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mercredi 4 juin 2025

Un lynx peut en cacher un autre

 



Hier on m’a raconté une sorte de parabole. Quelque part en Allemagne, on avait du mal à réintroduire le Lynx. Les chasseurs s’en sont chargés. Les lynx  ont apprécié l’endroit choisi et s'y sont installés. Ils ont vite proliféré. Comme par enchantement, les mouflons ont disparu.

Je me suis posé la question suivante : si j’étais un mouflon, aimerais-je davantage  un territoire plein de chasseurs ou un territoire plein de lynx ?

lundi 4 novembre 2024

La chasse : une fanfaronnade? (1) Retours joyeux

 


Karl LIESKE (Groß-Schönau bei Zittau, 1816 – München, 1878)
Retour de chasse au cerf en montagne

Le mot fanfaronnade employé dans le post précédent et la référence à un monde amélioré parcouru par des "Ennemis de Rabelais"*  moralement irréprochables m’incitent à prolonger mes considérations sur l’automne, la nature et l’art de la chasse.

 

Dans mon ouvrage « Faut qu’ça saigne », salué dans les revues de chasse par une réaction unanime**, j’insistais sur les manifestations de liesse qui, dans le passé, accompagnaient le retour des chasseurs. C’était le retour à la maison des hommes du village avec quelque chose de bon à manger, ce « surplus aléatoire » sortant du circuit économique et de la notion de travail au sens strict. Sur un plan symbolique, c’était aussi le retour des héros civilisateurs qui revenaient de leur incursion dans l’ailleurs, ce no man’s land inquiétant, réceptacle des entités (animales, humaines, surhumaines …) les plus angoissantes. Les chasseurs revenaient du monde « d’à côté » qui envoie périodiquement ses émissaires vers les enclos et les champs cultivés, un univers sombre et désordonné qui attend ses dompteurs, ses inspecteurs, ses exorcistes, bref, ses démiurges.  (À suivre).


*J'entends par-là les ennemis du corporel et du physiologique, disposition psychologique et morale finement décrite et analysée par Mikhaïl Bakhtine dans :  L'œuvre de François Rabelais et la culture populaire au Moyen Âge et sous la Renaissance – Gallimard, coll. Tel,  1982.

 ** C’est à dire par un silence presque funéraire.



samedi 31 août 2024

Gibier Folio


Arthur Fitzwilliam Tait, Rabbits on a Log, 1897, huile sur toile, 25,4 x 30,8 cm, Metropolitan Museum of Art


L’ouverture de la chasse approche. Je parcours le site de la revue « Chassons » (je me documente)* et je découvre la formule : « Gibier de poche ». Je connaissais les lampes de poche, les livres de poche, mais pas le gibier de poche.

Q. – Que lis-tu actuellement ?

R. – Attends, je regarde (dans ma poche). Je suis en train de lire … juste un moment ... Ah oui, je suis en train de lire … Lapin.


*Eux aussi aiment se documenter, et tiennent beaucoup à partager les informations.

samedi 9 mars 2024

Les chasseurs italiens : les premiers pantouflards d’Italie ?

 

Les chasseurs italiens (pas tous) tiennent beaucoup à leurs traditions. En Ombrie, par exemple, ils avaient l’habitude de sillonner les surfaces boisées avec leurs vaillants   4X4, question d'amener une touche de modernité au cœur du monde sauvage*. Eh bien, grâce à l’appui politique de la Ligue du Nord, comme c'est le cas pour les chasseurs  de Lombardie et de Vénétie, ils pourront conserver cette coutume et la transmettre à leurs enfants**. Vive la nature et vive la Patrie.

* « Mais on roulait très doucement, hein  … ».

** Je rappelle ma position : même chez les chasseurs il y a sûrement des passionnés de la nature qui trouvent la motorisation des espaces verts anti-sportive et contraire aux principes du « chasseur-écologiste ». Mais combien sont-ils? (C'est une question que j'aimerais poser à Monsieur Schraen et à ses collaborateurs, mais j'ai beau m'adresser à eux, ils ne réagissent jamais - les écologistes non plus, par ailleurs).  Si les "chasseurs écologistes"  étaient majoritaires, en Italie,  la proposition de la Ligue du nord  ne serait pas passée. Mais les chasseurs français sont probablement plus vertueux que leurs homologues italiens (comme les ours français, qui se comportent bien plus dignement).

jeudi 16 novembre 2023

Sadisme félin 2

 

«Ce chat mauvais, qui prolonge pendant une heure l’agonie d’une souris me paraît comme la bête cruelle par excellence (…). Il suffit de regarder la façon avec laquelle il se comporte lorsque, par intervalles, il saisit la souris avec ses mâchoires. On s’aperçoit qu’il est heureux, que tout son être vibre d’une jouissance violente et perverse. Sa queue est agitée par des mouvements involontaires, ses yeux dilatés étincellent, et il atteint le plaisir dans un spasme de volupté suprême. Toute l’attitude de l’animal montre qu’il entend, qu’il a une conscience et qu’il jouit. Il n’y a rien à dire, cela ressemble tout à fait à la cruauté définie par Littré, celle qui se délecte dans le fait d’infliger la souffrance, la cruauté indiscutable, cynique » (Cunisset-Carnot, Flâneries d’un chasseur -  « La crudeltà negli animali », in Diana, il field d’Italia, 15 oct. 1917. Extrait de : « Des plaisir du chasseurs aux souffrance de l’écologiste. Violence et iconographie » in  Sergio Dalla Bernardina, L’éloquence des bêtes, Paris Métailié, 2006 p. 115 et suiv.

 

En ce qui concerne les chats, cette attribution de cruauté (une cruauté innée, substantielle) est passée de mode. Désormais on la réserve aux  chasseurs.

jeudi 3 août 2023

La place de la chasse dans la société contemporaine


Image extraite de mon ouvrage "L'innocente piacer". La caccia e le sue rappresentazioni nelle Prealpi del Veneto rientale. Comunità montana Feltrina, Feltre, Panfilo Castaldi, 1989*.

Ce qui est fabuleux, dans la chasse contemporaine, c'est sa capacité de rassembler. Je veux dire, de rassembler contre sa pratique  les citoyens les plus disparates. Elle a aussi une autre grande vertu : elle permet à tout individu qui se compare au chasseur d'afficher, par contraste,  sa propre humanité, son amour pour la nature, ses compétences en matière d’écologie et même de psychanalyse (tout ennemi de la chasse connaissant les « vrais mobiles » qui poussent le chasseur dans les bois).

Autrefois ça se passait autrement. La chasse semblait parfaitement normale, voire belle.  Je parlerai de cette évolution samedi 5 août à 14 heures, sur France Inter, dans le cadre de l’émission Les Savanturiers présentée et produite par Fabienne Chauvière.

*Le gamin sur la photo avait pour nom de famille Valduga. La gamine je ne sais pas.  

jeudi 9 février 2023

Des animistes bien de chez nous


UE286 - Séminaire De l’humain animalisé au vivant humanisé


Lundi 13 février de 12h30 à 14h30, Campus Condorcet-Centre de colloques, Salle 3.06, Centre de colloques, Cours des humanités 93300 Aubervilliers


Années 1990. Sanglier dans une boucherie parisienne. Image tirée de l’ouvrage  La langue des bois : l’appropriation de la nature entre remords et mauvaise foi, Paris, Éditions du Muséum d’Histoire Naturelle, 2020.

 

Sergio Dalla Bernardina  

 

Des animistes bien de chez nous

C ’est une évidence que nous avons tendance à oublier : le statut officiel des plantes et des animaux  ne correspond pas à leur statut fantasmatique. Le chasseur, a priori,  sait bien faire la différence entre un humain et un non-humain. Dans ses narrations, cependant,  dans ses rêveries, dans ses mises en rituel, il anthropomorphise sa proie.


vendredi 13 janvier 2023

Des dogues dans les bois

 

 

 

Dans la perception contemporaine, le chasseur est porteur d’une faute originelle : il tue les animaux, ce qui n'est pas bien*. Donc il a tort a priori.  Si un accident se produit, inutile d’entendre ses explications. Son tort est "ontologique", consubstantiel à son identité. Il précède l'événement.

Il y a quelques jours, un chasseur a tiré sur un dogue argentin qui était juste un train d’aboyer vers son chien. Lorsque le propriétaire du dogue est allé juste lui signaler que ça ne se fait pas, il l’a menacé de mort. Les réactions se multiplient. En voici une :

Je comprends l’émotion de Monsieur Henry-Jean Servat, tellement forte qu’elle l’empêche d’imaginer que les choses puissent s’être passées autrement. Moi j’ai à l’esprit un scénario légèrement différent, avec un dogue argentin moins jovial que celui décrit par son propriétaire.  Selon les médias, le chasseur incriminé a l'habitude de boire quelques verres et en plus est récidiviste, ce qui réduit sa crédibilité. J’aimerais néanmoins connaître sa version des faits qui n'apparaît nulle part. 

Cela dit, je ne voudrais pas sembler partisan : lorsque je me promène dans une forêt,  je trouve rassurant qu’on puisse y rencontrer des chiens  de protection comme les dogues argentins les pitbulls et autres dispensateurs de sérénité bucolique. C’est agréable de se sentir protégé**.

 

* Il tue les animaux alors que nous ... . Ah s'il n'y avait que nous le monde serait bien plus humain!   

** Sur la personnalité du dogue argentin je renvoie à l'article de Wikipédia (où j'ai emprunté la photo que je propose ici). Sur la personnalité des propriétaires de dogues argentins je n'ai pas d'informations, juste des préjugés comme ceux qu’on peut avoir vis-à-vis des chasseurs.

mercredi 11 janvier 2023

Les chasseurs français ne sont pas des Italiens (mais ils le deviendront)

 

 
«Les Français sont des Italiens de mauvaise humeur, et les Italiens sont des Français de bonne humeur», disait Jean Cocteau. Il présentait les choses très gentiment, d’autres clichés, d’un côté comme  de l’autre des Alpes,  vont bien plus loin dans la description  des différences nationales.  Plus « latins » que les Français, les Italiens sont souvent considérés comme des individus impulsifs,  hédonistes et avec un sens de l’État moins développé. Ils ont réussi cependant, et depuis un moment,   à renoncer à deux journées de chasse par semaine. Et leur saison de chasse   est plus courte que celle des Français. Monsieur Willy Schraen, le président de la Fédération nationale des chasseurs,  trouve que renoncer à ces prérogatives porterait à de graves conséquences : « Dans cinq ans » a-t-il déclaré à propos de l’hypothèse  d’interdire  la chasse le dimanche, « la ruralité est à feu et à sang ».

Morale (je reviens  à  la formule de Cocteau) : ce n’est pas parce que le chasseur français est un Italien de mauvaise humeur qu'il a le droit d'avoir un comportement pire que le sien.

jeudi 22 décembre 2022

Ah, les sangliers ...

 

Ah, les sangliers, c'est la faute aux chasseurs. Heureusement qu’il y a les loups …

Ah, les moutons, c'est la faute aux bergers. Heureusement qu'il y a les loups ...

Avec les moutons, en fait, ça marche moins bien.








lundi 28 novembre 2022

La chasseure française (ou chasseuse ? ou chasseresse ? Allez savoir)

 

La presse cynégétique ne veut pas de moi. Ces dernières années  j’ai écrit deux bouquins qui parlent de la chasse. Aucune réaction,  même pas pour dire « Il y a un drôle qui écrit sur nous des choses invraisemblables »*. Même attitude chez des institutions liées à ce monde périclitant qui, après un enthousiasme initial,  ont fini par couper  tout lien avec moi.  « C’est que tu fais de l’ironie », me dis-je pour me consoler, « tu désacralises,  alors qu’en matière d’écologie et de rapport à l’animal les curés prolifèrent ». Cependant  je reste optimiste. Dans l'univers de la chasse les femmes augmentent et elles sont plus ouvertes, plus démocratiques. Lorsque Le Chasseur français sera rebaptisé La Chasseure française, mon point de vue trouvera sûrement sa place.  

* Ça doit être lié au fait que dans le domaine des sciences humaines et sociales les études sur la chasse foisonnent.                                 

vendredi 21 octobre 2022

Chasse et ruralité (serrons-nous la main).

 


Je ne me lasserai jamais de le rappeler, je n’ai rien contre les chasseurs, loin de là. Cela ne m’empêche pas de remarquer chez leurs représentants, comme le dirait Lucien Lévy-Bruhl, une certaine résistance au principe de non-contradiction.  Je lis un article dans la revue Chassons consacré à Willy Schraen (président de la Fédération Nationale des Chasseurs que je trouve encore  plus fabuleux que Gaston Fébus). Il s'est déplacé dans le Sud, je cite, « pour soutenir les six ruraux, dont Jean-Luc Fernandez, président de la Fédération Départementale des Chasseurs de l’Ariège (FDC 09), qui étaient jugés par le tribunal judiciaire pour s’être opposés aux extrémistes écolos et aux associations pro-ours en mai 2018 ».

« Si le patron des chasseurs a tout d’abord souligné l’absurdité des poursuites à l’encontre de ces six ruraux qui n’ont fait que défendre pacifiquement leurs convictions « dans un pays où l’on sort plus facilement une kalashnikov qu’une main de sa poche pour en serrer une autre », il a tenu à affirmer les liens « familiaux » qui unissent les acteurs de la ruralité dans la défense de nos valeurs et de nos traditions ».

 

L’article est entouré par une image publicitaire qui nous montre un chasseur tout à fait différent des personnages joviaux,  garants des traditions ancestrales, de « nos valeurs » et de la ruralité, défendus par Shraen. Pour en savoir plus, je clique sur l’icône publicitaire sur la droite. Voilà ce qui apparaît : 

 

Ce n’est pas un kalashnikov, c’est vrai.   Ça doit être le fusil du père de Marcel Pagnol pour la chasse aux bartavelles.

vendredi 29 juillet 2022

« Arrêtez de tuer les animaux. Merci »

 

 


 Illustration empruntée au  site Chasse Passion

 

Je découvre dans le site de Chasse Passion que dans une école maternelle de Charente Maritime on incite les enfants à réaliser des dessins destinés aux chasseurs pour qu’ils arrêtent leur activité. Les enseignants pensent faire le bien (la cause est tellement juste …), ne se rendant pas compte de la portée morale et politique d’un « petit geste » de ce genre*. La prochaine fois on s’attaquera aux bouchers et après, la vertu n’ayant pas de limites ...**

* Mais oui, mais oui, nous nous rendons bien compte, justement … c’est bien un geste politique et c’est important … ».

** En perspective, Lev Tolstoï avec sa purification par étapes jusqu’à la sainteté.

Je rappelle ma position. L’idée que les chasseurs puissent entrer dans les écoles à de fins « didactiques » me paraît déplorable. Le fait que des enseignants contraires à la chasse, une  pratique tout à fait légale et légitime,  profitent de leur rôle pour faire de la propagande, me paraît tout aussi grave et profondément anti-démocratique.

mercredi 27 avril 2022

Le Ministère de la bonne gestion du vivant

 

  Un grand merci aux chasseurs (ce cliché m'a été transmis par Armelle Sêpa)

Dans la conclusion de mon ouvrage Le retour du prédateur je prophétisais la fin de l’opposition domestique/sauvage et l’instauration d’un monde meilleur où touristes, agriculteurs et chasseurs cohabiteront dans l’admiration mutuelle :  

« Dans sa célèbre fresque consacrée aux Effets du bon gouvernement, Ambrogio Lorenzetti nous montre la ville de Sienne, riche et riante, et une campagne opulente qui s’étend à perte de vue. La forêt est réduite à une citation. Aujourd’hui, pour illustrer le « Buongoverno », il faudrait s’y prendre autrement. La campagne devrait plutôt ressembler à une friche industrielle réhabilitée ou, mieux encore, à un  parc naturel, avec ses « crapauducs » pour faciliter les déplacements des batraciens, ses panneaux explicatifs (« là il y avait un four à chaux », « tas de bois en forme de cône : exemple typique de créativité locale » …), ses ethnologues secourables  qui réapprennent aux autochtones les traditions indigènes. La ville, elle, aurait des murs verdoyants, comme les parois végétales  du Musée de Quai Branly. Sur des toits fleuris on verrait atterrir et décoller  des vols de cigognes, de choucas, de pigeons ramiers. Pour les édifices publics, à la place des châteaux et des églises, on pourrait envisager un bâtiment majestueux, du genre « Palais des expositions », issu de la fusion de deux instances obsolètes, le ministère de l’agriculture et celui de l’environnement. Il pourrait s’appeler : « Ministère de la bonne gestion du vivant », voire « Maison de la bonne gestion du vivant » (pour souligner l’aspect «cohésion » et «  concertation » des décisions qui y sont prises) »*.

L’utopie est en passe de se réaliser. Et qui sera à la tête de ce nouveau ministère? Je mise sur Willy Schraen, le président de la Fédération nationale des chasseurs.

Le retour du prédateur. Mises en scène du sauvage dans la société post-rurale, Presses universitaires de Rennes, 2011, p. 123

 

vendredi 4 mars 2022

Affinités électives. Pour qui voter aux prochaines élections ?


 

 

C’est comme dans certains films d'amour. Les protagonistes, au départ, se détestent, mais commencent à s’apprécier et finissent par se marier. J’y pense à propos de Brigitte Bardot  qui a annoncé voter pour Marine Le Pen. Les chasseurs aussi, aux dernières élections, ont voté nombreux pour Marine Le Pen*. Ces affinités électorales ont sûrement un sens, mais je me demande lequel. 

* Pas tous, j’y reviendrai prochainement avec la question apparemment frivole : « Peut-on être à la fois chasseur et de gauche ? ».

lundi 31 janvier 2022

Les chiens de chasse et le Bon Dieu


Passage de Brillat Savarin naïvement persuadé d’avoir un point de vue légitime sur ses rapports avec son chien (Physiologie du goût, ou méditation de gastronomie transcendante, Paris, 1846).

Certains  défenseurs de la cause animale  ont pris l’habitude de diffuser  des images de chiens de chasse torturés par leurs maîtres (ce qui peut arriver, malheureusement, et c’est consternant). Ils partent  du syllogisme suivant : puisque le chasseur est un sadique il traite ses chiens sadiquement. Parfois je me demande d’où leur vient  le sentiment qu'il y a des sadiques partout.

lundi 13 avril 2020

Les chasseurs : les premiers flics de France ? (2 le symbolique )


 
Chasseurs assermentés se préparant à contrôler les joggers abusifs dans une forêt tyrolienne

(Suite du billet précédent) Il va sans dire que  Monsieur le Préfet a pris cette initiative pour des raisons objectives et incontestables : il s’agissait  de faire surveiller les bois par des personnes compétentes et fiables. Mais c’était sans compter avec le symbolique. C’était sans penser aux associations d’idées qui se nouent dans l’imaginaire collectif sans qu’on puisse les contenir par des arrêtés préfectoraux. Face à la pandémie, en fait, les citoyens aiment bien qu’il y ait des contrôles, même dans les bois.   Ce qu’ils n’aiment pas, c’est que ces contrôles soient exercés par les chasseurs. Pourquoi ?  Mais c’est évident. Parce que les chasseurs,  pour une bonne partie des Français, n’ont plus aucun  droit de circuler dans les bois (ni dans les campagnes, ni dans les jardins publics  et autres surfaces verdoyantes). Ils sont juste tolérés, et ils devraient remercier le ciel de pouvoir encore exercer. Qu’ils prétendent contrôler leurs compatriotes, ça, alors … ce serait  le comble*.

Et après, bien sûr,  ces initiatives techniquement irréprochables mais  très chargées symboliquement  risquent d’alimenter des délires malsains du genre : « Pourquoi a-t-on sollicité cette catégorie de citoyens ? Parce que,  armés et en treillis, ils sont déjà un peu plus " flics " que les autres?  Parce qu’ils savent se faire respecter? Parce qu’ils ont le sens de l’ordre et de la hiérarchie ? Parce qu’ils votent volontiers à droite et sont donc plus « patriotes » que les néo-druides ou les militants de Greenpeace ? ». Voici qui ranime de vieux stéréotypes :  précisément ces clichés associant la chasse au pouvoir et à l’univers militaire  dont le chasseur moderne, pacifiste  et éco-responsable, veut aujourd’hui se débarrasser.

* Je n’ai rien contre la chasse, je me limite à reporter la pensée courante.

samedi 11 avril 2020

Les chasseurs : les premiers flics de France ? (1 le factuel)




Le Chasseur Français et la question du droit d'accès à la nature
Cela fait des années, désormais, que les chasseurs cherchent à se faire bien voir. Pendant un long moment ils ont insisté sur le caractère sportif et désintéressé de leur passion. Après, pour se faire accepter par une opinion publique de plus en plus hostile, ils ont commencé à mettre en avant l’argument des traditions ancestrales, dont ils seraient les dépositaires. Parallèlement, ils sont devenus écologistes. Ils l’ont toujours été, d’ailleurs, comme le proclament aujourd’hui leurs représentants.  Et pourquoi pas? Tout n’est pas faux, dans leurs  plaidoiries.

Ce qui est sûr, c’est qu’ils sont  de moins en moins aimés et qu’ils font de leur mieux pour corriger  ce sentiment. Mais voilà  que, au beau milieu de leurs  efforts pour devenir sympathiques,  les représentants de l’autorité, par inadvertance,  sont venus  leur casser  la baraque.

Il semblerait en fait que le préfet de Seine-et-Marne, ait décidé « de réquisitionner pour au moins trois week-end – je cite le périodique Marianne * -  des chasseurs et gardes-chasse de son département pour surveiller la population, en supplément des forces de l’ordre ». Pas tous les chasseurs - il faut le préciser -  seulement les chasseurs assermentés. La crème, disons. (La suite après demain).

samedi 25 janvier 2020

L’affaire de l’Aisne (race et culture chez les chiens)



C’est du voyeurisme, si l’on  veut. Mais je suis avec curiosité l’histoire de Curtis, ce Staffordshire courageux qui a défendu jusqu’au bout sa maîtresse dévorée par une meute de chiens courants  (selon la thèses soutenue par un certain nombre de citoyens français). Je vais livrer mon point de vue. Je croyais, sans en avoir les preuves, à l’innocence des chiens de chasse. Plein de préjugés comme je le suis vis à vis des chiens de défense, j’avais même osé imaginer que Curtis et ses copains avaient quelque chose à nous raconter à propos de cette affaire, et que les autorités faisaient de leur mieux pour retarder un coup de théâtre risquant de ridiculiser une partie significative de l'électorat*.  Il s’avère  que plusieurs journaux, depuis, ont fait de leur mieux pour renforcer les soupçons vis-à-vis des chiens courants.  Ne pouvant pas les suspecter de manipuler l’information (ce serait infâme)  je me vois obligé  de reconnaître que je m’étais trompé.  J’attends donc les noms et les photos de ces chiens de chasse sans cœur et sans retenue. Qu'est-ce qui  peut les avoir poussés à se comporter si cruellement? Ce n’est pas la race, bien évidemment. Ça doit être la culture, peut-être, ou la religion ...

* Fondations, associations, organismes philanthropiques s'étant déchaînés contre  les chiens courants et, par métonymie, contre la chasse.

dimanche 5 janvier 2020

Le premier écologiste de France





Le premier écologiste d'Italie


Quel crédit faut-il donner à la formule : « Les chasseurs sont les premiers écologistes de France » ? D’un côté, si l’on pense à multitude de tireurs génériques qui se réunissent le dimanche pour mettre  à mort des sangliers des décharges  (nouvelle variété qui prolifère dans l’espace périurbain »ou des faisans engourdis  par la sur-domestication, on aurait envie de répondre à la question par un large sourire. Les vrais connaisseurs du comportement animal, de la météorologie, des écosystèmes … les vrais ornithologues, les vrais éthologues, éventuellement, sont les piégeurs, les oiseleurs et autres braconniers détestés par le « vrai chasseur »  (qui se réclamait plutôt, jusqu’à la semaine passée ou presque, de la figure du « sportman »).  D’un autre côté, cependant, on ne peut que reconnaître l’efficacité des mesures prises par les chasseurs à partir des années 1960, ayant permis le retour et la multiplication  de nombreuses espèces (et ce ne sont pas les cerfs ou les chevreuils qui diront le contraire). Le chasseur, si on veut prendre au sérieux cette généralisation, est ambivalent : d’un côté il aime protéger, de l’autre il aime tuer. Cette duplicité fait  penser, avec tout le respect, à ces chiens des maisons pavillonnaires  qui aboient très fort d’un air menaçant tout en remuant leur queue en signe de joie.

Dans son article « Gestion de la chasse et gestion des chasseurs » Andrea Zuppi* souligne très bien cette ambivalence telle qu’il a pu l’observer pendant son enquête dans les Pyrénées françaises. J’ai beaucoup aimé le passage où, en suggérant l'existence d'autres mobiles, il écrit « Quand un animal est abattu, aucun chasseur ne se félicite avec son collègue en lui disant : “Bien joué, mon vieux, c’est un joli coup pour la gestion du biotope».

* De la bête au non-humain. Perspectives et controverses autour de la condition animale (Sergio Dalla Bernardina dir.),  édition numérique Collection « Actes des congrès nationaux des sociétés historiques et scientifiques »
2020 (à paraître).