mardi 27 février 2024

Remplacements


Il y avait autre chose, probablement, à la place de l'oiseau. La Sainte Vierge, j'imagine, ou Saint-Michel qui terrasse le dragon. On se modernise.

samedi 24 février 2024

Amour vache. Aller sans retour au Salon de l’agriculture

Bovidés moyens qui n'iront pas au Salon de l'agriculture

Lorsqu’on sait que les vaches exemplaires qui quittent leurs étables pour se rendre au Salon de l’Agriculture  partiront à l’abattoir juste après, on crie à l’hypocrisie des éleveurs.   C’est à la fois facile et  hypocrite.

« (…) Dans le monde rural,  j’écrivais dans mon article « Une personne pas tout à fait comme les autres : l’animal et son statut »*,  le fait que les animaux ont des « droits » (non pas au sens strictement juridique, bien entendu, quoique là aussi il y aurait lieu de débattre**) est une donnée qui saute aux yeux : le problème revient justement à se demander comment les en priver. En d’autres termes, il ne s’agit pas de reconnaître que les bêtes aussi ont une sensibilité – ce que les éleveurs savent fort bien ; il s’agit, au contraire, de lutter contre cette évidence ».  

J’ai le plaisir d’annoncer que la version anglaise de cet article a été publiée par la revue Hau. Journal of Ethnographic Theory (Vol. 13, n° 2, 2023) et est accessible sur le site suivant :

Someone not exactly like the others

https://www.journals.uchicago.edu/doi/10.1086/727704#fn1

* La première version en français, publiée dans la revue l’Homme, date de 1990 – elle est devenue le premier chapitre de mon ouvrage La Langue des bois. L’appropriation de la nature entre remords et mauvaise foi (Éd. Muséum National d’Histoire Naturelle, 2020) en libre accès au lien suivant :

https://books.openedition.org/mnhn/7745

** Les choses, entre temps, ont changé. 

jeudi 22 février 2024

Le cas Assange : on compte beaucoup sur la présidence américaine

 

Sur la photo : Julian Assange, défenseur de la démocratie et des droits de l'homme,  avant de se laisser pousser la barbe (source incertaine  à vérifier).

C’est bête mais on a beau m’inviter à regarder la réalité en face, à m’expliquer  qu’en matière de liberté d’opinion et de droits de l’homme les Russes et les Américains, à quelques nuances près,  se ressemblent beaucoup, instinctivement,  j’aurais tendance à préférer les Américains (je viens de préciser que c’est bête). Dans mon imaginaire, je les trouve plus proches de l’esprit des  Lumières qui anime l’Europe à laquelle je m'identifie (je pense à Bob Dylan, Woody Allen, David Lynch …)*. Lorsque j’affiche cette préférence,  on me rappelle le traitement inacceptable infligé par l’État  américain à Julian Assange, coupable, non pas d’avoir diffusé des mensonges, mais de nous avoir rapporté la vérité sur des questions d’intérêt général. Cette remarque, hélas, me paraît incontestable. Je n'ai donc qu'à me taire.

* Les Russes aussi, bien entendu, ont des artistes et des intellectuels géniaux, humiliés par le gouvernement actuel.

mardi 20 février 2024

« Le loup nouveau est arrivé ». Ma proposition pour un scénario de film


On pourrait imaginer un polar avec le scénario suivant. On trouve dans un pré le corps inanimé d’un boy-scout (ou autre innocent – ce qui compte étant la jeunesse de la victime). Tout laisse croire à l’action d’un loup.  Cela sème l’angoisse chez les responsables politiques  qui défendent depuis quelques décennies le retour du grand prédateur. Les éthologues qui ont construit leur réputation autour du caractère inoffensif du canidé envisagent  inquiets  l’éventuel désaveux. Les associations pro-lupines craignent leur dissolution. Les opérateurs touristiques et les « animateurs nature »   profitant du succès médiatique du loup pour attirer leur clientèle sont très embarrassés. Quelques jours plus tard, on annonce la mort d’un  spécialiste qui avait été contacté par le ministère pour  identifier l’animal qui a causé le décès. L'expertise avance. On apprendra que le loup, heureusement, n’y était pour rien et les chiens de berger non plus :  les traces, incontestablement, étaient celles d’une bande de chiens errants. La famille du défunt, à qui un interlocuteur anonyme a proposé de l’argent pour ne pas faire de vagues, embauche un détective privé qui commence son enquête.

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J’en profite pour signaler qu’il y a quelques jours, dans la région de Bolzano, on a trouvé un homme en état d’hypothermie sérieusement blessé par une bête féroce (et qui est mort par la suite). Les ours italiens, on le sait, ont pris la mauvaise habitude de croquer les excursionnistes, les chiens de protection font de même. S’il s’agissait d’un loup, comme on le prétend dans le coin,  ce serait une première.

dimanche 18 février 2024

Des vrais loups rôdent autour du Musée du Loup (la biodiversité et l'« effet Chicken Run»)


Ce qui change, au musée du loup du  Cloître Saint-Thégonnec, c’est que les loups sont peut-être revenus.  C’est bon pour la biodiversité. Et c’est aussi une bonne nouvelle pour cet établissement, très actif sur le plan didactique, qui pourra compter sur une augmentation des visiteurs et tout particulièrement des éco-touristes.

 « Les faits se sont produits début janvier 2024, lisons-nous dans le Télégramme du 18 février,  dans une exploitation de vaches laitières, au Cloître-Saint-Thégonnec (29). À cinq jours d’intervalle, l’éleveuse Isabelle Jezequel a trouvé deux vaches mortes, dans le même champ, situé tout proche d’une maison d’habitation, au lieu-dit Créac’h-Ménory »*.

Je le rappelle souvent : bientôt, au nom de la biodiversité, les bergeries, y compris dans les pâturages alpins, ressembleront aux camps de concentration pour poulets si bien illustrés dans le film d’animation Chicken Run **.

* N’anticipons pas trop sur les résultats des analyses, qui ne vont sûrement pas tarder. Dans le comité d'experts internationaux censé établir la vérité des faits il y a d’ailleurs controverse. Certains prétendent que, à l’origine du décès, il y a des chiens errants introduits dans le Finistère par les services secrets d’un pays étranger. D’autres attribuent ce décès à des causes naturelles : bien qu’en bonne santé, les deux vaches auraient été terrassées par un phénomène inexplicable pendant qu’elle se promenaient allègrement.

** Dois-je préciser que moi aussi je tiens énormément à la biodiversité ? Le problème n’est pas la biodiversité, bien évidemment, mais l’usage détourné, instrumental, que l’on  peut faire de cette notion.

vendredi 16 février 2024

« Ça mérite un détour » (À propos des « paysages de la peur »)

 

 

J'ai emprunté cette image au site suivant : http://www.ruralpini.it/Parco-dei-cervi-a-spese-degli-agricoltori.html

C’est la peur, vient-on de m’apprendre, qui configure le paysage : peur des grands prédateurs, peur des hommes. Lorsqu’on est des proies, on se réunit et on se disperse, on se montre ou on se cache en fonction du danger. Porteuse d’une forte charge métaphorique, cette idée dépasse manifestement le champ de l’éthologie.

Loin d’être répulsive, aujourd’hui, la peur attire dans les mêmes endroits des milliers d’éco-touristes  sur les traces des ours et des loups.

mercredi 14 février 2024

Dépassements dialectiques : chasse, ruralité, écologie

 

La réalité politique étant terriblement complexe, je ne voudrais pas être à la place de Monsieur Willy Schraen, président de la Fédération Nationale des Chasseurs et, en même temps,  tête de liste de L’Alliance rurale aux prochaines élections européennes.  « Qu’on arrête de nous emmerder chaque jour un peu plus », a-t-il déclaré récemment en tant que porte-parole du monde rural (un monde rural qui se révèle moins "green" qu'on aurait aimé le croire). Il affirme en même temps que le chasseur est le premier écologiste de France, ce qui n’est pas complètement faux,  ni complètement vrai).

Comment dépasser la contradiction? Je suggère la synthèse suivante : « Les chasseurs et les agriculteurs sont les premiers écologistes de France » (et de Navarre)*.

* Je renouvelle toute ma considération pour les très nombreux agriculteurs qui croyaient dans le tournant écologique et qui ont été  déçus par le virage "années 1960" du Gouvernement français  en matière de lutte contre la vermine.

lundi 12 février 2024

On reforme? On restaure? En tout cas c'est du "RE". (A propos du Festival des cultures à la Sorbonne nouvelle)

 

Pour sa troisième édition - lisons-nous dans l'édito -  le festival des cultures propose un changement de perspective avec la thématique “RE-”. Ce préfixe nous invite à revenir en arrière, à relire les actions passées, et aussi à repenser ou reprendre, renouveler ou répéter nos gestes, nos idées, nos sensations et à réagir au temps présent (voici le lien pour la présentation complète https://nation.sorbonne-nouvelle.fr/festival-des-cultures/programme).

 

Dans ce cadre, le 14 février en fin de matinée, une table ronde animée par Christine Lorre-Johnston sera consacrée au thème du « rewilding ».

J’y participerai avec l’intervention suivante :

Rewilding à la maison : de la nature/personne à la nature/scénario.

La situation planétaire est tellement critique que nous avons du mal, aujourd’hui, à nous rappeler à quel point, et pour quelles raisons, nous avons apprécié pendant des millénaires le désensauvagement. L’exigence de restaurer la sauvagerie perdue ne concerne pas que notre relation à la nature. Les spécialistes du psychisme humain nous conseillent de récupérer, avec modération, notre sauvagerie intime. Le design, l’art contemporain, nous incitent à « ensauvager » nos maisons. Poussés par ce désir de renouer avec le monde des origines nous croyons restaurer, au cours de nos immersions dans les bois,  le dialogue interrompu avec les plantes et les animaux sauvages. S’agit-il vraiment d’un rapport interlocutoire ?

 

La conférence sera accessible en visio au lien suivant :

Lien de l'appel vidéo : https://meet.google.com/izv-hesu-ioc



vendredi 9 février 2024

« Un peu mais pas trop ». Patriotisme et pesticides

 


Jacques-Louis David (1748-1825) : Ministre de l’agriculture français s'apprêtant  à avaler une coupe de pesticides.

J’aime polémiquer, parfois, autour de certaines dérives qui traversent la planète verte. C’est que j’apprécie beaucoup les efforts menés par les écologistes. Je trouve leur engagement moral et leur action particulièrement précieux. Les intégristes  qui, au sein de ce mouvement, montrent une intransigeance radicale qui cache souvent des motivations personnelles, me semblent donc particulièrement nuisibles. Je les assimile, toute proportion gardée,  à ces militants des brigades rouges qui, dans leur arrogance et leur sectarisme aveugle, ont ralenti d’une bonne dizaine d‘années l’évolution démocratique de la société italienne. Le comble c’est qu’ils-elles prennent des tons très sérieux, ce qui augmente mon envie  de les  taquiner.

En voyant ce qui s’est passé récemment avec la victoire de la FNSEA en matière de pesticides je ne peux que comprendre et partager le désarroi des écologistes, qui ont fait ce qu’ils pouvaient  pour pousser le Gouvernement français à respecter ses promesses. Ma sympathie va aussi à ceux qui, chez les agriculteurs minoritaires (minoritaires mais nombreux)  ont  dû subir ce choix régressif.

Morale : chez les agriculteurs, les éleveurs  et les écologistes c’est comme chez les chasseurs,  il y en a de bons et de mauvais.

mardi 6 février 2024

Optimisme modéré (La langue des bois en accès gratuit)

 

Feltre, Italie, 1990 « Donnez-moi votre appareil, je vais vous immortaliser tous les deux ». Photo extraite de l'ouvrage La langue des bois etc. p. 169


J’ai le plaisir d’annoncer que le Muséum  d’Histoire Naturelle vient de mettre en ligne, en consultation gratuite, certains volumes de ses collections parmi lesquels mon essai La langue des bois. L’appropriation de la nature entre remords et mauvaise foi (Paris, Éditions du MNHN, 2020).

Le lien en libre accès est le suivant : https://books.openedition.org/mnhn/7745

Comme certains ont pu le constater, il s’agit d’un livre décalé par rapport aux tendances actuelles. Il cherche à reconstituer les motivations  des uns et des autres mais, au lieu de prendre position en faveur des écologistes ou des chasseurs, au lieu de légitimer tout le monde   au nom du relativisme culturel, il met en évidence nos contradictions. Il pointe les   ambiguïtés des écologistes, celles des chasseurs, celles des gestionnaires du discours sur la nature, celles des chercheurs qui légitiment ce discours, celles des usagers ordinaires des espaces « sauvages » et celles, bien entendu, de l’auteur du bouquin, dont les comportements en matière d’écologie et d’amour pour les autres espèces ne sont pas moins contradictoires.  

Pour toutes ces raisons, ce livre « inacceptable » a eu une faible visibilité, aucune des communautés mentionnées n’ayant trouvé opportun de promouvoir sa diffusion.*

Son accessibilité en ligne me rend optimiste.

* Juste un exemple pour étayer des propos qui peuvent sembler exagérés. J’étais fier de l’iconographie particulièrement riche qui accompagne ce travail. Je l’ai été un peu moins lorsque j’ai découvert que l’institution qui a le plus contribué à cette opulence iconographique, et avec laquelle j’ai collaboré pendant un long moment,  a préféré passer sous silence sa publication.

dimanche 4 février 2024

Éloge de la différence bis

 

J'aime bien ces chiens aux origines mystérieuses, uniques et génériques à la fois,  qui ont su échapper à toute standardisation.

vendredi 2 février 2024

Éloge de la différence (et de la ressemblance, les deux allant ensemble)

 



Dans l’avion le comportement des  enfants était impeccable. Devant moi, une petite d’un an au maximum ne pleurait pas en dépit des sollicitations sonores.  Elle imitait juste le bruit du moteur et contemplait les Alpes enneigées avec la concentration d’un peintre paysagiste. Dans le train, plus tard j’ai admiré le stoïcisme d’un autre petit, serein comme un chérubin, qui pendant les quatre heures du trajet a adressé à ses parents des gazouillis discrets chargés d’optimisme. Après – je ne l’avais pas remarqué tellement il était silencieux – mon regard est tombé  sur un épagneul breton. Il fixait son maître ou sa maîtresse (à partir de ma place je n’arrivais pas à saisir son interlocuteur) d’un air très intense, vif et confiant. On aurait dit que la seule chose qui l’intéressait au monde était  l’objet de sa vision.

C’est ridicule, je me suis dit, mais je suis content de pouvoir identifier cet épagneul breton. Je suis heureux qu’il existe à côté des setters irlandais, des bergers allemands, des lévriers afghans, des labradors, des pékinois des dingos … Je suis heureux que tous ces chiens se différencient les uns des autres et qu'en même temps, par leurs caractères typiques, ils soient reconnaissables.

J’y ai pensé et j’ai rougi, tellement ce sentiment m'a paru raciste.

mercredi 31 janvier 2024

De source sûre (les sens de la nature)



« La nature est notre essence », proclame-t-on chez Perrier.

« L’essence est notre nature »,  reponde-t-on chez Total

 


mardi 30 janvier 2024

Obsolescences programmées obsolescences souhaitées 2. À propos du verbe « réformer ».

 

 

Genève, le Mur des Réformateurs

 

Les Jésuites que j’ai involontairement maltraités dans un précédent billet* pourraient me répliquer : « Écoute, pourquoi tu t’en prends à notre communauté alors que, s’il y a des véritables hypocrites, ce sont les Pharisiens ? » Je consulte Wikipédia et je trouve que ce n’est pas faux : « La vision chrétienne des pharisiens a conduit à associer le pharisaïsme à la démonstration d'une piété ostentatoire et s'emploie au figuré pour désigner en français une personne pensant incarner la vérité ou la perfection morale mais à la vertu hypocrite ».

En fait, on n'a pas besoin d'être religieux pour  être hypocrites. Dans L’éloquence des bêtes  (Paris, Métailié, 2006) je portais l’attention sur l’habitude chez les éleveurs, reprise par certains spécialistes des sciences humaines et sociales,  de qualifier les animaux destinés à l’abattage  de « bêtes de réforme ». Toujours sur Wikipédia, à ce propos, on peut lire la définition suivante  : « (Agriculture, Élevage) Vache, en fin de carrière de production laitière ou de reproduction, et qui est destinée à l’abattage. ». D'où le dialogue suivant :

 

_ Tranquille, on ne va pas te tuer, on va juste te reformer. Et c’est pour des raisons que tu n’as pas de mal à comprendre, tu es une bête intelligente … des raisons de planning, de réorganisation.

_  Ah, vous êtes des Réformistes … que le ciel soit loué. J’avais eu peur.

 

* Mais ils ont sûrement compris que c'était pour de bonnes raisons. Je ne m'adressais pas aux Jésuites mais au jésuitisme au sens négatif du terme.

dimanche 28 janvier 2024

Aimer les animaux : un peu, beaucoup, éperdument

(J'aime bien les bretelles de Noé)

Propos recueillis devant une tasse de thé : 

_ Tu sais, moi … je m’en fiche pas mal des animaux. S’ils n’existaient pas, pour moi ce serait pareil. Un peu les chats, peut-être, et encore …

 

Suit un moment de silence.

 

_ Les animaux, c’est une bonne partie du vivant, il faut bien une compensation. Qu’est-ce que tu mets à leur place ?

 

_  Moi, j’aime surtout les enfants. 



 

vendredi 26 janvier 2024

Obsolescences programmées, obsolescences souhaitées : autour de l'adjectif : "jésuite".

Venise, basilique de Saint Marc. Adam nomme les animaux


Force est de reconnaitre que le Grand Architecte de l’univers, s’il existe, a programmé, parmi le nombre infini de merveilles,  notre obsolescence. Il avait sûrement des raisons sérieuses, qui nous échappent, mais en tout cas c’est comme ça. On gesticule, on cherche à ralentir ce déclin, on se donne du mal pour luire encore un peu.  Et pendant qu’on gesticule, même si ce n’est pas très élégant, on souhaite parfois l’obsolescence d’autrui. On souhaite le déclin d’un point de vue sur le monde qui ne correspond pas au nôtre, d'une habitude,  d’une idée « inadmissible » et des mots qui la représentent. 

Certains par exemple, déplorent l’emploi du terme « jésuite » pour indiquer, je cite le Larousse : « une personne qui montre une subtilité un peu retorse, qui manque de franchise et de sincérité ». C'est une sorte de stéréotype ethnique, finalement, mais appliqué au champ religieux : il discrimine une minorité.  Personnellement, je trouve que ce terme possède une capacité de description toute particulière. Comme les noms d’animaux qui, en dépit de leur faible correspondance avec la réalité éthologique, permettent de métaphoriser toutes sortes d’inclinaisons humaines, « jésuite », dans son usage vernaculaire,  est un mot précieux et fait partie, qu’on le veuille ou pas, du patrimoine immatériel de l’humanité.

Je reviendrai prochainement sur d’autres termes menacés de disparition et sur les synonymes (jésuitiques, justement),  qui prétendent les remplacer*.

 

* Cela dit, je n'ai rien contre les Jésuites, mais c'est un autre discours.

mardi 23 janvier 2024

On ne plaisante pas avec les choses sérieuses (les choix alimentaires, le genre, la biodiversité)

 

La journée était belle et j'étais de bonne humeur. Je l’ai vu de loin, tout seul dans le pré. Je savais bien que c‘était un âne, mais en le croisant, pour faire moderne,  je lui ai dit : « Salut, le non-humain ».

Ça ne l’a pas fait rire du tout.

dimanche 21 janvier 2024

La mécanique du vivant

 

"Jolie vache mécanique Steampunk moelleuse dans le style de HR Giger" (C'est son nom, ce n'est pas moi qui la trouve particulièrement jolie.)

 

Chez mon boucher :

- Vous avez du paleron?

- Bien sûr.

- Et du jarret?

- Demain. J'ai la bête dans la chambre froide mais je dois encore la démonter.

 

On démonte, on déconstruit. On se croirait chez Descartes.


vendredi 19 janvier 2024

À la place du bébé (un Tamagotchi ? Non, un chat c'est plus humain).

 



Je comprends une litière parfumée à la bergamote, ou à l’essence d’aloès (et encore, cela me demande un certain effort). Mais une litière parfumée "poudre de  bébé"* a le pouvoir de susciter chez moi une tempête intérieure : indignation, fou rire, envie de me retirer définitivement chez les moines du mont Athos.

* Ce qui me fait penser, symétriquement, à des couches pour bébés parfumées "poudre de chat".

mercredi 17 janvier 2024

La mémoire courte. Autour du chasseur-écologiste et de ses ancêtres

 

 

 

Chasseurs-écologistes vers les débuts du XXème siècle. Couverture d'une étude historique, publiée en 1989, qui a précédé mes recherches ethnographiques sur le monde de la chasse. Région de Feltre (Alpes de Vénétie)

 

Séminaire Penser les ruralités contemporaines

ÉCOLE DES HAUTES ÉTUDES EN SCIENCES SOCIALES (Paris)

•     Pierre Alphandérychercheur honoraire INRAE (hors EHESS)

•     Christophe BaticleMCF, Univ. Aix-Marseille LPED/HM(TH)  (hors EHESS)

•     Sophie Bobbéchercheure associée au laboratoire LAP – EHESS

•     Sergio Dalla Bernardinaprofesseur, Univ Bretagne Occid.(TH) (LAP-EHESS)

Maxime Vanhoenacker, chercheur CNRS (LAP), référent pour cette UE

Lundi 22 janvier 2024, 11:00-13:00

Salle AS1_24 - 54 bd Raspail 75006 Paris et en visio :

EN PRÉSENTIEL ET EN VISIO

https://bbb.ehess.fr/b/sop-isd-pab-gfr

 

Sergio Dalla Bernardina

La mémoire courte. À propos des vertus du chasseur rural.

 

En 1989, dans l’article “L’invention du chasseur écologiste : un exemple italien” (Terrain, 13 : 130-9), je décrivais mon étonnement face au lifting opéré par les chasseurs des Alpes italiennes ayant oublié en quelques décennies leur passé de chasseurs incontinents et fiers de l’être pour se réclamer d’un écologisme atavique purement conjectural.

Peu après j’ai constaté en Corse un phénomène analogue. Dans un article de la même année, repris en 2009 par la revue Ethnologie Française sous le titre « Le gibier de l’Apocalypse. Chasse et théorie du complot », (tome XXXIX, janvier/1, p. 89-99 »), je reconstituais la « mise en écologie » du chasseur local, présenté comme un préleveur sobre et parcimonieux dans une Ile de beauté dénaturée par les influences étrangères.   

Si je reviens sur ces travaux c’est que, 35 ans après, on aurait pu s’attendre à ce que le « mythe » du chasseur écologiste (je parle bien du chasseur d’autrefois, son « écologisme » actuel étant souvent réel), ait changé de statut, tout le monde ayant saisi son caractère fabuleux.

Le changement a eu lieu, effectivement, mais dans une direction inattendue : le mythe est devenu histoire. Et cette histoire est partagée aussi bien par les chasseurs (qui projettent leur présent dans un passé imaginaire), que par une certaine partie de l’opinion publique, même cultivée. Quelles sont les raisons de cette convergence ? Les enjeux idéologiques et politiques liés à la redéfinition de la notion de « ruralité » qui traverse le débat contemporain peuvent nous aider, peut-être, à trouver une explication.

 

 

 

lundi 15 janvier 2024

Longueurs d’ondes (à propos des omelettes aux œufs de hibou)

 

 

J’écoute Franceinfo.  Les mêmes trucs toutes les dix minutes. Je le sais, bien entendu, de quoi je me plains ? Je le sais, mais je cède à son pouvoir hypnotique. Dans dix minutes, peut-être, on aura une nouvelle sensationnelle.  Il faut que j’arrête.  J’ouvre le Folklore de France de  Paul Sébillot :

« En Ille-et-Vilaine  la cervelle de pie rendrait idiot celui qui la mangerait ; en Picardie, une omelette aux œufs de hibou dérange l’esprit ; dans la Meuse, celui qui mange une tête d’hirondelle devient immédiatement sorcier, etc.».

Je respire.  Et ça me réconcilie avec le monde de l’information.

jeudi 11 janvier 2024

Le monde à l’envers et, pire encore, l’effondrement des catégories

 

 

Cosmos : du latin cosmos (« monde ») emprunté au grec ancien κόσμος, kósmos (« ordre, bon ordre, parure »), pour les Pythagoriciens : « ordre de l’Univers » d’où « Univers », « monde » et en particulier « le ciel », « les astres » (source : Wikipédia).

Il suffit d’un rien pour remettre en cause l’ordre du monde. On prend du soja, on le modifie avec de l’ADN de porc pour le rendre « plus savoureux »*, et on ne mesure pas les conséquences  cosmiques. Chez le végétariens, par exemple, ça créerait à coup sûr  des dissonances cognitives : « Que suis-je en train de manger ?  Du végétal ou de l’animal ?». Pour ne pas parler des craintes, tout à fait légitimes, de ceux qui respectent le tabou  du cochon. Même la salade, pour eux,  deviendrait suspecte.   

*cf. https://korii.slate.fr/et-caetera/start-up-luxembourg-modifie-genetique-soja-adn-porc-gout-viande-proteines-ogm-alimentation-moolec-science-biotech

dimanche 7 janvier 2024

Croisements sémiotiques dans les monts d’Arrée

 


La journée est radieuse. «  Les  néo-ruraux ne manquent pas - me dis-je au volant de  ma vieille voiture qui caracole docile vers la ville de  Brest - mais les monts d’Arrée gardent encore, pour l’instant, leur charme mystérieux». Un petit chien apparaît à ma gauche, bouclé et tout blanc. On dirait qu’il sort d’un Lavomatic. Et juste après, mince ! un chat noir traverse lentement  la rue. Je regarde mieux, pour vérifier. Est-il vraiment noir ? L'extrémité de ses pattes, en tout cas  est  blanche. Donc ce n’est pas un vrai chat noir. Tant mieux. Et après, je suis bête … le chien blanc que je viens de croiser neutralise les effets du chat noir. Y aurait-il une dominante ? Qui va gagner ? La blancheur du toutou ou la noirceur du vieux chat ? Pendant que je réfléchis je vois surgir un setter anglais. Ses taches blanches et noires se mélangent à la perfection. Le Yin et Yang. Une version sur quatre pattes du drapeau breton. Mais ce n’est pas fini. À l’entrée de La Feuillée un nouveau chien avance dans ma direction. Il est tout noir, lui, mais  sa maîtresse, qui le tient en laisse, arbore des  cheveux d’un blanc éblouissant.

Trop de signes contradictoires pour tenter une analyse.