dimanche 20 décembre 2015

Noël approche. Bon anniversaire aux Benandanti, loups-garous et autres intermédiaires avec le monde invisible.


Dans les campagnes  du Frioul, au XVIe siècle, il était encore possible de rencontrer des Benandanti. À l'instar des chamans,  les Benandanti avaient le pouvoir de quitter leur corps et de se déplacer en esprit. Les jeudis des Quatre Temps*, en rêve,   ils se réunissaient dans  un lieu convenu pour combattre les forces du mal. Ils étaient armés de branches de fenouil. Leurs ennemis  brandissaient des tiges de sorgho. Le succès annuel de la récolte dépendait du résultat de la bataille. S'agissait-il des derniers représentant d'une religion préchrétienne ou  plutôt, comme le pensait l'Église, des membres d'une congrégation satanique se rendant périodiquement au sabbat des sorcières?  Dans le doute, le Saint Office en fit bruler un certain nombre sur la place publique. 

Selon la tradition, tout le monde ne peut pas devenir Benandante. De préférence, écrit Carlo Ginzburg, les Benandanti naissent coiffés (liés à leur placenta ils n'ont pas complètement quitté l'au-delà, ce qui leur permet passer d'une dimension  à l'autre sans difficulté). Ils partagent cette caractéristique avec les loups-garous, qui naissent  entre la fin de la vieille année et le début de la nouvelle en profitant d'une courte fenêtre de 12 jours.  C'est grâce à cette "marginalité"  que les loups-garous transmigrent avec aisance  du monde humain au monde animal et vice versa.

Je suis né quelques jours après la "courte fenêtre". Parfois je me demande si je dois considérer ce rendez-vous manqué avec le chamanisme  comme une chance ou comme  un handicap.

*Dans les calendrier catholique la formule  Quatre Temps fait référence aux temps de jeûne prévus au début des quatre saisons.
* Cf. Carlo Ginzburg, Les batailles nocturnes, Paris, Verdier, 1980.

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