Dans Le retour du prédateur*, je passais en revue les ressorts extrascientifiques de l’intérêt croissant pour les grands carnassiers. Je parlais, par exemple, des parallélismes qu’ils permettent d’établir entre la société humaine et la société animale. Ils permettent de « prouver scientifiquement » le bien-fondé des hiérarchies (« Dans la nature, il y a bien des chefs et des subalternes, c’est comme ça… »). Ils permettent des identifications (« Je suis libre et gaillard comme un loup… ») et des projections (« Donc, je n’aime pas les comportements moutonniers »). Ils permettent de se distinguer socialement : « Si j’aime les ours et les loups, c’est que je ne suis pas comme ces ploucs qui continuent de les craindre… ».
L’autre jour, je pensais au célèbre refrain « La donna è mobile, qual piuma al vento… » (« La femme est changeante, comme une plume au vent. » - Rigoletto). C’est un bel exemple d’essentialisation, prétendant que la femme est volage de par sa nature. Certains commentateurs, en portant sur cette formule le regard d'aujourd'hui, qualifieraient cette formule d’arriérée et de réactionnaire. Et je partage ce point de vue, bien entendu, sans ressentir pour autant le besoin de déboulonner les statues de Giuseppe Verdi.
Dire, en généralisant, que « le mâle est prédateur » et que l’histoire de l’Occident, dans ce qu’elle a de prédateur, est le produit de cette « disposition masculine » est tout aussi essentialiste, donc arriéré, réactionnaire, etc. Ranger les humains dans la catégorie des prédateurs en limitant cette caractéristique au genre masculin revient à oublier qu’au sommet de la hiérarchie des loups, à côté du mâle alpha, il y a sa compagne, tout aussi féroce*.
C’est évident, mais il ne faut pas le dire.
* Le retour du prédateur. Mises en scène du sauvage dans la société post-rurale. Presses universitaires de France, 2011
** Ce qui ne justifie évidemment pas que les mâles alpha de notre espèce se réclament de l’instinct ou de la « passion » pour anoblir leurs bassesses et leurs crimes.

Au temps de Louis XIV, l’impertinent Molière pouvait tailler un costume à toute la société dominante, sauf au roi.
RépondreSupprimerArmelle Sêpa.
Oui, on peut ironiser sur presque tout.
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