lundi 19 janvier 2026

Un sapin ça va. Deux sapins …

 

 

Le titre de ce billet est trompeur, je le sais. Dans le sacrifice annuel des sapins il n’y a pas de dégâts.  Ce n’est pas comme dans la forêt amazonienne, on les plante exprès et, une fois qu’ils  sont mûrs, on les coupe. C’est comme pour les choux-fleurs*.  Il n’empêche que, lorsqu’on voit  ces jeunes sapins exsangues entassés sur la place publique, cela fait un certain effet. J’en ai déjà parlé : tous les ans, dans le cadre de l’opération « Sapin malin », les Brestois déposent les restes de leur arbre de Noël dans un espace dédié. Il y a des citoyens qui arrivent doucement, avec une allure presque funéraire et, après avoir déposé la plante,  s’arrêtent un instant à la regarder une dernière fois.  D’autres font vite.  Ils se précipitent vers l'enclos comme des commandos, balancent la carcasse d’un geste athlétique, repartent comme si de rien n’était et  se mélangent nonchalants aux autres passants. D’autres encore enrobent le macchabé dans une sorte de suaire, parfois doré. Cela fait plus propre. Si je n’étais pas un membre  de cette communauté, si je ne connaissais pas le sens éminemment pratique de cet usage, je dirais qu’il s’agit d’un rituel.

 

Pour être franc, je pense qu'il ne s’agissait pas  d’un rituel mais qu’il est en train de le devenir : un rituel « malin », qui permet de régler ses problèmes de conscience avec la grande famille des sapins (Douglas, Nordmann etc.). Le dépôt collectif  de ces « victimes sacrificielles » (de ces homologues végétaux de l’agneau) dans un espace qui leur est consacré, permet d’élaborer le deuil**.

 

Je développe ce thème dans le chapitre « Nouveaux animismes. À quoi sert-il de personnifier les végétaux ? » de mon ouvrage La langue des bois. L'appropriation de la nature entre remords et mauvaise foi, librement accessible en ligne à l’adresse suivante :  https://books.openedition.org/mnhn/7745

 

* Enfin les dégâts environnementaux collatéraux ne manquent pas, en réalité, mais c’est un autre discours.

** Je reconnais, au passage, le caractère très conjectural de cette lecture. J’y tiens quand même.

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