Je divague dans les espaces d'une brocante. Je cherche un pot pour transplanter mon bégonia quand je tombe sur un vieux bouquin édité chez Payot : L’art de la guerre sur mer. Je le feuillette.
Plusieurs raisonnements me traversent. Par exemple : « Tiens, je l’aurais vu mieux chez Grasset ». Voire : « On a tendance à oublier que la guerre - une belle guerre où montrer sa valeur - ne déplait pas à tout le monde ». Puis j’imagine Madame Giamberardino conversant avec ses copine au salon de coiffure :
- Et votre époux, que fait-il dans la vie ?
- Mon mari… est un artiste.
Après - mais c’est mon tempérament sarcastique - une autre pensée surgit : « Brest est bien une ville militaire. Alors pourrait-on m’expliquer pourquoi, à l’EESAB (École européenne supérieure d’art de Bretagne), il n’y a pas le moindre cours consacré à l’art de la guerre ? C'est discriminatoire. Quoi de plus universel que la guerre ? Et ils osent parler de démocratie ! Mais ça va bientôt changer… »
De retour à la maison, je me renseigne sur l’amiral Giamberardino et j’apprends qu’il a écrit, entre autres, Il fascismo e gli ideali di Roma et L’individuo nell’etica fascista. Ma vigilance critique intervient aussitôt : « Ne fais pas d’amalgames : les options politiques de l’artiste sont une chose, l’œuvre en est une autre. »
D’accord. Mais regardons l’œuvre d près : les Italiens, à la fin de leur leçon de créativité militaire, ont perdu la guerre.
Certes. Mais ce qui compte, c’est le geste artistique.
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