jeudi 6 mai 2021

Avez-vous dit initiatique ? Le massacre des dauphins aux îles Féroé

 

Tous les ans, en époque estivale, les îles Féroé  sont le théâtre du Grindadráp, un événement spectaculaire qui commémore  la première rencontre des représentants de l’Occident éclairé avec la population indigène. Lorsque tout est prêt, les jeunes autochtones rabattent vers la plage des globicéphales et les tuent à l’arme blanche sous les yeux du public. Une des particularités de ces mammifères aquatiques est d’être pleins de sang, qui au cours du rituel se répand partout. C’est affreux mais très cinématographique. Les journalistes filment et, dans leurs commentaires outrés, on saisit toute leur indignation. Les locaux se laissent docilement filmer, jouent leur rôle de sauvages avec beaucoup de naturel et clament haut et fort leur droit à perpétuer leurs pratiques initiatiques*.  À la fin de la cérémonie les participants rentrent  joyeux chez eux,   les uns fiers d’avoir montré leur virilité et leur attachement aux traditions, les autres fiers d’avoir prouvé  leur bonté et l’infériorité morale de la population insulaire. Fiers aussi d’avoir effectué un scoop fantastique qui engrangera des milliers des « likes » sur les réseaux sociaux.

Cette année, je me suis souvenu de cet événement  grâce aux réactions indignées de la Fondation Brigitte Bardot (ce sont  des « aficionados » du Grindadráp, désormais) et du journaliste Hugo Clément. Mais j’ai déjà traité ce sujet dans mon article « Le show animalitaire . Mises en scène de la souffrance animale » :

https://books.openedition.org/editionsehess/21551?lang=fr

 

*« Initiatiques mon œil », chante le chœur des spectateurs.

mardi 4 mai 2021

Celtes et Latins face à la prolifération des goélands

 

Source : Il Corriere della Sera du 3 mai

À Brest on stérilise les œufs de goéland. C’est triste mais nécessaire. À Rome, on sauve les bébé-goélands* tombés du quatrième étage et on s’émeut. 

* En France on les appelle "grisards", ce qui me paraît vaguement péjoratif. Lorsqu'un bébé-goéland tombe du quatrième étage c'est grave. Lorsque c'est un grisard ...


dimanche 2 mai 2021

Progrès moral et régime carnivore

Angelo Inganni (1807-1880). Jeune carnivore surprise par les militants de L214 en train de rôtir des bécasses.

« Autrefois oui … ça se comprend … mais aujourd'hui, pour s’alimenter, on n’a plus besoin de tuer des innocents ». C’est l’argument mis en avant  par  les philosophes et les juristes qui militent contre l’alimentation carnée. Le mangeur de viande devient ainsi un « primitif » et sa manière de se nourrir une succession de gestes sales.

Lorsque je pense à la pureté des Végétariens je mesure toute ma petitesse morale.

 °°°

Tanti anni fa, a Milano, alla fermata del tram : - "Dove va questo tram"? Risposta : "Va a Inganni". Un altro aggiunge :  "Va a inganni e tradimenti".



vendredi 30 avril 2021

La comédie de l’innocence (et de la culpabilité ) : Sofri, Pietrostefani, les années de plomb et la « doctrine Mitterrand »

 


Dans La langue des bois*, je commence par analyser la « Comédie de l’innocence » chez les chasseurs d'ours sibériens et je finis par évoquer le cas d’Adriano Sofri, ancien protagoniste des « années de plomb » qui a passé un long moment dans les prisons italiennes**. Mon étude parle essentiellement du  rapport à la nature  mais dans l’épilogue je n’ai pas résisté à la tentation  de comparer les pratiques de culpabilisation/déculpabilisation propres aux sociétés non-modernes  avec le rituel judiciaire contemporain.

J’apprends  que Giorgio Pietrostefani, un camarade  de Sofri qui comme d’autres militants d’extrême gauche s’était réfugié en France en profitant de la « doctrine Mitterrand », sera bientôt livré aux autorités italiennes. Les commentateurs hésitent. Certains apprécient. Pour d'autres c'est une trahison. D'autres encore, aimeraient avoir plus de renseignements  sur la culpabilité des accusés. Ils n'ont pas compris que du point de vue du rituel, du dispositif théâtral et de son efficacité sociale, l'innocence ou la culpabilité de l'accusé ne sont que des détails.


* La langue de bois. L’appropriation de la nature entre remords et mauvaise foi. Paris,  éditions du Muséum d’Histoire Naturelle, 2020

**Carlo Ginzburg, grand spécialiste de l’Inquisition et de la chasse aux sorcières lui a consacré une belle étude : Le juge et l'historien. Considérations en marge du procès Sofri, Lagrasse,. Verdier, 1997


mercredi 28 avril 2021

Un hareng est un hareng est un hareng est un hareng

 


« Je prends un hareng, je le peins en rouge, je lui coupe la queue et je le dépose dans un nid d’hirondelle : il devient difficile, voire impossible de l’identifier à première vue. Mais en même temps, il n’y a pas de doute qu’une seule identification serait correcte : il s’agit d’un hareng »*.  

Pauvre hareng! Il faut être pervers pour concevoir  des exemples de ce genre.

* Dan Sperber, « Pourquoi les animaux parfaits, les hybrides et les monstres sont-ils bons à penser symboliquement ? » in  L’Homme, 1975,  15-2,  pp. 5-34

lundi 26 avril 2021

Être un arbre à Brest (la quadrature du cercle)

 

 

Ces derniers temps, avec les étudiants du département d'ethnologie, nous travaillons autour de l'identité brestoise. Ai-je des pistes à leur suggérer?  Je remarque la silhouette de ces arbres fraichement taillés et je l'associe - allez savoir pourquoi - à mon service militaire. Mais c'est un  rapprochement trop subjectif*. Je décide donc de le garder pour moi.

 

* Nous sommes loin de la sociologie quantitative. 

samedi 24 avril 2021

Take care (empathie mal placée)

 


« Les plantes grasses quand même…  Tu résistes bien eh ? Cela faisait combien de temps qu’ on ne t’arrosait pas ? ». J’ai commencé à lui donner de l’eau, mais avec parcimonie parce qu'avec ce genre de plantes il faut faire attention. Elle me donnait beaucoup de satisfaction, toujours en forme.

Il m’a fallu deux mois pour découvrir qu’elle était en plastique. 

 


 

jeudi 22 avril 2021

Espaces en danger, espèces proliférantes

 

Vitrine à Cortina d’Ampezzo (cliché SDB 2019)

 

Cortina d’Ampezzo est une  charmante ville de montagne qui hébergera, d’ici quelques années, les Jeux Olympiques d’hiver. C’est un lieu singulier, à l’instar de ses habitants,  où la Wilderness  et le raffinement,  la silva et l'urbs, la tradition et la postmodernité  se côtoient. On se croirait en Amérique, mais dans le bon sens du terme*. S’il vous arrive de la visiter, n’hésitez pas à manger du cerf.  Il y en a 14.000.

 

 * Qu'est-ce que j'entends par là? Aucune idée, ça m'est venu comme ça.

mardi 20 avril 2021

Promenons nous dans les bois... tant que le patou n'y est pas

 

 

« Si vous voyez un patou, la plupart du temps il vous a déjà repéré ou senti. Voici quelques règles à respecter s’il vient à votre rencontre :

  • Ne paniquez pas. Les chiens ressentent votre peur et s’en méfient énormément.
  • Ne les surprenez pas. Les chiens peuvent avoir de mauvais réflexes de défense.
  • Restez calme et faites des mouvements lents et non agressifs. Ne courrez pas, ne criez pas, n’agitez pas vos bras, ne lui jetez pas d’objets, ne le menacez pas avec vos bâtons, etc… La plupart du temps, il vient uniquement vous identifier.
  • Parlez-lui calmement pour le mettre en confiance quand il s’approche de vous. Cela vous donne également une contenance si vous avez peur.
  • Si le chien se montre amical, ne le caressez pas, ne le prenez pas en photo et ne lui donnez pas à manger – il pourrait mal interpréter vos intentions.
  • Si le chien essaye de vous intimider – cela veut dire qu’il vous considère comme une menace – éloignez-vous lentement et calmement du troupeau.
  • Ne forcez pas le passage, vous risquez de passer pour une menace
  • Contournez le troupeau de votre mieux.
  • Si le chien vous suit, ignorez-le. Ces chiens peuvent vous suivre jusqu’à ce qu’il vous considère assez loin du troupeau
  • Si vous êtes avec vos enfants, tenez-les à l’écart car ces chiens ressemblent énormément à la peluche de leurs rêves.
  • Si vous êtes avec votre chien de compagnie, tenez-le en laisse et laisser le chien de protection s’en approcher pour qu’ils se sentent et fassent connaissance »*

Si ça ne devait pas suffire,  faites quelques gestes de soumission (agenouillez-vous par exemple, ou levez doucement les mains). Demandez-lui pardon, rassurez-le sur son rôle bénéfique (en lui susurrant, par exemple « C’est un métier ingrat, le tien, mais indispensable pour assurer la biodiversité. Je t’admire). Promettez-lui que c’est la dernière fois que vous mettez les pieds dans un  alpage. S’il devait vous mordre ne pleurez pas, ça risque d’augmenter ses sentiments de culpabilité.

Extrait de : PATOU - Sécurité des promeneurs, des randonneurs et des vacanciers, cf. le site :  http://www.enchastrayes.fr/patou-securite-promeneurs-randonneurs-vacanciers

dimanche 18 avril 2021

Rintintin est partout (au moins 500 exemplaires dans le territoire français)

 


Je viens d’apprendre  que Rusty nous a quittés. C’était déjà le cas de Rintintin et du Sergent O'Hara. Je m’en veux, tellement c'est innaturel*, mais ces trois compères m’étaient moyennement sympathiques. Malgré les efforts (les miens et ceux des institutions),  je n'ai jamais réussi à m’y identifier.

J’ai eu le même problème avec les scouts. 

* Il faut être pervers pour ne pas aimer Rintintin.

jeudi 15 avril 2021

Un bon millésime? Les perplexités d’un Aquoiboniste

 


 

J’hésite à rédiger ce post. C’est le millième. Je mesure toute l’absurdité de mon entreprise. Mille posts pour dire quoi? Toujours la même chose ou presque. Et si je cherche à la synthétiser, cette chose,  je n’y arrive même pas. Je ne fais que critiquer mon prochain, à l’instar de ces retraités que je croisais à Milan lorsque j’étais étudiant. Ils se rassemblaient dans la Piazza del Duomo à l’heure de l’apéritif, un verre de rabarbaro Zucca à la main*, pour maudire le gouvernement : « Piove, Governo ladro », dit-on en Italie (« Il pleut, Gouvernement voleur … »). Dans mon blog tout prétexte est bon pour accabler n’importe qui : les animalistes, les philanthropes, les chasseurs, les patriotes, les propriétaires de pitbulls, les amis des ours et des loups, les végétariens, les militaires, les politiciens, les fascistes, les tifosi, les tenants de la théorie des archétypes,  les touristes, les créationnistes, les fans de Johnny Halliday, les soigneurs de taupes,  les châtreurs de chats …  J’en ai pour tout le monde comme si j’étais moins contradictoire, moins lâche, moins sordide que les autres.  Et à quel titre ?  Est-ce pour défendre la cause animale ? Sûrement pas. Cela fait un moment, désormais, que je n’ai plus d’animaux.  Juste ce goéland  qui, de façon tout à fait illégale, reçoit trois fois par jour quelque chose à grignoter. On familiarise un peu, en attendant que la prochaine grippe aviaire le rende infréquentable. Et on se scrute avec méfiance : « Regarde-toi, je lui dis, tu es en train de grossir. Tu n’as pas honte de mendier comme ça, alors que tes copains gagnent honnêtement leur vie ? ». Je lui file quelques résidus et je ferme la fenêtre attendri et fier de ma prodigalité.  L’autre jour je crois qu’il a parlé. Je l'ai entendu dire : « Sales bourgeois ! ».

* Vermouth  à base de rhubarbe,

lundi 12 avril 2021

Du sang dans les prés, mais pour la bonne cause

 

Les fauves reviennent et il est de bon ton de s’en réjouir. 

J’aborderai  ce thème mercredi prochain  à 18h dans le cadre des conférences  du Comité des Travaux Historiques et Scientifiques.

Mon intervention s'intitule : 

"Les herbivores domestiques sous la dent des grands prédateurs : autour d’une compassion à géométrie variable".

On pourra la suivre en se connectant au lien suivant : https://zoom.us/j/94031306306

vendredi 9 avril 2021

Dominants et dominés chez les non-humains

 LUNDI 12 AVRIL de 15h à 17h

Séminaire "De l’humain animalisé au vivant humanisé"




Sergio Dalla Bernardina

La noblesse du prédateur (et la vulgarité de la proie)


La « lycolatrie » est à la mode. On loue la prestance des grands prédateurs, leur utilité, leur savoir-faire. On s’identifie à ces garants des écosystèmes, on justifie leurs incursions dans la sphère domestique,  on  pardonne leurs « bavures ». On finit ainsi par oublier les moutons qui, par définition, n’ont qu’une valeur pécuniaire.

 

 

 

 

mercredi 7 avril 2021

Touche pas à mon hibou

 



 

Avec quoi remplacer l’agneau pascal ? En parcourant le net je suis tombé sur cet échange édifiant en matière d’alimentation alternative* :

 

- Salut les gars, Avec des potes, on se demande si le hibou est comestible et quel goût a sa viande. Si vous avez    déjà testé et si vous avez des idées de recettes, je suis preneur !

 

-  Toi et tes potes vous devez être une belle brochette de cons.

 

- Je n'en veux pas personnellement aux hiboux, c'est une simple question relative à la gastronomie sylvestre.

 

- Bah ça doit avoir le gout de pigeon ou de faisan, j'en sais rien.

 

- Putain touche un hiboux je t'explose !!!!

 

* J’ai juste éliminé deux ou trois interventions pour faire plus souple.

dimanche 4 avril 2021

Le dessein intelligent


C'est le jour de Pâques. Je constate que la menthe, dans le jardin, a déjà poussé. Elle revient périodiquement à la même époque que les agneaux.
C'est une remarque atroce, je sais, digne de l'ogresse de "Hansel et Gretel".

vendredi 2 avril 2021

Je t’aime … moi non plus. À propos de notre amour pour les autres animaux


 

Moi aussi, à ma manière,  je suis un ami des animaux, mais je n’en fais pas tout un fromage.

A-t-on  déjà trop épilogué  autour des opacités de l’animalisme ? Ce n’est pas mon sentiment.  Je trouve au contraire que, en matière d'animaux,  l’angélisme est en train de s’infiltrer dans le monde académique et qu’il n’y a plus de place pour les rabat-joie*.

Cela me donne envie de citer un autre passage de « Zoophiles et ethnophiles. L’amitié homme-animal comme modèle de subordination » :

« En fait, sommes-nous vraiment sûrs que le grand charme de ces animaux ne réside pas, avant tout, dans leur “infériorité” ? Le discours sur “nos amis les bêtes », de ce point de vue, deviendrait à la fois un expédient pour narrer l’épopée d’une domestication réussie, pour “ontologiser” la distance homme/animal et les rôles asymétriques qui en découlent, pour se dédouaner vis-à-vis du vaincu, pour se complaire aussi dans une bienveillance exemplaire ». 

* Cf. à ce propos mon post du 13 juin 2020.

Sergio Dalla Bernardina, in L’éloquence des bêtes. Quand l’homme parle des animaux, Paris, Métailié, 2006, p. 71.

mardi 30 mars 2021

Nos amis les bêtes

 

 
Tentative de  communication interspécifique

 « Dans son exemple du chevalier mongol faisant corps avec sa monture, Canetti résume admirablement l’équivoque immanent à tout rapport de domestication : celui de prendre pour égalitaire, après l’avoir naturalisé, un lien de subordination. Et notre problème est peut-être le même : comment éviter que la démarche de l’ethnologue, dans ses implications psychologiques  et sociales, s’apparente à une entreprise de domestication ? Comment préserver l’autre de cette sympathie officielle, de cette politically correctness, qui règne dans les salles d’attente du vétérinaire ou aux diners-buffets du Club Méditerranée? Tout simplement en se réservant le droit de ne pas sympathiser avec lui, ce qui revient à lui reconnaître son statut de personne adulte et responsable ».

Sergio Dalla Bernardina, « Zoophiles et ethnophiles. L’amitié homme-animal comme modèle de subordination », in L’éloquence des bêtes. Quand l’homme parle des animaux, Paris, Métailié, 2006, p. 74.

samedi 27 mars 2021

Le propre de l’homme

 

 

Je ne sais pas si parmi les autres animaux il y en a qui, comme chez nous, affirment par principe le contraire de ce qu’on leur dit*. Mais ça m’étonnerait.  

* « Je suis d’accord avec toi mais … », « Mais où t ’as vu  ça ? », « Tu rêves ? », « Moi en revanche »,  "T'as rien compris", « Mon œil »  etc.)

lundi 22 mars 2021

Le chasseur chassé (mais il n’y a rien de drôle)

 



 

Mince, une autre victime de la chasse, je me dis en lisant ce tweet de la Fondation Brigitte Bardot. C’est un jeune homme de 22 ans. J’avance des hypothèses sur son identité : cycliste ? Bucheron ? Ramasseur de champignons ? Ah non, tiens,  c’est un chasseur. On aurait pu le préciser, quand même… Je pense au tweet du 8 janvier où Brigitte Bardot souhaite la mort par covid de tous les adeptes de la chasse à courre. Pourquoi alors déplorer  la mort de ce « jeune homme » ? Cela fait bien un chasseur de moins.

samedi 20 mars 2021

Empathie cognitive

Après les ethnographes, les zoographes. 

Vous en saurez davantage en suivant la prochaine séance du séminaire :

De l’humain animalisé au vivant humanisé (deuxième année : risques et avantages de la proximité ontologique).

Lundi 22 mars 2021 de 15h à 17h en webinaire :

en webinaire : lien de connexion : https://webinaire2.ehess.fr/b/gui-zas-zrq

pensez à utiliser Chrome de préférence


Vanessa Manceron (CNRS-LESC)


 

« Un certain régime d’attention. Les manières de connaître et de se relier aux oiseaux d’un zoographe amateur en Angleterre »


A suivre les naturalistes anglais au gré de leurs observations, on prend la mesure de la voie discrète mais consistante et singulière qu’ils ouvrent en ces temps d'aspiration à la relation au vivant. Avec leur réticence à parler de la nature au singulier car tout n’est que milieux, situations, évènements ; avec leur épistémologie qui n’est pas détachable d’une expérience personnelle et d’un cheminement tout au long de la vie qui engage profondément la personne et sa subjectivité ; avec cette idée qu’être un humain n’est pas s’arracher à la nature ou la considérer comme un segment du réel sur lequel exercer une influence mais avec lequel il convient de socialiser avec respect, les naturalistes amateurs filent une voie bien singulière. Cultivant l’empathie cognitive pour aller plus loin que possible en direction d’une vie autre, ils s’immergent, entrouvrent le rideau, à l’instar de Robin, dont nous allons décrire les pratiques d’observation déroutantes des Buses variables qui, sans renverser l’ordre naturaliste des choses, permettent d’en dire autre chose.

mercredi 17 mars 2021

Faits divers périurbains

 

 

Il y a plusieurs types de loups.  Ceux qui bouffent des moutons anonymes au nom de la biodiversité, par exemple, et ceux, moins connus, qui avalent des « individus »*. Bien que nombreux, ces faits divers périurbains passent presque inaperçus.    

« On ne connaît pas l’ identité des tueurs mais on connaît les noms des victimes - j'écrivais il y a quelques temps  - : Bri, une bastardina (« petite bâtarde ») enceinte qui quitte, joyeuse, ses propriétaires, rentre dans le bois et se fait croquer par les loups. Arturo, un autre chien de petite taille, kidnappé dans la bassecour et dévoré un peu plus loin ; de lui, quelques heures plus tard, on ne retrouvera plus que la queue, un œil et une mandibule. Daù, un âne de quatre ans, prélevé à l’ intérieur de l’enceinte de protection, sorti manu militari sur la route et consommé sur place, comme dans un self-service. Puis, sans parler des innombrables vaches, chèvres et moutons, il y a toute la série des ânesses. Si elles sont gravides, c’est encore mieux. Les prédateurs se limitent à manger leurs entrailles, notamment s’ ils sont pressés, et abandonnent le reste aux photographes ».  (Extrait de Faut qu’ça saigne, Écologie, religion et sacrifice, Éd. Dépaysage, 2020, p.  61-62)

* À savoir des créatures aussi attachées à leur maître que le sont notre chien ou notre chat.

dimanche 14 mars 2021

La joie d’avoir des fourrures

 


C’est un souvenir très ancien.  Pour le cours de sciences naturelles, la maîtresse nous avait amenés chez un fourreur. Il exerçait chez lui, dans un petit appartement en centre ville. Après un bref discours, il a sorti d’un gros sac des chutes de fourrure de toutes sortes. Tout le monde a pu en bénéficier. Je suis rentré à la maison avec  un trésor : des échantillons  de vison, de castor, d’astrakan, de rat musqué,  d’agneau, de renard, de taupe et même d’ocelot. J’étais heureux et j’ ai gardé cette collection pendant longtemps.

vendredi 12 mars 2021

Chien qui mord n’aboie pas

 


« Avec Joe Biden, c’est le retour des chiens à la Maison Blanche et ce n’est pas un détail »,  lisait-on dans La voix du nord du 8 décembre 2020.

Mais Major, par la suite,  a montré avoir trop de mordant  et il a fallu le renvoyer. S'agirait-il d'un mauvais présage?

mercredi 10 mars 2021

De l’intérêt d’être sauvage


 

Le qualificatif de sauvage, autrefois, était une insulte.  C’est de moins en moins le cas.

 

Je développerai ce sujet  jeudi prochain,  dans le cadre  de la conférence suivante : 



agenda

jeudi 11 mars 2021 à 20:15

Des « bons » et des « mauvais » parmi les sauvages

Conférence de Sergio Dalla Bernardina, professeur d’ethnologie à l’Université de Bretagne Occidentale

La notion de wilderness (nature sauvage) renvoie à la celle de pureté. Elle revêt un caractère à la fois moral et politique. Les parcs, les forêts, les pâturages alpins, deviennent ainsi le théâtre d’une lutte pour la crédibilité sociale qui passe par la gestion du discours sur la nature.

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Cette conférence se tiendra sur notre chaîne Youtube, sans inscription préalable.

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Voici le lien : https://www.youtube.com/MENMuseeethnoneuch

lundi 8 mars 2021

Diplomatie arctique

 

 


Sedna, déesse des profondeurs marines

 

Formule pour faire venir les animaux de chasse.

« Animal de la mer, viens et offre-toi de grand matin ».

« Animal de la steppe, viens et offre toi de grand matin » .

Ces prières païennes, si simples - écrivait Knud Rasmussen autour de 1925 -  sont pour l’Esquimau des paroles sacrées. Elles paraitront peut-être puériles à certains. Mais ceux qui sont insensibles à la dévotion et à la beauté qu’elles expriment, ne comprennent pas non plus ce que c’est de se sentir petit devant une nature puissante ”. Knud Rasmussen, Du Groenland au Pacifique, deux ans d'intimité avec des tribus d'esquimaux inconnus, Paris, CTHS, 1994,  p. 198.

vendredi 5 mars 2021

Oiseleurs sénégalais

Aujourd'hui on les qualifierait de braconniers (c'est dire si on s'améliore).

 

Prochaine séance du séminaire
 

De l’humain animalisé au vivant humanisé (deuxième année : risques et avantages de la proximité ontologique).

Lundi 8 mars de 15h à 17h en webinaire :

en webinaire : lien de connexion : https://webinaire2.ehess.fr/b/gui-zas-zrq

pensez à utiliser Chrome de préférence



Julien Bondaz

L’avifaune « coloniale ». Oisellerie, ornithologie et brouillages ontologiques


La circulation des animaux destinés aux parc zoologiques européens dans le contexte colonial suscite des études toujours plus nombreuses, tandis que la marchandisation des oiseaux d’agrément reste méconnue. Dans le cadre d’un vaste projet de recherche international et interdisciplinaire intitulé PuNaCA (« Putting nature in a cage: an interdisciplinary research program on aviaries »), je m’intéresse aux imbrications entre les pratiques marchandes et la construction des savoirs ornithologiques en situation coloniale ainsi qu’aux formes d’embrigadement des oiseaux dans la propagande impériale. En présentant le cas d’une catégorie instable et hybride, « les oiseaux du Sénégal », il s’agit de montrer comment l’avifaune s’est retrouvée capturée, appropriée et au final colonisée, fournissant autant de métaphores pour penser les formes de violence coloniale.


Julien Bondaz est ethnologue, maître de conférences au département d’anthropologie de l’université Lumière Lyon 2. Il est membre du Laboratoire d’anthropologie des enjeux contemporains (Université Lumière Lyon 2) et chercheur associé au Centre Alexandre Koyré (UMR 8560, EHESS-CNRS-MNHN). Après avoir mené des enquêtes ethnographiques sur plusieurs musées et parcs zoologiques ouest-africains (L’exposition postcoloniale. Musées et zoos en Afrique de l’Ouest, Paris, L’Harmattan, 2014), il a notamment développé des recherches historiques sur les pratiques de collecte en contexte colonial. Il est par ailleurs l’un des quatre porteurs du projet PuNaCA (« Putting nature in a cage: an interdisciplinary research program on aviaries »).

mardi 2 mars 2021

Strawberry fields forever (à propos du fruitarisme)

 



En retard sur l’actualité,  je viens juste de découvrir l’existence du fruitarisme, « pratique alimentaire végétalienne fondée sur la consommation exclusive de fruits » (Wikipédia).  C’est puéril, je sais, mais ça me donne envie de réagir.