Je cherchais une image pour inaugurer le nouveau support de mon blog, qui viendra s’ajouter au précédent auquel, après onze années de cohabitation, je suis très attaché . Cela permettra peut-être de doubler le nombre de mes interlocuteurs (qui, avec un peu de patience, deviendront donc une dizaine - en comptant large. Le lien de ce nouvea support est : https://lanimalcommepretexte.substack.com).
Je suis tombé sur cet autoportrait sylvestre. Nous étions en montagne pour assister à l’éclipse solaire. Tout le monde avait ses lunettes sauf moi. J’ai pris quelques photos sans regarder… on ne sait jamais. Du coup, dans la position où je me trouvais, j’ai aperçu mon ombre. Elle se détachait très nettement dans la verdure, me faisant penser au Feillou, cette figure sylvestre, sorte d’être anthropomorphe couvert de feuilles, qui évoque l’esprit de la végétation et la ronde des saisons.
Je m’y suis identifié tout de suite, en songeant à la facilité avec laquelle, dans les bois, je passe d’un état à l’autre. C’est un paradoxe, et même un miracle : le contact physique avec les éléments me fait oublier ma matérialité et m’aide à perdre mes ancrages temporels.
C’est courant,
je le reconnais. Au début du XIXe siècle, Giacomo Leopardi, sans avoir eu
besoin de lire Sigmund Freud (Le sentiment océanien) Lucien Lévy-Bruhl (La
participation mystique) ou Ernesto De Martino (La crise de la présence),
décrivait admirablement ce sentiment d’égarement, d’abolition des catégories spatio-temporelles
et la sérénité fugace qu’il peut procurer :
L'infinito
Sempre caro mi fu quest’ermo colle,
E questa siepe, che da tanta parte
Dell’ultimo orizzonte il guardo esclude.
Ma sedendo e mirando, interminati
Spazi di là da quella, e sovrumani
Silenzi, e profondissima quiete
Io nel pensier mi fingo; ove per poco
Il cor non si spaura. E come il vento
Odo stormir tra queste piante, io quello
Infinito silenzio a questa voce
Vo comparando: e mi sovvien l’eterno,
E le morte stagioni, e la presente
E viva, e il suon di lei. Così tra questa
Immensità s’annega il pensier mio;
E il naufragar m’è dolce in questo mare*.
Ça fait un peu premier de la classe, je sais, mais j’aime beaucoup ce poème. Puisqu’on vient de fêter les morts, j’en profite pour faire un coucou à ma maîtresse, qui savait le lire très bien.
* « L'infini
Toujours chère me fut cette colline solitaire, et cette haie qui soustrait au regard une grande partie de l’horizon ultime. Mais, m’asseyant et contemplant, j’imagine au-delà d’elle des espaces interminables, des silences surhumains et une quiétude très profonde, où peu s’en faut que le cœur ne s’effraie. Et comme j’entends le vent bruire parmi ces arbres, je vais comparant ce silence infini à cette voix : et me reviennent l’éternité, les saisons mortes, et celle qui est présente et vivante, et son bruissement. Ainsi, dans cette immensité, ma pensée se noie, et il m’est doux de faire naufrage dans cette mer ».















