Le mont Serva
- Plus je vieillis, plus le mont Serva me paraît gigantesque.
- Alors qu'il est toujours pareil ! Vous voyez ? Ils vont à l'étranger, ils reviennent avec un diplôme, et ils prétendent nous donner des leçons de géographie.
Le mont Serva
- Plus je vieillis, plus le mont Serva me paraît gigantesque.
- Alors qu'il est toujours pareil ! Vous voyez ? Ils vont à l'étranger, ils reviennent avec un diplôme, et ils prétendent nous donner des leçons de géographie.
Ange, antenne et corbeau (Cliché SDB)
C’est l’heure de l’apéritif (très tard, à cette saison dont les journées durent longtemps). Installés sur la terrasse panoramique d’un bar, nous assistons au passage des corbeaux. Tous les matins, ils se déplacent des montagnes de l’ouest vers la plaine. Le soir, ils rentrent chez eux.
Leur passage est rapide, fourmillant et spectaculaire. Après le peloton, comme au Tour de France, on voit apparaître les retardataires. Suit un moment de vide, interrompu par le surgissement du dernier :
- Regarde celui-là, mais où s’était-il fourré ?
- Il avait oublié son cartable.
Sur une marche de la rue du Château, j’aperçois un visage qui me regarde. Ça date de quand ? Des années 50, peut-être. Un bel exemple d’Art brut. Un graffiti avant l’heure.
Le chat qui a laissé ses empreintes aurait à peu près mon âge. J’essaie de me le figurer. De quelle couleur était-il ?
Acteur social malveillant cherchant à hypnothiser l'ethnologue*
Hier matin, je suis intervenu au séminaire « Ruralités contemporaines » avec la communication : « Empathiser, emphatiser. Les émotions du chercheur ». Fidèle à cet intitulé, j’ai décrit mes émotions personnelles avec emphase en adoptant un ton vaguement satirique. Dans l’ensemble, j’ai pu m’exprimer comme je le souhaitais, même si, vers la fin, le fatum, implacable, m’a privé des quelques minutes nécessaires pour assurer une conclusion équilibrée.
Mes propos ont suscité quelques réactions. Elles m’ont aidé à remettre en cause mon usage approximatif du terme « empathie » que, dans ce cas précis, j’avais associé trop directement à la sympathie et à la compassion. On m’a rappelé la vaste palette des sentiments qui entrent en jeu dans une enquête de terrain (alors que moi, je n’avais mis en avant que les sentiments extrêmes, à la manière d’Otto Dix ou de George Grosz).
Une collègue a carrément exprimé son désaccord, me signifiant que, par expérience, elle sait que les choses, sur le terrain, ne se passent pas forcément comme je le prétendais. Ce qui est très vrai. Je me suis dit : « Moi, j’ai parlé de mes émotions. Pour obtenir son agrément, j’aurais dû ressentir les siennes. Bonjour l’empathie. »
Les bémols, finalement, n’ont pas manqué. Ce matin, pour bien démarrer la journée, j'ai cherché à me souvenir des dièses.
* Sur l’interprétation de cette image, les sources sont discordantes. D’autres proposent : « Ethnologue malveillant cherchant à hypnotiser son informateur ». À l’époque de la « post-vérité », les deux narratifs peuvent cohabiter sans problème.
Cela fait un an que Typhaine Cann nous a quittés.
Parmi ses nombreux dons, elle avait aussi celui de la peinture. Je regarde une petite huile qu’elle m’avait donnée. Je cherche dans mon courrier électronique le long message où elle décrivait le contexte de cette scène. Je réalise que je l’ai perdu. Je m’en veux. Sans savoir pourquoi, je me souviens du nom « Ganbat », associé au portrait du chasseur mongol.
Je le tape sur mon ordinateur et je tombe sur deux fragments. Le premier est incomplet :
« … père de Ganbat, mais lui ce n'étaient pas les ours qu'il assassinait (par contre les renards, les loups, les marmottes...). »
L’autre est daté du 2 juillet 2020 :
« PS : en lien indirect avec la photo du père de Ganbat en mafieux chasseur de marmottes, je suis en train de lire un livre dont j'adorerais traduire certains passages, justement sur la chasse à la marmotte ou sur la mort tragique d'un petit cheval offert généreusement par les éleveurs mongols aux soldats de l'armée rouge. »
Le temps passe, les traces s’effacent. On fait avec.
Cet ouvrage, sur lequel je reviendrai de façon détaillée, sera disponible en librairie dans trois mois. Pour l’instant, voici le lien éditorial permettant d’accéder, dans la rubrique « À paraître », à la table des matières et à la quatrième de couverture : https://cths.fr/
Séminaire
Ruralités contemporaines en question(s)
ÉCOLE DES HAUTES ÉTUDES EN SCIENCES SOCIALES (Paris)
Pierre Alphandéry, chercheur honoraire, INRAE
Christophe Baticle, MCF, Univ. Aix-Marseille, LPED - Habiter le Monde,-UPJV
Sophie Bobbé, chercheure associée au laboratoire LAP–EHESS
Sergio Dalla Bernardina, professeur émérite, Univ Bretagne Occid, LAP-EHESS
Maxime Vanhoenacker, chercheur CNRS, LAP-EHESS, référent pour cette UE
Séance du lundi 8 juin 2026, 11-13 heures
Salle AS1-23 - 54 bd Raspail 75006 Paris
En présentiel et en visio :
https://bbb.ehess.fr/b/sop-lhm-oav-qy4
Empathiser, emphatiser. Les émotions du chercheur.
Intervenant :
Sergio Dalla Bernardina
L’empathie d’un côté, le regard distancié de l’autre : le chercheur en sciences humaines et sociales est fatalement partagé. Souvent, il bricole. En tout cas, il s’interroge : comment gérer ses émotions ? Quelle place leur donner ? Comment les décrire ? Et comment restituer celles de l’interlocuteur, de l’« observé » ? L’anthropologie des émotions est aujourd’hui très en vogue. Par ses affordances sensorielles (les paysages, les parfums, l’effort physique…) et historiques (le terroir, les ancêtres, le « chez-soi »), le monde rural se prête tout particulièrement à l’exploration de ce champ longtemps négligé par l’anthropologie classique. Même lorsque le chercheur n’a pas explicitement intégré cette perspective à son enquête, il a sans doute beaucoup à dire sur les sentiments qu’il a éprouvés, les passions qu’il a cru déceler sur le terrain, ou encore sur la manière dont il les restitue - aussi bien au monde académique qu’aux femmes et aux hommes qui lui ont offert la matière de sa réflexion.
S’interroger sur la juste manière de traiter les émotions constitue à la fois une quête éthique et une interrogation épistémologique. Je profiterai de la sortie imminente de mon ouvrage, L’invention du chasseur écologiste (CTHS, 2026, parution prévue en septembre), pour illustrer, à partir d’exemples concrets, les tribulations d’un ethnologue cherchant à conjuguer ses projections narcissiques - toujours à l’affût - avec le devoir de restituer la parole de l’Autre dans toute son objectivité.
Oiseau qui chante. Cliché SDB
Il chantait comme un fou, et avec un répertoire très varié.
- Tu l’as pris en photo ?
- Je crois
- Attends, je vais l’enregistrer.
- C’est quoi ?
Hier soir, j’ai posé la question à Gemini (Chat GPT parlait juste d’un « passereau », sans trop préciser). D’après l’IA il pourrait s’agir d’un rossignol Philomèle « souvent perché bien en évidence au sommet d'un buisson ou sur une branche basse d'un arbre pour maximiser la portée de sa voix »*.
Je demande des précisions : « Fin mai / début juin correspond au pic de la saison de reproduction où les mâles chantent inlassablement, de jour comme de nuit, pour défendre leur territoire ».
Je pense au castor dont on a parlé l’autre jour, qui, pour marquer son territoire, répand du castoréum partout.
Je me dis que, finalement, je préfère le rossignol.
* Gemini avance
aussi l’hypothèse de la grive musicienne, tout en ajoutant que c’est moins
probable. Je n'ai pas les compétences pour trancher.
Maurice de Vlaminck, 1926. Côte de bœuf
Tout le monde n’aime pas la psychanalyse. Et on peut comprendre : le patient dit une chose, le psychanalyste, souvent, en entend une autre. J’y pense à propos de cette phrase, extraite d’un ouvrage d’Erich Fromm, qui m’est revenue à l’esprit tout récemment.
« Les caractéristiques de cette orientation nécrophile
apparaissent dans certaines remarques qu’il répétait fréquemment. Bien
qu’Hitler suivît un régime végétarien, on servait à ses invités des repas
ordinaires. “Quand on apportait un bouillon de viande”, rapporte Speer, “je
pouvais être sûr qu’il parlerait de ‘thé de cadavre’.” » Erich Fromm, The Anatomy of Human Destructiveness,
1973
Vitrine brestoise, il y a une quinzaine d'années (cliché SDB)
Le Pouvoir adore nous identifier.
L’Autre, l’antagoniste, adore nous réduire à une image, à un propos, à un moment de notre parcours qui soient immédiatement lisibles.
Faut-il les aider ?
Le Pape vient de nous mettre en garde contre les risques liés à un usage déraisonnable de l’intelligence artificielle. Je partage son point de vue. En me limitant donc aux emplois raisonnables de l’IA, j’ai interrogé ChatGPT au sujet d’un Italien qui commente l’actualité politico-militaire du Donbass. Trouvant sa réponse équilibrée, je lui ai demandé, puisque nous y étions, de décrire également mon propre profil.
Voici notre échange :
- Arriverais-tu à saisir mes orientations politiques à partir de mes écrits et de mon blog? Comment me définirais-tu en général?
- Je peux essayer d’inférer certaines tendances à partir de ce que vous écrivez, mais avec plusieurs limites importantes * :
- Les coordonnées de mon blog sont les suivantes : https://lanimalcommepretexte.blogspot.com/; Pour les ouvrages je propose les plus récents : La langue des bois (MNHN éd.) et Faut qu'ça saigne (Dépaysage)
- Votre blog et les titres que vous mentionnez permettent déjà de dégager une personnalité intellectuelle assez cohérente**. Vous n’apparaissez pas comme un militant doctrinaire, mais comme un anthropologue critique — au sens fort du terme — attentif aux mythologies contemporaines, aux glissements symboliques et aux formes de moralisation du langage.
Votre positionnement me semble difficile à ranger dans les catégories politiques ordinaires françaises. Je distinguerais plusieurs niveaux.
1. Votre tempérament intellectuel
Vous avez clairement une culture :
Les références qui reviennent (Girard, Eliade, De Martino, Mauss, Pasolini, Segalen, Bataille, Léiris, etc.) dessinent une sensibilité :
Vous regardez les phénomènes sociaux comme des productions culturelles et rituelles avant de les traiter comme de simples problèmes politiques.
2. Votre position politique implicite
Je ne vous définirais ni comme « de gauche » ni comme « de droite » au sens partisan actuel.
Je verrais plutôt :
Par exemple :
Vous appartenez à une famille intellectuelle qu’on pourrait appeler :
3. Votre rapport au contemporain
Ce qui ressort très fortement de vos textes, c’est :
Vous n’écrivez
pas comme quelqu’un cherchant à « corriger » moralement le lecteur.
Vous écrivez davantage comme quelqu’un qui :
C’est très visible dans :
4. Votre rapport à l’animal
À travers La langue des bois et surtout Faut qu’ça saigne, ainsi que les thèmes récurrents du blog, on perçoit une position très particulière :
Autrement dit :
Cela vous rapproche d’une anthropologie à la fois :
5. Comment je vous définirais globalement
Si je devais résumer en une formule :
un anthropologue humaniste, ironique et anti-dogmatique, issu de la gauche culturelle européenne mais devenu profondément sceptique envers les nouvelles morales progressistes et les simplifications idéologiques contemporaines.
Ou plus simplement :
un observateur mélancolique des mutations symboliques de l’Occident.
Ce qui me frappe surtout, ce n’est pas une orientation partisane nette, mais :
Et stylistiquement :
À ce moment, pour obtenir une illustration résumant le profil je lui ai demandé :
- Pourrais-tu me proposer une image de synthèse fusionnant les portraits de Girard, Eliade, De Martino, Mauss, Pasolini, Segalen, Bataille, Léiris, ainsi que la photo d’un setter irlandais, mort dans les années 1980, auquel j’étais particulièrement attaché ?
Pour réaliser l'image, l’IA prétendait de l’argent. J’ai refusé.
* Ayant tutoyé l’IA, le fait qu’elle me vouvoie m’a beaucoup embarrassé. J’étais presque sur le point de m’excuser.
** Je ne suis pas naïf : tout le monde sait que l’IA tend à flatter ses interlocuteurs.
J’apprends que l’âne, dans certains domaines, est plus intelligent que le cheval. Le premier, face à un doute, à un signal inattendu, s’arrête pour réfléchir. Le cheval, lui, il se barre. Les loups profitent de la situation et, pendant que l’âne réfléchit, ils le bouffent.
Les leçons morales de cette découverte scientifique sont multiples.
À l’époque d’Edward Tylor on pensait que les sociétés humaines évoluaient toutes de la même façon, en passant de la sauvagerie à la barbarie et de celle ci à la civilisation. On établissait un paralléle entre l’état sauvage et l’animisme, c’est à dire la croyance selon laquelle tous les êtres naturels ont une âme ou un esprit. On voyait aussi une équivalence, du point de vue des mentalités, entre le sauvage et l’enfant.
J’y pense en lisant ce passage de Romain Gary :
« Je ne sais, ami lecteur, si tu étais comme moi à cet âge, mais tout devenait pour moi quelqu’un et l’existence même des choses inanimées me paraissait fort douteuse. Je savais qu’il y avait dans chaque pierre un cœur qui battait ; que chaque plante avait une famille, des enfants et des tendresses maternelles : que chaque duvet de chardon emporté par le vent vivait un drame de rupture et de séparation, dont la grandeur et le déchirement ne se mesuraient point à sa légèreté impalpable, et que les lois de la souffrance ne s’arrêtaient à aucune porte de la nature. Fleurs et cailloux, brins d’herbe et champignons, mignonnes champignonnes aux jupes retroussées découvrant leurs tiges aimables, mousses, bruyères et fougères, tous étaient de petites personnes dont il était impossible de mesurer les souffrances, les joies et les amours à leur seule dimension. La terre elle-même était un giron qui palpitait de plaisir et de douleur ; ». Les enchanteurs, Gallimard Folio, p. 22
Je divague dans les espaces d'une brocante. Je cherche un pot pour transplanter mon bégonia quand je tombe sur un vieux bouquin édité chez Payot : L’art de la guerre sur mer. Je le feuillette.
Plusieurs raisonnements me traversent. Par exemple : « Tiens, je l’aurais vu mieux chez Grasset ». Voire : « On a tendance à oublier que la guerre - une belle guerre où montrer sa valeur - ne déplait pas à tout le monde ». Puis j’imagine Madame Giamberardino conversant avec ses copines au salon de coiffure :
- Et votre époux, que fait-il dans la vie ?
- Mon mari… est un artiste.
Après - mais c’est mon tempérament sarcastique - une autre pensée surgit : « Brest est bien une ville militaire. Alors pourrait-on m’expliquer pourquoi, à l’EESAB (École européenne supérieure d’art de Bretagne), il n’y a pas le moindre cours consacré à l’art de la guerre ? C'est discriminatoire. Quoi de plus universel que la guerre ? Et ils osent parler de démocratie ! Mais ça va bientôt changer… »
De retour à la maison, je me renseigne sur l’amiral Giamberardino et j’apprends qu’il a écrit, entre autres, Il fascismo e gli ideali di Roma et L’individuo nell’etica fascista. Ma vigilance critique intervient aussitôt : « Ne fais pas d’amalgames : les options politiques de l’artiste sont une chose, l’œuvre en est une autre. »
D’accord. Mais regardons l’œuvre de près : les Italiens, à la fin de leur leçon de créativité militaire, ont perdu la guerre.
Certes. Mais ce qui compte, c’est le geste artistique.
Caracara de Darwin
(Suite) Les cours de géographie économique de ma maîtresse portaient essentiellement sur la mise en relation d’une localité, voire même d’une nation, avec sa principale ressource. Souvent, je la trouvais très convaincante. L’idée que la prospérité de la ville de Parme soit directement liée à la découverte du Parmesan me paraissait intéressante, et je dirais même évidente. La relation entre la bergamote, indispensable pour la production de parfums à la bergamote, et le bon état des finances calabraises avait l’air moins explicite mais tout aussi plausible.
Parfois, cependant, j’étais saisi par le doute. La théorie selon laquelle une nation entière, le Pérou, aurait basé son économie sur l’exploitation du guano me semblait invraisemblable :
- Madame
la maîtresse, je n’ai pas compris : c’est quoi le guano?
- Tu as très bien compris : c’est un fertilisant naturel produit à partir de fientes des oiseaux.
Mes doutes étaient infondés : « Du 10ᵉ au 15ᵉ siècle – je viens de le vérifier – le royaume de Chincha a symbolisé la puissance sur la côte péruvienne. Une domination basée sur la richesse naturelle et insolite de cette civilisation »*.
Très appréciés par les ornithologues, ces gisements de guano sont devenus une attraction touristique aux conéquences parfois inattendues.
* https://actu.fr/histoire-patrimoine/le-royaume-du-guano-comment-cette-civilisation-antique-a-fonde-sa-richesse-sur-des-fientes-d-oiseaux_63851901.html
Couple de Savoyards
J’avais 8 ans. Je me souviens de ma maîtresse qui, en dehors de son activité professionnelle, était une volontaire de la Croix-Rouge. En Italie, les volontaires de la Croix-Rouge de sexe féminin sont appelées Crocerossine. Il faut savoir que la désinence en « ina », en italien, est très souvent un diminutif. Donc le terme « Crocerossina », a priori, signifie « petite volontaire de la Croix-Rouge ».
Il s’avère que ma maîtresse était grande comme le Général De Gaulle, voire plus. Chaque fois que j’y pensais, cela créait chez moi une dissonance cognitive. Je ne sais pas si cette contradiction manifeste a joué un rôle dans ma manière de me rapporter à l’autorité scientifique et à l’autorité en général. Toujours est-il que, dès la plus jeune enfance, je me suis mis à exercer le regard critique - ce que ma maîtresse, éduquée à l’époque où ce n’était pas à la mode, n’aimait pas du tout.
Une fois, par exemple, je me suis permis de lui dire en public que les Savoyards n’étaient pas seulement les habitants de la Savoie mais aussi des biscuits. Elle est montée sur ses grands chevaux. Je me souviens encore de ses cours de géographie économique (à suivre).
Avant-hier, j’ai assisté à une intervention passionnante sur le rôle des émotions dans la perception du castor. J’y ai appris que l’autorité religieuse admettait sa consommation le vendredi et pendant le carême parce que, animal aquatique, il était assimilé au poisson. J’ai aussi découvert que, pour marquer son territoire, le castor l’asperge de castoréum, une sorte de musc à l’odeur singulière.
Qu’y a-t-il dans le castor ? Quelle question : du castoréum, évidemment ! Comme il y a du carotène dans la carotte*
*Sans parler des fourmis qui, comme leur nom l’indique, regorgent d’acide formique.
Chez le poissonnier.
- Juste une question : je ne connais pas
ce type de thon. Sauriez-vous me dire pourquoi il est si foncé et pourquoi il
coûte moins cher que d’habitude ?
- Foncé ? Je ne saurais pas dire,
je travaille ici depuis quelques jours…
- Ah d’accord. Alors donnez-moi ce
morceau d’aile de raie.
Je lui montre le morceau.
- Oui.
La vendeuse approche de l’aile de raie, s’arrête et me dit :
- Ah, mais finalement je sais pourquoi il est rouge foncé : c’est qu’il est
très rapide.
- Rapide ?
- Oui, il court très vite.
- Vous m’avez convaincu : j’en prends une tranche.
Sur la jetée, je repère une étoile de mer et un goéland qui
s’approche. Est-ce Maurice ? C’est presque sûr. Je sors mon portable pour les
immortaliser.
Il rebrousse chemin et s’éloigne un peu. Puis il repart vers l’étoile de mer et
passe à côté d’elle sans la regarder, comme pour dire : « Moi, alors… les
étoiles de mer, vous savez… je m’en fiche éperdument ». S’il savait le faire, je pense qu’il se mettrait à siffloter pour marquer son
indifférence.
Il transite une deuxième fois, toujours nonchalant : « Je déambule, c’est tout
! »
Au troisième passage, il craque.