Si l’apparition du geai m’avait donné un sentiment de saleté, finalement, ce n'est pas que je déteste les geais. Dans son célèbre ouvrage De la souillure, l’anthropologue britannique Mary Douglas explique que le caractère pur ou impur d’une entité n’est pas intrinsèque, il dépend du contexte. Est impur tout ce qui, se trouvant hors contexte, porte atteinte à l’ordre des choses. C’était bien le cas du geai. Et il le savait. En sortant du feuillage, d’ailleurs, il n’avait pas l’air outré, genre : « Bande d’importuns, je quitte les lieux mais vous aurez de mes nouvelles … ». Il est parti à la sauvette, avec un petit plongeon latéral. Je crois même qu’il a dit : « Bon, d’accord, d'accord, je m’en vais ». Avait-il délogé le merle de mon père ? Pire, avait-il gobé sa progéniture ? La question, à la limite, n’est pas là. Peu importent les événements. Peu importent les responsabilités concrètes. La faute principale de ce corvidé multicolore était d’ordre symbolique : sa présence remettait en cause l’organisation mémorielle du jardin.
lundi 28 juin 2021
samedi 26 juin 2021
L'inquiétante étrangeté 2 (un geai dans mon jardin)
Je dois préciser que je n’ai rien contre le geai. J’aime son plumage brun-beige, presque rose, ses extrémités en noir et blanc qui rappellent la pie mais sans exagérer, juste une citation. J’aime notamment - ça va de soi - les touches de bleu qui donnent à ses ailes une note tropicale. Ce patchwork volant montre que l’on peut être un corvidé sans besoin d’être noir - voire, plus abstraitement, que corvitude et gaieté ne sont pas incompatibles*. Cette idée est confirmée par l’anagramme du nom « geai » : les femelles des geais sont gaies (les garçons aussi, j’espère). J’apprécie également le collectivisme du geai : si un intrus pénètre dans le bois, c’est lui qui donne l’alerte**. Pourquoi donc l'irruption d'un geai dans mon champ visuel aurait-elle dû me troubler ? C’est que, dans mon esprit, ce geai-là n’était pas à sa place. Je ne veux pas dire qu’il se cachait dans un laurier alors que son arbre totémique est le chêne. C’est qu’il s’était installé dans le laurier du merle de mon père. C’était à la fois une usurpation, une atteinte à la mémoire familiale et une mise en désordre. (À suivre).
* En même temps - ce qui peut paraître contradictoire - j’aime beaucoup les corbeaux en raison de leur noirceur absolue, qui dépasse le simple perçu pour s’élever au rang d’un concept.
** Je l’apprécie conceptuellement, un peu moins sur le plan empirique, lorsque je cherche l’anonymat à l’ombre du taillis.
jeudi 24 juin 2021
L’inquiétante étrangeté (autour des jardins, de la mémoire et de la notion de collectif)
Devenu vieux et n’ayant pas grand-chose à faire pendant la journée, mon père passait quelques moments à
la fenêtre, notamment le matin. Il regardait un laurier que j’avais ramené de Rome des années auparavant dans une poche de ma veste de
velours à la James Taylor * : juste une petite racine enfouie dans sa motte
de terre, une tige et deux feuilles microscopiques. Maintenant c’est un arbre respectable bien intégré dans le collectif dont il fait partie. Un merle
y avait fait son nid. Mon père suivait sans trop de commentaires le va-et-vient
de ce bipède sautillant. Dire que ça lui
remplissait la journée serait faux. Juste une courte contemplation. C’est
pratique : on s’identifie à l’oiseau, on se projette dans son monde (dans
son Umwelt, comme le dirait Jakob von Uexküll), et on oublie sa propre finitude. Sans y penser, tout à l’heure, je regardais le
laurier, qui est toujours là, comme le faisait mon père. Dans
le feuillage quelque chose a bougé. Le merle, sans doute. Non, c’était un geai. Aurais-je vu sortir un rat, ça ne m'aurait pas troublé davantage. (À suivre)
* Dans certains milieux, à l'époque, on s'habillait "country-folk".
vendredi 18 juin 2021
Végétarien comme un renard
Tableau de Philip Reinagle contribuant à la criminalisation des renards. L’art, d’accord, mais la vérité scientifique alors ? Et la morale ? Il faudrait censurer ces images diffamatoires, sanctionner, faire quelque chose … .
J’ai lu quelque part que les renards ne prélèvent pratiquement
pas d’oiseaux sauvages. Il se peut que, à l’instar des ours, ils ne mangent que
des myrtilles.
mercredi 16 juin 2021
Le dilemme de Panoramix
Brest. Je traverse le cours Dajot. Les arbres vénérables qui faisaient face, gaillards, aux brumes de l'Océan (ce matin j’ai la veine poétique …) étaient malades et viennent d’être mutilés. Je songe à cet hiver et à la myriade d’étourneaux qui y séjournaient sereins après nous avoir émerveillés par leurs vols fantasmagoriques dans le soleil couchant (encore plus poétique, je trouve). Du coup je comprends : entre les mœurs de ces volatiles collectivistes et le dessèchement de leurs insignes perchoirs* il y a une connexion. Que faut-il privilégier ? Le bien-être des arbres ou celui des étourneaux ? Il faudrait poser la question aux néo-druides, qui dans cette région ne manquent pas**.
* Le cyprès de Lambert ou Cupressus macrocarpa entre autres.
** Je n’adresse pas la question à la fondation Brigitte Bardot qui proposerait sans doute d’héberger les étourneaux et de les stériliser.
lundi 14 juin 2021
Si Maurice exagère, Mauricette aussi (éthologie et écriture inclusive)
On m’a fait remarquer que Maurice est, peut-être, une Mauricette. Dans le doute, je reprends mon post d’avant-hier en l’adaptant aux exigences de l’écriture inclusive.
samedi 12 juin 2021
Maurice exagère (au-delà de l’empathie)
Je dois avouer que Maurice commence à me fatiguer. L’autre jour il a boudé le pain sec que je lui avais proposé. « Il préfère les pâtes à l’amatriciana, on m’a dit ». J’ai découvert ainsi que, gâté par les autres membres de la famille, il ne mange désormais que des restes « de qualité ». Et il devient de plus en plus impatient. Pendant que je fais la cuisine il me surveille, comme si je travaillais pour lui. Si je tarde à le satisfaire, il tape sur la vitre avec l’insistance d’un ivrogne et, d’une voix irritée qui passe du ténor au soprano, il multiplie les appels. On dirait un coacher de la piscine communale (« hop-hop-hop-plus-vite-plus-vite-plus-vite … » ) ou un bonimenteur (« par-ici-messieurs-dames-venez-assister-au-spectacle-fabuleux-du-goéland-qui-déguste-un-tiramisu »). Excédé, je quitte les fourneaux et je lui dis : « Espèce de goujat, aurais-tu la politesse de patienter un instant ? ». Ma remarque a le pouvoir de le fâcher. Il émet alors des borborygmes de vieil imprécateur en arpentant le balcon à pas nerveux comme un philosophe péripatéticien.
jeudi 10 juin 2021
Zoopoétique
Je profite de cet espace pour annoncer, à côté de la prochaine séance de séminaire "De l'humain animalisé au vivant humanisé", la parution d'un ouvrage d'Anne Simon très proche de nos questionnements.
EHESS Séminaire De l’humain animalisé au vivant humanisé
Lundi 14 juin de 15h à 17h
Traversé par l’altérité : le langage poétique par-delà “l’Oxydent”.
À propos de l’ouvrage : Une bête entre les lignes, essai de zoopoétique. Éditions Wildproject, 2021
mardi 8 juin 2021
Nouvelles de Maurice
Pendant quelques jours Maurice s’était absenté. Les goélands sont des rats ailés, je sais, mais on s’attache*. J’ai mis son absence sur le compte de la municipalité : une histoire d’œufs stérilisés. L’autre soir, pour mieux contempler la place Wilson éclairée par le soleil couchant, j'ai entrouvert une fenêtre à proximité du toit**. Aussitôt, mon extase a été interrompue par le vol des goélands qui criaient comme des malades. Il était tard, pourtant. Y avait-il un prédateur dans le coin ? J’ai vite réalisé que le prédateur c’était moi. Ils m’avaient pris pour un employé communal censé réduire leur impact démographique. Maurice aussi s'était fourvoyé, je crois. Après il a compris et il est revenu.
* Les goélands sont des rats ailés alors que les rats sont des goélands sans ailes.
** J'aime cette place, la sveltesse du kiosque a la faculté de m'émouvoir.
dimanche 6 juin 2021
Nous et les autres (animaux)
Le construction et le démantèlement des frontières qui nous séparent des autres animaux alimentent à la fois ce blog et le séminaire de l'EHESS « De l’humain animalisé au vivant humanisé » dont j’évoque de temps en temps les contenus.
Viande et féminité, de la naissance d'un motif viande à son utilisation comme matériau dans les œuvres d'arts, le cas de la "Robe en viande" de Jana Sterbak.
Après une rapide présentation de Vanitas : robe de chair pour albinos anorexique, le nom complet de la "robe en viande" de Jana Sterbak, je m'appliquerai à retracer la naissance d'un "motif viande" avant d'étudier son utilisation en tant que matériau à part entière. Ce travail a été grandement nourri par Johanne Lamoureux dont j'admire la recherche. Je complèterai cet exposé par l'étude et une réflexion critique du lien direct/indirect qui peut exister entre une forme de féminisme et la consommation de viande, notamment au travers de l'ouvrage de Carol.J.Adams La politique sexuelle de la viande, une théorie critique féministe et végétalienne.
- Marine Jeanpierre
Les courses hippiques. Le cheval de course : une machine ou un coéquipier ?
Au sein des courses, le cheval occupe une place particulière qui n’est pas tout à fait définie : son statut passe facilement de celui de l’animal machine à l’animal domestiqué, de l’animal objet à l’animal symbole d’une élite. Pourtant, l’opposition entre « nature » et « culture » semble claire pour tous au sein de ce milieu très fermé. Le cheval dépend de l’Homme, qui contrôle son activité, son alimentation, mais aussi sa santé, et sa vie tout simplement. Malgré tout, il existe un véritable fossé entre les discours tenus par les professionnels, et ce que l’on peut observer au sein d’une écurie de course : la frontière entre l’Homme et l’animal n’est pas si évidente, et c’est ce que je compte développer pendant mon intervention.
Le rapport anthropo-équin dans la relation de travail chez les équiciens et moniteurs d'équitation .
Plan de l’exposé
I) le travail humain et le travail animal : une co-production? (Discussion de l'apport de l'école Porcher en sociologie du travail)
II) le sujet du bien-être équin, un soucis récurrent entre deux ontologies propres à deux cultures professionnelles différentes (présentation de mes premiers résultats d'enquête entre les deux groupes professionnels). L'exemple d'un conflit au travail, le cheval comme prétexte?
III) Discussion autour de l'avenir des métiers autour et avec le cheval dans la société Française / ou/ comment le débat général qui émerge des mouvements animalitaires touchent les professionnels humains auprès des chevaux dans leur travail?
L’existence sémantique des actions du loup
Dans une volonté de discussion interdisciplinaire, nous présenterons le concept de « programme » (Lescano, 2020 ; Camus & Lescano, 2021) spécifique à l’analyse discursive. Un programme est une entité sémantique « orientée vers l’action », c’est-à-dire une puissance d’agir située dans un espace politique, offrant des possibilités d’action discursives et non discursives. En l’associant à la notion d’ « agencement », nous rendrons compte de l’existence sémantique des actions du loup. Ainsi, nous questionnerons le processus d’interprétation des actions asémantiques et notamment celle de l’attaque de troupeau d’un loup.
- Maria Moracci
Les débats ontologiques vers une nouvelle métaphysique
La présentation vise à aborder la fabrication d'une métaphysique amérindienne à travers les travaux d'Eduardo Viveiros de Castro. Pour cela, il est fondamental de passer par la problématique de la nature et de la culture en tant qu'opérateur épistémologique occidental et, à cet égard, rappeler les apports de la discussion entre Viveiros de Castro et Philippe Descola. Ces deux anthropologues se constituent comme les principales figures du dialogue sur la reformulation de l’animisme “moderne” au cours des années 1990. Alors que le premier s'appuie sur la notion de perspectivisme pour comprendre la cosmologie amérindienne, le deuxième relance l’ancien concept d'animisme utilisé depuis le XIXe siècle. Le concept de perspectivisme sera ici évoqué en vue de la production ultérieur de Viveiros de Castro, comme étant la porte d'entrée vers la fabrication d'une métaphysique amérindienne.
vendredi 4 juin 2021
Des loups-garous dans nos campagnes (ça favorise la biodiversité)
Zhou Chunya, Green Dog Haigen
Le journaliste du Corriere della Sera Fabrizio Rondolino a un chien « double face », domestique en ville et sauvage à la campagne. C’est dire s’ils sont adaptables ces merveilleux artefacts que nous manipulons depuis des millénaires pour les adapter à nos exigences*. Lorsque nous sommes à la campagne, écrit Rondolino, Valentino devient « une sorte de louveteau sauvage qui se met à courir comme un fou, poursuivi à perdre haleine par Sandro et Bonnie**, qui se roule avec eux dans le pré, qui saute les haies, qui rentre et sort de la maison, qui aboie lorsqu’il entend des animaux et des présences étrangères … . Même à la campagne, naturellement, Valentino fait des bonnes siestes, et son comportement n’est jamais destructeur (c'est ça qui est admirable, chez Valentino, et qui mérite d’être souligné), mais c’est vraiment une autre vie. La nuit, s’il n’est pas déjà dehors, il demande presque toujours de sortir avec les autres chiens, et fait souvent des tournées avec Sandro, sur la piste de quelques traces mystérieuses. Presque toujours, il en revient pas sale mais littéralement crasseux. Je n’arrive pas à comprendre où il va, ce qu’il fait et, notamment, comment il fait pour se réduire dans cet état (…)».
Moi j’ai quelques hypothèses. Et les gardes champêtres aussi, j’imagine, pour ne pas parler des animaux, petits moyens et grands, que Valentino croise pendant ses échappées. Laisser divaguer des chiens est illégal. Mais lorsqu’il s’agit du nôtre … un peu de liberté quoi … la nature est à tout le monde … et c’est tellement émouvant …
* Mais non, je n’ai rien compris, il faut dire hommes et chiens co-évoluent depuis la préhistoire.
** Appeler un chien avec un nom de chien, désormais, est devenu insultant.
mardi 1 juin 2021
Croquettes de chevreuil et bien–être animal
La remise en cause des frontières censées nous séparer des non-humains élargit l’espace démocratique. Pourquoi les chairs délicieuses du chevreuil et du
canard devraient être réservées à notre espèce ? Et les chiens d’appartement alors ? Et les chats ? Ne sont-il pas eux aussi des créatures
du Bon Dieu ? Chez Jardiland cette injustice a été réparée.
dimanche 30 mai 2021
Faut-il psychiatriser la cause animale? Autour d’une disparition
Si on me posait la question : “Faut-il psychiatriser la cause animale ?” j’aurais plusieurs réactions. D’abord je remarquerais que le terme “psychiatriser” est particulièrement moche (au moins autant que le terme “animalitaire” (qui n’existe même pas, tellement il est moche). Après, je m’interrogerais sur les intentions de l’émetteur de la question. Est-il en train d’affirmer que tous les amis des animaux ne sont pas des cas psychiatriques? Ce serait un truisme, et nous n’avons pas de temps à perdre avec ces futilités. Est-il en train de nous dire qu’il ne faut pas s’interroger sur ses motivations à lui* et, plus largement, sur les motivations “extra-animalitaires” de ceux qui cherchent à monopoliser le discours sur la condition animale?
Je croyais avoir échangé quelques mots sur le net autour de ce sujet, mais toute trace de la conversation semble avoir disparu**. Je réagis comme un paranoïaque, je sais. Il faut vite me psychiatriser.
___________________
* "Ne me psychiatrisez pas sinon je fais un massacre ...".
** D'où la question suivante : pouvons-nous à la fois donner des leçons de morale et censurer nos interlocuteurs lorsque leurs propos ne correspondent pas à nos désirs?
vendredi 28 mai 2021
La valeur d’une vie (à propos de notre bonté)
Île de Norfolk. Pendant qu’elle nage dans l’Emily Bay, Madame Suzie Quintal perd son anneau de mariage (valeur 1000 dollars). Une année plus tard, un photographe sous-marin repère la bague. Elle entoure un petit poisson d’une espèce assez courante, que les Français appellent muge ou mulet (une douzaine d'euros le kilo sur les étalages brestois). Madame Quintal se dit avant tout préoccupée pour le sort du poisson. Le journaliste qui reporte le scoop dans le Corriere della Sera* insiste également sur les risques encourus par "lo sfortunato cefaletto" (le petit muge malheureux) qu’il faut absolument sauver. C’est dire s’ils sont sensibles**.
* Et que je range dans la catégorie des "Nouveaux curés".
** Il n'y a rien de drôle : étourdis par l' "ecologiquement correct" nous sommes en train de nous abrutir.
mercredi 26 mai 2021
Éthique animale et petishism
Voici, en vrac, quelques autres éléments de réflexion issus du cours Rhétoriques de l’animalité (rhétoriques au pluriel, parce que les manières légitimes de penser nos rapports aux autres animaux sont multiples)*.
En parcourant les copies j’apprends qu’il existe un terme pour définir la vénération des animaux de compagnie, c’est le petishism (jolie formule forgée par Kathleen Szasz en 1968). J’apprends aussi que les chats mâles, selon Hérodote, « tuent leurs petits pour que les femelles reviennent à eux » (inutile donc de les stériliser). Je découvre que « les animaux domestiques aident les hommes à combattre la sorcellerie et notamment le poulet ». Je prends acte que « le cochon ne peut pas suivre les tribus nomades, contrairement à la chèvre ou le mouton ».
* Je reviendrai prochainement– c’est désormais une rubrique, dans ce blog - sur les "Nouveaux curés" qui cherchent à monopoliser le discours sur les rapports interspécifiques au nom de la morale et de la science.
dimanche 23 mai 2021
Marchands d’amis
Actuellement je n’ai pas trop de temps pour m’occuper du blog. Pour le nourrir, je profite des travaux des étudiants. Ils m’apprennent beaucoup de choses et m’en rappellent plein d’autres. Voici, par exemple, un beau passage du Petit Prince que j’avais complètement oublié :
“On ne connaît que les choses que l'on apprivoise, dit le renard. Les hommes n'ont plus le temps de rien connaître. Ils achètent des choses toutes faites chez les marchands. Mais comme il n'existe point de marchands d'amis, les hommes n'ont plus d'amis. Si tu veux un ami, apprivoise-moi !” A. De Saint-Exupéry, Le Petit Prince.
Je citerai au passage deux coquilles amusantes liées au grand succès du jargon télématique : « Je site » (à la place de « Je cite ») et, hilarant : Email Durkheim.
jeudi 20 mai 2021
Noble comme un garçon
Parmi les synonymes de « noble », dans le site Synonyme.com, j’ai repéré le terme « mâle ». Surpris, je me suis empressé de consulter les antonymes.
mardi 18 mai 2021
Comment se débarrasser d’une journaliste gênante ? Prenons exemple sur Netanyahou
Juste un mot sur le cas de Morgan Large, la journaliste bretonne dont la voiture a été récemment sabotée par des inconnus*. La cause des saboteurs était sans doute méritoire, il s’agissait de défendre des emplois, le droit à la privacy, l’image de la Région … Mais la stratégie était grossière. Pour neutraliser l'importune de façon plus élégante on aurait pu déclarer qu’elle cachait chez elle des armes de destruction massive. Ça a bien fonctionné en Irak, avec Saddam. Ça a marché tout aussi bien en Palestine**. Ça marche à tous les coups, finalement.
* Des patriotes, vraisemblablement, très attachés aux valeurs du terroir. Morgan Large travaille pour Radio Kreiz Breizh (RKB), basée à Saint-Nicodème, dans les Côtes-d’Armor.
** L'armée de l'air israélienne a bombardé l'immeuble des médias de Gaza non pas pour faire taire des témoins gênants, comme le croient les complotistes, mais "parce qu'il dissimulait des équipements militaires du Hamas".
dimanche 16 mai 2021
Aux temps d’Aristote
Ésope cherchant à faire passer des messages
Voici quatre nouvelles perles sorties
d’un cours consacré aux relations entre les humains et les non-humains :
« L’ours et le loups, deux animaux très imposants physiquement et historiquement ».
« “L’homme est par nature un animal politique” disait Aristote il y a déjà plusieurs décennies ».
« De manière générale, l’humain utilise les animaux pour faire passer des messages sur la bêtise humaine ».
« Il existe une fête dans les Pyrénées, qu’on appelle Lupercales, qui consiste à se déguiser en ours pour les hommes et de frapper les organes génitaux des femmes ».
vendredi 14 mai 2021
Comment réduire la souffrance animale ? En punissant les lanceurs d’alerte
Éleveur serein qui n'a rien à dissimuler
Ça peut paraître contradictoire, tellement j’insiste sur les motivations obscures (voyeuristes, nécrophiles, narcissiques) qui peuvent se cacher derrière la mise en spectacle de la souffrance animale. Je trouve néanmoins que la toute récente proposition de loi visant à criminaliser les lanceurs d’alerte (y compris ceux que j’ai l’habitude de canarder dans ce blog) est malsaine et profondément immorale*.
En plus elle est contre-productive, donc stupide, puisqu’elle contribue à semer
le doute sur la bonne foi des éleveurs et sur l’opportunité de manger de la
viande.
*Il s’agit d’une disposition de la loi « sécurité globale » visant à punir de trois ans de prison et 45 000 euros d’amende les lanceurs d’alerte dans les élevages et les abattoirs.
mercredi 12 mai 2021
Les limites d'une passion (encore autour des chats et de leur domination)
Personne ne réagit à mon histoire de chats et de pachas. Je propose alors une autre métaphore. L’idée de garder prisonnier l’être aimé, tout en l’entourant des attentions les plus délicates, me rappelle l’histoire de Natascha Kampusch, cette « Autrichienne qui a été enlevée à l'âge de 10 ans le 2 mars 1998 et détenue dans une cave secrète par son ravisseur (…) pendant plus de huit ans, jusqu'à son évasion le 23 août 2006 » (source : Wikipédia).
lundi 10 mai 2021
Pachas d’appartement
Image empruntée au site : https://www.laviedeschats.com/votre-chat-dappartement-heureux-en-5-astuces/
Derrière la vitre, dans le ciel, je vois passer un corbeau. Le chat qu’on nous a confié est tout aussi noir que le corbeau. Collé à la fenêtre, il suit le vol de l’oiseau. Il aimerait faire quelque chose. L’attraper, par exemple, ou simplement l’imiter : « Moi aussi je voudrais divaguer, explorer … ». Le problème est qu’il ne peut pas sortir, risquant de se faire écraser par les voitures. Peut-il compenser cet enfermement par une activité sexuelle particulièrement intense ou par la joie d'avoir une descendance ? Non, c’est un eunuque. Tout ce qu’il peut faire c’est plaire à son maître et manger des croquettes.
Si le chat est un eunuque son
maître est un pacha. Il n'y a rien de scandaleux, mais il faut assumer.
Peut-on enfermer dans son appartement des chats mutilés et donner des leçons d’éthique animale ?
samedi 8 mai 2021
La pilosité du vivant
Corriger des copies n’est pas toujours une expérience jubilatoire. Les non-sens repérés ici et là, heureusement, aident à garder le moral. Voici quelques propos inattendus sortis d’un cours consacré à l’animalité :
« L’ours et le loup sont des carnivores poilus au même titre que les humains. »
« L’ours, contrairement au loup, détient une réputation un peu meilleure, bien qu’elle ne soit pas parfaite. »
« La louve communique uniquement de manière sexuelle, c’est-à-dire qu’elle stimule ses partenaires au cours de sa vie. D’ailleurs, de nombreuses explications autour de la sexualité de la louve sont considérées comme étant vulgaires et grivoises. »
« Les écarts entre les hommes et les animaux restent pourtant flagrants. En effet, aucun individu affirme que les animaux devraient aller à l'école, ou conduire des voitures. »
jeudi 6 mai 2021
Avez-vous dit initiatique ? Le massacre des dauphins aux îles Féroé
Tous les ans, en époque estivale, les îles Féroé sont le théâtre du Grindadráp, un événement spectaculaire qui commémore la première rencontre des représentants de l’Occident éclairé avec la population indigène. Lorsque tout est prêt, les jeunes autochtones rabattent vers la plage des globicéphales et les tuent à l’arme blanche sous les yeux du public. Une des particularités de ces mammifères aquatiques est d’être pleins de sang, qui au cours du rituel se répand partout. C’est affreux mais très cinématographique. Les journalistes filment et, dans leurs commentaires outrés, on saisit toute leur indignation. Les locaux se laissent docilement filmer, jouent leur rôle de sauvages avec beaucoup de naturel et clament haut et fort leur droit à perpétuer leurs pratiques initiatiques*. À la fin de la cérémonie les participants rentrent joyeux chez eux, les uns fiers d’avoir montré leur virilité et leur attachement aux traditions, les autres fiers d’avoir prouvé leur bonté et l’infériorité morale de la population insulaire. Fiers aussi d’avoir effectué un scoop fantastique qui engrangera des milliers des « likes » sur les réseaux sociaux.
Cette année, je me suis souvenu de cet événement grâce aux réactions indignées de la Fondation Brigitte Bardot (ce sont des « aficionados » du Grindadráp, désormais) et du journaliste Hugo Clément. Mais j’ai déjà traité ce sujet dans mon article « Le show animalitaire . Mises en scène de la souffrance animale » :
https://books.openedition.org/editionsehess/21551?lang=fr
*« Initiatiques mon œil », chante le chœur des spectateurs.
mardi 4 mai 2021
Celtes et Latins face à la prolifération des goélands
Source : Il Corriere della Sera du 3 mai
À Brest on stérilise les œufs de goéland. C’est triste mais nécessaire. À Rome, on sauve les bébé-goélands* tombés du quatrième étage et on s’émeut.
* En France on les appelle "grisards", ce qui me paraît vaguement péjoratif. Lorsqu'un bébé-goéland tombe du quatrième étage c'est grave. Lorsque c'est un grisard ...
dimanche 2 mai 2021
Progrès moral et régime carnivore
Angelo Inganni (1807-1880). Jeune carnivore surprise par les militants de L214 en train
de rôtir des bécasses.
« Autrefois oui … ça se comprend … mais aujourd'hui, pour s’alimenter, on n’a plus besoin de tuer des innocents ». C’est l’argument mis en avant par les philosophes et les juristes qui militent contre l’alimentation carnée. Le mangeur de viande devient ainsi un « primitif » et sa manière de se nourrir une succession de gestes sales.
Lorsque je pense à la pureté des Végétariens je mesure toute ma petitesse morale.
°°°
Tanti anni fa, a Milano, alla fermata del tram : - "Dove va questo tram"? Risposta : "Va a Inganni". Un altro aggiunge : "Va a inganni e tradimenti".


























