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mercredi 30 octobre 2024

L’esprit latin

 


Venise, il y a quelques jours. Les goélands ne manquent pas à Campo santa Margherita. Ils attendent impassibles un geste  de la part  du poissonnier. Je les observe minutieusement, comme si je n’avais jamais vu un goéland. Je compare leur allure à celle de Maurice, qui est un Celte, en cherchant les indices de   leur latinité*.

 

*Maurice est un goéland brestois qui fréquente mon balcon. Il intervient sur ce blog avec une certaine régularité.

mardi 9 juillet 2024

Après le vote

 

 


Maurice, l’autre jour, faisait profil bas et évitait de croiser mon regard. Je ne suis pas sûr que le résultat des dernières élections l’ait rempli de joie.

mercredi 5 juin 2024

Maurice au présent

 

On m’a demandé ce que devient Maurice.

Maurice est toujours là, je crois. Il me regarde de loin, dans une sorte de décalage spatial et chronologique, comme si j’étais une vieille diapositive.

lundi 27 février 2023

Pourquoi on stérilise les oeufs de goéland

 Maurice version « Ange de la Dénonciation »

Je crois avoir compris pourquoi, tous les printemps, on stérilise les œufs des goélands. C’est que ces gros oiseaux marins, logés sur les toits,  remarquent  plein de choses qu’ils ne faudrait pas voir et ils risquent d’en parler. L’autre jour, par exemple. Maurice m’a fait noter que depuis quelques temps, si on regarde l’océan à partir du square Beautemps-Beaupré*, la vue n’est plus la même.  L’océan   s’est réduit. Et il m’a montré deux ou trois protubérances toutes neuves qui bouchent l’horizon. Avec son langage de syndicaliste il a ajouté : « Le panorama est un bien collectif, on n’a pas le droit de le confisquer… ». « Toi, lui ai-je répondu, t’as juste la chance de ne pas être comestible ».

* C'est entre la gare et le port de commerce  et n'a rien à voir avec la photo.

mardi 4 octobre 2022

Birdologismes (toujours autour de certains goélands).

Jumelles pour regarder Maurice de loin, lorsqu'il se sera fâché
 
On m’a fait remarquer ma méchanceté vis-à-vis de Maurice. À chaque fois que j’en parle, dernièrement, c’est sur un ton désabusé. Je le reconnais et je m’étonne de moi-même. Je cherche une justification en me disant que l’angélisme des récits animaliers m'exaspère. Il faut bien garder un minimum de sens critique. Je précise par ailleurs que je prends très  au sérieux les découvertes récentes de l’éthologie : les animaux  ont une personnalité, une conscience, une morale. C’est pourquoi je me permets de faire la part entre les animaux qui me sont sympathiques et ceux qui s'éloignent de ma sensibilité*. Et je fais la même chose dans ma pratique professionnelle,  en revendiquant le droit (pour moi et pour les gens que j'observe et qui m'observent à leur tour) à l’exercice d’une « misanthropologie militante » **. Je ne suis pas Jésus.  Et mes interlocuteurs non plus. Nous avons  le droit de nous aimer, c'est sûr, mais aussi de nous détester mutuellement.

Avec ses gesticulations de catcheur  Maurice me fatigue un peu. Mais je ne le déteste pas. En gardant les distances  je cherche à le préserver du regard paternaliste que je reproche à certains  amis des animaux ainsi qu'à certains ethnologues.


*  Ce «doberman ailé», par exemple,  qui m'a écorché un doigt pour phagocyter le morceau de pain que j'étais en train de lui offrir (autrement dit, c'est lui qui a commencé. Voici un bel exemple de "Comédie de l'innocence").

** Voir, à ce propos, le chapitre  « Zoophiles et ethnophiles. L’amitié homme-animal comme modèle de subordination », Dans mon ouvrage L’éloquence des bêtes. Quand l’homme parle des animaux. Paris, Métailié, 2006, p. 53-77.


jeudi 29 septembre 2022

Goélands de septembre


 

Ça fait un moment que je ne parle plus de Maurice. Que devient-il ? Je ne saurais pas dire. Il y a toujours un goéland  à la fenêtre. Est-ce lui ?  Le Maurice d’avant, lors de nos dernières rencontres,  haussait la voix et criait au scandale : « Sur ce balcon, il faut que tout le monde le sache ... précisément sur ce balcon situé dans la rue etc. au numéro etc. que je fréquente depuis un long moment, on ne me donne plus rien à manger. On me laisse crever de faim ! C’est inadmissible ! ».  Ce Maurice-ci, en revanche, adopte une stratégie misérabiliste. Il s’aplatit comme une sole et  chuchote : « Laisse-moi devenir l’ombre de ton chien ».  Je lui file quelque chose, juste pour le faire partir, mais je trouve que c'est du chantage affectif.

Je le fais à contrecœur, par ailleurs, parce que je sais que la Mairie de Brest ne serait pas d’accord.

mercredi 16 mars 2022

Sales bourgeois (Maurice est toujours là)

 

 

Il ne faut pas croire, Maurice est toujours là, copieusement nourri par les membres de ma famille (et par moi-même aussi, de temps en temps).  Si j’en parle moins c’est que nos rapports se sont refroidis. Un jour, par exemple, il m’a blessé un doigt pendant que je lui offrais une friandise. Tout récemment, je ne trouvais plus les corn flakes, c’est lui qui les avait subtilisés en profitant de la fenêtre ouverte. Je trouve qu’il s’avachit, qu’il s’embourgeoise.

samedi 29 janvier 2022

Gattari et gabbianari





 


Les gattare, en Italie, sont les femmes qui nourrissent les colonies de chats (gatto=chat)*. Je m’aperçois tout d’un coup  que je suis devenu un gabbianaro (gabbiano=goéland). Je nourris Maurice.tte et ses nombreux avatars (ils se présentent un par un me faisant croire que c’est toujours le même) avec des morceaux de pain sec, des pâtes  et autres céréales. Tout à l’heure, la moitié d’un maquereau traînait sur une assiette près de la fenêtre.  Maurice a commencé à gesticuler. Il a ouvert grand  son bec, il a tapé contre la vitre, il a émis des gémissements du genre : « Et moi, alors ? ». Cette frénésie m’a dérangé, mais je ne comprenais pas pourquoi. Après j’ai réalisé. Les prétentions avides de Maurice m’ont rappelé que les goélands, normalement, sont censés se procurer leurs maquereaux tous seuls. Derrière lui, au loin, on apercevait l’océan.  J’ai pensé aux goélands honnêtes et laborieux en train de conquérir leur pitance entre le phare  du Petit Minou et la pointe Saint-Mathieu. J’ai quand-même ouvert la fenêtre. J’ai donné à l’impétrant  deux biscuits qui stagnaient dans  la cuisine depuis un moment (c’est déjà immoral, finalement) et je lui ai dit :  « Contente-toi et laisse–moi tranquille, goodbye ».

* Les représentants du genre masculin sont en train d’augmenter,  paraît-il (je ne trouve pas qu'il faille les stériliser pour autant).

jeudi 14 octobre 2021

Tous les goélands s’appellent Maurice

 

- T’as vu ? Il a des mèches  grises sur le crâne, ce n’est pas Maurice.

- Mais si, mais si, il a juste vieilli.

- Le style n’est plus le même.

- Le style …  C’est le style de Maurice, un style standard.

- Hier il  était  décidément plus petit, je t’assure.

- Seraient-ils donc une bande ?

jeudi 16 septembre 2021

Du perspectivisme chez les oiseaux : les humains/machine.

 
Paysage nocturne avec Maurice
 
Lorsqu’on évoque la question animale on adore citer la théorie des « animaux-machine »  de Descartes et Malebranche. On en parle volontiers parce qu’elle permet de montrer à quel point les philosophes, cloîtrés dans leur tour d’ivoire,  peuvent être à l’ouest. Elle permet aussi de laisser croire  que nous connaissons l’histoire de la philosophie, ce qui dans la plupart des cas,  et notamment le mien, est loin d’être vrai. Descartes et Malebranche auraient déclaré que les animaux font semblant de souffrir mais qu'en réalité ils ne souffrent pas, car ils sont des automates*.

De retour à Brest j’approche de la fenêtre. Maurice arrive. Pas un seul geste pour exprimer sa joie de me revoir. Nous sommes loin d’Argos, le chien d’Ulysse. Nous sommes loin  de Stasi,  la chienne de Konrad Lorenz**. J’ouvre la fenêtre et je lui passe un morceau de pain. Il l’avale d’un mouvement sec et presque mécanique. Je lui en livre un deuxième. Pareil. Il fait le plein et il s’en va. 

Je pense qu’il me prend pour un automate. Ou, plus précisément, pour un distributeur automatique.

 

*Ils n’ont pas dit exactement ça, je le  sais, mais on a pris l’habitude de faire comme s’ils l’avaient dit. 

** D'une exubérance  excessive que je qualifierais de latine, si je ne savais que c'était une bergère allemande.

lundi 14 juin 2021

Si Maurice exagère, Mauricette aussi (éthologie et écriture inclusive)



On m’a fait remarquer que Maurice est, peut-être, une Mauricette. Dans le doute, je reprends  mon  post d’avant-hier en l’adaptant  aux exigences de l’écriture inclusive.

"Je dois avouer que Maurice·tte commence à me fatiguer. L’autre jour il·elle a boudé le pain sec que je lui avais proposé. « Il·elle préfère les pâtes à l'amatriciana·o, on m’a dit ». J’ai découvert ainsi que, gâté·e par les autres membres de la famille, il·elle ne mange désormais que des restes « de qualité ».   Et il·elle devient de plus en plus impatient·e. Pendant que je fais la cuisine il·elle me surveille, comme si je travaillais pour lui·elle. Si je tarde à la·le satisfaire, il·elle tape sur la vitre avec l’insistance d’un·e ivrogne et, d’une voix irritée qui oscille entre le·la ténor·e et le·la soprano, il·elle multiplie les appels. On dirait un·e coach de la piscine communale (« hop-hop-hop-plus-vite-plus-vite-plus-vite … » ) ou un·e bonimenteur·euse*(« par-ici-messieurs-dames-venez-assister-au-spectacle-fabuleux-du·de-la-goéland·e-qui-déguste-un-tiramisù  »). Excédé, je quitte les fourneaux et je lui dis : « Espèce de goujat·e, aurais-tu la politesse de patienter un instant ? ». Ma remarque a le pouvoir de la·le fâcher. Il·elle émet alors  des  borborygmes de vieil·eille imprécateur·rice tout en arpentant le balcon à pas nerveux  comme un·e philosophe péripatéticien·ne". 
 
* Bonimonteuse ou bonimonteure ? Allez savoir.

samedi 12 juin 2021

Maurice exagère (au-delà de l’empathie)

 


Je dois avouer que Maurice commence à me fatiguer. L’autre jour il a boudé le pain sec que je lui avais proposé. « Il préfère les pâtes à l’amatriciana, on m’a dit ». J’ai découvert ainsi que, gâté par les autres membres de la famille, il ne mange désormais que des restes « de qualité ».   Et il devient de plus en plus impatient. Pendant que je fais la cuisine il me surveille, comme si je travaillais pour lui. Si je tarde à le satisfaire, il tape sur la vitre avec l’insistance d’un ivrogne et, d’une voix irritée qui passe du  ténor au soprano, il multiplie les appels. On dirait un coacher de la piscine communale (« hop-hop-hop-plus-vite-plus-vite-plus-vite … » ) ou un bonimenteur (« par-ici-messieurs-dames-venez-assister-au-spectacle-fabuleux-du-goéland-qui-déguste-un-tiramisu  »). Excédé, je quitte les fourneaux et je lui dis : « Espèce de goujat, aurais-tu la politesse de patienter un instant ? ». Ma remarque a le pouvoir de le fâcher. Il émet alors  des  borborygmes de vieil imprécateur en arpentant le balcon à pas nerveux  comme un philosophe péripatéticien.

mardi 8 juin 2021

Nouvelles de Maurice

 


 

Pendant quelques  jours Maurice s’était absenté. Les goélands sont des rats ailés, je sais, mais on s’attache*. J’ai mis son absence sur le compte de la municipalité : une histoire d’œufs stérilisés. L’autre soir, pour mieux contempler la place Wilson éclairée par le soleil couchant, j'ai entrouvert une fenêtre à proximité du toit**. Aussitôt,  mon extase a été interrompue par le vol des goélands qui criaient comme des malades. Il était tard, pourtant. Y avait-il un prédateur dans le coin ? J’ai vite réalisé que le prédateur c’était moi. Ils m’avaient pris pour un employé communal censé réduire leur impact démographique. Maurice aussi s'était fourvoyé, je crois. Après il a compris et il est revenu.

* Les goélands sont des rats ailés alors que  les rats sont des goélands sans ailes. 

** J'aime cette place, la sveltesse du kiosque a la faculté de m'émouvoir.

mardi 4 mai 2021

Celtes et Latins face à la prolifération des goélands

 

Source : Il Corriere della Sera du 3 mai

À Brest on stérilise les œufs de goéland. C’est triste mais nécessaire. À Rome, on sauve les bébé-goélands* tombés du quatrième étage et on s’émeut. 

* En France on les appelle "grisards", ce qui me paraît vaguement péjoratif. Lorsqu'un bébé-goéland tombe du quatrième étage c'est grave. Lorsque c'est un grisard ...


mardi 26 janvier 2021

Goélands d’appartement






Autrefois il n’y avait pratiquement que des gattare (femmes à chats). Aujourd’hui, paraît-il, les gattari augmentent*. Ici à Brest il y a aussi des femmes et des hommes « à goélands », mais c’est interdit. Et j'ai compris pourquoi. On nourrit le goéland une ou deux fois et il finit par s’incruster. Après il se met à faire de la peine : il regarde immobile pendant que l’on mange, il ouvre grand son bec pour montrer qu'il a faim, il pousse des cris mélodramatiques, il frappe contre la vitre. Un véritable emplâtre.

*Tout récemment Anna Mannucci a consacré un article aux « gattari » dans le Corriere della Sera. N’étant pas abonné, j’ignore son contenu, mais je suis d’accord  avec elle a priori. 



jeudi 30 avril 2020

Le petit bestiaire du port de commerce



 
On se promène  pendant une heure, c’est tout. A-t-on le droit d’aller jusqu’à la jetée ?  Qui sait ? Les versions divergent. Dans le doute, on y va. Dans le trajet, mine de rien, on croise plein de bestioles. Des pies, des pigeons ramiers, des goélands, des muges qui font des ronds tout près des bateaux.  Des maquereaux. Une méduse (grosse).   Et même ce drôle d’oiseau que tout le monde connaît,  ici en Bretagne, sauf moi. En tout cas, cela fait du bien de sortir.  

mercredi 26 juin 2019

Les bons goélands du temps jadis




 
Brest.  Goeland qui batifole dans un fontaine de la rue de Siam comme si de rien n’était.
« C’est horrible! Il y a un goéland dans le parc qui est en train de bouffer un pigeon ». Je suis descendu pour voir. Le goéland était très nerveux  et regardait à droite et à gauche. Dès qu’il m’a aperçu il a saisi le pigeon et a décollé à toute vitesse. On aurait dit un épervier.  Ça nous a impressionné. Pourquoi ? Parce que les goélands d’autrefois, on s’est dit, ne se comportaient pas comme cela. Mais c’est peut-être faux.

samedi 10 février 2018

Surveillé spécial






Je ne saurais pas dire pourquoi, mais parfois j’ai le sentiment d'être surveillé.


Non saprei dire perché, ma a volte ho l’impressione di essere sorvegliato

jeudi 29 décembre 2016

Cérémonies rituelles de la fin de l'an





Brest, 24 décembre 2016. Goélands  exécutant   une danse apotropaïque devant un bâtiment de l'administration publique (voir le lien). 

Danse rituelle