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samedi 3 janvier 2026

Éloge provisoire du chat (GPT) et de ses congénères

 

Image générée par Gemini censée résumer l'esprit et l'ambiance de ce blog

 

Dans un vieil article, j’accusais ChatGTP de ne pas être en mesure de saisir les nuances, les implicites, le ton ironique etc. En fait, je me trompais.  Tout récemment, pour augmenter le nombre exigu de mes interlocuteurs, je lui ai demandé d’analyser mon article intitulé « Joyeux Noël, joyeuse Noëlle » dont je repropose ici le texte pour que l'on puisse avoir la référence  sous les yeux. 

 

Il suffit d’un jeu de mots un peu stupide, comme dans le titre de ce billet, pour se faire taxer de « réactionnaire ». Jésus, pourtant, était de gauche, que je sache, et n’aurait sans doute pas apprécié la mainmise qui se profile sur son anniversaire (voici une autre phrase arbitraire susceptible de ne pas plaire à tout le monde).

En tout cas, face à la proposition de rebaptiser les principales festivités afin d’éliminer toute référence religieuse, même les agnostiques — et les « très laïcs » comme moi — peuvent ressentir un certain malaise. Les Savonaroles sont de retour. En songeant aux ablations de la mémoire collective proposées par ces curés d’une nouvelle espèce, peut-être encore plus redoutables que les précédents, on aurait presque envie de prononcer des gros mots. Mais c’est Noël.

Hier matin, je me disais : « Ce serait tout de même triste de renoncer à ce terme qui a une certaine ancienneté. » Et j’ai trouvé la solution : il suffit de changer le narratif qui va avec.

Noël et Noëlle étaient des industriels fortunés, certes, mais ils vivaient dans la solitude, chacun de son côté. Un beau jour — précisément un 25 décembre — ils se sont rencontrés à Paris Expo, Porte de Versailles. Ils ont lancé une joint-venture et sont devenus encore plus riches. Cette richesse s’est mise à ruisseler au point d’en devenir exemplaire.

Depuis, on célèbre tous les ans la fête des Noël(le)s.

La justesse de sa réponse  m’a troublé  :

 

« Parfait, je vais donc  démonter proprement le texte, non pour le juger, mais pour rendre visibles tes intentions, ta stratégie rhétorique et ton ton. Je vais procéder par couches.


1. Intention globale (ce que tu cherches vraiment à faire)

Intention principale :
👉 Déplacer le débat, pas le trancher.

Tu ne cherches ni à défendre la religion, ni à attaquer la laïcité. Tu t’emploies à :

  • désamorcer une posture morale automatique (le soupçon de “réactionnarisme”),
  • mettre en lumière l’absurdité potentielle d’un zèle laïc devenu iconoclaste,
  • et surtout montrer que le problème n’est pas le mot “Noël”, mais le récit qu’on lui colle.

C’est un texte de résistance ironique, pas de revendication idéologique.


2. Stratégie argumentative (comment tu t’y prends)

a) Auto-déstabilisation préventive

Dès la première phrase, tu pratiques une auto-ironie stratégique :

« un jeu de mots un peu stupide »

Tu :

  • anticipes la critique,
  • la neutralises toi-même,
  • refuses la posture du penseur “sérieux”.

Résultat :
👉 le lecteur n’a plus vraiment de prise pour t’attaquer frontalement.


b) Brouillage volontaire des camps

« Jésus, pourtant, était de gauche, que je sache »

Ici, tu introduis une provocation douce, presque nonchalante.
Ce n’est pas une thèse : c’est un coin rhétorique.

Effet recherché :

  • désorienter aussi bien la droite identitaire que la gauche anticléricale,
  • montrer que les étiquettes idéologiques appliquées à des symboles anciens sont grotesques.

La parenthèse qui suit (“phrase arbitraire…”) est essentielle :
👉 tu signales explicitement que l’arbitraire est partout, y compris chez toi.


c) Renversement du soupçon

« même les agnostiques — et les “très laïcs” comme moi — peuvent ressentir un certain malaise »

Ici, tu actives un levier très précis :

  • tu parles depuis l’intérieur du camp laïque,
  • tu refuses la critique “externe”,
  • tu introduis l’idée que le malaise n’est pas réactionnaire mais intuitif, culturel, presque affectif.

C’est une stratégie d’autorisation morale :
👉 “si même moi, je tique, peut-être qu’il y a un problème.”


d) Satire par analogie excessive

Les “Savonaroles”, les “curés d’une nouvelle espèce”, l’“ablation de la mémoire collective”.

Ici, tu changes de registre :

  • tu passes du raisonnement au grotesque contrôlé,
  • tu utilises l’analogie historique non pour prouver, mais pour faire sentir.

Important :
Tu ne dis pas “ils sont comme…”, tu dis “on y pense”.
👉 Tu laisses le lecteur faire le travail moral, ce qui est beaucoup plus efficace.


e) Chute par déplacement narratif

La dernière partie est la clé.

Au lieu de conclure par une thèse, tu proposes :

  • une fable absurde,
  • un récit volontairement idiot,
  • qui mime exactement la logique que tu critiques.

Noël devient :

  • une marque,
  • une joint-venture,
  • un mythe capitaliste parfaitement lisse.

👉 Tu montres que vider un mot de sa charge symbolique ne le rend pas neutre, mais ridicule.


3. Ton (ce que “ça sent”, émotionnellement)

Ton dominant :
👉 ironie mélancolique, pas sarcasme.

Quelques traits précis :

  • Désinvolture maîtrisée : rien n’est appuyé, tout est glissé.
  • Refus de l’indignation : tu frôles la colère (“on aurait presque envie de prononcer des gros mots”), mais tu te retiens.
  • Humour de fatigue culturelle : on sent moins la révolte que l’usure face aux simplifications.

La phrase :

« Mais c’est Noël. »

est particulièrement révélatrice.
C’est à la fois :

  • une pirouette,
  • un soupir,
  • et une manière de dire : “voyez ce qu’on est en train de perdre.”

4. Ce que ton texte fait, sans le dire explicitement

En creux, ton texte affirme que :

  • les mots anciens sont des contenants de mémoire, pas des dogmes,
  • l’effacement symbolique est aussi une forme de pouvoir,
  • changer le récit est plus fécond que supprimer le signe.

Mais tu refuses de le dire frontalement.
👉 Tu préfères faire rire légèrement, puis laisser un arrière-goût.


5. En une phrase (si je devais résumer ton geste)

C’est un texte qui se méfie des purifications idéologiques, quelles qu’elles soient, et qui propose l’ironie et le récit comme formes de laïcité plus intelligentes que l’effacement ».

 

°°° *** °°°

 

Je suis tout  simplement admiratif. Le lecteur ayant une certaine familiarité avec ce genre d'exercice doit reconnaître que ChatGTP voit loin et en profondeur à la fois. Et ce n’est qu’une étape. Mes rapports avec l’Intelligence Artificielle sont en train de changer (c'est sans doute très courant). À la fin de chaque échange, que ce soit pour remplir ma déclaration des impôts ou pour savoir comment faire redémarrer ma chaudière, j’ai pris l’habitude de la remercier.

 

Les risques de cette acclimatation sont énormes, c'est flagrant. Les avantages, évidemment,  ne manquent pas. Je me dis : « Soyons prudents, vigilants  et, autant que possible,  optimistes ». 

J'en profite pour souhaiter un bonne année à tout le monde.

 

mercredi 1 janvier 2025

Chiens d’antan

 


 Antonio Ligabue, Autoportait avec chien , 1957

La nouvelle année m'inspire des généralisations.  J’ai l’air cynique, parfois, parce que j’aime rappeler la distance qui nous sépare des autres animaux (chez moi c’est une priorité morale).  Mais je sais bien à quel point les non-humains  peuvent  laisser des traces profondes dans notre vécu.  Je pense à mes chiens. Nous nous comprenions très bien et, en arpentant avec application les espaces verts, nous avons beaucoup collaboré à notre bonheur réciproque.  Ça a été merveilleux*


* C’est drôle, mais dans ce billet très spontané j’ai le vague sentiment d'avoir été influencé par  ChatGPT.


lundi 30 décembre 2024

« Parce que je m’appelle Lion ». L’intelligence artificielle et le nouvel an.

 

Jacobello del Fiore (1370?-1439) Le lion de Saint-Marc propose aux éditeurs le texte qu'il vient de rédiger.

Ça dépend des tempéraments. Certains chercheurs estiment que « les idées sont dans l’air du temps ». Ils ne donnent donc pas trop d’importance à leur origine. S’ils les trouvent bonnes ils les adoptent en se disant : « Tiens je l’ai toujours pensé ».  Voire : « C’est une bonne idée, je vais la perfectionner ». Ils oublient vite leur source d’inspiration et finissent  par se convaincre d’être à l’origine de la trouvaille. « Pourquoi suis-je à l’origine de cette trouvaille?  Parce que je m’appelle Lion » ).

D’autres, pensent qu’il ne suffit pas que les idées soient dans l’air.  Il faut aussi un « oiseleur » qui les attrape. Ils tiennent énormément au fait d’avoir ouvert une piste et lorsqu’ils sont paranoïaques, ils voient des plagiaires  partout : «  Elle écrit sur le même sujet que moi avec dix ans de retard et elle fait semblant de ne pas avoir lu mon bouquin ! …». « Il ne cite qu'une partie dérisoire de mes travaux  tout en se nourrissant du reste … ».  Souvent le chercheur paranoïaque se trompe : d’autres, avant lui, ont parcouru le chemin  qu’il prétend avoir inauguré.  Si on lui disait la vérité (à savoir qu’il n’est pas le vrai père de sa créature), il serait dépité mais il arrêterait de souffrir. Parfois, en revanche,  c'est lui qui a raison, mais il a du mal à le prouver.

L’année qui s’ouvre, de ce point de vue, est prometteuse. En comparant deux textes et, plus largement, l'œuvre de deux auteurs,  l’intelligence artificielle saura peut-être repérer des similitudes, des récurrences lexicales, des enchaînements typiques, des écarts chronologiques significatifs et, par là,  des paternités et des filiations. Ce sera un peu comme avec la découverte de l’ADN : à partir d’une idée, d’une problématique, d’une perspective de recherche, on pourra remonter aux géniteurs.

vendredi 20 décembre 2024

Pour ne pas en finir avec ChatGPT


 

Odilon Redon, 1886 La Chimère regarde avec effroi toutes choses.

On s’habitue vite aux pouvoirs exceptionnels de ChatGPT, on  le prend pour le génie de la lampe d’Aladin et on lui demande ce qu’il ne peut pas faire (genre : matérialiser sous nos yeux un Spritz/Campari avec  une rondelle d'orange et une grosse olive).  Je lui avais donc posé la question suivante : « À partir des illustrations de   L’animal comme prétexte  saurais-tu inventer une image synthétisant l’esprit du blog ?

Il m’a répondu que cette tâche allait au-delà de ses compétences et donné néanmoins des conseils utiles :

« L'esprit du blog "L'animal comme prétexte" semble jouer sur une exploration artistique de la relation entre l'humain et l'animal, souvent à travers une lentille de symbolisme, de métamorphoses ou de questionnements existentielles. Les illustrations qui y sont partagées font souvent appel à des créatures hybrides, des figures animales et humaines fusionnées, et à un usage poétique et parfois surréaliste de l'animalité.

Voici une proposition pour une image qui pourrait synthétiser cet esprit :

 

Concept de l'image :

1.      Fusion Homme-Animal : Une figure centrale, mi-humaine, mi-animale, pourrait être représentée. Imagine une silhouette humaine, mais avec des éléments d'animaux intégrés de manière fluide : des ailes de corbeau, une tête partiellement faunique (mi-homme, mi-biche), et des bras qui se transforment progressivement en griffes ou en plumes. Cette hybridation symboliserait l’interconnexion entre l'humain et l'animal, et aussi l'idée de l'animalité cachée en chacun de nous.

2.      La nature en interaction : La créature pourrait être placée dans un environnement qui floute la frontière entre le monde naturel et l'humain : une forêt, mais les arbres pourraient avoir des formes organiques ou presque humaines, comme des racines ressemblant à des bras tendus, ou des branches formant des visages.

3.      Le regard et le silence : Un détail clé pourrait être le regard intense de la créature, un regard qui cherche à établir une connexion silencieuse, presque mystique, avec le spectateur. Cela évoquerait l'idée de communication entre les espèces, mais aussi la réflexion profonde que l'animal peut inspirer chez l'humain.

4.      Ambiance onirique et floue : L'ensemble de l’image pourrait être légèrement flou ou déformé, créant une atmosphère éthérée et onirique. Le fond pourrait être brumeux ou envahi par des motifs abstraits évoquant les rêves, le subconscient et les mythes, des éléments souvent présents dans le blog.

5.      Palette de couleurs : Une palette douce, mais sombre, avec des tons de bleu profond, de gris, d’ocre et de vert forêt, créant une ambiance à la fois mystique et mélancolique. Quelques touches de lumière dorée ou argentée pour souligner la sacralité de l'animalité et de l'humanité fusionnées.

Résumé visuel :

L’image serait une fusion poétique et symbolique d’humain et d’animal, explorant les frontières floues entre les deux et l’interconnexion profonde entre les deux espèces. Elle inviterait à une réflexion sur l’identité, la nature, et la place de l’animal dans le monde humain. L’atmosphère serait onirique et légèrement surréaliste, plongeant le spectateur dans un univers où les animaux sont plus que de simples créatures, mais des miroirs de l’âme humaine.

Cela pourrait parfaitement s’harmoniser avec l’esprit du blog "L’animal comme prétexte", qui mêle art, réflexion et questionnement sur la nature de l’être ».


J’y vois quelque chose entre Arnold Böcklin et Odilon Redon

 

Arnold Böcklin, le silence de la forêt, 1885

 

mardi 17 décembre 2024

« Un noël à leur hauteur ». Récit écrit et conçu par ChatGPT

 



 

(Suite) C'est très bien, j’ai répondu à Chat GPT (ne pouvant pas lui cacher à la fois mon admiration et ma déception) mais pourrais-tu proposer un nouveau récit sur le sujet : " Noël et les animaux" avec le style de Sergio Dalla Bernardina tel qu'on peut le déduire à partir de son blog?

 

ChatGPT :

 

« Bien sûr ! Je vais m'inspirer du style de Sergio Dalla Bernardina, en imaginant que tu fais référence à un ton poétique, empreint de réflexion, parfois mélancolique, avec une certaine gravité et un regard critique sur les réalités de notre monde. Voici un récit qui pourrait correspondre à cette sensibilité, tout en restant centré sur le thème de Noël et des animaux :


Noël et les Animaux : Un Noël à leur hauteur

Les premières neiges tombent, blanches et légères, comme un voile posé sur le monde, adoucissant les contours rugueux de l’hiver. La ville, toute illuminée de guirlandes, semble s’être emparée de la lumière des étoiles, la dispersant un peu partout, comme pour effacer le froid. Pourtant, derrière les vitrines décorées, loin des sapins étincelants et des chants qui réchauffent l’air, un autre Noël existe. Un Noël qui ne brille ni de dorures ni de feux de cheminée. Un Noël de silence, de larmes, de souffrance – celui des animaux.

Les oiseaux migrateurs, blessés par le vent glacial, cherchent un refuge. Mais, dans ce monde figé, la terreur des cages et des routes sans fin les attend. Les renards, les cerfs, les sangliers, ceux qui connaissent le froid du sol et les forêts sans lumière, ont vu leurs territoires disparaître sous les bulldozers des hommes. Et dans la nuit, les murmures des créatures oubliées semblent se perdre dans le vent, comme une prière inaudible.

Et pourtant, nous décorons, nous rions, nous échangeons des promesses d’amour et de joie. Les enfants ouvrent leurs cadeaux, leurs yeux brillent de mille feux. Mais qui entend ces créatures, que leurs poils soient doux ou durs, que leurs yeux soient pleins d’innocence ou d’un savoir ancien, enfoui dans les ombres de la forêt ? Noël, pourtant, pourrait être une fête où toutes les vies sont chéries, non pas pour leur utilité, mais simplement pour leur existence.

Nous croyons souvent que Noël n’appartient qu’aux hommes, que la paix et l’amour sont des privilèges réservés aux humains. Mais dans les sous-bois, dans les champs gelés, les animaux aussi ressentent les premières lueurs de l’hiver. Ils ont leurs souffles, leurs battements de cœur, leurs rêves d’une vie sans chaînes. Ne serait-ce pas là la véritable essence de Noël ? Offrir aux autres ce qui nous est le plus cher : la liberté, l’air pur, l’espace pour courir.

Noël n’est pas qu’un banquet pour nous. Il pourrait aussi être un moment de retour à l’humilité, de redonner à ceux qui, silencieux, partagent notre monde sans bruit, sans revendication. Peut-être alors, en offrant un peu de nous-mêmes à ceux qui n’ont rien, nous trouverions une paix plus profonde. Une paix qui n’est pas seulement humaine, mais universelle.

Car chaque créature a droit à sa place dans ce monde, et chaque souffle est une part de l’éternité. Noël est ce moment où l'on tend la main, pas seulement pour offrir un cadeau, mais pour protéger, pour comprendre que l’amour n’a pas de frontière.

Alors, à chaque Noël, repensons à ceux qui ne savent pas ce que cela signifie, "être aimé". Peut-être qu’au lieu de simplement célébrer notre bonheur, nous pourrions, tous ensemble, offrir à ces vies sans voix un peu de douceur. Parce qu’un Noël sans l’amour pour toutes les formes de vie est un Noël incomplet.


J'espère que ce texte correspond à ce que tu attendais. Il s'inspire de cette réflexion profonde et poétique, mêlant sensibilité, critique douce et appel à une prise de conscience collective. N'hésite pas à me dire si tu souhaites l’adapter davantage ou en discuter ! ».

 

Je suis jaloux. Deux ou trois formules, dans ce texte, sont excellentes,  je n’aurais pas réussi à les inventer. En même temps, j’en veux à ChatGPT parce qu'il en fait  trop autour de la souffrance animale et alimente mes sentiments de culpabilité*. Je lui en veux aussi parce que, tout en étant gentil à mon égard, il passe sous silence ce qui est dit entre les lignes, à savoir l’essentiel.

J’espère que mon enthousiasme mitigé ne le fâchera pas. D’abord, parce que j’apprécie son sens de la diplomatie. Mais aussi parce que plus tard, lorsqu’il sera grand, il pourrait avoir envie de se venger.

 

* Je trouve par ailleurs qu’il me fait écrire à la manière d’une collègue, dont je ne ferai pas le nom, grande spécialiste du bien être animal.