dimanche 15 décembre 2019

Phénoménologie de la vache. Syncrétisme et acculturation




Disons-le clairement : la vache archétypale n’existe pas*. Il n’y a que des vaches localisées, à géométrie variable, dont le statut change en fonction du contexte.

Dans son article : « Le couple boeuf-cheval et les impérialismes américains, ou l’origine de la plus-value du capitalisme financier »** Frédéric Saumade s’attarde sur les implications idéologiques et économiques des transferts d’animaux d’un continent à l’autre. Une fois introduits en Amérique et s’adaptant au nouveau contexte environnemental, les bovins européens ont été soumis à deux formes d’exploitation presque antithétiques : « (…) Le modèle fermier anglo-normand [qui] est indissociable de la morale puritaine du travail productif et de l’éthique de sensibilité à l’égard des animaux domestiques (…), et le modèle américain du ranching, issu de la conjonction de l’élevage extensif ibérique, de la culture cynégétique-guerrière des Indiens, [et] de l’esprit de conquête économique des Anglo-Américains, [qui ] se situe sur la frontière de la domesticité et du sauvage ».

La protection d’un côté, la semi-liberté de l’autre (les deux chèrement payées à la fin). Si j’étais une vache j’aurais du mal à choisir.
Enfin non. Tout compte fait, je choisirais l'Amérique et le Cow-boys. En errant allègrement entre la Louisiane et l'Alabama j'écouterais Oh, Susanna dans la version de James Taylor.

* Sauf chez les Peul, nous en avons déjà parlé.
** De la bête au non-humain. Perspectives et controverses autour de la condition animale. Paris, (Sergio Dalla Bernardina éd.) éditions du CTHS en ligne, 2020 (à paraître).

vendredi 13 décembre 2019

Trophées sur pattes


 
 Deux trophées sur pattes au zoo de Vincennes

Une des principales questions  qui émergent de la lecture de la publication collective De la bête au non-humain*, dont j'anticipe ici quelques éléments,    est la suivante :  à partir de quel moment les animaux  quittent leur statut d’objets, de comparses, de grégaires, pour devenir des interlocuteurs ?*

Dans son article :  « L’empire des bêtes. Zoos coloniaux et circulations d’animaux entre la France et l’Afrique (1930-1960) » Julien Bondaz croise l’anthropologie et l’histoire en nous parlant d’un temps où chasser les animaux était un geste politique. Les montrer aussi avait une portée politique. La mise en exposition des animaux sauvages à l’époque coloniale remplissait plusieurs fonctions. Dans la métropole, nourrie en bêtes exotiques par les explorateurs, les diplomates, les colons,  les missionnaires et les scientifiques elle « donnait à voir au public occidental un résumé du continent africain ».  Ces différentes sources d’approvisionnement fonctionnaient comme « (…) autant d’entreprises de requalification des animaux sauvages en marchandises, en “trophées vivants” ou en spécimens scientifiques, et, au final, en animaux de zoo».



* De la bête au non-humain. Perspectives et controverses autour de la condition animale. Paris, (Sergio Dalla Bernardina éd.) éditions du CTHS en ligne, 2020 (à paraître).

** Une des possibles réponses étant : « Ils ne sont pas devenus des interlocuteurs, ils l'ont toujours été … ». L'autre, plus perfide:  " Nous faisons juste semblant qu'ils soient devenus des interlocuteurs, mais ils restent foncièrement des assistés, des subalternes, des instruments ...".


jeudi 12 décembre 2019

De la bête au non-humain


Troupeau de cochons en Corse

 
Collectif de non-humains dans l'Île de Beauté  

Juste après les vacances de Noël le  CTHS (Comité des Travaux Historiques et Scientifiques) publiera en ligne le volume De la bête au non-humain. Perspectives et controverses autour de la condition animale. Cela reprend un certain nombre de communications  qui ont été présentées dans le cadre du  congrès de Rouen de 2016 consacré à  L’Animal et l’Homme.  Pour en donner un avant-gout je citerai dans les prochains billets quelques passages ayant retenu mon attention dans la lecture du manuscrit.

Je commencerai par quelques lignes  de mon introduction évoquant le contexte :

« Il fut un temps où les rôles étaient plus clairs. Les sciences humaines s’occupaient des humains, les sciences naturelles s’occupaient des autres espèces. Même les anthropologues, les historiens, les sociologues s’intéressaient aux animaux, certes. Aurait-on pu étudier la mythologie et le folklore, les sociétés de chasseurs-cueilleurs, le pastoralisme, sans rendre compte de la centralité occupée par les « non-humains » dans ces univers? Mais le rôle qui incombait à ces « proches de l’homme » était secondaire, instrumental : animaux/ressource, animaux/outil de travail, animaux/support métaphorique, … les animaux, au mieux, comme ancêtres mythiques, comme figures projectives ou comme interlocuteurs fictifs ».

mardi 10 décembre 2019

Folklore et propagande




Lorsque je songe à l’antisémitisme, instinctivement,  je l’associe aux Walkyries,  aux sagas germaniques, aux croix gammées. C’est pourquoi, j’ai du mal à comprendre que dans des villes comme Vérone – ce qu’il y a de plus latin et de plus chrétien - les antisémites ne manquent pas.  J’ai trouvé quelques éléments de réponse dans le recueil de Joan Amades que je mentionnais l’autre jour* :

« Pourquoi c’est un péché de tuer les moineaux » :

« Dès que Judas eut vendu Jésus, le moineau courut au jardin des Oliviers pour le prévenir qu’il était en danger et devait essayer de se sauver. Il n’arrêta pas de voler autour de lui et de dire « Jueus, jueus, jueus ! (Les juifs, les juifs, les juifs !).  Cette bonne action lui valut d’être béni par Jésus, et c’est pourquoi on pêche si on tue un moineau » (p. 146).

Dans ces récits folkloriques  la stigmatisation des juifs   est fréquente. Mais cela touche aussi d’autres minorités :

« Comment un gitan fut changé en coucou » :

« Une troupe de gitans vint adorer l’enfant Jésus, et l’un d’eux profita d’un moment de distraction pour mettre dans sa poche l’or que les rois avaient apporté en offrande. Marie le maudit et le changea en coucou. Aujourd’hui il a tous les traits des gitans et il n'a pas de queue, comme les gens de cette race. Tout comme les gitans, qui restent à l’écart des gens, il vit loin des autres oiseaux. (…). (p. 84) ».
Je m'imagine les responsables de l’orthodoxie chrétienne  en train de concevoir  et diffuser ces blagues ethniques aux conséquences catastrophiques.

*(Joan Amades, L'origine des bêtes, Petite cosmogonie catalane. Traduit et préfacé  par Marlène Albert-Llorca.  Carcassonne, GARAE/HESIODE, 1988, p. 272-272).

dimanche 8 décembre 2019

Le serpent, le lézard et l’amour fraternel




Voici la réponse à une question que je me posais depuis longtemps.


Pourquoi le serpent n’a pas de pattes ?


"Le lézard et le serpent sont frères. Le lézard est un brave garçon et il a un cœur d’or, alors que le serpent est méchant, traitre et hypocrite. Pour pouvoir marcher sans faire du bruit et se déplacer partout sans être vu ni entendu, le serpent se coupa les pattes. Avant qu’il ne le fasse, son frère le lézard lui avait recommandé avec insistance de ne pas réaliser son projet, et l’avait prévenu qu’il le haïrait et ne le considérerait plus comme son frère s’il le faisait. Mais la méchanceté fut plus forte que l’amour fraternel. Le serpent n’écouta pas le conseil de son frère : depuis ils sont fâchés et ne peuvent plus se voir"*.

(Joan Amades, L'origine des bêtes, Petite cosmogonie catalane. Traduit et préfacé  par Marlène Albert-Llorca.  Carcassonne, GARAE/HESIODE, 1988, p. 272-272).

* Dans une version recueillie par l'Abbé Migne en  1863 le serpent se coupe les pattes pour faire, ce sont ses mots,  du "chantage masochiste" : ("Je n'ai plus de pattes, soyez compatissants "). Une version plus récente, citée à plusieurs reprises par Paul Sébillot, dit que s'il s'est coupé les pattes c'est pour incriminer le lézard dont il était jaloux : " Regardez ce qu'il m'a fait ...").

vendredi 6 décembre 2019

C'est la Saint Nicolas


 

Saint Nicolas avec trois enfants

J’allais oublier. Aujourd’hui c’est la Saint Nicolas. C’était important pour nous, dans les Alpes du Nord-Est,  de fêter Saint Nicolas. Et ça nous paraissait absurde qu’à Vérone,  à sa place, on puisse fêter  Sainte Lucie. Bande d’idolâtres !


Il était trois petits enfants
Qui s'en allaient glaner aux champs.

S'en vont au soir chez un boucher.
«
Boucher, voudrais-tu nous loger?
Entrez, entrez, petits enfants,
Il y a de la place assurément.»

Ils n'étaient pas sitôt entrés,
Que le boucher les a tués,
Les a coupés en petits morceaux,
Mis au saloir comme pourceaux.

Saint Nicolas au bout d'sept ans,
Saint Nicolas vint dans ce champ.
Il s'en alla chez le boucher
:
«
Boucher, voudrais-tu me loger?»

«
Entrez, entrez, saint Nicolas,
Il y a d'la place, il n'en manque pas.
»
Il n'était pas sitôt entré,
Qu'il a demandé à souper.

«
Voulez-vous un morceau d'jambon?
Je n'en veux pas, il n'est pas bon.
Voulez vous un morceau de veau
?
Je n'en veux pas, il n'est pas beau
!

Du p'tit salé je veux avoir,
Qu'il y a sept ans qu'est dans l'saloir.
Quand le boucher entendit cela,
Hors de sa porte il s'enfuya.

«
Boucher, boucher, ne t'enfuis pas,
Repens-toi, Dieu te pardonn'ra.
»
Saint Nicolas posa trois doigts.
Dessus le bord de ce saloir
:

Le premier dit: «
J'ai bien dormi!»
Le second dit: «
Et moi aussi!»
Et le troisième répondit
:
«
Je croyais être en paradis!»


Ces bouchers, quand même, cela  commence à bien faire.

mercredi 4 décembre 2019

Des fausses idées circulent autour de certains chiens





 Aristochien de Thierry Poncelet


« Le chien mord  toujours les misérables», dit un  proverbe italien.

Mais quel chien ?  Et quels misérables? Et  à quel titre ? Cela me paraît tout aussi injuste et discriminatoire que le proverbe  :  «  Le misérable  mord toujours le chien » que je viens d'inventer à l'instant.

Cela dit,  dans ma vie je crois bien avoir croisé deux ou trois chiens qui se comportaient comme dans le proverbe. Mais on peut les considérer comme des cas isolés*.

*Et de toute façon, il ne faut pas colporter ces proverbes qui ne font que renforcer le cliché.

lundi 2 décembre 2019

Melentendus équestres





A caval donato non si guarda in bocca, dit-on en Italie. Le fait est que Donato, en italien, n'est pas seulement un adjectif mais aussi un prénom. C’est ainsi que pendant longtemps j’ai imaginé l’existence d’un cheval légendaire, portant le nom de Donato,  dans la bouche duquel, allez savoir pourquoi,  il ne fallait pas regarder.  J’ai compris mon erreur en découvrant  le proverbe  français : « A cheval donné on ne regarde pas les dents".

samedi 30 novembre 2019

La farce des dindons


 

« Tiens – m’étais-je dit - Karen Knorr a fait une nouvelle installation au Musée de la Chasse et de la nature ». J’ai tout de suite compris que ce n’était pas le cas. Il s’agissait des deux dindons graciés cette année par Donald Trump à l’occasion du Thanks Giving et hébergés pendant une nuit dans un hôtel de luxe.
C’est trop facile et pas marrant à la fois, mais j’ai pensé aux 25 condamnés exécutés dans les prisons américaines en 2018*.
*Question annexe : puis-je être simultanément favorable à la consommation de dindons et hostile à la peine de mort ? Ma réponse est oui (on y reviendra).

jeudi 28 novembre 2019

"Gardez moi de mes amis"

 

Voici une invitation au séminaire de lundi prochain

Séminaire EHESS-IIAC-LACI

De l’humain animalisé au vivant humanisé

Séance du 2 décembre de 15h à 17h (salle 2, 105 bd Raspail 75006 Paris)

Sergio Dalla Bernardina  (IIAC-LACI EHESS)

"Gardez moi de mes amis" (l’amitié/homme animal, ses aspects émouvants,  ses implications opportunistes).


Depuis qu’on a compris à quel point les (autres) animaux sont proches de nous, l’anthropologie n’est plus la même. On raisonne en termes de collectifs, on s’adresse aux autres espèces comme à de véritables interlocuteurs, on s’excuse auprès des paysans et des « primitifs » de ne pas avoir compris, lorsqu’ils prêtaient aux bêtes des sentiments, des intentions, une conscience,  qu’ils avaient raison.  Attendris par cette découverte – voici  une bonne nouvelle dans la morosité ambiante -  les spécialistes des sciences humaines  multiplient les événements pour célébrer la « nouvelle entente », le « nouveau contrat ». Puisque la question animale est devenue un enjeu et, par là, un territoire à conquérir et à défendre, ils se disputent aussi  autour des méthodes et des postures légitimes (« Touche pas à mes animaux  … » « C’est moi qui les ai vus le premier »). On abordera la question suivante : est-ce que, au sein de tant d’enthousiasme, il y a encore une place pour  le regard éloigné? Peut-on rester ironique? Peut-on, sans devenir inaudible, sans se faire expulser de la chorale, mettre l’accent sur les aspects mesquins et instrumentaux de l’amitié homme/animal ?

mardi 26 novembre 2019

Délit de facies



 

Je reconnais qu’il n’est pas sérieux de se référer à Gustave Le Bon, père de la psychologie sociale, à qui l’on doit toute une série de propos réactionnaires et racistes. J’aime bien cependant son  idée que les individus, quand ils se mettent ensemble pour former une foule, sont moins futés que lorsqu’ils  agissent séparément. Mais là aussi il faut nuancer. Parfois les gens se réunissent avec un esprit de lyncheurs. Et c’est un lynchage médiatique qu’ont subi l’autre jour les chiens courants qui se trouvaient dans la forêt de Retz, pas très loin du ravin où gisait le corps inanimé d’une jeune promeneuse*. Parfois, en revanche, ils se réunissent pour la bonne cause. C’est le cas  des   30.000 signataires de la pétition qui circule dans le net pour libérer Curtis,  le Staffordshire de la promeneuse, injustement retenu à la fourrière en raison des préjugés qui traînent autour de cette race canine. Pour l’instant, à vrai dire,  on ne sait pas grand chose sur l’identité des responsables. Mais a priori, par rapport à la position des lyncheurs, je préfère celle les « innocentistes ».
Pourvu  que ce ne soient  pas les mêmes.   

* Voir les billets précédents.

dimanche 24 novembre 2019

La question migratoire



L'hiver approche, les étourneaux aussi

Pendant un long moment j’ai travaillé autour de la question des invasions biologiques. Il faut dire que nos « informateurs »* profitaient des entretiens pour parler d’autre chose. On leur demandait de commenter l’arrivée  de telle ou telle  espèce (La Caulerpe, l’Herbe de la Pampa, la Crépidule, le Cormoran … ) et eux parlaient des touristes, des chercheurs du CNRS ou d'Ifremer (« Ils sont toujours sur notre dos, on n’en peut plus …») et, naturellement, des migrants. J’y pensais l’autre matin en admirant les préparatifs, dans le Square de la Tour d’Auvergne, pour l’arrivée des étourneaux.



*Terme horrible, hélas, mais encore courant chez les ethnologues, qui fait penser aux interrogatoires et aux délateurs.

vendredi 22 novembre 2019

Tel maître, tel chien?



 

John Nost Sartorius (1755–1828) : Chiens courants soupçonnés d’homicide 

Le fait divers de le forêt de Retz est plein d'opacités. On ne sait pas encore si les auteurs du forfait sont les chiens courants, mais on l'espère vivement*. Je m'attends à un coup de théâtre. 

*S'ils n'étaient que des figurants, après ce qui a été dit à droite et à gauche sur ces chiens et, implicitement, sur leurs maîtres, ce serait très embarrassant. 

Mise à jour   l’évolution de cette histoire emblématique laisse entrevoir deux ou trois scénarios bien plus vraisemblables  que l’hypothèse grotesque    des chiens courants assassins. On y a tous pensé. Pourquoi n’a-t-on pas osé les formuler ? Le politiquement correct est en train de nous abêtir.

 

mercredi 20 novembre 2019

Un accident de chasse dans l’Aisne ?





L’histoire est atroce. Une femme enceinte qui faisait son jogging en  forêt de Retz (Aisne) a été tuée par des chiens non identifiés. Qui sont les coupables? Des chiens errants ? Les chiens qui participaient   à une chasse à courre dans le même endroit ? Son chien à elle? (Ça alors … soyons sérieux ! *). Personne ne le sait encore sauf, vraisemblablement, les journalistes de l’Express qui illustrent  cette nouvelle par la photo d’une chasse à courre.

J’attends quelques jours pour  exprimer mon point de vue sur cette manière de traiter l’information et sur ce fait tragique qui nous aide à mieux comprendre, dans les réactions qu’il suscite, la violence  qui sous-tend le débat animalitaire.  

*Penser aux loups ce serait ridicule. On sait bien que, contrairement aux chiens courants, les loups  n’attaquent jamais les êtres humains.

lundi 18 novembre 2019

« On aura ta peau » (le tanneur tanné)


On a eu sa peau
Ça s’est passé à Brest, les témoignages concordent. La vitrine d’un commerçant de fourrures a été taguée pendant la nuit. En se rendant au travail, le matin, les passants pouvaient lire l’inscription, en grands caractères noirs : « Tu as eu leur peau, on aura la tienne ! ». Quelques heures plus tard tout avait disparu ( « On va pas faire de la pub à ces vandales … »). Quelques mètres plus loin il y avait un magasin de chaussures. Pas un seul tag, chez ces complices. Mais ça va venir : « Tu as fait des chaussures avec leur peau ? On les fera avec la tienne ».
On désigne un ennemi, on en tire un trophée. C'est déjà arrivé.

samedi 16 novembre 2019

Il y a chien et chien

Je profite de cet espace  pour annoncer la prochaine séance du séminaire : 

 De l’humain animalisé au vivant humanisé

Lundi 18 novembre
EHESS, 15 h à 17 h (salle 2, 105 bd Raspail 75006 Paris)


Nicolas Elias

« Une vie de chien ». Réintroduire les pulsions en anthropologie ?


Réintroduire les pulsions en anthropologie ? L’enjeu de cette communication sera moins ambitieux. Face aux questionnements sur les représentations ontologiques des « non-humains », il s’agira de postuler que l’anthropologie (politique) ne peut faire l’économie d’une réflexion ontologique sur l’homme, et, en premier lieu, sur ce que Claude Lévi-Strauss nomme, assez dédaigneusement, « désir, pulsion, affect, que sais-je encore... ». Pour cela, je propose d’effectuer un détour par la figure de Diogène de Sinope, et sa pratique hautement politique de l’ascèse, en vue de saisir des discours vernaculaires sur le sujet pulsionnel.


.

jeudi 14 novembre 2019

Canitude et transcendance

J'ai pris cette photo dans la rade de Brest il y a quelques années

Est-ce que les chiens ressentent le sentiment du sublime? Moi je pense que oui.

mardi 12 novembre 2019

With a little help from my friends II. (Pour qui voter aux municipales de Brest ?).




J’ai pris ce cliché il y a quelques jours. J’aime  son ambiance  "yougoslave"


1) On votera bientôt, à Brest, pour l’élection du maire. Au marché Saint-Louis on nous file des tracts. N’arrivant pas à reconnaître de loin les militants de l’extrême droite, que je ne considère pas comme des interlocuteurs légitimes, j’accepte tout.

2) Je passe du coq à l’âne. J’ai toujours été embarrassé par ces jeunes gens qui, à la sortie du Monoprix, font la manche avec leurs chiens. Sans en faire des « cas sociaux », j’aime bien leur côté bohème et anarchiste (on ne va pas idolâtrer Rimbaud ou  Kerouac   et détester ces visionnaires un peu perdus, tout aussi idéalistes et tout aussi en danger).  S’ils me troublent c’est que je les soupçonne, parfois, d’instrumentaliser leurs animaux de compagnie pour susciter notre compassion.

3) Parmi les tracts que j’ai reçus il y en avait un des animalistes. Je n’ai rien à objecter à leur égard en sachant à quel point, chez certains esprits particulièrement sensibles, la question animale est devenue centrale (je veux dire sur le plan existentiel, au point de transformer leur vie, leur rapport au monde).

4) J’apprends en revanche avec peu d’enthousiasme  que même un parti de la droite classique comparable, dans ses orientations et dans son style, à celui de Berlusconi en Italie, vient de se découvrir une conscience « animaliste ». Si je parle de Berlusconi c’est parce que lui aussi, du jour au lendemain, s’est découvert un cœur « animalitaire ». Ça ne coûte pas grand chose et, sur le plan politique, ça peut rapporter gros.

5) Comme les punks à chiens du Monoprix, ces défenseurs tous récents de la cause animale cherchent à susciter notre adhésion en étalant leur altruisme (« J’ai les mêmes amis que vous, ils ont besoin de nous ») mais à des fins électorales ( « Voter pur moi c’est voter  pour eux »)*. Je comprends les premiers, je me méfie des  seconds.


* Je me demande, au passage, ce qu’en pense le Bon Dieu.

dimanche 10 novembre 2019

Le requin tigre, contrairement au loup …




Il ne faudrait pas plaisanter autour de ces faits tragiques. Donc je me retiens. La nouvelle, a priori, n’a rien d’exceptionnel. Un touriste écossais, à La Réunion, a été dévoré par un requin tigre (le qualificatif « tigre », comme pour le moustique homonyme, en dit long sur la férocité de l’animal)*. Il s’agit de la onzième victime  en quelques années, ce qui rend l’épisode somme toute banal et parfaitement en ligne avec l'éthologie du requin.  Un détail macabre, toutefois,  a attiré l’attention des journalistes et, par-là, des lecteurs dont je fais partie :   dans l’estomac du requin on a trouvé un doigt du touriste.  Et qu’y avait-il autour du doigt ? Son alliance de mariage.
La mer prend et parfois restitue. J’ai pensé à la gourmette de Saint-Exupéry.  

*Ou c'est peut-être la morphologie, mais lorsqu'on ressemble à un tigre ce n'est jamais un hasard.

vendredi 8 novembre 2019

L’odeur de l’Autre




Fresque pariétale  dans les toilettes d’un vénérable institut universitaire.

« Comme ils commençaient à se chauffer, ils entendirent heurter trois ou quatre grands coups à la porte : c'était l'Ogre qui revenait. Aussitôt sa femme les fit cacher sous le lit et alla ouvrir la porte. L'Ogre demanda d'abord si le souper était prêt, et si on avait tiré du vin, et aussitôt se mit à table. Le Mouton était encore tout sanglant, mais il ne lui en sembla que meilleur. Il fleurait à droite et à gauche, disant qu'il sentait la chair fraîche. Il faut, lui dit sa femme, que ce soit ce Veau que je viens d'habiller que vous sentez. Je sens la chair fraîche, te dis-je encore une fois, reprit l'Ogre en regardant sa femme de travers, et il y a ici quelque chose que je n'entends pas ».

« Ucci ucci sento odor di cristianucci! 
Ma no, e l'odore della carne dei cervi - disse sua moglie, tremando.
Ma l'Orco non si lasciava ingannare, conosceva troppo bene l'odore di carne umana.
Ucci ucci sento odor di cristianucci! 
»

La version française diffère de l’italienne. En Italie, derrière la chair humaine, l'ogre flaire une odeur de « cristianucci », à savoir de « petits chrétiens ».

mercredi 6 novembre 2019

Balance ta pie



Je vais raconter une histoire politiquement peu correcte. Oui, parce qu’en  parcourant le Blog de l'Association Nature Alsace Bossue*  je viens de découvrir  qu’il est moral aujourd’hui, et cohérent avec les avancées de la science, d’innocenter les pies,  injustement accusées de cleptomanie.

Nous habitions  à la campagne, dans le sud de la France. Mon amie portait des boucles dorées. Elle les enlevait mécaniquement lorsqu’elle prenait  le soleil. Dans le jardin les pies pullulaient. Un jour les boucles ont disparu, mais on n’a pas pensé à ces gracieux corvidés, bien évidemment. Quelques mois plus tard, une de ces boucles est réapparue sous le troène, à quelques dizaines de mètres de l’emplacement où mon amie s’exposait au soleil. À la fin de l’hiver, la neige venait juste de se retirer (il neige même en Provence, parfois), nous sommes tombés sur l’autre boucle. Elle  brillait dans la boue, au bord de la route qui menait à la maison. C’est à ce moment que nous avons pensé aux pies. Cette explication  nous paraissait évidente, mais comment la prouver ? Comment avancer cette hypothèse sans passer pour des colporteurs de vieux clichés anthropocentristes ? Bien plus vraisemblablement, il s’agissait d’un complot fomenté par les ennemis des pies. Et Dieu sait s’ils sont nombreux.

Pour tout dire, je trouve que priver la pie de son aura légendaire est un geste bête et méchant.

Question annexe :

Quel titre pourrait-on envisager pour donner à l’œuvre de Rossini une connotation moins discriminatoire ? « La pie volante ? » « La pie réhabilitée ? ». J’accepte des propositions.


dimanche 3 novembre 2019

Importante découverte dans les Pyrénées : une espèce myrtillophage*


Plantigrade flexitarien

Conversation avec un naturaliste :

- J’ai entendu l’autre jour à la radio ... c’était le responsable d’un Parc Naturel,  il me semble, ou quelque chose de ce genre ... que l’ours n’est carnivore qu’à 25%. Cela me paraît difficile à croire. Et où trouve-t-il les 75% manquant?

-  Ben, il y a beaucoup de myrtilles …

Je n’ai pas compris s’il plaisantait.

*À 75%

vendredi 1 novembre 2019

Halloween et le retour des morts (ce n’est même pas vrai)



Est-ce que les ancêtres ont le pouvoir d’interférer dans notre vie ? Ailleurs c’est une évidence, la question ne se pose même pas. Chez nous c’est différent. Parfois on dirait qu’ils existent bel et bien, et qu’ils font des petits gestes (ou grands, peut-être, mais qui passent inaperçus). Plus généralement, on dirait qu’ils regardent impuissants : « Ça alors ! … mais ce n’est pas possible, je n’aurais jamais cru … c'est indigne ... il faudrait faire quelque chose ! ». Ils voudraient intervenir, gronder, châtier, mais ils ne peuvent pas. C’est ainsi que, n’ayant rien à craindre,  nous  sommes libres de les décevoir et même de les  trahir.

Dans d’autres sociétés on craint la vengeance  non seulement des ancêtres, mais aussi  des animaux  :

« On s’excusait de l’acte qu’on allait accomplir, on gémissait de la mort de la bête, on la pleurait comme un parent. On lui demandait pardon avant de la frapper. On s’adressait au reste de l’espèce à laquelle elle appartenait comme à un vaste clan familial que l’on suppliait de ne pas venger le dommage qui allait lui être causé dans la personne d’un de ses membres. Sous l’influence des mêmes idées, il arrivait que l’auteur du meurtre était puni ; on le frappait ou on l’exilait » (H.Hubert et M.Mauss, Essai sur la nature et la fonction du sacrifice dans M. Mauss, Œuvres, I, Paris 1968, pp. 233-234).