prometteuse malgré son évidence.  Ici je m’en tiens à une hypothèse utilitariste : si la  mise en spectacle de la mort animale occupe tant d’espace sur la scène contemporaine, c’est qu’elle répond à un besoin. Ce besoin dépasse – voici ma première conjecture – la dénonciation des actes de cruauté. Il  dépasse aussi  le voyeurisme.  (À suivre).
* À propos de Faut qu'ça saigne. Écologie, religion, sacrifice, Éditions Dépaysage, fin juin 2020

jeudi 4 juin 2020

« Faut qu’ça saigne ». Autour d’une publication imminente (2)*





Frère Ciccillo cherche à parler avec les faucons (image extraite  de : Des oiseaux petits et gros de Pier Paolo Pasolini, 1966).


(Suite du billet précédent). La question qui alimente  ce petit ouvrage est celle-là même qui inspire ce blog  : et si, derrière le discours officiel que nous tenons sur les animaux, il y  avait des motivations plus obscures ? Oui, parce que c’est facile de dire « J’aime les animaux ». C’est tellement facile qu’il est rare, aujourd’hui, de rencontrer quelqu’un qui ne les aime pas.   Mais le mot « aimer » est trop générique pour signifier vraiment quelque chose. On peut aimer les animaux à la manière de Saint François, parce qu’ils font partie de la création. Mais on peut aussi les aimer  de façon narcissique, parce qu’ils nous permettent d’exhiber notre « franciscanisme » (« J’adore montrer que j’aime les animaux et que je ne fais pas de différences entre les humains et les non-humains… »). On peut les aimer  parce qu’ils sont des subalternes et cela nous réconforte de dominer quelqu’un. On peut les aimer parce qu’ils font peur à notre voisin, qui le mérite, ou  parce qu’ils acceptent patiemment d’être bichonnés,  pomponnés, même stérilisés, lorsque c’est nécessaire, c'est à dire castrés. On peut les aimer parce qu'on aime les scènes tragiques que leur souffrance et leur mort nous permettent de représenter. (À suivre).

* À propos de Faut qu'ça saigne. Écologie, religion, sacrifice, Éditions Dépaysage, fin juin 2020

mardi 2 juin 2020

« Faut qu’ça saigne ». Autour d’une publication imminente (1)






Il devait sortir en mars, puis en avril, puis … là, en principe, ça y est, c’est prévu pour le 26 juin. Il s’agit d’un petit ouvrage,  hétérodoxe comme ce blog, juste un peu plus structuré, où je pose des questions sérieuses en m’octroyant des libertés qui trouveraient difficilement leur place dans un cadre strictement académique. Il est né tout seul, pendant que je préparais une autre étude, moins impulsive, qui verra la lumière au mois de septembre. Je tiens aux deux pour des raisons différentes.

Je l’ai appelé « Faut qu’ça saigne! Écologie, religion, sacrifice » en hommage au célèbre tango  de Boris Vian  :

C'est le tango des bouchers de la Villette

C'est le tango des tueurs des abattoirs

Venez cueillir la fraise et l'amourette

Et boire du sang avant qu'il soit tout noir

Ce que j’aime dans cette trouvaille surréaliste, c’est qu’elle résume de façon lapidaire l’enthousiasme pour la « scène sanglante » que je décris et que  je cherche à expliquer dans cette étude peu dogmatique*. Pour anticiper les critiques, j’ai cru opportun de rajouter un sous-titre : « Essai d’anthropologie conjecturale ». **
Je préciserai  ma démarche dans les prochains billets.



*Un enthousiasme qu’il serait hypocrite de  rejeter sur les autres et que je contribue à propager.
** "Oui, c'est de l'anthropologie conjecturale, je sais.  Et c'est moi qui l'ai dit le premier".

dimanche 31 mai 2020

Le papa de Thor


Pablo Picasso : Ancêtre mythique d'un vélo de course


En corrigeant des copies j’apprends plein de choses. Voici, par exemple, un lien généalogique dont je n’étais pas au courant :   

« Il y a eu une époque où les humains et les animaux n’avaient pas de distinction, il n’y avait pas de supériorité, pas de domination. On retrouve cela notamment dans la mythologie avec des métamorphoses d’humain en animal, où encore on pouvait assister à certains cas d’accouplement entre un homme et un animal. C’est le cas du Minotaure et d’une reine qui ont donné naissance à Thor. Puis, avec le temps, les humains ont pris le dessus et sont arrivés au sommet de la hiérarchie. »  

vendredi 29 mai 2020

« L’individu a été arraisonné » (pourquoi mettre l'accent sur les bavures de la police alors qu’elle sauve plein de chatons dans le monde entier ?)




J’ai déjà attiré  l’attention sur ce phénomène médiatique : la diffusion sur le net d'une bavure policière est souvent suivie par l'apparition de vidéos émouvantes où les représentants de la force publique se livrent à  des gestes charitables*. Ma question est la suivante : combien de sauvetages de chiots abandonnés,  de canetons égarés, de chatons perchés aux sommets des arbres  seront nécessaires  pour nous faire oublier la mise à mort  en direct, par les policiers de  Minneapolis, de monsieur George Floyd ?

* Cela existe un peu partout, je le crains, mais aux États-Unis c’est plus spectaculaire, comme dans  un combat de catch.  Il doit exister un seuil statistique, j'imagine, au-delà duquel  les bavures changent de nom et de catégorie.


mercredi 27 mai 2020

Problèmes de communication



Pas grand-chose à noter, aujourd’hui. Juste ce propos  édifiant sorti d’une copie d’examen  :

« Je pense que l'Homme aurait beaucoup moins recours à la consommation de viande animale s'il pouvait communiquer plus facilement avec ».

Je le pense aussi.

lundi 25 mai 2020

C'est sublime : du vert partout


« La nature reprend ses droits », titrent les médias ces derniers temps.  Que c’est beau ! Ça sonne bien et ça nous remplit de joie. Après, ça dépend des cas. Le retour de la nature, on l'oublie, est parfois glauque.  Rien de plus efficace, pour symboliser l’abandon, que l’irruption de la verdure dans l’espace domestique.  

vendredi 22 mai 2020

La leçon du piano


 
Rien à voir avec ce blog. C’est juste un dessin de Paolo, mon frère (Juillet 1955 - Mai 1980). Je lui fais un peu de publicité.

mercredi 20 mai 2020

Le prix de l'indécence (du nouveau autour du pangolin)


Brest,  à la sortie de la Faculté de Lettres
Péremptoire, mais pourvu d’une certaine cohérence, ce message ne donne aucune envie de plaisanter. Juste pour voir l'effet, j'ai néanmoins inversé les termes du propos*. On obtient la formule : « Le problème n’est pas le capitalisme mais le pangolin ». Cela ouvre sur un autre type de vérité, d'ordre pataphysique. 
* C'est à cause de la pandémie, je crois, qui me rend inconséquent.