vendredi 21 août 2015

Superprédateurs : le local et le global

Dans un article du Monde du 20 août, la journaliste Audrey Garric présente une enquête de Chris Darimont et de son équipe consacrée à l'être humain en tant que "superprédateur". Les résultats de l'étude sont troublants, dans le sens où ils documentent clairement, au niveau planétaire, l'irresponsabilité de notre espèce. Le présupposé de l'étude est peut-être discutable en ce qu'il a de mythique : pour retrouver l'harmonie terrestre l'homme devrait aligner son taux de prédation sur celui des autres prédateurs. Développer ce raisonnement pourrait donner lieu à toute une série de paradoxes hilarants suggérant, par exemple que l'homme devrait gérer ses conflits politiques en s'inspirant des carnassiers ou calquer ses habitudes sexuelles sur celles des dingos.
 Au delà du mythe, malheureusement, les données inquiétantes qu'on nous livre ont de fortes chances d'être véridiques.  Porteuses d'un message à la fois scientifique et "messianique" elles risquent de nous faire perdre de vue les réalités locales qui pourraient remettre en cause le parallélisme prédateur humain=prédateur non-humain.  
En fait, on n'a jamais vu de prédateurs non-humains lancer un programme de réintroduction des espèces en danger. Ici et là, rongés par le remords ou mus par l'intérêt, les humains réintroduisent des prédateurs et des proies. Et ils y tiennent beaucoup. C'est ainsi par exemple que la chasse de sélection, qui est désormais la règle dans la plupart des pays européens,  prévoit l'abattage des jeunes "surnuméraires" et limite strictement le "prélèvement" (formule hypocrite qui rappelle l'image d'un distributeur de billets de banque) des reproducteurs les plus doués. Dans la chaîne alpine les grands herbivores, qui vers la moitié du siècle passé avaient presque disparu, aujourd'hui pullulent. Les loups aussi commencent à pulluler mais, statistiquement,  ils "prélèvent" moins que nous, ce qui est rassurant (au niveau global, bien entendu, pas au niveau local).
            Juste avant l'article d'Audrey Garric j'avais lu dans  La Repubblica un article anonyme relatant  la mort, dans les environs de Pise, d'un homme de 39 ans dont la Ford Fiesta a croisé en pleine nuit le chemin d'un sanglier d'une centaine de kilos. "Un accident analogue, poursuit l'article, s'est produit hier matin à l'aube dans la nationale 80,  près de L'Aquila. Une Smart conduite par un jeune homme (39 ans lui aussi) a heurté  un sanglier. La voiture s'est renversée et pour le conducteur, éjecté de l'habitacle, il n'y a rien eu à faire".


Bref, au niveau global  le superprédateur montre trop d'efficacité. Au niveau local il se laisse parfois déborder.

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