mardi 19 mai 2026

J’aurais voulu être un artiste



Je divague dans les espaces d'une brocante. Je cherche un pot pour transplanter mon bégonia quand je tombe sur un vieux bouquin édité chez Payot : L’art de la guerre sur mer. Je le feuillette.

Plusieurs raisonnements me traversent. Par exemple : « Tiens, je l’aurais vu mieux chez Grasset ». Voire : « On a tendance à oublier que la guerre - une belle guerre où montrer sa valeur - ne déplait pas à tout le monde ». Puis j’imagine Madame Giamberardino conversant avec ses copine au salon de coiffure :

-  Et votre époux, que fait-il dans la vie ?

- Mon mari… est un artiste.

 

Après - mais c’est mon tempérament sarcastique - une autre pensée surgit : « Brest est bien une ville militaire. Alors pourrait-on m’expliquer pourquoi, à l’EESAB (École européenne supérieure d’art de Bretagne), il n’y a pas le moindre cours consacré à l’art de la guerre ? C'est discriminatoire. Quoi de plus universel que la guerre ?  Et ils osent parler de démocratie ! Mais ça va bientôt changer… »

 

De retour à la maison, je me renseigne sur l’amiral Giamberardino et j’apprends qu’il a écrit, entre autres, Il fascismo e gli ideali di Roma et L’individuo nell’etica fascista. Ma vigilance critique intervient aussitôt : « Ne fais pas d’amalgames : les options politiques de l’artiste sont une chose, l’œuvre en est une autre. »

 

D’accord. Mais regardons l’œuvre d près : les Italiens, à la fin de leur leçon de créativité militaire, ont perdu la guerre.

 

Certes. Mais ce qui compte, c’est le geste artistique.

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