vendredi 10 novembre 2017



Je profite de cet espace pour annoncer le début de mon séminaire de cette année. Voici la problématique générale et la présentation de la première séance.

L’appropriation de la nature entre remords et mauvaise foi : la prédation comme spectacle (2e année)

Soucieuse de ne pas sur-interpréter et de ne pas projeter sur autrui les valeurs de l'Occident, l'anthropologie contemporaine cherche à connaître les manières singulières,  propres aux différentes cultures, de penser les relations entre les humains et les non-humains. Dans ce but, elle s'intéresse aux représentations collectives, aux mythes, aux  commentaires officiels définissant les conditions idéales d'échange avec les autres espèces.   Là où un observateur candide et ethnocentriste verrait un fait « universel », l'observateur éclairé saisit des significations plus profondes : le combat de coqs à Bali, par exemple, au-delà de ses implications sanglantes,  devient une « forme artistique » et  « la réflexion d'une société sur elle même ».  La chasse au sanglier dans les Cévennes, en dépit de son issue fatale pour le partenaire animal, devient « un jeu avec l'animal ». La chasse au pécari dans la forêt amazonienne est moins une traque qu'une drague (c'est la proie elle même, séduite par les charmes du chasseur, qui s'offre à lui).  Ces lectures respectueuses de la doxa indigène nous rappellent la pluralité des conceptions du monde. Elle risquent néanmoins de laisser dans l'ombre les motivations  « officieuses »,  inavouables ou tout simplement « inaudibles »  de l'activité prédatrice et des autres formes de « prélèvement » de la vie animale.
Le séminaire porte sur ces motivations officieuses. Nous nous pencherons sur le discours orthodoxe, conventionnel,  entourant la « bonne mort » des animaux. Mais nous nous interrogerons aussi sur les  gratifications éventuelles associées à l'expérience plus ou moins directe,  plus ou moins ritualisée, de leur poursuite et de leur abattage. L'accent sera mis sur le potentiel métaphorique de la prédation interspécifique, une dynamique « naturelle »  permettant de représenter, justifier et parfois même savourer, en jouant sur l'analogie, le spectacle de la prédation au sein de notre espèce.

Lundi 13 novembre 2017 de 15h à 17h,  salle 10, 105 bd Raspail, 75006 Paris

Sergio Dalla Bernardina

Montrer, se montrer (1).

Lorsque dans l'espace médiatique on met en scène des atrocités - cela semble aller de soi -  c'est pour alerter l'opinion publique. Inutile de chercher plus loin.  Faut-il donc exclure du champ analytique les sollicitations "extra-humanitaires",  narcissiques qui peuvent se dissimuler dans l'acte de montrer?  Faut-il renoncer à la quête des  motivations sociales qui échappent à la conscience des acteurs? La question se pose pour la souffrance humaine ainsi que pour la souffrance animale. On peut appréhender la dénonciation de la souffrance animale en se limitant à son message moral. On peut lire ces "mises en spectacle" comme des cérémonies collectives dont il s'agit de saisir,  à côté du sens manifeste, d'autres fonctions psychologiques et sociales.


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