Que ce soit Maurice ou que ce soit un simple représentant de la catégorie, le fait est que, dès que je me suis approché de la fenêtre de la cuisine, le goéland est arrivé*.
En signe d’amitié, je voulais lui donner un morceau de pain sec. Il n’y en avait pas. Je venais juste de couper un poulet en morceaux pour le cuire à l’étouffée (huile, une noix de beurre, un peu de vin blanc, un petit oignon, la moitié d’une carotte, une branche de céleri, une cuillerée de sauce de tomate, genévrier, clous de girofle, quelques morceaux de speck ... j’aime bien abonder avec le romarin même s’il ne faudrait pas, sel, etc.).
J’ai sorti du sachet la carcasse du gallinacé. J’ai coupé un reste relativement charnu. Maurice suivait mon opération dans la posture d’un félin prêt à bondir. J’ai ouvert la fenêtre, ce qui ferait s’enfuir n’importe quel oiseau « normal ». Mais pas lui. Je lui ai balancé la pitance. Il l’a avalée voluptueusement. Il en prétendait encore.
Une vague sensation de dégoût m’a traversé. Cette séquence, dont j’étais à l’origine, confirmait la carnivorité de ce pantouflard ailé censé représenter les grands espaces, la liberté et l’esprit d’évasion. Je lui ai dit : « Tu sais ce que tu viens de manger ? Un oiseau comme toi. Pareil. C’est du cannibalisme ! »
S’il y a quelqu’un de dégoûtant, dans cette histoire, c’est moi, je sais bien. Et à plusieurs titres.














