mercredi 10 février 2016

Sémaphores




Trophée sarde


Dans ses emplois rhétoriques  l'animal fonctionne comme un sémaphore, un "porteur de signes" permettant de lancer les messages les plus disparates ("l'animal pense que... " "au nom de l'animal je déclare que ..."). Une fois mort, à la limite, l'animal devient encore plus sémaphorique. Après l'avoir naturalisé, je peux l'exposer dans un endroit de mon choix, le bichonner, le dépoussiérer régulièrement, converser avec lui et lui faire dire, justement, tout ce que je veux : que nous sommes devenus les meilleurs copains, par exemple, ou que les autres, ceux qui tuent les animaux et qui ne respectent pas l'environnement, sont des grands méchants.



Autrefois, à la campagne, les gens exposaient le corps de certains animaux  pour adresser un message à leurs congénères. Ils accrochaient par exemple les restes d'une corneille à la porte de la grange pour signifier aux autres corneilles qu'elles n'étaient pas les bienvenues. Cela peut paraître horrible, avec  tout ce que nous savons aujourd'hui sur l'intelligence des corneilles, mais c'était dans le style de l'époque.



Plus récemment à Ormea (région Piémont), des bergers exaspérés ont accroché une tête de loup dans le panneau d'affichage de la "Communauté de montagne". Je pense qu'ils s'adressaient à la fois à administrateurs et aux loups. Cela voulait dire : "Ici on ne veut pas de loups" (ni d'administrateurs, par ailleurs)



À en juger de leurs drapeaux nationaux, les Sardes et les Corses faisaient de même avec les Maures*.



*Je sais que la Sardaigne et la Corse, pour l'instant, ne sont pas des nations.
  

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