mardi 2 juin 2020

« Faut qu’ça saigne ». Autour d’une publication imminente (1)






Il devait sortir en mars, puis en avril, puis … là, en principe, ça y est, c’est prévu pour le 26 juin. Il s’agit d’un petit ouvrage,  hétérodoxe comme ce blog, juste un peu plus structuré, où je pose des questions sérieuses en m’octroyant des libertés qui trouveraient difficilement leur place dans un cadre strictement académique. Il est né tout seul, pendant que je préparais une autre étude, moins impulsive, qui verra la lumière au mois de septembre. Je tiens aux deux pour des raisons différentes.

Je l’ai appelé « Faut qu’ça saigne! Écologie, religion, sacrifice » en hommage au célèbre tango  de Boris Vian  :

C'est le tango des bouchers de la Villette

C'est le tango des tueurs des abattoirs

Venez cueillir la fraise et l'amourette

Et boire du sang avant qu'il soit tout noir

Ce que j’aime dans cette trouvaille surréaliste, c’est qu’elle résume de façon lapidaire l’enthousiasme pour la « scène sanglante » que je décris et que  je cherche à expliquer dans cette étude peu dogmatique*. Pour anticiper les critiques, j’ai cru opportun de rajouter un sous-titre : « Essai d’anthropologie conjecturale ». **
Je préciserai  ma démarche dans les prochains billets.



*Un enthousiasme qu’il serait hypocrite de  rejeter sur les autres et que je contribue à propager.
** "Oui, c'est de l'anthropologie conjecturale, je sais.  Et c'est moi qui l'ai dit le premier".

dimanche 31 mai 2020

Le papa de Thor


Pablo Picasso : Ancêtre mythique d'un vélo de course


En corrigeant des copies j’apprends plein de choses. Voici, par exemple, un lien généalogique dont je n’étais pas au courant :   

« Il y a eu une époque où les humains et les animaux n’avaient pas de distinction, il n’y avait pas de supériorité, pas de domination. On retrouve cela notamment dans la mythologie avec des métamorphoses d’humain en animal, où encore on pouvait assister à certains cas d’accouplement entre un homme et un animal. C’est le cas du Minotaure et d’une reine qui ont donné naissance à Thor. Puis, avec le temps, les humains ont pris le dessus et sont arrivés au sommet de la hiérarchie. »  

vendredi 29 mai 2020

« L’individu a été arraisonné » (pourquoi mettre l'accent sur les bavures de la police alors qu’elle sauve plein de chatons dans le monde entier ?)




J’ai déjà attiré  l’attention sur ce phénomène médiatique : la diffusion sur le net d'une bavure policière est souvent suivie par l'apparition de vidéos émouvantes où les représentants de la force publique se livrent à  des gestes charitables*. Ma question est la suivante : combien de sauvetages de chiots abandonnés,  de canetons égarés, de chatons perchés aux sommets des arbres  seront nécessaires  pour nous faire oublier la mise à mort  en direct, par les policiers de  Minneapolis, de monsieur George Floyd ?

* Cela existe un peu partout, je le crains, mais aux États-Unis c’est plus spectaculaire, comme dans  un combat de catch.  Il doit exister un seuil statistique, j'imagine, au-delà duquel  les bavures changent de nom et de catégorie.


mercredi 27 mai 2020

Problèmes de communication



Pas grand-chose à noter, aujourd’hui. Juste ce propos  édifiant sorti d’une copie d’examen  :

« Je pense que l'Homme aurait beaucoup moins recours à la consommation de viande animale s'il pouvait communiquer plus facilement avec ».

Je le pense aussi.

lundi 25 mai 2020

C'est sublime : du vert partout


« La nature reprend ses droits », titrent les médias ces derniers temps.  Que c’est beau ! Ça sonne bien et ça nous remplit de joie. Après, ça dépend des cas. Le retour de la nature, on l'oublie, est parfois glauque.  Rien de plus efficace, pour symboliser l’abandon, que l’irruption de la verdure dans l’espace domestique.  

vendredi 22 mai 2020

La leçon du piano


 
Rien à voir avec ce blog. C’est juste un dessin de Paolo, mon frère (Juillet 1955 - Mai 1980). Je lui fais un peu de publicité.

mercredi 20 mai 2020

Le prix de l'indécence (du nouveau autour du pangolin)


Brest,  à la sortie de la Faculté de Lettres
Péremptoire, mais pourvu d’une certaine cohérence, ce message ne donne aucune envie de plaisanter. Juste pour voir l'effet, j'ai néanmoins inversé les termes du propos*. On obtient la formule : « Le problème n’est pas le capitalisme mais le pangolin ». Cela ouvre sur un autre type de vérité, d'ordre pataphysique. 
* C'est à cause de la pandémie, je crois, qui me rend inconséquent.  

lundi 18 mai 2020

« Je veux celui-là ». Le retour des animaux sauvages à l’époque du coronavirus





La pandémie, nous rappellent  les médias, n'a pas nui à tout le monde. Les animaux sauvages  en ont profité.  À Venise, par exemple, l’eau est redevenue claire et dans les canaux  on voit transiter les poissons.  Je trouve que c’est bien. J’aime savoir ce que je mange.

samedi 16 mai 2020

Portrait craché


 

On progresse. Autrefois, on refusait aux « sauvages » la capacité de reconnaître quelqu’un sur une photo (pour identifier un individu, croyait-on, ils avaient besoin de le toucher, de le renifler …).  Aujourd’hui,  grâce aux études des chercheurs de l’INRAE, on accorde cette faculté même aux chevaux.*

*https://www.inrae.fr/actualites/chevaux-experts-reconnaissance-faciale

jeudi 14 mai 2020

L’ours Cachou, le biopouvoir et les nouveaux horizons du paternalisme.



 « Le roi aime ses sujets à cause de sa supériorité qui lui permet tant de bienfaisance envers eux, puisque grâce aux vertus qui le distinguent, il s’occupe de les rendre heureux avec autant de soins qu’un berger s’occupe de son troupeau. Et c’est en ce sens qu’Homère appelle Agamennon le pasteur des peuples. (Aristote, cité par André-Georges Haudricourt :  « Domestication des animaux, culture des plantes et traitement d'autrui » in l’Homme 1962 2-1 pp. 40-50).

À cause de sa supériorité, le roi nous aime beaucoup et nous protège.  C’est pour cela qu’il retient des informations qui pourraient nous  troubler : 

- Qui a tué Elisa Pilarski ?

- Tu le sauras quand tu seras grand. 

 -  Et comment est mort  l’ours Cachou ? 

 -  Allez, laisse les grandes personnes travailler ! ».

dimanche 10 mai 2020

Du mammisme chez les chats (et chez leurs propriétaires)


 
"Beaucoup de personnes, pour demander des informations sur leur  animal de compagnie malade ou hospitalisé, téléphonent au vétérinaire en lui disant :  «Je suis la maman de  Sofia», «Je suis la maman de Pacio», ou d'Ulysse, ou de  Tommy. Il est courant, désormais, de se définir comme les parents de ses animaux de compagnie, notamment chez les femmes, sans plus avoir la honte que l'on éprouvait il y a quelques dizaines d'années  en utilisant ces mots". (Anna Mannucci, "Viva le mamme (umane) dei «pet». Perché cani e gatti sono come dei figli", Il Corriere della Sera, 9 maggio 2020)
Dans la suite de l’article, Anna Mannucci explique tellement bien ce qu’il y a de novateur,  d'ancien et de  non conventionnel à la fois, dans cette manière de se rapporter aux animaux de compagnie, que j’oublie d’exercer ma fonction critique. Tout ce qu’elle dit me semble parfaitement vrai.
C’est le dernier jour de confinement. Pendant qu’on se promène je repense quand même à l’article :  certes, ces chats, finalement, sont vraiment des mammisti. Le mammista, en Italien, est celui qui idolâtre sa maman. C’est un tifoso de sa maman, et il le reste jusqu’à quarante, cinquante, soixante ans, voire plus. Mais  ces mamans (humaines)  des chats, au bout du compte,  sont elles aussi des mammiste. En maternant des chats, elles prolongent ad libitum  leur "mammitude". Entraîné par le raisonnement je me demande  : mais n’avaient-ils pas déjà des mamans ces chats-là ? Étaient-elles donc  indignes ? Pas du tout, c’est qu’elles étaient mamans sans être  mammistes.  Après,  juste pour jouer sur le parallélisme entre humains et non-humains,  j'ai pensé  à l’Argentine, à l’Australie et à ces bébés qu'on a transférés d'une maman à l'autre sans demander leur avis. Et Comment fait-on pour pérenniser cette dévotion filiale ? Là, ayant atteint le comble de la perfidie, j'ai changé de sujet : "T'as vu les ronces? Il suffit d'une saison, c'est spectaculaire!".
En rentrant à la maison je me suis souvenu que moi aussi, pendant des années, j’ai eu des chats, joyeux, dociles et indépendants qui ont été soignés, biberonnés et maternés par moi-même.

samedi 9 mai 2020

À quel saint se vouer?


 
 Drôle de manière de baptiser une rue. J’ai cherché autour celle du patron des Clients, mais  sans résultat.

jeudi 7 mai 2020

Distanciation sociale, nationale, raciale, interspécifique, interplanétaire, intergalactique …

 
"Attention, oncle, Sam, les rats débarquent!".
 Illustration tirée du journal américain Judge (6 juin 1903) commentée  par Gian Antonio Stella dans l'ouvrage  : L'orda. Quando gli Albanesi eravamo noi*.

Si on avait gardé nos distances avec le pangolin, la chauve-souris et … . Il faudrait ériger des murs, voilà. Des murs nous protégeant de l’altérité ethnique, pour commencer. Les Mexicains, par exemple … Ils pullulent comme les rats. Et les Chinois … On les aide à bâtir des laboratoires pour étudier les virus, et voilà qu’il laissent s’échapper le COVID 19. Il faut être des tartes !  (et j’ai les preuves).   

*Milan, Rizzoli, 2003. Loin de jeter l’opprobre sur les Américains, ce livre  montre que les Italiens, lorsque l’occasion se présente, savent être tout aussi racistes que les autres.  

lundi 4 mai 2020

Le regard éloigné



Sommes-nous les seuls capables d’objectiver ? J’ai connu certains chats dont le regard n’était pas moins lointain, profond et critique que celui de Pierre  Bourdieu ou de Claude Lévi-Strauss.

samedi 2 mai 2020

Chantera bien qui chantera le dernier (être coq à Hong Kong)



Collectif de gallinacés bretons (toujours les mêmes)
J’évoquais l’autre jour les procédures, recueillies par  Paul Sébillot dans la France profonde*, assurant des effets thérapeutiques par l'immolation d'un oiseau**.  Mon regard est tombé ce matin sur un passage du premier des deux livres consacrés par  l’anthropologue Frédéric Keck aux phénomènes pandémiques:

« À Hong Kong, je pus assister à un festival taoiste (jiao). Un anthropologue de l’Université des Sciences et des Techniques, Liu Tik-Sang, me recommanda d’y participer, ce qui me permettrait de mieux comprendre comment les gens ordinaires utilisaient les oiseaux pour se protéger des maladies. Liu Tik-Sang avait étudié la culture populaire des villages de migrants, et s’indignait des mesures de biosécurité imposées aux villageois, qui écrasaient selon lui les savoirs locaux dans leur réponse au malheur. Le festival jiao s’ouvrait ainsi par l’abattage d’un coq, dont le sang était versé aux quatre coins de l’emplacement de la cérémonie à des fins de purification. Le coq n’est pas consommé en Chine, car il est considéré comme toxique en raison de sa puissance sexuelle – seul les coqs castrés peuvent être consommés -, de sorte que l’abattage d’un coq non castré produit l’inverse d’une intoxication alimentaire ».

Les logiques changent, les associations symboliques aussi, les oiseaux s’adaptent.


*Le folkloriste Paul Sébillot est né en 1843 et mort en 1918.
** Ce n'est pas un sacrifice, c'est un transfert de la maladie.
*** Frédéric Keck, Un monde grippé, Flammarion, 2010, 167-168 (voir aussi, Les Sentinelles des pandémies. Chasseurs de virus et observateurs d’oiseaux, Zones Sensibles, 2020).

jeudi 30 avril 2020

Le petit bestiaire du port de commerce



 
On se promène  pendant une heure, c’est tout. A-t-on le droit d’aller jusqu’à la jetée ?  Qui sait ? Les versions divergent. Dans le doute, on y va. Dans le trajet, mine de rien, on croise plein de bestioles. Des pies, des pigeons ramiers, des goélands, des muges qui font des ronds tout près des bateaux.  Des maquereaux. Une méduse (grosse).   Et même ce drôle d’oiseau que tout le monde connaît,  ici en Bretagne, sauf moi. En tout cas, cela fait du bien de sortir.  

mardi 28 avril 2020

Le savoir des anciens (si les conseils thérapeutiques du Président américain ne devaient pas suffire)



 
Pigeon ne croyant qu'à moitié aux médecines  alternatives

 “À Guernesey, pour faire disparaître une affection assez peu définie, connue sous le nom de mal volant, le patient frictionne le siège de la maladie avec une poule noire, qui doit avoir été achetée, mais non donnée. Après l’opération elle ne doit être ni gardée ni tuée, mais il faut en faire cadeau à quelqu’un. L’usage d’appliquer sur le mal un pigeon fendu est plus ancien que le procès où il est ainsi décrit : « Barbe Dorée qui fur bruslée à Senlis en 1577, confessa avoir guari quelques-uns qu’elle avoit ensorcelez après avoir fendu un pigeon et mis sur l’estomac du patient en disant ces mots : Au nom du Père, du fils etc., de monsieur Saint Anthoine et de monsieur saint Michel l’Ange, tu puisses guérir du mal ». Cent ans plus tard, en cas de fièvre continue, on fendait un pigeonneau par la moitié  et on le plaçait sous la plante des pieds du malade, la tête tournée vers le talon”. (Paul Sébillot, Le Folk-Lore de la France: La Faune et la Flore - Tome troisième)

samedi 25 avril 2020

Proposition sarcastique : faut-il injecter du désinfectant dans la boîte crânienne de certains décideurs ?



Pour illustrer le fonctionnement de la pensée magique, l'anthropologue James George Frazer proposait, parmi d’innombrables exemples, la coutume observée dans plusieurs régions du globe de soigner, en même temps que la blessure, l’objet qui l’a provoquée (la lame qui a coupé le doigt, la barrière métallique qui a esquinté le cheval etc.).
Je ne suis pas magicien, mais je comprends très vite.  Je suggère donc de combattre le coronavirus en soumettant la communauté des  pangolins à des séances de  bronzage U.V.

jeudi 23 avril 2020

"Qui es-tu?" - "Je me promène"



 
Le mot « confinement » me fait penser au terme italien « confino ». Les « confinati » pendant le fascisme, étaient ces opposants politiques que le régime reléguait dans les endroits les plus écartés avec l’obligation de ne pas bouger :

« Lorsque, les premiers jours, il m’arrivait de rencontrer sur le sentier, en dehors du village, quelque vieux paysan qui ne me connaissait pas encore, il arrêtait son âne pour me saluer et me disait : “ Qui es-tu, Où vas-tu ? – Je me promène, répondais-je. Je suis un interné. – Un exilé ?  (Les paysans d’ici ne disent pas internés mais exilés.) Un exilé ? Dommage ! Quelqu’un à Rome qui te voulait du mal. ” Et il n’ajoutait rien d’autre, mais il repartait sur son âne, me regardant avec un sourire de compassion fraternelle ».   Carlo Levi, le Christ s’est arrêté à Eboli,  (Gallimard 1948 - Folio p. 85-87).

Le contraire de confinato est sconfinato, comme le ciel.

mardi 21 avril 2020

Julian Assange, saint patron des confinés





Je pense à Julian Assange, ce matin. C’est le confiné par définition. Je trouve dans son parcours un scénario christique, avec ses Hérodes, ses Judas, ses Ponces Pilates, son Calvaire ses  soldats.  Tout est là. C’est un martyre moderne. Pour le faire taire définitivement, pour effacer, avec sa disparition, le souvenir des initiatives  qui ont rendu possible  sa capture et sa détention, il y aurait un moyen très simple, aujourd’hui.

dimanche 19 avril 2020

Paysages urbains




Je ne suis même pas de Brest, de quoi je me mêle ? Toujours est-il qu'il y a quelques jours  j’ai pris cette photo en me disant : « C’est beau, quand même. Ce serait vraiment dommage que la bâtiment qui va occuper ce ciel bleu soit trop large  et trop haut ».
On verra.

vendredi 17 avril 2020

Une faim de loup (c'est qu'ils font beaucoup de sport)




Cette année on n’a pas trop disserté autour  des agneaux de Pâques et de la cruauté de ceux qui, au lieu de les caresser, les mangent.  On n'a pas trop parlé non plus  des loups,  qui mangent aussi les agneaux  mais tout naturellement, dans un cadre moral qui n’est pas le même. Hier, à Chies d’Alpago (c'est un bourg italien),  les loups ont mangé six agneaux. Et ils ont mangé aussi leurs mamans, qui s’appelaient  Bisa et Diana.  C’est dire s’ils avaient faim, ces diablotins.

mercredi 15 avril 2020

Être plante aujourd'hui


 
 Plante qui a la chance de ne pas vivre dans une maison secondaire
C’est dérisoire, certes, face à la gravité de ce qui est en train de se passer. Mais je trouve juste, néanmoins, d'avoir une pensée pour les plantes d’appartement qui sont en train d’agoniser  dans les bureaux, les commerces fermés, les maisons secondaires.

lundi 13 avril 2020

Les chasseurs : les premiers flics de France ? (2 le symbolique )


 
Chasseurs assermentés se préparant à contrôler les joggers abusifs dans une forêt tyrolienne

(Suite du billet précédent) Il va sans dire que  Monsieur le Préfet a pris cette initiative pour des raisons objectives et incontestables : il s’agissait  de faire surveiller les bois par des personnes compétentes et fiables. Mais c’était sans compter avec le symbolique. C’était sans penser aux associations d’idées qui se nouent dans l’imaginaire collectif sans qu’on puisse les contenir par des arrêtés préfectoraux. Face à la pandémie, en fait, les citoyens aiment bien qu’il y ait des contrôles, même dans les bois.   Ce qu’ils n’aiment pas, c’est que ces contrôles soient exercés par les chasseurs. Pourquoi ?  Mais c’est évident. Parce que les chasseurs,  pour une bonne partie des Français, n’ont plus aucun  droit de circuler dans les bois (ni dans les campagnes, ni dans les jardins publics  et autres surfaces verdoyantes). Ils sont juste tolérés, et ils devraient remercier le ciel de pouvoir encore exercer. Qu’ils prétendent contrôler leurs compatriotes, ça, alors … ce serait  le comble*.

Et après, bien sûr,  ces initiatives techniquement irréprochables mais  très chargées symboliquement  risquent d’alimenter des délires malsains du genre : « Pourquoi a-t-on sollicité cette catégorie de citoyens ? Parce que,  armés et en treillis, ils sont déjà un peu plus " flics " que les autres?  Parce qu’ils savent se faire respecter? Parce qu’ils ont le sens de l’ordre et de la hiérarchie ? Parce qu’ils votent volontiers à droite et sont donc plus « patriotes » que les néo-druides ou les militants de Greenpeace ? ». Voici qui ranime de vieux stéréotypes :  précisément ces clichés associant la chasse au pouvoir et à l’univers militaire  dont le chasseur moderne, pacifiste  et éco-responsable, veut aujourd’hui se débarrasser.

* Je n’ai rien contre la chasse, je me limite à reporter la pensée courante.

samedi 11 avril 2020

Les chasseurs : les premiers flics de France ? (1 le factuel)




Le Chasseur Français et la question du droit d'accès à la nature
Cela fait des années, désormais, que les chasseurs cherchent à se faire bien voir. Pendant un long moment ils ont insisté sur le caractère sportif et désintéressé de leur passion. Après, pour se faire accepter par une opinion publique de plus en plus hostile, ils ont commencé à mettre en avant l’argument des traditions ancestrales, dont ils seraient les dépositaires. Parallèlement, ils sont devenus écologistes. Ils l’ont toujours été, d’ailleurs, comme le proclament aujourd’hui leurs représentants.  Et pourquoi pas? Tout n’est pas faux, dans leurs  plaidoiries.

Ce qui est sûr, c’est qu’ils sont  de moins en moins aimés et qu’ils font de leur mieux pour corriger  ce sentiment. Mais voilà  que, au beau milieu de leurs  efforts pour devenir sympathiques,  les représentants de l’autorité, par inadvertance,  sont venus  leur casser  la baraque.

Il semblerait en fait que le préfet de Seine-et-Marne, ait décidé « de réquisitionner pour au moins trois week-end – je cite le périodique Marianne * -  des chasseurs et gardes-chasse de son département pour surveiller la population, en supplément des forces de l’ordre ». Pas tous les chasseurs - il faut le préciser -  seulement les chasseurs assermentés. La crème, disons. (La suite après demain).

jeudi 9 avril 2020

Faire corps



 
C’est une capture d’écran. Je ne sais plus où je l’ai prise. Elle date un peu, sans doute. Elle me fait penser à Jean-Paul Sartre accusant  Claude Lévi-Strauss d’étudier les hommes comme si c’étaient des fourmis.

mardi 7 avril 2020

Manger sain, manger domestique



À partir du  24 février, la Chine a interdit le commerce et la consommation d’animaux sauvages. C'est pour des raisons valables, bien entendu, mais qui ne sont pas sans nous rappeler la pensée mythique, qui verrait dans la pandémie une sanction surnaturelle : "Avez-vous mélangé le domestique et le sauvage? Eh bien, voici les conséquences".
J’y pense en regardant ces goélands que, de toute façon, je ne mangerais pas.

dimanche 5 avril 2020

Lire la presse, lire le ciel


 Nuages brestois
Comment meubler mon confinement?  J’écoute les infos comme tout le monde. Mais ce que j’entends, malheureusement, est très confus. Les autorités sont confuses. Les commentateurs aussi. Ce n’est pas de leur faute. C’est la réalité qui est confuse*. Tant qu’à faire, je scrute la forme des nuages et je cherche à l’interpréter.
* Sauf pour les leaders populistes qui eux, en revanche, ont tout compris (c’est un complot …  il n’y avait qu’à …  il faut murer les frontières … à mort les cosmopolites … ).

vendredi 3 avril 2020

D’un masque à l’autre 6) Contre le pessimisme

(Dernier segment) Avec les rescapés, on est  passé à la phase du brossage. Là aussi on a dû regretter quelques pertes, parce que ceux qui n’avaient pas compris la consigne se sont mis  à fourbir leur camarade comme si c’était une pièce d’argenterie. « Mais peut-on être plus crétin ? », hurlait l’officier, « Maintenant il y a de la poussière radioactive partout ».  À un moment il nous a tourné le dos,  deux recrues indisciplinées ont commencé à se brosser mutuellement comme deux ratons laveurs.  On cherchait à ne pas rire, mais c’était difficile.

Nous avons regagné notre dortoir avec quelques doutes sur l’efficacité de l’exercice. Mais nous avions tort. Sur le plan pratique les  dispositifs de ce genre présentent peut-être des failles, mais sur le plan psychologique ils remplissent une fonction essentielle : en ritualisant nos conduites, en nous proposant un cadre gestuel, un « mode d’emploi »,  ils nous permettent  d’atténuer notre angoisse.

mercredi 1 avril 2020

D’un masque à l’autre 5) L’importance des statistiques



Masque taoïste contre les esprits malveillants

On a  commencé la manœuvre : tout le monde a mis son masque. L’officier est passé dans les rangs pour vérifier le résultat. « Toi, ça va, mais il faut serrer davantage ». Il s'est  approché du suivant. D’une main ferme, il a saisi son masque mal installé et l’a tiré vers le bas,  comme si c’était une cravate à élastique, en lui disant : « Toi en revanche tu es mort ».  Le soldat refusait de mourir : « Attendez … je cherche à le mettre un peu plus droit … ». « Toi tu es mort, un point c’est tout. Et maintenant tu t’allonges par terre parce que je dois faire les stat' ».  Après, en haussant la voix pour que tout le monde l’entende, il a déclaré : « Ceux qui sont morts s’allongent par terre parce que je dois faire les statistiques ».