Dans les supermarchés il y a des caméras partout. Ça me vient à l’esprit en visitant le rayon fruits et légumes. Je suis jaloux. Oui, parce que j’aimerais être à la place du surveillant. J’aimerais voir à quoi ressemblent les clients qui le 15 janvier, en plein hiver, ont acheté des asperges venant du Pérou (pas chères du tout, 5 euros 80 la botte). J’aimerais aussi faire analyser ces asperges stoïques qui, sans tiquer, ont traversé l'Atlantique*. J'aimerais connaître le profil – c’est une curiosité d’anthropologue - des commerciaux ayant conçu cette importation intercontinentale et bon marché qui a quelque chose de fabuleux.
*Je suis poète, c'est la preuve.
Les asperges aspergées
RépondreSupprimerLa confédération paysanne fait circuler une invitation à faire saisir la CJUE par les parlementaires européens sur la compatibilité entre l’accord Mercosur et les traités européens.
En fonction de la tendance politique du destinataire, on propose un modèle de courrier qui met l’accent sur tel ou ou tel enjeu :
-démocratique
-écologique, axé sur la préservation de la forêt amazonienne
-climatique (l’accord compromettant de nouvelles mesures environnementales)
-de souveraineté alimentaire
-des droits humains, axé sur les droits des peuples autochtones en Amérique latine.
J’ajouterais que le nivellement par le bas, au sein même de l’ue depuis des années, arrive à son aboutissement par les accords de libre échange avec des pays qui pratiquent le moins disant à tous les niveaux, notamment en matière :
-sanitaire (les médecins se sont joints aux agriculteurs à ce sujet, l’afflux de produits saturés de pesticides ou d’hormones annonçant une augmentation du nombre de cancers).
-de bien-être animal (l’élevage intensif est une maltraitance en soi, en l’occurrence, il est poussé à son paroxysme, sans parler du calvaire de l’acheminement des bêtes sur des distances énormes).
-de droits sociaux des deux côtés de l’océan (des prix bas ne peuvent s’obtenir qu’avec des salaires bas et notre paysannerie ne réussit déjà pas à dégager des revenus décents).
-de droits humains, certes, en ajoutant que l’agriculture française en est arrivée à une lutte existentielle, tragiquement exprimée par une diminution drastique du nombre d’exploitations et un taux de suicide affolant.
-d’écologie, bien sûr, outre l’impact sur l’Amazonie, comment nier l’empreinte carbone énorme d’approvisionnements d’origine si lointaine, l’empoisonnement des sols, de l’air et de l’eau provoqué là-bas par les aspersions de pesticides et les déjections chargées d’hormones et d’antibiotiques ?
- démocratique enfin, si l’on considère que la volonté de l’immense majorité des français a été (une fois de plus) purement et simplement ignorée par la technostructure européenne qui permet au conseil européen de décider tout seul une sorte d’apocalypse pour la culture française la plus ancrée.
La face hideuse d’une union européenne autoritaire et coercitive (à la façon de D.Trump qui s’assoit sur le droit quand ça l’arrange), asservie aux marchés et donc aux plus grosses puissances de l’argent, nous apparaît dans sa crudité.
Personnellement, si je suis prise au piège dans une broyeuse, j’essaye d’en sortir.
(Rappelons-nous que la France est contributrice nette de l’ue qui la maltraite).
Excusez-moi d’avoir été si longue (et je me suis limitée), mais l’union européenne, dans laquelle j’ai pu croire naïvement, devait apporter prospérité, démocratie, progrès social, paix…et bien d’autres choses belles et bonnes.
Voyons où nous en sommes.
Armelle Sêpa.
Merci pour ce récapitulatif très argumenté, qui nous montre le décalage, de plus en plus abyssal, entre le fonctionnement réel de l’Union européenne et les valeurs qu’elle était censée défendre à l’époque de sa constitution. J’ai sous les yeux la photo officielle de Madame von der Leyen fêtant l’accord du Mercosur. Son grand sourire, dans un contexte de souffrance et de contestation du traité par une partie significative de la population européenne, apparaît à la fois cynique et offensant (pour le dire gentiment).
SupprimerComme je le rappelais dans mon billet du 13 janvier, prendre position contre des initiatives qui portent atteinte à notre droit de critique — à notre droit de contester la logique marchande en train de tout aplatir — devient essentiel. Je suis sûr que mes collègues ruralistes, directement concernés par cette problématique, auront envie de prendre part à notre échange.