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dimanche 7 mai 2023

Manger au plus proche (Ichtyophagie rituelle)

 

Les sensibilités changent.  Autrefois on aurait trouvé immoral de laisser pourrir un animal comestible sur la plage sans en profiter (que sa mort prématurée serve à quelque chose, au moins). Mais le dauphin, c’est vrai, est  un proche de l’homme. Pour faire les choses correctement, il aurait fallu incinérer le défunt, organiser un rituel approprié, médiatiser le deuil (« Venez assister au spectacle émouvant de notre tristesse ») et disperser les cendres sur la surface marine - au risque que le trépassé se dise : « Avec ces gesticulations ridicules on se fout de ma gueule ». 

La solution adoptée par le pêcheur à la retraite interpellé par la police de Douarnenez est tout aussi respectueuse, voire plus humaine  : c’est un cas évident de cannibalisme funéraire.

jeudi 30 septembre 2021

J’ai vu un sauvage et on a communiqué (un dauphin au port de commerce)

 


 

Brest. Je me promène distraitement au port de commerce et tout à coup je tombe sur un dauphin. Je ne suis pas le seul à l’avoir repéré. Je découvre qu'ici tout le monde le connait. Les gens sont contents.  Et moi aussi.  Je pense : les bêtes sauvages chez nous, nous chez les bêtes sauvages …  c’est l’abolition des frontières,  la remise en cause des catégories … c’est la plénitude, la fête perpétuelle. … l’autre c’est moi et moi je suis l’autre … c'est la fin des différences ... le joyeux bordel*. Pendant que je souris au dauphin en lui disant "Ciao bello" je me figure en détail ce monde amélioré.

Je repars avec le sentiment que, finalement,  lorsque les animaux sauvages étaient  vraiment sauvages j’étais encore plus content.

 

* C’est grossier, je sais, mais je reprends fidèlement les mots de mon informateur.

mardi 5 septembre 2017

Le Bestiaire estival de la Repubblica


 

C'est peut-être la chaleur, même si je ne vois pas trop le lien, toujours est-il que l'été est une saison propice, dans la presse,  pour parler des animaux. Tout dernièrement, en lisant  La Repubblica j'ai appris que des baigneurs pervers ont pris des selfies à côté d'un bébé dauphin en train d'agoniser. Quelques jours plus tard, heureusement, des baigneurs gentils (on ne pouvait pas rester sur les méchants ...) ont sauvé un autre dauphin, plus grand, qui n'arrivait plus à quitter la plage. Parmi les mauvaises nouvelles on regrette le décès de Kasatka, une orque acrobate qui se produisait dans le parc Sea World de San Diego, et de Chantek, un orang-outan particulièrement doué capable de décrire, par le langage des signes,   le trajet qui amenait à son restaurant préféré. Les lions de mer, avant de regagner la liberté, se donnent des bisous.


Forse è il caldo, anche se il nesso non mi è troppo chiaro, fatto sta che l'estate è una stagione propizia, nella stampa,  per parlare degli animali. Negli ultimi tempi, leggendo La Repubblica, ho appreso che dei bagnanti perversi si sono fatti dei selfies a fianco di un cucciolo di  delfino che stava agonizzando. Qualche giorno dopo, per fortuna, dei bagnanti buoni (non bisogna darla vinta ai cattivi ...) hanno salvato un altro delfino, più grande, che non riusciva a prendere il largo.  Tra le brutte notizie vanno segnalati i decessi di Kasatka, un'orca acrobata che si produceva nel parco  Sea World di San Diego, e di Chantek, un orango particolarmente dotato capace di descrivere, con il linguaggio dei segni, il percorso che conduce al suo ristorante preferito. I leoni di mare, prima di riconquistare la libertà,  si danno dei bacetti.

mercredi 1 février 2017

La "nounoursification" du vivant (le bestiaire de la Repubblica et ses effets collatéraux



Entre l' homme et le  dauphin : la sardine*

Encore un mot sur le lynchage involontaire d'un  dauphin en Argentine (le fait n'est pas récent, c'est vrai,  mais cela reste un scoop)*. J'ai signalé à plusieurs reprises la tendance de la Repubblica à présenter tout animal domestique ou sauvage comme un bisounours à pouponner, tripoter, psychanalyser, secourir (même lorsqu'il n'en a pas besoin) et immortaliser dans des reportages photographiques. 

D'un côté on incite les foules à "nounoursifier" le vivant (ce néologisme est affreux, je le reconnais, mais rend bien l'idée), de l'autre, lorsque le lecteur  passe à l'acte, on s'indigne.


* Cette photo vient du site  http://www.cesenatoday.it/eventi/mostre/lalla-palooza-e-i-delfini-di-cesenatico-al-museo-della-marineria.html

* Selon certains commentateurs le petit dauphin était déjà mort, mais nous  préférons penser qu'il était vivant (je me range parmi les lecteurs) parce que cela rend l'événement  encore plus scandaleux.

lundi 30 janvier 2017

La nature n'a pas forcément besoin de notre amour


Captain Findus à bord de son célèbre bateau la "Calypso"

Moi j'ai ma vie, les animaux sauvages ont la leur. Nous sommes contents comme cela. Il semblerait que la chose la plus importante au monde, aujourd'hui, soit de communiquer avec les animaux. Ethologues, philosophes, zoo-anthropologues (je n'ai pas inventé cette catégorie, elle existe vraiment) nous chantent quotidiennement, comme des bardes, l'histoire de la réconciliation de l'homme et de l'animal. Il nous parlent de la rareté des bêtes sauvages dont il sont les représentants (les concessionnaires, pourrait-on dire) et, par là,  de leur préciosité. Connaitre les animaux sauvages confère du prestige. En  avoir côtoyé quelques uns donne à notre existence un surplus de signification. C'est comme dans les histoires de chasse et de voyage dont je me suis occupé dans le passé. Avoir un ami braconnier, pourvu qu'il soit un paysan authentique,  c'est illégal (on devrait le dénoncer) mais c'est chic. Avoir rencontré les "derniers sauvages" au cours du Camel Trophy ou d'un safari photographique, c'est ce qu'il y a de plus enviable. Vite un selfie!

Il y a quelques jours un jeune dauphin s'est échoué dans une plage en Argentine. Tous les baigneurs ont voulu se faire immortaliser à côté de lui ("Moi humain, lui dauphin, on s'embrasse, on s'aime,  que c'est tendre, que c'est beau ...). À la fin de la séance le dauphin était mort.


Merci dauphin, tu nous as fait le plus grand bien.