Et pourtant Maurizio Vandelli, à l’époque, était loin d’être un macho. Il était même son contraire : un ménestrel authentique, maigrichon et fragile qui dans ses chansons avait toujours le rôle du perdant (ses fiancées le quittaient méthodiquement et il était toujours triste comme la pluie*).
L’autre jour, je ne sais pas pourquoi, je me suis mis à fredonner une des chansons les plus célèbres du groupe Equipe 84, dont il était le leader.
Voici le texte :
Sorrido a lei
E piango per lei
Io mi specchio
Negli occhi suoi
Un angelo blu
Vola in cielo
Un angelo blu
Che se fischio torna giù
Un angelo blu
E lei lo sa
È tutto ciò
Che io ho
E in gabbia la terrò
Je lui souris Et je pleure pour elle Je me regarde Dans ses yeux Un ange bleu S'envole vers le ciel Un ange bleu Qui, si je siffle, redescend Un ange bleu Et elle le sait C'est tout ce que j'ai Et en cage je la garderai.
Quelle idée de rappeler son amoureuse en sifflant, comme si c'était un chien, et de la garder en cage pour qu’elle ne s’échappe pas. Le comble c’est que, pendant mon adolescence, j’ai chanté ce motif des dizaines de fois (sous la douche ou dans les parages) sans m’apercevoir de son côté aberrant*.
* Question : lequel des quatre, selon vous, est Maurizio Vandelli?
* Le responsable de ce texte n'était pas le pauvre Vandelli - qui se limitait comme moi, j'imagine, à le répéter de façon acritique - mais le parolier Mogol, célèbre pour avoir transformé Space Oddity de David Bowie (voyage solitaire d'un astronaute qui perd progressivement le contact avec la Terre), en une chansonnette larmoyante pour adolescents boutonneux (Ragazzo solo, ragazza sola). Par curiosité, j’ai jeté un
œil sur la version originale en anglais. Elle, n'a rien à voir avec Un angelo blu. Bien
plus complexe sur le plan psychologique, elle ne fait pas la moindre référence à des contenus machistes. Je me demande : est-ce que les chansons anglaises deviennent machistes en migrant en Italie? Cela pourrait faire un joli sujet de thèse en ethnolinguistique.
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire