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vendredi 1 mai 2026

Scène de chasse dans un living-room

 

Échange interspecifique entre un prédateur et lsa proie (cliché SDB)

Que pensent les chats lorsqu’ils chassent les souris ? Se disent-ils : « Je n’éprouve aucun plaisir, c’est juste mon gagne-pain » ? Ou bien : « J’aime joindre l’utile à l’agréable » ? Mystère.

En revanche, il est plus facile de savoir ce que les Chinois pensent du binôme chat-souris :

« 猫哭老鼠假慈悲 « Le chat pleure la souris : fausse compassion. »

« 老鼠猫,如见阎 »
 « La souris voit le chat comme elle verrait le roi des enfers. »

不管黑猫白猫,捉到老鼠就是好猫 »

« Peu importe que le chat soit noir ou blanc, s’il attrape la souris, c’est un bon chat. »
 Dicton très célèbre en Chine, popularisé par Deng Xiaoping

samedi 26 avril 2025

Imprintings


  Bushmen - San - Peinture rupestre représentant des figures humaines des montagnes du Drakensberg,

Nous passons notre temps à interpréter notre prochain (notamment lorsqu'on est anthropologue ou psychanalyste)  mais nous n’avons pas envie, parfois,  que notre prochain  nous interprète. Nous   cherchons  alors à brouiller les pistes.  C’est un vieux réflexe de l’époque où  nous étions des proies, peut-être.

J’y pense en lisant le passage suivant d’un ouvrage récent de Philippe Pesteil. En faisant dialoguer les  sciences cognitives avec des classiques de l’anthropologie il nous parle des empreintes, du Merveilleux,  des chasseurs-cueilleurs, du folklore, de Gargantua et  Saint Martin, des récits étiologiques et des savoir-faire vernaculaires  :

« Quelles que soient les hypothèses privilégiées pour retracer l’anthropogénèse (charognard, chasseurs, collecteurs …), le repérage et l’interprétation des empreintes demeurent une interrogation légitime. Les paléoanthropologues n’ont pas encore déterminé à partir de quelle époque les hominidés ont pu et su interpréter des pistes ». p. 161 (Philippe Pesteil, Pour une anthropologie de l’empreinte. Approche cognitive et phénoménologie d’une forme. Éditions Mimesis, 2024, p. 161).

mercredi 2 avril 2025

Cornuto e mazziato (Cocu et battu) - à savoir : le droit d'être cité

 


Les  auteurs qui  tiennent à revendiquer la paternité de leurs idées, ou l’ancienneté de leurs recherches dans un certain domaine, sont souvent taxés de narcissisme. C’est méconnaître l'univers académique. Les chercheurs en sciences humaines et sociales ne gagnent pas un rond avec leurs ouvrages. Les chemins qu’ils ont inaugurés (en même temps que d’autres peut-être, mais en tant que pionniers), sont leur  seule fierté. Leurs trouvailles  sont leurs créatures et donnent un sens à leur vie. C’est pourquoi, lorsqu’ils voient  chez le libraire un bouquin consacré aux thèmes qui leurs sont chers, ils se précipitent sur la bibliographie.  « Ce n’est pas vrai, il/elle ne me cite pas », «  Ce n’est pas possible, elle/il ne cite que mes contributions marginales ». Incapables d’accepter la vérité, à savoir que si on ne les cite pas c’est que leurs travaux ne le méritent pas, ils sombrent dans le complotisme. S'installe alors chez eux le soupçon d’avoir fait l’objet d’un pillage ou d’un refus d’accepter la controverse scientifique.

L’attitude que je viens de  définir est souvent qualifiée  de « paranoïaque ».  C’est oublier  que dans le monde de la recherche, comme dans certains établissement religieux, les gens de bien ne manquent pas, mais il y a aussi des prédateurs. Ces prédateurs ont des complices qui contribuent, par leur silence,  à la prospérité de la meute.

dimanche 26 janvier 2025

Pas sur mon parking. Short Story

 


 

Val di Zoldo (Dolomites) hier matin. Un jeune homme s’apprête à sortir avec son chien pour une promenade. En regardant par la fenêtre, il aperçoit sur le parking un loup qui est en train de dévorer un cerf. Il décide de rester à la maison.

mardi 24 décembre 2024

Larmes de (et pour un) crocodile

 


Le frontière entre les espèces ne cesse de se réduire. Je parcours le quotidien La Repubblica et je découvre que Burt, le protagoniste du film “Mr. Crocodile Dundee”, vient de décéder. Je ne connais pas Burt, ni le film en question mais la nouvelle me touche. Enfin, je suppose  que c’est comme ça que   je devrais réagir en tant que lecteur de La Repubblica*.

 

* Ça me donne envie de devenir monarchiste.

mercredi 4 décembre 2024

Déboullonages : le loup change de statut

 

Statue du loup  au Cloître-Saint-Thégonnec)*

 

Je viens de lire que le comité permanent de la Convention de Berne a approuvé la proposition de l'UE d'assouplir le statut de protection du loup. Pour certains c’est une triste nouvelle, mais je trouve que cela restitue au loup, qui avait été réduit au rang d’assisté, de maintenu, de prédateur casanier, une partie de son ancienne dignité. 

 

*Je ne sais plus où j’ai mis mes clichés. En attendant de les retrouver, j’ai emprunté celui-ci à Ouest-France : https://www.ouest-france.fr/sciences/animaux/l-image-du-nuisible-lui-colle-a-la-peau-mal-aime-le-loup-a-pourtant-sa-capitale-en-bretagne-6fc9e4ae-9004-11ed-8732-c929ccc6462c

 

jeudi 9 mai 2024

Déclin de la chasse et triomphe du cynégétique (annonce)

 

Antonio Donghi, Caccia alle allodole, 1942

 

Mardi 14 mai j’aurai le plaisir de préciser mon point de vue sur la question animale dans le cadre du cycle de conférences du Forum universitaire « L'altérité. Les animaux et les hommes » (Boulogne-Billancourt, Amphithéâtre  Landowski, 28 avenue André Morizet, à partir de 14h30).

 

- Et si les grands prédateurs commençaient à nous fatiguer ?  Le déclin de la chasse comme signe avant-coureur.

 

En regardant les choses de loin, on se croirait  confronté à un processus irréversible : alors que la fascination pour les grands prédateurs augmente tous les jours, l’ancien prestige dont bénéficiait la chasse n’est plus qu’un souvenir. Liées aux changements de mentalité en matière d’éthique animale,  les raisons de ce déclin sont claires. Elle méritent néanmoins que l’on s’y attarde un peu. Le succès concomitant des ours et des loups est tout aussi compréhensible, ne serait-ce que dans une perspective écologique.  Va-t-il perdurer ? Peut-être. Mais notre imaginaire est aux aguets, prêt à rebondir sur l’actualité pour y projeter ses fantasmes.

vendredi 16 février 2024

« Ça mérite un détour » (À propos des « paysages de la peur »)

 

 

J'ai emprunté cette image au site suivant : http://www.ruralpini.it/Parco-dei-cervi-a-spese-degli-agricoltori.html

C’est la peur, vient-on de m’apprendre, qui configure le paysage : peur des grands prédateurs, peur des hommes. Lorsqu’on est des proies, on se réunit et on se disperse, on se montre ou on se cache en fonction du danger. Porteuse d’une forte charge métaphorique, cette idée dépasse manifestement le champ de l’éthologie.

Loin d’être répulsive, aujourd’hui, la peur attire dans les mêmes endroits des milliers d’éco-touristes  sur les traces des ours et des loups.

dimanche 4 décembre 2022

Des cerfs dans notre baignoire ? (À propos du rewilding)

 


Les cerfs et les loups, dans les Alpes, se sont mis à pulluler. N'est-ce pas génial?

(Suite du post précédent). « Il y a encore cinquante ans, assis au même café, nous aurions pu entendre quelques propriétaires terriens se plaindre des étourneaux qui ravageaient leurs récoltes, des notables campagnards vantant les captures de leur « roccolo », gigantesque piège végétal pouvant  produire quinze mille pièces par an  entre pinçons, grives, et chardonnerets (pour ne pas parler des verdiers, des gros-becs, des becs-croisés …). Dans les auberges, en automne, on aurait eu droit à la « polenta e osèi » (polenta aux petits oiseaux, bestioles succulentes dont les vrais connaisseurs ne laissaient dans l’assiette que le bec). Les membres de la ligue pour la protection des oiseaux (c’est un anachronisme), auraient pu se rabattre sur un civet de lièvre ou autre gibier fourni aux restaurateurs par les chasseurs et les paysans du coin (très habiles, ces derniers,  dans l’art du piégeage, sans disposer pour autant du moindre brevet ou permis de chasse).

          Entre-temps, dans le laps de quelques décennies, le démantèlement de la civilisation rurale s’est parachevé. C’est l’épilogue d’une histoire millénaire : la déprise agricole et l’industrialisation de la campagne, pour dire les choses avec emphase, ont mis fin aux derniers rayonnements de la civilisation néolithique. La conception du monde donnant la priorité aux  espèces (et aux espaces) domestiques a perdu sa légitimité. Il nous paraît normal, aujourd’hui,  de saluer avec enthousiasme le retour de la forêt, de regarder avec sympathie le pigeon qui convoite notre apéritif, le blaireau qui fouille dans notre poubelle, le renard qui traverse la rue avec la nonchalance d’un chien de cirque ».  (Le retour du prédateur PUR 2011, p.) (À suivre)

 

vendredi 2 décembre 2022

Je suis d'accord avec mon point de vue (à propos du réensauvagement) (1)

 


 


« Autour de midi sur une place ensoleillée des Préalpes vénitiennes. C’est l’heure de l’apéritif. Les pigeons sont affairés. Ils doivent faire face aux incursions des moineaux, petits mais très rapides,  sans perdre de vue les « stuzzichini » (cacahuètes, olives et autres « tartines ») posés sur les tables à côté des boissons. Ça y est : un couple d’Allemands vient de partir en laissant dans l’assiette quelques chips.  Les pigeons se lancent. Le verre de Campari, avec ses glaçons et sa tranche d’orange,  part en éclats.  Une femme sort du café en criant : « Andate via brutte bestiacce » (foutez le camp, sales bêtes). D’une table un peu plus loin, quelqu’un lui répond : «Insomma, non esageriamo, povere bestie » (Enfin, n’exagérons pas, pauvres bêtes).   Ce ne sont pas des membres de la fondation Brigitte Bardot qui sermonnent la dame, mais des visiteurs du Parc des Dolomites à l’accent très citadin. Je les écoute depuis un moment, mon Campari bien serré dans la main pour parer à des attaques éventuelles ».

 

C’est le début de mon étude Le retour du prédateur. Mises en scène du sauvage dans la société post-rurale, Presses Universitaires de Rennes (2011). Il date un peu. Je l’ai relu  récemment pour préparer mon intervention à un workshop sur le réensauvagement organisé par le laboratoire MIMMOC de l’Université de Poitiers. Dix années plus tard, je suis toujours en phase avec ce que j'écrivais. Ma lecture du retour du sauvage et de ses conséquences s'éloigne de celle de Joëlle Zask  qui dans Zoocitie(éd. Premier Parallèle, 2020), aborde  la question avec un autre regard. (À suivre)

mardi 2 août 2022

Une dévoration aux portes de la ville


 

« Une meute de loups dévore un cerf aux portes de la ville ». C’est beau. C’est même fantastique. On se croirait au Moyen-âge alors que c’est maintenant, chez nous. La nature sauvage revient, elle pénètre dans nos villes et s’installe. C’est comme ça, il faut s’adapter et accepter l’inéluctable. Les anciens « nuisibles » nous⁹ rejoignent, finalement, et nous continuerons ensemble, les uns à côté des autres dans le respect mutuel. 

Bonjour les renards, salut les blaireaux, et vous aussi, les porcs-épics, les putois, les diablotins de Tasmanie, vous êtes les bienvenus. On va co-évoluer dans l’optimisme et la joie sous la direction bienveillante de ceux qui ont compris les erreurs du passé (on est toujours en retard, notamment dans les campagnes)  et nous aideront à nous améliorer.

mardi 12 juillet 2022

Il n’y a qu’à ... (Chicken Run dans les espaces alpins)


 


Que faire pour protéger les brebis des attaques du loup ?  C’est fastoche, il suffit de les enfermer  dans des enclos pendant la nuit. L’État finance ce genre d’installations d’ailleurs … où est le problème ? C’est que les loups, n’étant pas bêtes, ont changé d’habitudes et se sont mis à attaquer  les moutons en plein jour. Comment éviter le carnage ? C’est  tout aussi fastoche : il suffit de garder les moutons dans leurs enclos tout au long de la journée, comme les poulets dans Chicken Run. C’est bon pour le tourisme (pas de promeneurs mordus par les chiens) et excellent pour la biodiversité : des superprédateurs  à pister partout, des reportages à couper le souffle.

https://www.youtube.com/watch?v=-mTB8X05d8o

vendredi 18 juin 2021

Végétarien comme un renard

  

Tableau de Philip Reinagle  contribuant à la criminalisation des renards. L’art, d’accord, mais la vérité scientifique alors ? Et la morale ? Il faudrait censurer ces images diffamatoires, sanctionner, faire quelque chose … .

J’ai lu quelque part que les renards ne prélèvent pratiquement pas d’oiseaux sauvages. Il se peut que, à l’instar des ours, ils ne mangent que des myrtilles.

mardi 8 juin 2021

Nouvelles de Maurice

 


 

Pendant quelques  jours Maurice s’était absenté. Les goélands sont des rats ailés, je sais, mais on s’attache*. J’ai mis son absence sur le compte de la municipalité : une histoire d’œufs stérilisés. L’autre soir, pour mieux contempler la place Wilson éclairée par le soleil couchant, j'ai entrouvert une fenêtre à proximité du toit**. Aussitôt,  mon extase a été interrompue par le vol des goélands qui criaient comme des malades. Il était tard, pourtant. Y avait-il un prédateur dans le coin ? J’ai vite réalisé que le prédateur c’était moi. Ils m’avaient pris pour un employé communal censé réduire leur impact démographique. Maurice aussi s'était fourvoyé, je crois. Après il a compris et il est revenu.

* Les goélands sont des rats ailés alors que  les rats sont des goélands sans ailes. 

** J'aime cette place, la sveltesse du kiosque a la faculté de m'émouvoir.

lundi 12 avril 2021

Du sang dans les prés, mais pour la bonne cause

 

Les fauves reviennent et il est de bon ton de s’en réjouir. 

J’aborderai  ce thème mercredi prochain  à 18h dans le cadre des conférences  du Comité des Travaux Historiques et Scientifiques.

Mon intervention s'intitule : 

"Les herbivores domestiques sous la dent des grands prédateurs : autour d’une compassion à géométrie variable".

On pourra la suivre en se connectant au lien suivant : https://zoom.us/j/94031306306

vendredi 9 avril 2021

Dominants et dominés chez les non-humains

 LUNDI 12 AVRIL de 15h à 17h

Séminaire "De l’humain animalisé au vivant humanisé"




Sergio Dalla Bernardina

La noblesse du prédateur (et la vulgarité de la proie)


La « lycolatrie » est à la mode. On loue la prestance des grands prédateurs, leur utilité, leur savoir-faire. On s’identifie à ces garants des écosystèmes, on justifie leurs incursions dans la sphère domestique,  on  pardonne leurs « bavures ». On finit ainsi par oublier les moutons qui, par définition, n’ont qu’une valeur pécuniaire.

 

 

 

 

mercredi 10 mars 2021

De l’intérêt d’être sauvage


 

Le qualificatif de sauvage, autrefois, était une insulte.  C’est de moins en moins le cas.

 

Je développerai ce sujet  jeudi prochain,  dans le cadre  de la conférence suivante : 



agenda

jeudi 11 mars 2021 à 20:15

Des « bons » et des « mauvais » parmi les sauvages

Conférence de Sergio Dalla Bernardina, professeur d’ethnologie à l’Université de Bretagne Occidentale

La notion de wilderness (nature sauvage) renvoie à la celle de pureté. Elle revêt un caractère à la fois moral et politique. Les parcs, les forêts, les pâturages alpins, deviennent ainsi le théâtre d’une lutte pour la crédibilité sociale qui passe par la gestion du discours sur la nature.

_____

Cette conférence se tiendra sur notre chaîne Youtube, sans inscription préalable.

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Voici le lien : https://www.youtube.com/MENMuseeethnoneuch

dimanche 28 février 2021

La promenade des sangliers

 


Sanglier parisien (je l’ai immortalisé dans le quartier des Batignolles avant l’émergence de la pensée animaliste). Image tirée de mon ouvrage La langue des bois. L’appropriation de la nature entre remords et mauvaise foi, Paris Muséume d’Histoire Naturelle, 2020)

 

Tout le monde semble s’occuper des sangliers, cette année, et de leur souhait de vivre avec nous. Mais le problème n’est pas récent. Si à  Nice, en profitant de la pandémie, ces suidés omnivores se  reproduisent joyeusement, à Gènes, comme je le soulignais il y a dix ans, ils cohabitent peinards avec la partie la plus éclairée de la population urbaine. Et cette amitié interspécifique est  loin d’être la seule : 

“Nouveaux « mendiants » - j’écrivais -  les sangliers circulent en ville, nourris de spaghetti par des gens compassionnels.  Les ours polaires sont soignés par des dentistes alors que les chats et les chiens, encore plus proches de l’homme qu’ils l’étaient auparavant,  vont chez le psychologue et prennent du Prozac. Las de vivre dans les bois,  les piverts s’installent dans les maisons secondaires et creusent des trous dans les fenêtres  « à l’ancienne » (c’est ce qu’on appelle la multipropriété : lorsque les humains s’absentent les pivert réaménagent).  Grâce à la médiation des chiens  « Patou », le loup habite déjà ou presque avec l’agneau. Le paysan, dûment apprivoisé, ne s’oppose plus à l’ensauvagement  de ses terres (ici et là, il faut l’avouer, on trouve encore quelques poches de résistance, mais avec l’aide d’un bon négociateur …). Habillé en « vrai paysan » pour être plus photogénique,  faute de cultiver des terres de plus en plus en friche, il cultive son image et apprend aux touristes, qui le remplaceront bientôt (on les appellera les néo-ruraux), ses savoir-faire  ancestraux”. (Sergio Dalla Bernardina, Le retour du prédateur, Presses universitaires de Rennes, 2011), p. 122.

dimanche 6 décembre 2020

6 décembre. Saint Nicolas revient

 


Au siècle passé, les enfants des Alpes Orientales (dont j’ai fait partie pendant quelques années) attendaient Noël avec impatience*. L’épiphanie aussi  les motivait beaucoup. Mais le centre de leurs passions restait la Saint-Nicolas.

Si j’étais Saint Nicolas, aujourd'hui, avec tous ces  ours et ces loups qui traînent partout, je ferais gaffe à mon âne.

* Ce qui est normal.

mercredi 21 octobre 2020

Où est passée la violence d'antan? (2 et fin)

 


 

Photo empruntée à : https://www.lavocedeltrentino.it/2020/06/25/abbattimento-orso-insorgono-le-associazioni-animaliste

En 2019 l’ours M49 a été protagoniste de 44 attaques : 26 étables, 11 ruches, 7 maisons. Il a dépecé 13 vaches ,  7 chevaux,  17 moutons et chèvres,  3 poules, tout en blessant d’autres animaux dans la province de Trento. De quoi mettre de l’ambiance dans la verdure monotone  des vallées alpines.

Dans mon post du 17 octobre je parlais de l’ambiguïté des appels au progrès moral  qui nourrissent le débat animalitaire. Si j’insiste comme un obsédé sur ce point, c’est que, bien que les enjeux soient primordiaux (la respectabilité du citoyen, sa légitimité sociale,  son « rang »)*, cette ambiguïté fait l’objet d’un refoulement collectif **.  Le raisonnement est pourtant très simple :  où est passée la violence qui trouvait son expression dans la chasse, dans la corrida et dans les autres folk games qui avaient pour victimes des bêtes innocentes ?  Elle n’a pas disparu, elle s’est juste déplacée. Elle prend la forme d’un lynchage moral à l’adresse des catégories qui n’ont pas intégré le nouveau paradigme (les catégories qui continuent de pratiquer la mise à mort des animaux sans la déléguer aux autres***).  Elle joue sur l’indignation pour disséminer partout des images sanglantes qui restaient associées, autrefois, à des lieux et à des moments spécifiques.  Elle s’exprime – et c’est encore par délégation - dans l’action des grands prédateurs qui font couler le  sang dans des circonstances éthiquement irréprochables.

Dans Faut qu’ça saigne j’écris :

« Mais si cette saignée périodique de bêtes innocentes remplit des fonctions pharmacologiques, peut-on vraiment s’en priver ? Peut-on renoncer à l’efficacité symbolique assurée par un « vrai mort », un mort en chair et en os, pour se contenter de sa copie ? En d’ autres termes, comment conserver le rôle cathartique du massacre des innocents assuré par les chasseurs sans octroyer à ces derniers le droit de tuer ? Rien de plus simple : en déléguant à d’ autres la fonction sacrificielle »****.

* La  facilité avec laquelle  n’importe quel « zoophile » improvisé  peut  aujourd'hui délégitimer des personnes parfaitement raisonnables  en les qualifiant de « stupides » et d’ « arriérés »   pose des questions éthiques  qu’il serait temps  de débattre.

** Je rappelle l’existence, à côté des enjeux animalitaires, d’enjeux personnels, de pouvoir ou économiques, dont les animaux ne sont que le prétexte.

*** Celles qui ne cachent pas le drame objectif de la mort animale en le réduisant à une question de « bonne » et de « mauvaise » mort.

**** Faut qu'ça saigne. Écologie, religion, sacrifice, Éditions Dépaysage, 2020. L’insistance sur cette ambiguïté, à l’époque où l’amour pour les animaux est devenu un devoir et un status symbol,  rend  ce livre imprésentable ou, plus précisément,   « immonde » au sens étymologique.