dimanche 3 janvier 2016

L'inactualité de Michel Delpech (et pour la défense des oies sauvages).


Auteur anonyme : nature morte

" Il était cinq heures du matin, on avançait dans les marais couverts de brume. J'avais mon fusil dans les mains, un passereau prenait au loin de l'altitude. Les chiens pressés marchaient devant dans les roseaux",  chantait Michel Delpech en 1974. À l'époque de sa création - celle des grands succès de Bob Dylan, John Lennon ou David Bowie - cette chanson était déjà "démodée" (démodée mais poétique et tout à fait "juste", dans le registre national-populaire qui était le sien*). La chasse aussi était en train de passer de mode, même si c'est vers la fin des  années 1970, en France,  qu'on atteint le record du nombre de permis de chasse (2.000.000). Delpech même, on le découvre dans les couplets qui suivent, perçoit l'ambiguïté de l'acte de chasser : " Avec mon fusil dans les mains au fond de moi je me sentais un peu coupable. Alors je suis parti tout seul, j'ai emmené mon épagneul en promenade. Je regardais le bleu du ciel et j'étais bien".
Personnellement, je trouve cette chanson un peu trop "bon enfant", bien que douée d'une certaine grâce narrative (je préfère, par exemple,  "Quand j'étais chanteur", où il a le culot de pronostiquer la date du décès de Mick Jagger). Aujourd'hui, en tout cas, un texte de ce genre serait littéralement inacceptable. Pour une large partie de l'opinion publique, en paraphrasant Théodore Monod, les arguments du chasseur "ne sont que des sornettes émises par des criminels virtuels".


Cela peut paraître bête, mais je trouve la position de Théodore Monod, dans ce qu'elle a de péremptoire, moins "humaine"  que celle de Michel Delpech.

* National-populaire, en esthétique,  est une formule lancée par Antonio Gramsci, philosophe et homme politique italien.

* Théodore Monod, Le chercheur d'absolu, Paris, Le cherche midi éditeur, 1997, p. 69.


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