Affichage des articles dont le libellé est Empathie. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Empathie. Afficher tous les articles

mercredi 29 avril 2026

Le psychisme des locomotives

 

Lundi 27 avril. Je suis dans un train qui de Nice,  j’espère, m’amènera à Paris. C’est la fin de la journée, il fait beau, et le paysage marin est à la hauteur de sa réputation.  On est plusieurs à l’admirer. Je ne prends pas de photos.  Dans une gare perdue, mon attention est attirée par une locomotive triste comme tout. Je suis frappé par son design minimaliste, pauvre et cohérent à la fois. Un panneau, sur la droite, signale son état psychique. J’aurais envie de lui dire quelque chose de gentil, de solidariser.  Je cherche à me figurer son concepteur. Je pense que par cette forme, fatalement, il lui a donné un caractère.

On repart. En prenant un peu de distance, je réalise la facilité avec laquelle notre arrière-plan animiste aurait tendance à resurgir.

samedi 20 décembre 2025

Anthropologie des émotions (de qui?) Troisième épisode

L'attitude de Segalen est paradoxale : il pose les bases pour une approche critique au thème de l'altérité, en blâmant les impostures de la « littérature coloniale »,  et il écrit un roman où les Polynésiens sont de simples supports où caser ses fantasmes et ses opinions personnelles.

(Suite) L’ethnologie, on le sait, a toujours été considérée comme « plus impressionniste » et, je dirais, plus « littéraire » que ses consœurs. Mais cela fait déjà un bon moment que même les sciences humaines les plus liées au paradigme positiviste - celles pour qui la question du vécu, et de sa place dans la rédaction d’un texte, était vite résolue par un appel à la neutralité du chercheur - ont changé leur fusil d’épaule et consacrent une place importante aux émotions. Je pense, par exemple, à la sociologie et à la géographie humaine, des disciplines très à l’aise avec les statistiques, travaillant à une échelle où la subjectivité individuelle disparaît sublimée dans le collectif -

En débarquant en France vers la fin du siècle passé, j’avais été très intéressé par un article de Louis Quéré s’interrogeant sur une place éventuelle de l’herméneutique en sociologie.  Les sociologues « introspectifs » étaient encore assez rares et les auteurs comme Pierre Sansot, par exemple, et son approche « microsociologique », étaient loin de faire l’unanimité.  Les choses ont vite changé et aujourd’hui, à une époque que nous pourrions qualifier de « post-disciplinaire », les qualificatifs d’ethnologue, sociologue, géographe ont perdu une bonne partie de leur pertinence. Parallèlement, l’extériorisation de ses propres mobiles et de ses propres émotions est devenue légitime. Mais ce n’est pas sans poser de problèmes.

Le risque principal, signalé par plusieurs défenseurs de l’ethnologie « objectiviste », est que la narrateur sombre dans le narcissisme, qu’il squatte l’autre pour parler de soi-même : “ Regardez-moi : ne suis-je pas merveilleux, pendant que je défends MON informateur ? Mon informateur à moi ? », «  Ne suis-je pas formidable pendant que j’étale mon honnêteté intellectuelle en reconnaissant ses qualités et son « intelligence » ? Ce narcissisme débouche presque fatalement sur un choix rédactionnel qui a eu ses moments de gloire en littérature, l’autofiction : j’aime la randonnée, le ski hors-piste, l’alpinisme ? Eh bien, en tant que pratiquant, puisque moi aussi, au bout du compte, je suis un acteur social, je décrirai mes sensations personnelles et mes émotions, je ferai état de mon adresse et de mon savoir faire en me glissant dans le texte à côté de mes informateurs. Pour que ça devienne légitime, il suffit que mes perceptions et mes états d’âme soient décrits dans un langage scientifique, mysticisant voire tout simplement abscons.

L’autre risque principal est que le chercheur se laisse entraîner par les émotions de l’Autre, qu’il cède aux charmes de sa rhétorique. C’est le risque d’une empathie mal maîtrisée qui confond la sincérité des accents et des regards que notre interlocuteur nous lance avec la réalité des faits. Oui, parce que l’émotion du témoin, pendant l’entretien, est souvent très sincère et terriblement contagieuse.

Mais le risque le plus redoutable, à mon sens, est que le droit de travailler sur les émotions, sur le sensoriel, donne à l’ethnologue (ou au sociologue) l’illusion d’être un écrivain. L’illusion d’être un artiste. « J’aurais voulu être un artiste … donc je fais de l’ethnologie ». Parce que ceux qui savent décrire à la fois leurs propres émotions et celles de l’Autre, ceux qui savent le saisir dans sa logique et sa singularité,  ce sont les écrivains : Jack London,  Jean Genet, Pier Paolo Pasolini, Carlo Levi* … Travailler sur les émotions, autrement dit, demande une compétence spécifique. Parce que frémir face à la souffrance de l’Autre est presque automatique, l’empathie est à la base de notre vocation. Mais lorsque cette compassion est mal gérée (compassion, on le sait, signifie à l’origine « souffrir ensemble »), elle risque de se transformer en paternalisme, voire même - lorsqu’on apprécie l’autre à condition qu’il ait besoin de nous - en néo-colonialisme**.

* J'ai déjà parlé de Michel Léiris. Quant à la représentativité de Victor Segalen j'ai en réalité des doutes. En lisant Les Immémoriaux  je me suis demandé si, au lieu de nous restituer le ressenti des Polynésiens, il ne se livre pas à un élégant exercice de  ventriloquie. Il n'empêche que dans son projet inachevé, publié sous le titre  Essai sur l'exotisme (Le livre de poche essais, 1986)  Segalen pose très clairement la question de comment (et de pourquoi) traduire les émotions d'une culture à l'autre - au risque, souligne-t-il avec finesse, de profaner l'Autre en dissipant son mystère.

** Je renvoie, sur ce point, au chapitre « La voix de son maître : l’amitié homme-animal comme modèle de subordination » de mon étude  L’éloquence des bêtes, Métailié 2006.

mercredi 19 novembre 2025

S'émouvoir, se mouvoir

 

 

 

Image empruntée au quotidien Le Monde

 

Cette année nous nous pencherons sur

 les émotions, leur fabrication et leur exploitation. Voici le programme complet :


Séminaire

Ruralités contemporaines en question(s)

ÉCOLE DES HAUTES ÉTUDES EN SCIENCES SOCIALES (Paris)


PROGRAMME 2024-2025  

•     Pierre Alphandérychercheur honoraire INRAE (hors EHESS)

•     Christophe BaticleMCF, Univ. Aix-Marseille LPED, Habiter le Monde(TH)  (hors EHESS)

•     Sophie Bobbéchercheure associée au laboratoire LAP – EHESS

•     Sergio Dalla Bernardinaprofesseur émérite, Univ Bretagne Occid.(TH) (LAP-EHESS)

Maxime Vanhoenacker, chercheur CNRS (LAP), référent pour cette UE

 

Les lundis de 11H00 à 13H00

Salle AS1_23 - 54 bd Raspail 75006 Paris

EN PRÉSENTIEL ET EN VISIO

https://bbb.ehess.fr/b/sop-lhm-oav-qy4

 

24 novembre : Séance introductive : « Production, circulation et réception des émotions dans les mondes ruraux », intervenants : Christophe Baticle, Sophie Bobbé, Sergio Dalla Bernardina,

8 décembre : « Ces passions qui fabriquent une nouvelle ruralité », intervenant : André Micoud, sociologue. Présentation Sophie Bobbé

12 janvier : « Lire l’écologisation des mœurs dans les haies », intervenant : Léo Magnin, sociologue.  Présentation Bernadette Lizet et Pierre Alphandéry.

26 janvier : « L’histoire enfouie du remembrement », intervenante : Inès Léraud, journaliste. Présentation Bernadette Lizet et Pierre Alphandéry

9 février : « La sociabilité du compost », intervenant : Bruno Maresca, sociologue et guide-composteur sur la commune des Lilas. Présentation Pierre Alphandéry

9 mars : « S’émouvoir : se mettre en mouvement vers et sur le terrain. L’accueil des personnes exilées et des personnes en situation de handicap dans le Massif Central », intervenante : Élise Martin, géographe. Présentation Christophe Baticle

23 mars : « Parcours d’une communauté alternative : entre pratique, théorie et émotions », intervenants : Michel Lallement & la Communauté du Mallouestan. Présentation Sophie Bobbé

13 avril : « Empathiser, emphatiser. Les émotions du chercheur », intervenant : Sergio Dalla Bernardina, ethnologue.

11 mai : « Le castor et ses barrages : les émotions face aux transformations paysagères », intervenante : Chloé Lebris. Présentation Christophe Baticle

8 juin : Présentation d’un documentaire audiovisuel (sous réserve) 

mercredi 28 mai 2025

Le merle enchanté

Merle qui regarde ailleurs(Cliché de S.D.B.)

Hier il a plu beaucoup. Le soir, le beau temps est revenu, avec le ciel tout propre et un parfum de fleurs mouillées. Nous étions ravis tous les deux. Moi et le merle, je veux dire, chacun à sa manière.

mardi 13 août 2024

Des chiens, des os et des noyaux (5). Pouvoirs télépathiques


(Suite) Je n’ai jamais réussi à faire pousser des champignons, c’est vrai. En revanche, j’ai vu un os s'enraciner. Je dois préciser que les Italiens, comme les Français, sont censés dire nocciolo (noyau) et non pas osso (os) pour désigner le noyau de la pêche. Mais ils préfèrent l’appeler osso et moi je fais pareil*. Lorsque Sam (2ème) menait son existence discrète au fond du jardin, une pousse de pêcher s’était mise à grandir entre les dalles du chemin. Elle venait d’un os erratique qui, sans arrière-pensées écologistes ni de sa part ni de celui qui l'avait balancé, contribuait toutefois à la biodiversité du site. Je ne dirais pas que cette tige feuillue était devenue pour moi l’équivalent de la rose du Petit Prince, mais j’y pensais de temps en temps, en attendant la bonne saison pour la transplanter. Le moment venu, avant de m’endormir, je me suis concentré sur l’endroit le plus propice pour l’installer. Un nouveau membre allait prendre place dans notre collectif, il fallait bien le recevoir. Le matin, approchant du néophyte la pelle à la main, j’ai dû constater que Sam, après avoir cohabité avec lui pendant quelques mois en toute sérénité, venait de le massacrer. Le fruit du hasard ? Non, un cas flagrant de télépathie. Mais comment expliquer cette fureur destructrice de la part de mon chien préféré, le plus paisible du monde, avec qui j’avais une entente parfaite ? (À suivre).

 *On dit bien « la chair » d’une pêche (mais on ne dit pas, « une pêche en chair et en os). Un anthropologue hâtif ou désinvolte pourrait voir dans cet usage les traces de vieilles conceptions animistes ou d’un flou catégoriel mélangeant l’animal et le végétal. Ça pourrait plaire beaucoup et contribuer à sa carrière.   

mercredi 30 août 2023

Le poids des mots (être hyène aujourd'hui)

 


Entendu au bar :

- Tu te souviens? Elle est arrivée avec une chienne tachetée tellement moche qu’elle semblait une hyène.  On lui a dit : « Qu’elle est moche cette chienne, on dirait une hyène ». La chienne a compris, elle a baissé la tête, elle s’est cachée sous une chaise  et n’a plus bougé.

mardi 10 mai 2022

Un nouveau canapé pour Madame Récamier (chez Jardiland)


Pas trop d’idées, ce matin. Mon œil tombe sur une publicité :

« Pure Family - Canapé pour chats et chiens design bleu - Taille M »

On peut l’acheter soldé chez Jardiland à  49,90 €

L’image m’hypnotise. Je sens monter en moi la colère.

Mais pourquoi, au fond ? Je suis bête.

 

 Jacques-Louis David  Le Portrait de madame Récamier (1800)


 René Magritte, Perspective : Madame Récamier de David (1951)

 

samedi 18 décembre 2021

Les plantes nous aiment? Parfois, peut-être.

 

 

Bégonia profitant de mon absence pour s’épanouir

Nous aimons les plantes. Mais est-ce que les plantes nous aiment ? Celles du botaniste Stefano Mancuso semblent l’aimer. Il leur dit qu’elles sont belles et ça leur fait du bien.* Quant aux miennes j’ai parfois quelques doutes. Les bégonias que j’ai chez moi ont tout l’air de me  bouder. J’ai beau leur adresser des mots gentils, elles ne collaborent  pas, elles stagnent**. Par contre, celles que j’ai installées dans un bureau loin de chez moi,  où je ne passe que  pour leur donner de l’eau, sont en pleine forme. 

Mon absence les réconforte***.

* Je viens de le lire dans le Corriere della sera.

**  Bégonia, en italien, est un mot féminin. Mes bégonias ont gardé le féminin même en français.

*** C'est qu'elles sont amoureuses de  Mancuso, je crains.

lundi 14 juin 2021

Si Maurice exagère, Mauricette aussi (éthologie et écriture inclusive)



On m’a fait remarquer que Maurice est, peut-être, une Mauricette. Dans le doute, je reprends  mon  post d’avant-hier en l’adaptant  aux exigences de l’écriture inclusive.

"Je dois avouer que Maurice·tte commence à me fatiguer. L’autre jour il·elle a boudé le pain sec que je lui avais proposé. « Il·elle préfère les pâtes à l'amatriciana·o, on m’a dit ». J’ai découvert ainsi que, gâté·e par les autres membres de la famille, il·elle ne mange désormais que des restes « de qualité ».   Et il·elle devient de plus en plus impatient·e. Pendant que je fais la cuisine il·elle me surveille, comme si je travaillais pour lui·elle. Si je tarde à la·le satisfaire, il·elle tape sur la vitre avec l’insistance d’un·e ivrogne et, d’une voix irritée qui oscille entre le·la ténor·e et le·la soprano, il·elle multiplie les appels. On dirait un·e coach de la piscine communale (« hop-hop-hop-plus-vite-plus-vite-plus-vite … » ) ou un·e bonimenteur·euse*(« par-ici-messieurs-dames-venez-assister-au-spectacle-fabuleux-du·de-la-goéland·e-qui-déguste-un-tiramisù  »). Excédé, je quitte les fourneaux et je lui dis : « Espèce de goujat·e, aurais-tu la politesse de patienter un instant ? ». Ma remarque a le pouvoir de la·le fâcher. Il·elle émet alors  des  borborygmes de vieil·eille imprécateur·rice tout en arpentant le balcon à pas nerveux  comme un·e philosophe péripatéticien·ne". 
 
Bonimonteuse ou bonimonteure ? Allez savoir.

samedi 12 juin 2021

Maurice exagère (au-delà de l’empathie)

 


Je dois avouer que Maurice commence à me fatiguer. L’autre jour il a boudé le pain sec que je lui avais proposé. « Il préfère les pâtes à l’amatriciana, on m’a dit ». J’ai découvert ainsi que, gâté par les autres membres de la famille, il ne mange désormais que des restes « de qualité ».   Et il devient de plus en plus impatient. Pendant que je fais la cuisine il me surveille, comme si je travaillais pour lui. Si je tarde à le satisfaire, il tape sur la vitre avec l’insistance d’un ivrogne et, d’une voix irritée qui passe du  ténor au soprano, il multiplie les appels. On dirait un coacher de la piscine communale (« hop-hop-hop-plus-vite-plus-vite-plus-vite … » ) ou un bonimenteur (« par-ici-messieurs-dames-venez-assister-au-spectacle-fabuleux-du-goéland-qui-déguste-un-tiramisu  »). Excédé, je quitte les fourneaux et je lui dis : « Espèce de goujat, aurais-tu la politesse de patienter un instant ? ». Ma remarque a le pouvoir de le fâcher. Il émet alors  des  borborygmes de vieil imprécateur en arpentant le balcon à pas nerveux  comme un philosophe péripatéticien.

mardi 8 juin 2021

Nouvelles de Maurice

 


 

Pendant quelques  jours Maurice s’était absenté. Les goélands sont des rats ailés, je sais, mais on s’attache*. J’ai mis son absence sur le compte de la municipalité : une histoire d’œufs stérilisés. L’autre soir, pour mieux contempler la place Wilson éclairée par le soleil couchant, j'ai entrouvert une fenêtre à proximité du toit**. Aussitôt,  mon extase a été interrompue par le vol des goélands qui criaient comme des malades. Il était tard, pourtant. Y avait-il un prédateur dans le coin ? J’ai vite réalisé que le prédateur c’était moi. Ils m’avaient pris pour un employé communal censé réduire leur impact démographique. Maurice aussi s'était fourvoyé, je crois. Après il a compris et il est revenu.

* Les goélands sont des rats ailés alors que  les rats sont des goélands sans ailes. 

** J'aime cette place, la sveltesse du kiosque a la faculté de m'émouvoir.

dimanche 23 mai 2021

Marchands d’amis

 

 

 

Actuellement je n’ai pas trop de temps pour m’occuper du blog. Pour le nourrir, je profite des travaux des étudiants. Ils m’apprennent beaucoup de choses et m’en rappellent plein d’autres. Voici, par exemple, un beau passage du Petit Prince que j’avais complètement oublié :

 

“On ne connaît que les choses que l'on apprivoise, dit le renard. Les hommes n'ont plus le temps de rien connaître. Ils achètent des choses toutes faites chez les marchands. Mais comme il n'existe point de marchands d'amis, les hommes n'ont plus d'amis. Si tu veux un ami, apprivoise-moi !” A. De Saint-Exupéry, Le Petit Prince.

Je citerai au passage deux coquilles amusantes liées au grand succès  du jargon télématique :  « Je site » (à la place de « Je cite ») et, hilarant :  Email Durkheim.

mercredi 12 mai 2021

Les limites d'une passion (encore autour des chats et de leur domination)

 

Personne ne réagit à mon histoire de chats et de pachas. Je propose alors une autre métaphore. L’idée de garder prisonnier l’être aimé, tout en l’entourant des attentions les plus délicates, me rappelle l’histoire de Natascha Kampusch, cette « Autrichienne qui a été enlevée à l'âge de 10 ans le 2 mars 1998 et détenue dans une cave secrète par son ravisseur  (…) pendant plus de huit ans, jusqu'à son évasion le 23 août 2006 » (source :  Wikipédia).

lundi 10 mai 2021

Pachas d’appartement

 


Image empruntée au site : https://www.laviedeschats.com/votre-chat-dappartement-heureux-en-5-astuces/

Derrière la vitre, dans le ciel, je vois passer un corbeau. Le chat qu’on nous a confié est tout aussi noir que le corbeau. Collé à la fenêtre, il suit le vol de l’oiseau. Il aimerait faire quelque chose. L’attraper, par exemple, ou simplement l’imiter : « Moi aussi je voudrais divaguer, explorer … ». Le problème est qu’il ne peut pas sortir, risquant de se faire écraser par les voitures. Peut-il compenser cet enfermement par une activité sexuelle particulièrement intense  ou par la joie d'avoir une descendance ? Non, c’est un eunuque. Tout ce qu’il peut faire c’est plaire à son maître et manger des croquettes.

Si le chat est un eunuque  son maître est un pacha. Il n'y a rien de scandaleux, mais il faut assumer.

Peut-on enfermer dans son appartement des chats mutilés  et donner des leçons d’éthique animale ?  

mercredi 28 avril 2021

Un hareng est un hareng est un hareng est un hareng

 


« Je prends un hareng, je le peins en rouge, je lui coupe la queue et je le dépose dans un nid d’hirondelle : il devient difficile, voire impossible de l’identifier à première vue. Mais en même temps, il n’y a pas de doute qu’une seule identification serait correcte : il s’agit d’un hareng »*.  

Pauvre hareng! Il faut être pervers pour concevoir  des exemples de ce genre.

* Dan Sperber, « Pourquoi les animaux parfaits, les hybrides et les monstres sont-ils bons à penser symboliquement ? » in  L’Homme, 1975,  15-2,  pp. 5-34

vendredi 2 avril 2021

Je t’aime … moi non plus. À propos de notre amour pour les autres animaux


 

Moi aussi, à ma manière,  je suis un ami des animaux, mais je n’en fais pas tout un fromage.

A-t-on  déjà trop épilogué  autour des opacités de l’animalisme ? Ce n’est pas mon sentiment.  Je trouve au contraire que, en matière d'animaux,  l’angélisme est en train de s’infiltrer dans le monde académique et qu’il n’y a plus de place pour les rabat-joie*.

Cela me donne envie de citer un autre passage de « Zoophiles et ethnophiles. L’amitié homme-animal comme modèle de subordination » :

« En fait, sommes-nous vraiment sûrs que le grand charme de ces animaux ne réside pas, avant tout, dans leur “infériorité” ? Le discours sur “nos amis les bêtes », de ce point de vue, deviendrait à la fois un expédient pour narrer l’épopée d’une domestication réussie, pour “ontologiser” la distance homme/animal et les rôles asymétriques qui en découlent, pour se dédouaner vis-à-vis du vaincu, pour se complaire aussi dans une bienveillance exemplaire ». 

* Cf. à ce propos mon post du 13 juin 2020.

Sergio Dalla Bernardina, in L’éloquence des bêtes. Quand l’homme parle des animaux, Paris, Métailié, 2006, p. 71.

mardi 30 mars 2021

Nos amis les bêtes

 

 
Tentative de  communication interspécifique

 « Dans son exemple du chevalier mongol faisant corps avec sa monture, Canetti résume admirablement l’équivoque immanent à tout rapport de domestication : celui de prendre pour égalitaire, après l’avoir naturalisé, un lien de subordination. Et notre problème est peut-être le même : comment éviter que la démarche de l’ethnologue, dans ses implications psychologiques  et sociales, s’apparente à une entreprise de domestication ? Comment préserver l’autre de cette sympathie officielle, de cette politically correctness, qui règne dans les salles d’attente du vétérinaire ou aux diners-buffets du Club Méditerranée? Tout simplement en se réservant le droit de ne pas sympathiser avec lui, ce qui revient à lui reconnaître son statut de personne adulte et responsable ».

Sergio Dalla Bernardina, « Zoophiles et ethnophiles. L’amitié homme-animal comme modèle de subordination », in L’éloquence des bêtes. Quand l’homme parle des animaux, Paris, Métailié, 2006, p. 74.

samedi 20 mars 2021

Empathie cognitive

Après les ethnographes, les zoographes. 

Vous en saurez davantage en suivant la prochaine séance du séminaire :

De l’humain animalisé au vivant humanisé (deuxième année : risques et avantages de la proximité ontologique).

Lundi 22 mars 2021 de 15h à 17h en webinaire :

en webinaire : lien de connexion : https://webinaire2.ehess.fr/b/gui-zas-zrq

pensez à utiliser Chrome de préférence


Vanessa Manceron (CNRS-LESC)


 

« Un certain régime d’attention. Les manières de connaître et de se relier aux oiseaux d’un zoographe amateur en Angleterre »


A suivre les naturalistes anglais au gré de leurs observations, on prend la mesure de la voie discrète mais consistante et singulière qu’ils ouvrent en ces temps d'aspiration à la relation au vivant. Avec leur réticence à parler de la nature au singulier car tout n’est que milieux, situations, évènements ; avec leur épistémologie qui n’est pas détachable d’une expérience personnelle et d’un cheminement tout au long de la vie qui engage profondément la personne et sa subjectivité ; avec cette idée qu’être un humain n’est pas s’arracher à la nature ou la considérer comme un segment du réel sur lequel exercer une influence mais avec lequel il convient de socialiser avec respect, les naturalistes amateurs filent une voie bien singulière. Cultivant l’empathie cognitive pour aller plus loin que possible en direction d’une vie autre, ils s’immergent, entrouvrent le rideau, à l’instar de Robin, dont nous allons décrire les pratiques d’observation déroutantes des Buses variables qui, sans renverser l’ordre naturaliste des choses, permettent d’en dire autre chose.

samedi 20 février 2021

Ne jetons pas Freud avec l’eau du bain

 

 

À l’époque de Freud on se lançait dans des parallélismes aujourd’hui inconcevables. Parfois ça sonnait très bien :

« L’attitude de l’enfant à l’égard des animaux présente de nombreuses analogies avec celle du primitif. L’enfant n’éprouve encore rien de cet orgueil propre à l’adulte civilisé qui trace une ligne de démarcation nette entre lui et tous les autres représentants du règne animal. Il considère sans hésitation l’animal comme son égal ; par l’aveu franc et sincère de ses besoins, il se sent plus proche de l’animal que de l’homme adulte qu’il trouve sans doute plus énigmatique ». Sigmund Freud, Totem et Tabou, Paris, Petite Bibliothèque Payot, 1971, p. 146-147.

mardi 16 février 2021

Être Furry aujourd'hui

 

J'ai appris depuis peu l'existence des Furries, des citoyens paisibles (loin des Berserkir et des Loups-garous)  s'identifiant à un animal anthropomorphe. Malgré leur gentillesse, ils n'auraient pas plu à Saint Augustin.  

« Pendant ces jours exécrables » écrivait le théologien à propos des calendes de janvier, « certains hommes aux mœurs déplorables et, ce qui est encore plus grave, certains hommes baptisés, changent leur aspect ordinaire pour prendre des formes monstrueuses, certains s’habillent avec des peaux d’animaux, d’autres mettent sur leur têtes les têtes de ces animaux, en montrant qu’ils ont l’apparence et le cerveau d’une bête, et qu’ils sont vraiment sans discernement »*

* Cité par Dominique Lajoux, Maschere animali e cortei mascherati d’inverno, in  (Piercarlo Grimaldi éd), Bestie, santi, divinità, Maschere animali dell’Europa tradizionale, Torino, Museo Nazionale della montagna Duca degli Abruzzi, Cahier museomontagna n. 137, 2003, p. 61.