dimanche 26 juillet 2020

La violence des autres (à propos de l’Aïd-el Kébir mais pas seulement)


Caïn est jaloux de son frère. La violence va éclater
Le lien entre la violence et le sacrifice saute aux yeux. Beaucoup d’auteurs l’ont traité admirablement, que l’on songe  aux fulgurances de  Georges Bataille ou aux analyses savantes et courageuses de  Walter Burkert. Mais celui qui en a tiré la réflexion la plus organique est probablement René Girard. Contagieuse et mimétique, nous rappelle Girard, la violence nous habite. Elle est alimentée par un sentiment d’inachèvement, par le désir d’être l’Autre (d’être notre voisin, dont l’herbe est toujours la plus verte). Elle s’accumule au sein de la famille, du groupe, de la communauté et risque à tout moment  de détruire la paix sociale. Pour éviter la guerre fratricide il faut que cette violence généralisée trouve  périodiquement son issue. L’institution du bouc émissaire, au cœur du dispositif sacrificiel, remplit justement ce rôle : on projette la  violence collective sur un seul individu, "réceptacle de tous les maux",  et on la fait imploser. Le sang de la victime coule, la tension disparaît. Ceci, jusqu’à la nouvelle crise, qui demandera la désignation d’un nouveau coupable, d’un nouveau bouc émissaire.  

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