À la place de la gélinotte je propose un grand-tétras (qui semble déjà empaillé) dessiné par Paolo Dalla Bernardina*.
(Suite) En voiture nous parlions d’un oiseleur
rencontré quelques jours auparavant et de ses collègues qui, à force de
s’identifier aux oiseaux convoités, finissent par leur ressembler. La route
pour rejoindre le roccolo n’avait rien de particulièrement dangereux. Elle était
quand même tortueuse et, plus on avançait, plus elle se rétrécissait.
Soudainement, dans l‘herbe qui poussait au milieu du chemin, nous avons aperçu
un battement d’ailes. Un faucon penché sur une gélinotte était en train de lui
manger les entrailles. Pendant un moment, en nous voyant, il a tenté d’emporter
sa proie, mais il a vite renoncé et il est parti tout seul. Je suis sorti de la
voiture et j’ai inspecté la victime. Mise à part l’ouverture dans le ventre, elle
était intacte. Un citoyen exemplaire l’aurait laissée sur place permettant
ainsi à la nature de suivre son cours. Il aurait aussi signalé le fait aux autorités
compétentes, les oiseaux de cette espèce étant rares et très protégés. Nous
avons opté pour une solution alternative : « As-tu jamais mangé une
gélinotte ? Ah non ? Moi non plus. Beh, écoute, de toute façon, elle était
déjà morte. Et quoi qu’il en soit … nous aussi nous faisons partie de la nature ».
Il aurait été sage de la laisser faisander, mais je devais
repartir le jour suivant. « Tu la trouves comment ? Beh, je la trouve
très bien, et toi ? « Moi aussi, finalement, mais je préfère la
bécasse ». Pour honorer la gélinotte, nous avions ouvert une bouteille de Schiava
Gentile (Esclave Gentille), un ancien
cépage de la région qui a accentué le caractère vieux genre de notre banquet**.
Pendant le retour j’ai repensé à ce petit festin de
braconniers et au faucon, les ailes ouvertes, penché sur sa proie : « Voici
un autre signe du Maître des animaux, me suis-je dit, qui salue la création
d’un espace muséographique consacré à la chasse. C’est un présage de bon augure. Et ça nous offre une
nouvelle image héraldique qui ferait un merveilleux ex-libris
».
Quelqu’un aura trouvé ce récit très cynique (« Aucune empathie pour la pauvre gélinotte? Quelle honte!»). J'expliquérai mon point de vue dans le prochain billet (À suivre)***.
* La gélinotte aussi est un tétras, ce qui permet le rapprochement.
** Le
nom Schiava Gentile dérive du terme latin médiéval cum vineis sclavis,
qui désigne une ancienne méthode de culture dans laquelle les vignes étaient
attachées et « forcées » à pousser sur des pieux (tutorat), contrairement aux
vignes sauvages qui poussaient librement sur les arbres ; il pourrait également
indiquer une origine en Slavonie (Croatie). La Gentile se distingue des
autres variétés (Grossa et Grigia) par sa peau plus fine et par le vin plus
délicat, léger et fruité qu’elle produit, avec des notes de framboise et
d’amande. C’est un cépage autochtone du Trentin-Haut-Adige, cultivé depuis des
siècles.
*** On aura peut-être remarqué les affinités de cette
histoire avec cellede la grive que je n’ai pas mangée du 26 octobre. C’est que
je vois des dons et des encouragements de la nature partout.