jeudi 1 octobre 2015

Entre compassion et cruauté


 Ayant égaré  la photo de Saint Barthélémy qui se fait écorcher vif, je l'ai remplacée  par celle de Saint Jean Baptiste  qui se fait décapiter. L’effet « gore » est à peu près le même. (Cliché : Sergio Dalla Bernardina)


Je ne suis pas obsédé par Lady Gaga, mais je trouve que  sa mise excentrique de 2011 (sa mise en bifteck ou double sens du terme) est un bon objet de méditation. Face au spectacle de la souffrance (celle du bovin qui a fourni la viande, le cas échéant), les personnes sensibles éprouvent de la compassion (compatir = souffrir avec). Mais se limitent-t-elles à souffrir? N'y aurait-il pas aussi, quelque part,  de la jubilation? « Ils croyaient faire œuvre pie et édifiante en accumulant supplices et tortures, et la nudité des bourreaux leur paraissait n'être qu'une concession tolérable au goût du temps », écrit  Philippe Ariès à propos de la pitié religieuse au XVIIe siècle (qui n’était pas dépourvue, selon l’historien, de composantes « sadiques » et « nécrophiles »).  (L'homme devant la mort, "Points",  Seuil Paris, 1977, t. 2, p. 86). 

J'ai perçu cette même ambiguïté à Bonifacio, en Corse, dans une sculpture baroque reproduisant le supplice de saint Barthélémy. Le saint est écorché vif. Un chien tire un lambeau de sa peau. La scène est très réaliste. La partie du corps mise à nu  fait penser à de la viande. Confronté à cette vision sanglante le fidèle s’émeut et « souffre avec ». Souffrance et délectation.

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