mercredi 10 mars 2021

De l’intérêt d’être sauvage


 

Le qualificatif de sauvage, autrefois, était une insulte.  C’est de moins en moins le cas.

 

Je développerai ce sujet  jeudi prochain,  dans le cadre  de la conférence suivante : 



agenda

jeudi 11 mars 2021 à 20:15

Des « bons » et des « mauvais » parmi les sauvages

Conférence de Sergio Dalla Bernardina, professeur d’ethnologie à l’Université de Bretagne Occidentale

La notion de wilderness (nature sauvage) renvoie à la celle de pureté. Elle revêt un caractère à la fois moral et politique. Les parcs, les forêts, les pâturages alpins, deviennent ainsi le théâtre d’une lutte pour la crédibilité sociale qui passe par la gestion du discours sur la nature.

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Cette conférence se tiendra sur notre chaîne Youtube, sans inscription préalable.

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Voici le lien : https://www.youtube.com/MENMuseeethnoneuch

lundi 8 mars 2021

Diplomatie arctique

 

 


Sedna, déesse des profondeurs marines

 

Formule pour faire venir les animaux de chasse.

« Animal de la mer, viens et offre-toi de grand matin ».

« Animal de la steppe, viens et offre toi de grand matin » .

Ces prières païennes, si simples - écrivait Knud Rasmussen autour de 1925 -  sont pour l’Esquimau des paroles sacrées. Elles paraitront peut-être puériles à certains. Mais ceux qui sont insensibles à la dévotion et à la beauté qu’elles expriment, ne comprennent pas non plus ce que c’est de se sentir petit devant une nature puissante ”. Knud Rasmussen, Du Groenland au Pacifique, deux ans d'intimité avec des tribus d'esquimaux inconnus, Paris, CTHS, 1994,  p. 198.

vendredi 5 mars 2021

Oiseleurs sénégalais

Aujourd'hui on les qualifierait de braconniers (c'est dire si on s'améliore).

 

Prochaine séance du séminaire
 

De l’humain animalisé au vivant humanisé (deuxième année : risques et avantages de la proximité ontologique).

Lundi 8 mars de 15h à 17h en webinaire :

en webinaire : lien de connexion : https://webinaire2.ehess.fr/b/gui-zas-zrq

pensez à utiliser Chrome de préférence



Julien Bondaz

L’avifaune « coloniale ». Oisellerie, ornithologie et brouillages ontologiques


La circulation des animaux destinés aux parc zoologiques européens dans le contexte colonial suscite des études toujours plus nombreuses, tandis que la marchandisation des oiseaux d’agrément reste méconnue. Dans le cadre d’un vaste projet de recherche international et interdisciplinaire intitulé PuNaCA (« Putting nature in a cage: an interdisciplinary research program on aviaries »), je m’intéresse aux imbrications entre les pratiques marchandes et la construction des savoirs ornithologiques en situation coloniale ainsi qu’aux formes d’embrigadement des oiseaux dans la propagande impériale. En présentant le cas d’une catégorie instable et hybride, « les oiseaux du Sénégal », il s’agit de montrer comment l’avifaune s’est retrouvée capturée, appropriée et au final colonisée, fournissant autant de métaphores pour penser les formes de violence coloniale.


Julien Bondaz est ethnologue, maître de conférences au département d’anthropologie de l’université Lumière Lyon 2. Il est membre du Laboratoire d’anthropologie des enjeux contemporains (Université Lumière Lyon 2) et chercheur associé au Centre Alexandre Koyré (UMR 8560, EHESS-CNRS-MNHN). Après avoir mené des enquêtes ethnographiques sur plusieurs musées et parcs zoologiques ouest-africains (L’exposition postcoloniale. Musées et zoos en Afrique de l’Ouest, Paris, L’Harmattan, 2014), il a notamment développé des recherches historiques sur les pratiques de collecte en contexte colonial. Il est par ailleurs l’un des quatre porteurs du projet PuNaCA (« Putting nature in a cage: an interdisciplinary research program on aviaries »).

mardi 2 mars 2021

Strawberry fields forever (à propos du fruitarisme)

 



En retard sur l’actualité,  je viens juste de découvrir l’existence du fruitarisme, « pratique alimentaire végétalienne fondée sur la consommation exclusive de fruits » (Wikipédia).  C’est puéril, je sais, mais ça me donne envie de réagir.

dimanche 28 février 2021

La promenade des sangliers

 


Sanglier parisien (je l’ai immortalisé dans le quartier des Batignolles avant l’émergence de la pensée animaliste). Image tirée de mon ouvrage La langue des bois. L’appropriation de la nature entre remords et mauvaise foi, Paris Muséume d’Histoire Naturelle, 2020)

 

Tout le monde semble s’occuper des sangliers, cette année, et de leur souhait de vivre avec nous. Mais le problème n’est pas récent. Si à  Nice, en profitant de la pandémie, ces suidés omnivores se  reproduisent joyeusement, à Gènes, comme je le soulignais il y a dix ans, ils cohabitent peinards avec la partie la plus éclairée de la population urbaine. Et cette amitié interspécifique est  loin d’être la seule : 

“Nouveaux « mendiants » - j’écrivais -  les sangliers circulent en ville, nourris de spaghetti par des gens compassionnels.  Les ours polaires sont soignés par des dentistes alors que les chats et les chiens, encore plus proches de l’homme qu’ils l’étaient auparavant,  vont chez le psychologue et prennent du Prozac. Las de vivre dans les bois,  les piverts s’installent dans les maisons secondaires et creusent des trous dans les fenêtres  « à l’ancienne » (c’est ce qu’on appelle la multipropriété : lorsque les humains s’absentent les pivert réaménagent).  Grâce à la médiation des chiens  « Patou », le loup habite déjà ou presque avec l’agneau. Le paysan, dûment apprivoisé, ne s’oppose plus à l’ensauvagement  de ses terres (ici et là, il faut l’avouer, on trouve encore quelques poches de résistance, mais avec l’aide d’un bon négociateur …). Habillé en « vrai paysan » pour être plus photogénique,  faute de cultiver des terres de plus en plus en friche, il cultive son image et apprend aux touristes, qui le remplaceront bientôt (on les appellera les néo-ruraux), ses savoir-faire  ancestraux”. (Sergio Dalla Bernardina, Le retour du prédateur, Presses universitaires de Rennes, 2011), p. 122.

jeudi 25 février 2021

D’un curé à l’autre (écologie et biopouvoir)

 


Je trouve  indispensable que les écoliers qui le souhaitent puissent avoir droit à un menu végétarien.  L’idée  d’une journée hebdomadaire sans viande me paraît tout aussi judicieuse (autrefois c’était le vendredi). Tout dépend de l’identité de celui qui la propose et de ses motivations.

mardi 23 février 2021

Têtes de morts et autres reliques


Blaireau marseillais. Cliché : Sergio Dalla Bernardina

 Les morts se vengent, parfois. A-t-on donc intérêt à garder des trophées dans sa maison ?

C’est le thème que je vais développer jeudi prochain, à14h15,  dans le cadre du colloque :

Bio art before Bio art
The living as cultural expression
25th and 26th February 2021
Organisation by:
University of Paris 1, Panthéon Sorbonne, Paris (France):
OLGA KISSELEVA,
European University Viadrina, Frankfurt an der Oder
(Germany): KLAUS WEBER,
Centre Marc Bloch, Berlin (Germany): JULIO VELASCO.


C’est le thème que je vais développer jeudi prochain dans le cadre du colloque.

Voici le lien :

https://us02web.zoom.us/j/87968808253?pwd=eUliQmxKQ2Q0c0NCTnVuY1ZSUklmQT0

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samedi 20 février 2021

Ne jetons pas Freud avec l’eau du bain

 

 

À l’époque de Freud on se lançait dans des parallélismes aujourd’hui inconcevables. Parfois ça sonnait très bien :

« L’attitude de l’enfant à l’égard des animaux présente de nombreuses analogies avec celle du primitif. L’enfant n’éprouve encore rien de cet orgueil propre à l’adulte civilisé qui trace une ligne de démarcation nette entre lui et tous les autres représentants du règne animal. Il considère sans hésitation l’animal comme son égal ; par l’aveu franc et sincère de ses besoins, il se sent plus proche de l’animal que de l’homme adulte qu’il trouve sans doute plus énigmatique ». Sigmund Freud, Totem et Tabou, Paris, Petite Bibliothèque Payot, 1971, p. 146-147.

jeudi 18 février 2021

De la part de qui ?

 


J’aime recevoir des commentaires anonymes, ils me permettent de tester mon flair : « Ah celui-ci, avec sa prose travaillée …  doit être untel. Et celui-là, avec son style lapidaire, est probablement ... ».  Je serais encore plus heureux, cependant, si les interlocuteurs anonymes, sans trahir leur identité,  choisissaient un pseudonyme.

mardi 16 février 2021

Être Furry aujourd'hui

 

J'ai appris depuis peu l'existence des Furries, des citoyens paisibles (loin des Berserkir et des Loups-garous)  s'identifiant à un animal anthropomorphe. Malgré leur gentillesse, ils n'auraient pas plu à Saint Augustin.  

« Pendant ces jours exécrables » écrivait le théologien à propos des calendes de janvier, « certains hommes aux mœurs déplorables et, ce qui est encore plus grave, certains hommes baptisés, changent leur aspect ordinaire pour prendre des formes monstrueuses, certains s’habillent avec des peaux d’animaux, d’autres mettent sur leur têtes les têtes de ces animaux, en montrant qu’ils ont l’apparence et le cerveau d’une bête, et qu’ils sont vraiment sans discernement »*

* Cité par Dominique Lajoux, Maschere animali e cortei mascherati d’inverno, in  (Piercarlo Grimaldi éd), Bestie, santi, divinità, Maschere animali dell’Europa tradizionale, Torino, Museo Nazionale della montagna Duca degli Abruzzi, Cahier museomontagna n. 137, 2003, p. 61.

dimanche 14 février 2021

Pas de record pour le vétéran

 



On l’appelle le Vieux. Le requin de Groenland peut vivre jusqu’à 400 ans, voire plus. S’il meurt avant, c’est qu’il en avait marre. Tout comme certains vétérans de notre espèce. Ils sont optimistes, gaillards, ils pourraient vivre jusqu’à cent ans.  Mais on les a tellement déçus, grondés, exaspérés*, qu’ils profitent de la première hospitalisation pour se laisser mourir.

 

* En italien j'aurais utilisé le verbe ricattare qui correspond au français  "faire chanter".

jeudi 11 février 2021

Pour une réhabilitation des oies

 


« Stupide comme une oie », dit-on en Italien. C’est un dicton injustifié, vue  la sagacité notoire des oies (comme celles du Capitole, par exemple). Mais j’ai appris cette formule lorsque j’étais tout petit et je n’arrive pas à m’en débarrasser. Si bien que - émigré en France - lorsque j’entends parler d’un « projet de loi » je me demande : « Qui est l’oie à l’origine du projet ? ». C’est un automatisme imbécile, je le reconnais, mais ce soir je n’ai rien de mieux à raconter.

mardi 9 février 2021

Toujours autour des distances (après trois heures de débat sur les frontières ontologiques)

 

Plus on reconnaît qu’un chien a des sentiments, une conscience, un sens de la morale, plus on a des attentes à son égard. Et c’est réciproque.   On peut décevoir son chien et on peut en être déçu. L'idéal, dans ces cas, est de  se quitter à l’amiable.

samedi 6 février 2021

Le retour du sacré? Annonce et lien


Prochaine séance du séminaire

UE446 - De l’humain animalisé au vivant humanisé (deuxième année : risques et avantages de la proximité ontologique).

Lundi 8 février de 15h à 17h

voici le lien https://webinaire2.ehess.fr/b/gui-zas-zrq

Sergio Dalla Bernardina

Le crucifix comme trophée


« Avançons alors une hypothèse qui reste très proche de la fabulation. Je me demande si, entre la disparition des crucifix, de moins en moins « présentables » dans une société sécularisée, et l’ arrivée en masse des animaux taxidermisées, il n’y a pas une corrélation : une place était prévue, sur les murs des maisons, pour exposer quelque chose qui va au-delà du simple artefact, un objet qui n’est pas un simple objet, doué d’une force, d’une agentivité spéciales. Un objet à mi-chemin entre l’ ici et l’ ailleurs. Cette place, le crucifix l’ a quittée, le trophée l’a récupérée ». Extrait de Faut qu’ça saigne. Écologie, religion, sacrifice. Essai d’anthropologie conjecturale,  Éd. Dépaysage, 2020, p. 38.

jeudi 4 février 2021

Questions de distance (de la bête au non-humain)

 

 

Plus la science progresse, plus la distance entre les humains et les non-humains semble se réduire.

 

J’en profite pour annoncer le séminaire  « Ruralités contemporaines en question (s) » de lundi prochain :

8 février 2021 de 10h à 13h

Réflexions sur les ontologies à partir de la publication de l’ouvrage collectif,

 

De la bête au non humain. Perspective et controverse autour de la condition animale, Sergio Dalla Bernardina (éd.), Paris, CTHS, 2020


• Intervenants : Sophie Bobbé, Michèle Cros, Frédéric Saumade,
• Présentation :
Sergio dalla Bernardina, ethnologue

 

Lien webinaire :

 

https://webinaire.ehess.fr/b/bob-kvx-zfn

 

Ce séminaire sera suivi, l'après-midi, par le séminaire  "De l'humain animalisé au vivant humanisé" dont l'annonce est  imminente.

lundi 1 février 2021

La part du diable : anthropocène et bonté

 

 

Collage extrait de mon ouvrage : Faut qu’ça saigne. Écologie, religion, sacrifice*.

Le sadisme, la nécrophilie, … nous sommes tous psychanalystes lorsqu’il s’agit de commenter les motivations profondes du vivisecteur ou du chasseur. Nous cessons de l’être, en revanche, lorsqu’il s’agit d’interpréter les mobiles des militants pour la cause animale. Je développerai ce raisonnement mercredi prochain, 3 février, à partir de 15h55 (en principe), dans le cadre du Colloque du IIAC Mondes en rupture, monde inventifs. Voici le lien pour ceux qui voudraient jeter un coup d’œil : 

 

https://zoom.us/j/98608675072?pwd=L2wwS21KVnhnS1ZkNVBmbjZBWE0wQT09


* Éditions Dépaysage, 2020

vendredi 29 janvier 2021

Errare humanum est (et Castrare aussi)

 

C’est une bonne nouvelle, vraisemblablement, qui justifie le sourire de Monsieur Dombreval (en haut à gauche dans l’image). Le bon sens, la rationalité  scientifique et la bonté triomphent.

Je pense au sourire tout aussi extasié du chat errant :  « Finalement, se dit-il, quelqu’un qui s’occupe de moi »*.

* C’est vrai que la manière la plus immédiate pour « errare », dans la tradition médiévale (et, dans certains milieux, jusqu'à nos jours)  était de s'accoupler.

mardi 26 janvier 2021

Goélands d’appartement






Autrefois il n’y avait pratiquement que des gattare (femmes à chats). Aujourd’hui, paraît-il, les gattari augmentent*. Ici à Brest il y a aussi des femmes et des hommes « à goélands », mais c’est interdit. Et j'ai compris pourquoi. On nourrit le goéland une ou deux fois et il finit par s’incruster. Après il se met à faire de la peine : il regarde immobile pendant que l’on mange, il ouvre grand son bec pour montrer qu'il a faim, il pousse des cris mélodramatiques, il frappe contre la vitre. Un véritable emplâtre.

*Tout récemment Anna Mannucci a consacré un article aux « gattari » dans le Corriere della Sera. N’étant pas abonné, j’ignore son contenu, mais je suis d’accord  avec elle a priori. 



dimanche 24 janvier 2021

Laissez moi libre (de tourner en rond)

 


Cliché emprunté au Corriere della Sera du 23 janvier

Je rentre à la maison et, cinq minutes plus tard, je m’aperçois que je n’en ai pas profité pour enlever mon masque.  On prend des habitudes et on a du mal à s’en débarrasser. J’y pense en regardant la photo de cette ourse. C’est une histoire atroce. Libérée après vingt ans passés dans une cage, elle continue de tourner en rond. La cage physique est devenue une cage mentale. Cette image hautement symbolique, qui semble sortir d’une fable d’Ésope, nous parle de la tragédie endurée par les animaux sauvages et domestiques confinés dans des espaces exigus. Elle nous parle aussi, d’une façon plus abstraite, de la condition humaine en général.

vendredi 22 janvier 2021

Au coeur de l'actualité. Élevage et biosécurité.

 

Voici l'annonce de notre séminaire de la semaine prochaine
 

 

EHESS - UE446 - De l’humain animalisé au vivant humanisé (deuxième année : risques et avantages de la proximité ontologique).


Lundi 25 janvier de 15h à 17h

 

 Frédéric Keck

 en webinaire : lien de connexion : https://webinaire2.ehess.fr/b/gui-zas-zrq

 


« Les maladies infectieuses émergentes dans les réservoirs animaux ».

 

Il s’agira de décrire comment les relations entre humains et animaux ont été perçues comme des facteurs de risque d'épidémie (grippe, SRAS, Ebola) et comment les mesures de biosécurité prises pour contrôler ces épidémies ont transformé les relations entre humains et animaux à partir d’une enquête dans le sud de la Chine.

 

mercredi 20 janvier 2021

L'intériorité des plantes

Le plantes pensent, paraît-il. Du coup je me demande si le bégonia que j'héberge dans mon bureau est de droite ou de gauche.

lundi 18 janvier 2021

Le futur insectivore de l’espèce humaine

 


 
 
Source : Wikipédia

On n’arrivera pas à me faire manger de la viande in vitro (en cachette, peut-être, pour me dire juste après « T’as vu ? elle n’était pas si mauvaise que ça »)*. Je n’aurais aucun problème, en revanche,  si on me proposait une friture de larves préparées convenablement. C’est l’aliment du futur, paraît-il, qui mettra fin à nos sentiments de culpabilité vis-à-vis de nos amis les bêtes : « Je ne mange pas d’animaux, moi, juste des insectes! ».

Pour ceux qui croient en  la métempsychose, cependant, il ne s’agira pas d’un véritable progrès.

* C’est ringard, je sais, mais je trouve dans la viande cultivée quelque chose de profondément pervers.

samedi 16 janvier 2021

Anthropomorphismes ruraux

 

Antonello Da Messina. Paon  (1474-1475)

« Les paysans croient que plusieurs oiseaux de basse-cour qui appartiennent à des espèces relativement peu communes et remarquables par leurs particularités ont des sentiments qui rappellent ceux des hommes. On prétend que le paon cesse tout à coup de faire la roue quand il jette par hasard les yeux sur ses pieds et devient tout honteux de les voir si laids Paul Sébillot, Le folklore de France, La Faune, (1904-1906) Paris, Imago, 1984, p.  230-231

mercredi 13 janvier 2021

Le beurre et l’argent du beurre (à propos de l’assaut du Capitole)

 

 

Je n’arrivais pas à comprendre pourquoi le déguisement de ce supporter de Donald Trump suscitait mon dégoût alors qu’il est ludique et pittoresque. Après j’ai trouvé. C’est le contraste entre le déguisement en chamane et le drapeau américain qui décore sa figure. Les patriotes américains, on le sait,  tiraient sur les chamanes comme s’ils étaient des lapins. Donc Il faut choisir : ou on est patriote ou on est chamane.

dimanche 10 janvier 2021

Devenir animal (alors qu'on l'est déjà)

Autrefois, lorsqu’un représentant de notre espèce outrepassait certaines limites sous l’emprise de la jalousie, de la haine ou de la fureur guerrière, on disait qu’il sombrait dans l’animalité. Aujourd’hui, grâce aux progrès de l’éthologie, cette manière de concevoir les choses  a perdu toute légitimité. J’en profite pour annoncer la prochaine séance de notre séminaire :

EHESS - UE446 - De l’humain animalisé au vivant humanisé (deuxième année : risques et avantages de la proximité ontologique).


Lundi 11 janvier de 15h à 17h

Steve Lazzaris

en webinaire : lien de connexion : https://webinaire2.ehess.fr/b/gui-zas-zrq

 

 « Hommes et animaux dans la guerre : sort commun

 et nature partagée »

Bête de somme ou bête de guerre, l'animal a toujours été très présent dans les luttes armées. La guerre serait une activité proprement humaine, l'expression d'une violence extrême, toujours plus forte, inconnue des animaux. Et pourtant il n'est pas rare d'entendre que les hommes en guerre se livrent à des actes qui renvoient leur nature vers ce que l'animalité aurait de plus féroce. Souffrir et mourir ensemble implique l'élaboration de liens et de représentations qui dépassent la simple relation pratique dépourvue d'affects, au point qu'il devienne, parfois, peut-être difficile de différencier le statut ontologique de l'humain de celui de l'animal.

vendredi 8 janvier 2021

Les bienfaits de la Covid (est-ce que Brigitte Bardot vient de souhaiter la mort à quelques milliers de personnes ?)

 


Je me trompe, probablement, je dois avoir mal compris. Et en tout cas  bien sûr, c’est métaphorique, il ne manquerait que ça … Il n’empêche que ce tweet de la fondation Brigitte Bardot a le pouvoir de semer le doute. Est-on vraiment en train de souhaiter la mort de ceux qui pratiquent la chasse à courre ? Je consulte les statistiques. Selon la Société de Vènerie les pratiquants  sont 10.000. On triche un peu, peut-être. Imaginons qu’ils ne soient que 7.000, voire 5.000*. Faut-il vraiment espérer qu’ils soient emportés par le virus ?

* Je n’en sais strictement rien, mais peu comptent les chiffres.

mercredi 6 janvier 2021

Y a-t-il des oiseaux dans le ciel? Eh bien, voilà ce qu'il faut en dire et en penser

Étourneaux brestois photographiés par moi-même et exploités  à des fins rhétoriques 

Je contemple des oiseaux qui évoluent dans le ciel mais je n’ai pas de mode d’emploi. J’attends l’avis des nouveaux Maîtres des animaux (la liste des associations est longue, celle des particuliers aussi*) pour savoir comment je dois me comporter.

*Les philosophes, ces derniers temps, ont beaucoup de conseils à donner (mais les ethnologues aussi, pour ne pas parler des éthologues).

lundi 4 janvier 2021

Pas assez de bruit dans Landerneau


 

Parmi mes souvenirs de l’année passée, il y a la visite au Fonds Leclerc, à Landerneau. C’était à propos de l’exposition « Cabinets de curiosités » que j’ai déjà eu l’occasion de commenter.  Voici un court fragment où  je décris mon étonnement face à une « curiosité » tout à fait surprenante :

 

« Non loin [du salon de la chasse] des visiteurs à l’expression indéchiffrable fixent, silencieux, une vitrine. Elle contient la dépouille momifiée de madame Germaine D., "Femme à barbe". Je pense plusieurs choses à la fois : ça doit être terrible de se retrouver ici, pour l’âme de cette dame dont on pérennise la pilosité (…). Connaissant la polémique déclenchée par les tribulations posthumes de la "Vénus hottentote", je fais part de mon étonnement à un jeune gardien qui livre des explications sur le contenu de la salle :

 

— Personne ne dit rien à propos de cette dame ?

— Si, il y en a qui ont des doutes. Mais des analyses sont en cours pour prouver que la barbe est vraiment la sienne* ».

 

*Faut qu’ça saigne. Écologie, religion, sacrifice,  éd.  Dépaysage, 2020, p.40

samedi 2 janvier 2021

Si j’étais un cheval (à propos d’un ouvrage de Bernadette Lizet)








Si j’avais été un cheval,  aurait-il été préférable que je naisse aujourd’hui ou, mettons, il y a cent cinquante ans ? Je me pose cette question peu sérieuse en parcourant le dernier ouvrage de Bernadette Lizet Le cheval dans la vie quotidienne (éditions de CNRS, 2020),   un beau livre exhaustif et richement illustré.  On y trouve tout ce que l’on voudrait savoir sur les transformations qui ont mené « de la harde sauvage au quadrupède domestique », et jusqu’aux adaptations les plus récentes. La réponse à ma question paraît évidente : tout dépend du  milieu. Au cours du XIXème siècle,  lorsque le cheval était omniprésent, travailler dans une mine ou attelé à des véhicules surdimensionnés était une tâche infernale. Vivre dans les écuries  du vicomte de Valmer ou du comte de Grammont, en revanche,  ne devait pas être désagréable. Mais au-delà des contextes plus ou moins favorables,  c’est la sensibilité générale qui a changé.  Aujourd’hui, en matière d’éthique animale, nous avons progressé.  Les chevaux  à viande destinés au marché japonais reçoivent tous les soins d’un produit de luxe. Les chevaux de travail employés dans les fermes écologiques pour remplacer les engins mécaniques, font l’objet de mille précautions. Ils disposent même d’un « datafficheur, petit appareil électronique permettant de mesurer la force de traction en fonction des conditions de travail ». Mais le futur est incertain.  Le devenir de l’hippophagie n’est pas assuré* et, parmi les défenseurs de la cause animale, nombreux sont ceux qui voient dans l’utilisation du cheval, que ce soit à des fins pratiques ou ludiques, une exploitation inacceptable.

Pour les chevaux, finalement, la perspective du  « bien-être animal »  semble se concrétiser. Leur espoir de naître, en revanche, là où il ne serviront plus à rien,   va forcément diminuer.  


* En fait, c’est comme la pratique de la messe, qui décline dans certains pays de la vieille  Europe mais pas forcément ailleurs. Au niveau mondial l’hippophagie est même en train de progresser.