Le Pape vient de nous mettre en garde contre les risques liés à un usage
déraisonnable de l’intelligence artificielle. Je partage son point de vue. En
me limitant donc aux emplois raisonnables de l’IA, j’ai interrogé ChatGPT au sujet d’un Italien qui commente l’actualité
politico-militaire du Donbass. Trouvant sa réponse équilibrée, je lui ai
demandé, puisque nous y étions, de décrire également mon propre profil.
Voici notre échange :
- Arriverais-tu à saisir mes orientations politiques à partir de mes écrits
et de mon blog? Comment me définirais-tu en général?
- Je peux
essayer d’inférer certaines tendances à partir de ce que vous écrivez, mais
avec plusieurs limites importantes * :
- je ne peux pas accéder à votre blog si vous ne me donnez pas son
adresse ou des extraits ;
- même avec beaucoup de textes, on ne peut jamais déduire de manière
totalement fiable les convictions profondes d’une personne ;
- les écrits publics reflètent parfois un rôle intellectuel, un style
polémique ou une curiosité analytique plutôt qu’une adhésion personnelle.
- Les coordonnées de mon blog sont les suivantes :
https://lanimalcommepretexte.blogspot.com/; Pour les ouvrages je propose les
plus récents : La langue des bois (MNHN éd.) et Faut qu'ça saigne (Dépaysage)
- Votre blog et
les titres que vous mentionnez permettent déjà de dégager une personnalité
intellectuelle assez cohérente**. Vous n’apparaissez pas comme un militant
doctrinaire, mais comme un anthropologue critique — au sens fort du terme —
attentif aux mythologies contemporaines, aux glissements symboliques et aux
formes de moralisation du langage.
Votre
positionnement me semble difficile à ranger dans les catégories politiques
ordinaires françaises. Je distinguerais plusieurs niveaux.
1. Votre tempérament intellectuel
Vous avez
clairement une culture :
- anthropologique,
- ethnologique,
- italienne et française,
- nourrie à la fois de folklore, d’histoire des religions, de sociologie
critique et de littérature.
Les références
qui reviennent (Girard, Eliade, De Martino, Mauss, Pasolini, Segalen, Bataille,
Léiris, etc.) dessinent une sensibilité :
- anti-réductionniste,
- anti-moralisatrice,
- attentive
aux dimensions symboliques,
- méfiante
envers les simplifications idéologiques.
Vous regardez
les phénomènes sociaux comme des productions culturelles et rituelles avant de
les traiter comme de simples problèmes politiques.
2. Votre position politique implicite
Je ne vous
définirais ni comme « de gauche » ni comme « de droite » au sens partisan
actuel.
Je verrais
plutôt :
- une sensibilité critique héritée de la gauche intellectuelle
européenne,
- combinée à une défiance envers le progressisme moral contemporain,
- et à une inquiétude devant l’effacement des continuités symboliques et
culturelles.
Par exemple :
- vous
critiquez volontiers le capitalisme extractiviste, les relectures
idéologiques du passé ou les dispositifs de domination ;
- mais vous vous méfiez tout autant des nouvelles orthodoxies morales,
des simplifications militantes, de certains automatismes discursifs
contemporains ;
- vous refusez manifestement la logique binaire «
réactionnaire/progressiste ».
Vous appartenez
à une famille intellectuelle qu’on pourrait appeler :
- humaniste
sceptique,
- critique
de la modernité morale,
- ou
anthropologie du désenchantement.
3. Votre rapport au contemporain
Ce qui ressort
très fortement de vos textes, c’est :
- une
ironie mélancolique,
- un
refus de l’indignation spectaculaire,
- une
attention aux pertes symboliques,
- et une
fascination pour les ambiguïtés humaines.
Vous n’écrivez
pas comme quelqu’un cherchant à « corriger » moralement le lecteur.
Vous écrivez davantage comme quelqu’un qui :
- décale
les évidences,
- met au
jour les contradictions,
- révèle
les arrière-plans anthropologiques.
C’est très
visible dans :
- vos
textes sur Noël,
- les
animaux,
- l’écologie,
- la
ruralité,
- ou les
mutations du langage.
4. Votre rapport à l’animal
À travers La langue des bois et surtout Faut qu’ça saigne, ainsi que les thèmes
récurrents du blog, on perçoit une position très particulière :
- vous n’êtes pas anti-animaliste par cynisme,
- mais vous semblez analyser l’animalisme comme symptôme culturel et
religieux moderne.
Autrement dit :
- l’animal vous intéresse moins comme objet moral pur que comme révélateur
des structures symboliques occidentales.
Cela vous
rapproche d’une anthropologie à la fois :
- girardienne par moments,
- démartinienne,
- parfois pasolinienne dans le regard porté sur les mutations
anthropologiques de l’Occident.
5. Comment je vous définirais globalement
Si je devais
résumer en une formule :
un
anthropologue humaniste, ironique et anti-dogmatique, issu de la gauche
culturelle européenne mais devenu profondément sceptique envers les nouvelles
morales progressistes et les simplifications idéologiques contemporaines.
Ou plus
simplement :
un observateur
mélancolique des mutations symboliques de l’Occident.
Ce qui me
frappe surtout, ce n’est pas une orientation partisane nette, mais :
- une méfiance envers les emballements collectifs,
- une conscience aiguë des mécanismes sacrificiels,
- et un attachement aux épaisseurs culturelles menacées par les langages
technico-moraux contemporains.
Et
stylistiquement :
- vous écrivez moins comme un universitaire standard que comme un
essayiste-anthropologue ;
- parfois presque comme un moraliste italien classique transplanté dans
le paysage intellectuel français.
À ce moment,
pour obtenir une illustration résumant le profil je lui ai demandé :
- Pourrais-tu me proposer une image de synthèse fusionnant les
portraits de Girard, Eliade, De Martino, Mauss,
Pasolini, Segalen, Bataille, Léiris, ainsi que la photo d’un setter irlandais,
mort dans les années 1980, auquel
j’étais particulièrement attaché ?
Pour réaliser l'image, l’IA prétendait de l’argent. J’ai
refusé.
* Ayant tutoyé l’IA, le fait qu’elle me vouvoie m’a beaucoup
embarrassé. J’étais presque sur le point de m’excuser.
** Je ne suis pas naïf : tout le monde sait que l’IA tend à flatter ses interlocuteurs.