Chris Drury, The Energy of a Stone Row (Parc Ar Milin’ à Châteaubourg, en Bretagne). Les œuvres de cet artiste britannique illustrent à la perfection l’utopie primitiviste conjuguant « retour à la nature » et artifice.
Nous le savons très bien, mais dans nos déambulations sylvestres nous avons tendance à oublier à quel point la « naturalité » de la nature ou, plus précisément, la naturalité de notre rapport à la nature est une pure fiction. Lorsque dans L’Utopie de la nature (Imago, 1996) j’insistais avec enthousiasme sur le caractère fictionnel de la nature sauvage comme « décor », comme « scène théâtrale », je ne savais pas à quel point le thème avait déjà été admirablement traité ( et, précisément par rapport à la chasse), par José Ortega y Gasset (1942).
Dans
Le retour du prédateur, je reprends sa
réflexion dans les termes suivants :
« Tout
en remarquant que la dentition humaine témoigne de notre double passé (et de
notre double nature d’herbivores et de carnivores - ce qui expliquerait, selon
lui, notre hésitation permanente ” entre être un tigre et un mouton ”
- Ortega Y Gasset nous rappelle que ce passé, dans la
pratique contemporaine, est artificiellement entretenu :
« Poussé par la raison, l’homme est condamné à progresser, ce que signifie qu’il est condamné à aller contre les grandes lois de la nature et à construire à sa place une nature artificielle » ((José Ortega y Gasset, Méditations sur la chasse, Lisbonne, 1942, p. 86)
Ou
encore :
« […] Ainsi, le principe qui inspire la chasse sportive est de perpétuer artificiellement, comme une possibilité pour l’homme, une situation archaïque au plus haut point : la situation primitive dans laquelle, déjà humain, l’homme vivait encore dans l’orbite de l’existence animale. » (ibid. p. 125)
Loin de se réduire à un simple réflexe animal, la chasse sportive (comme toute autre manifestation ludique mettant en scène la prédation) est rendue possible par la perpétuation artificielle du cadre et des conditions archaïques dans lesquels son exercice était naturel ». (Sergio Dalla Bernardina, Le retour du prédateur. Mises en scène du sauvage dans la société post-rurale, Presses Universitaires de Rennes, 2011, p.85-86
Inutile de préciser que cette fiction, cette mise en chorégraphie primitiviste des espaces naturels, ne concerne pas que le chasseur.





