À Santo Stefano di Cadore, dans les Alpes de Vénétie, un commerçant réputé pour ses vitrines qui célèbrent chaque année les changements de saison a créé une joyeuse installation inspirée de la fête d’Halloween. Quelques jours après l’inauguration, des habitants scandalisés l’ont pris à partie, l’accusant d’introduire dans la vallée des traditions outre-Atlantiques et de diffuser le satanisme.
Je m’en souviens clairement. C’était aussi dans les Alpes, juste un peu plus bas. Je n’avais pas plus de sept ans. Charlie Brown, à l’époque, était un parfait inconnu. Je creusais des trous dans de gros potirons appelés « zucche barucche »* - opération difficile à cet âge, parce qu’on finissait immanquablement par se couper. J’en tirais de jolies têtes de mort. J’insérais une bougie dans le creux, je l’allumais et je déposais l’épouvantail sur le muret qui longeait la rue. Je me cachais tout près pour surveiller les réactions des rares passants. Très courtois, ils faisaient semblant d’être terrorisés.
Je n’étais évidemment pas le seul à pratiquer ce rituel de fin d’automne. Je ne le savais pas, mais cette coutume venait de pratiques préchrétiennes, typiques de la civilisation rurale, visant à saluer le retour périodique des morts et, en même temps, à repousser les esprits maléfiques (je simplifie beaucoup).
Morale : on n’a pas le droit de boycotter Halloween au nom des traditions européennes.
Et « sataniste »… c’est celui qui le dit qui l’est.
* Ça vient du latin et ça veux dire « potirons à verroues ». Mais j'ai un doute quant à la variété de potirons que nous utilisions. Les miens étaient plus clairs que la "zucca barucca" - appellation dialectale italianisée - et avec une peau moins coriace.











