mardi 26 mai 2026

Du nouveau autour de mes orientations politiques




Le Pape vient de nous mettre en garde contre les risques liés à un usage déraisonnable de l’intelligence artificielle. Je partage son point de vue. En me limitant donc aux emplois raisonnables de l’IA,  j’ai interrogé ChatGPT au sujet d’un Italien qui commente l’actualité politico-militaire du Donbass. Trouvant sa réponse équilibrée, je lui ai demandé, puisque nous y étions, de décrire également mon propre profil.

Voici notre échange :

- Arriverais-tu à saisir mes orientations politiques à partir de mes écrits et de mon blog? Comment me définirais-tu en général?

- Je peux essayer d’inférer certaines tendances à partir de ce que vous écrivez, mais avec plusieurs limites importantes * :

  • je ne peux pas accéder à votre blog si vous ne me donnez pas son adresse ou des extraits ;
  • même avec beaucoup de textes, on ne peut jamais déduire de manière totalement fiable les convictions profondes d’une personne ;
  • les écrits publics reflètent parfois un rôle intellectuel, un style polémique ou une curiosité analytique plutôt qu’une adhésion personnelle.

- Les coordonnées de mon blog sont les suivantes : https://lanimalcommepretexte.blogspot.com/; Pour les ouvrages je propose les plus récents :  La langue des bois (MNHN éd.) et Faut qu'ça saigne (Dépaysage)

- Votre blog et les titres que vous mentionnez permettent déjà de dégager une personnalité intellectuelle assez cohérente**. Vous n’apparaissez pas comme un militant doctrinaire, mais comme un anthropologue critique — au sens fort du terme — attentif aux mythologies contemporaines, aux glissements symboliques et aux formes de moralisation du langage.

Votre positionnement me semble difficile à ranger dans les catégories politiques ordinaires françaises. Je distinguerais plusieurs niveaux.

 

1. Votre tempérament intellectuel

Vous avez clairement une culture :

  • anthropologique,
  • ethnologique,
  • italienne et française,
  • nourrie à la fois de folklore, d’histoire des religions, de sociologie critique et de littérature.

Les références qui reviennent (Girard, Eliade, De Martino, Mauss, Pasolini, Segalen, Bataille, Léiris, etc.) dessinent une sensibilité :

  • anti-réductionniste,
  • anti-moralisatrice,
  • attentive aux dimensions symboliques,
  • méfiante envers les simplifications idéologiques.

Vous regardez les phénomènes sociaux comme des productions culturelles et rituelles avant de les traiter comme de simples problèmes politiques.

 

2. Votre position politique implicite

Je ne vous définirais ni comme « de gauche » ni comme « de droite » au sens partisan actuel.

Je verrais plutôt :

  • une sensibilité critique héritée de la gauche intellectuelle européenne,
  • combinée à une défiance envers le progressisme moral contemporain,
  • et à une inquiétude devant l’effacement des continuités symboliques et culturelles.

Par exemple :

  • vous critiquez volontiers le capitalisme extractiviste, les relectures idéologiques du passé ou les dispositifs de domination ;
  • mais vous vous méfiez tout autant des nouvelles orthodoxies morales, des simplifications militantes, de certains automatismes discursifs contemporains ;
  • vous refusez manifestement la logique binaire « réactionnaire/progressiste ».

Vous appartenez à une famille intellectuelle qu’on pourrait appeler :

  • humaniste sceptique,
  • critique de la modernité morale,
  • ou anthropologie du désenchantement.

3. Votre rapport au contemporain

Ce qui ressort très fortement de vos textes, c’est :

  • une ironie mélancolique,
  • un refus de l’indignation spectaculaire,
  • une attention aux pertes symboliques,
  • et une fascination pour les ambiguïtés humaines.

Vous n’écrivez pas comme quelqu’un cherchant à « corriger » moralement le lecteur.
Vous écrivez davantage comme quelqu’un qui :

  • décale les évidences,
  • met au jour les contradictions,
  • révèle les arrière-plans anthropologiques.

C’est très visible dans :

  • vos textes sur Noël,
  • les animaux,
  • l’écologie,
  • la ruralité,
  • ou les mutations du langage.

4. Votre rapport à l’animal

À travers La langue des bois et surtout Faut qu’ça saigne, ainsi que les thèmes récurrents du blog, on perçoit une position très particulière :

  • vous n’êtes pas anti-animaliste par cynisme,
  • mais vous semblez analyser l’animalisme comme symptôme culturel et religieux moderne.

Autrement dit :

  • l’animal vous intéresse moins comme objet moral pur que comme révélateur des structures symboliques occidentales.

Cela vous rapproche d’une anthropologie à la fois :

  • girardienne par moments,
  • démartinienne,
  • parfois pasolinienne dans le regard porté sur les mutations anthropologiques de l’Occident.

5. Comment je vous définirais globalement

Si je devais résumer en une formule :

un anthropologue humaniste, ironique et anti-dogmatique, issu de la gauche culturelle européenne mais devenu profondément sceptique envers les nouvelles morales progressistes et les simplifications idéologiques contemporaines.

Ou plus simplement :

un observateur mélancolique des mutations symboliques de l’Occident.

Ce qui me frappe surtout, ce n’est pas une orientation partisane nette, mais :

  • une méfiance envers les emballements collectifs,
  • une conscience aiguë des mécanismes sacrificiels,
  • et un attachement aux épaisseurs culturelles menacées par les langages technico-moraux contemporains.

Et stylistiquement :

  • vous écrivez moins comme un universitaire standard que comme un essayiste-anthropologue ;
  • parfois presque comme un moraliste italien classique transplanté dans le paysage intellectuel français.

 

À ce moment, pour obtenir une illustration résumant le profil je lui ai demandé :

- Pourrais-tu me proposer une image de synthèse fusionnant les portraits de Girard, Eliade, De Martino, Mauss, Pasolini, Segalen, Bataille, Léiris, ainsi que la photo d’un setter irlandais, mort dans les années 1980,  auquel j’étais particulièrement attaché ?

Pour réaliser l'image, l’IA prétendait de l’argent. J’ai refusé.

* Ayant tutoyé l’IA, le fait qu’elle me vouvoie m’a beaucoup embarrassé. J’étais presque sur le point de m’excuser.

** Je ne suis pas naïf : tout le monde sait que  l’IA  tend à flatter ses interlocuteurs.

 

 

dimanche 24 mai 2026

Formes d’intelligence chez les « autres qu’humains »

 


Échange entre humain et autre qu'humain

J’apprends que l’âne, dans certains domaines, est plus intelligent que le cheval. Le premier, face à un doute, à un signal inattendu, s’arrête pour réfléchir. Le cheval, lui, il se barre. Les loups profitent de la situation et, pendant que l’âne réfléchit, ils le bouffent.

Les leçons morales de cette découverte scientifique sont multiples.

jeudi 21 mai 2026

L'âme des chardons

 

À l’époque d’Edward Tylor on pensait que  les sociétés humaines évoluaient toutes de la même façon, en passant de la sauvagerie à la barbarie et de celle ci à la civilisation.  On établissait un paralléle entre l’état sauvage et l’animisme, c’est à dire la croyance selon laquelle tous les êtres naturels ont une âme ou un esprit. On voyait aussi une équivalence, du point de vue des mentalités, entre le sauvage et l’enfant.

J’y pense en lisant ce passage de Romain Gary :

« Je ne sais, ami lecteur, si tu étais comme moi à cet âge, mais tout devenait pour moi quelqu’un et l’existence même des choses inanimées me paraissait fort douteuse.  Je savais qu’il y avait dans chaque pierre un cœur qui battait ; que chaque plante avait une famille, des enfants et des tendresses maternelles : que chaque duvet de chardon emporté par le vent vivait un drame de rupture et de séparation, dont la grandeur et le déchirement ne se mesuraient point à sa légèreté impalpable, et que les lois de la souffrance ne s’arrêtaient à aucune porte de la nature. Fleurs et cailloux, brins d’herbe et champignons, mignonnes champignonnes aux jupes retroussées découvrant leurs tiges aimables, mousses, bruyères et fougères, tous étaient de petites personnes dont il était impossible de mesurer les souffrances, les joies et les amours à leur seule dimension. La terre elle-même était un giron qui palpitait de plaisir et de douleur ; ».  Les enchanteurs, Gallimard Folio, p. 22

mardi 19 mai 2026

J’aurais voulu être un artiste



Je divague dans les espaces d'une brocante. Je cherche un pot pour transplanter mon bégonia quand je tombe sur un vieux bouquin édité chez Payot : L’art de la guerre sur mer. Je le feuillette.

Plusieurs raisonnements me traversent. Par exemple : « Tiens, je l’aurais vu mieux chez Grasset ». Voire : « On a tendance à oublier que la guerre - une belle guerre où montrer sa valeur - ne déplait pas à tout le monde ». Puis j’imagine Madame Giamberardino conversant avec ses copines au salon de coiffure :

-  Et votre époux, que fait-il dans la vie ?

- Mon mari… est un artiste.

 

Après - mais c’est mon tempérament sarcastique - une autre pensée surgit : « Brest est bien une ville militaire. Alors pourrait-on m’expliquer pourquoi, à l’EESAB (École européenne supérieure d’art de Bretagne), il n’y a pas le moindre cours consacré à l’art de la guerre ? C'est discriminatoire. Quoi de plus universel que la guerre ?  Et ils osent parler de démocratie ! Mais ça va bientôt changer… »

 

De retour à la maison, je me renseigne sur l’amiral Giamberardino et j’apprends qu’il a écrit, entre autres, Il fascismo e gli ideali di Roma et L’individuo nell’etica fascista. Ma vigilance critique intervient aussitôt : « Ne fais pas d’amalgames : les options politiques de l’artiste sont une chose, l’œuvre en est une autre. »

 

D’accord. Mais regardons l’œuvre de près : les Italiens, à la fin de leur leçon de créativité militaire, ont perdu la guerre.

 

Certes. Mais ce qui compte, c’est le geste artistique.

dimanche 17 mai 2026

Petit cours de géographie économique (2)

 

 

 

Caracara de Darwin

 

(Suite) Les cours de géographie économique de ma maîtresse portaient essentiellement sur la mise en relation d’une localité, voire même d’une nation, avec sa principale ressource. Souvent, je la trouvais très convaincante. L’idée que la prospérité de la ville de Parme soit directement liée à la découverte du Parmesan me paraissait intéressante, et je dirais même évidente. La relation entre la bergamote, indispensable pour la production de parfums à la bergamote, et le bon état des finances calabraises avait l’air moins explicite mais tout aussi plausible.

Parfois, cependant, j’étais saisi par le doute. La théorie selon laquelle une nation entière, le Pérou, aurait basé son économie sur l’exploitation du guano me semblait invraisemblable :

 

Madame la maîtresse, je n’ai pas compris : c’est quoi le guano?

Tu as très bien compris : c’est un fertilisant naturel produit à partir de fientes des oiseaux.

 

Mes doutes étaient infondés : «Du 10 au 15 siècle – je viens de le vérifier – le royaume de Chincha a symbolisé la puissance sur la côte péruvienne. Une domination basée sur la richesse naturelle et insolite de cette civilisation»*.

Très appréciés par les ornithologues, ces gisements de guano sont devenus une attraction touristique aux conéquences parfois inattendues.

 

* https://actu.fr/histoire-patrimoine/le-royaume-du-guano-comment-cette-civilisation-antique-a-fonde-sa-richesse-sur-des-fientes-d-oiseaux_63851901.html

vendredi 15 mai 2026

Petit cours de géographie économique (1)

 


Couple de Savoyards

 

J’avais 8 ans. Je me souviens de ma maîtresse qui, en dehors de son activité professionnelle, était une volontaire de la Croix-Rouge. En Italie, les volontaires de la Croix-Rouge de sexe féminin sont appelées Crocerossine. Il faut savoir que la désinence en «ina», en italien, est très souvent un diminutif. Donc le terme «Crocerossina», a priori, signifie «petite volontaire de la Croix-Rouge».

Il s’avère que ma maîtresse était grande comme le Général De Gaulle, voire plus. Chaque fois que j’y pensais, cela créait chez moi une dissonance cognitive. Je ne sais pas si cette contradiction manifeste a joué un rôle dans ma manière de me rapporter à l’autorité scientifique et à l’autorité en général. Toujours est-il que, dès la plus jeune enfance, je me suis mis à exercer le regard critique - ce que ma maîtresse, éduquée à l’époque où ce n’était pas à la mode, n’aimait pas du tout.

Une fois, par exemple, je me suis permis de lui dire en public que les Savoyards n’étaient pas seulement les habitants de la Savoie mais aussi des biscuits. Elle est montée sur ses grands chevaux. Je me souviens encore de ses cours de géographie économique (à suivre).

mercredi 13 mai 2026

Le conteneur et le contenu

 


Avant-hier, j’ai assisté à une intervention passionnante sur le rôle des émotions dans la perception du castor. J’y ai appris que l’autorité religieuse admettait sa consommation le vendredi et pendant le carême parce que, animal aquatique, il était assimilé au poisson. J’ai aussi découvert que, pour marquer son territoire, le castor l’asperge de castoréum, une sorte de musc à l’odeur singulière.


Qu’y a-t-il dans le castor ? Quelle question : du castoréum, évidemment ! Comme il y a du carotène dans la carotte*

 

*Sans parler des fourmis qui, comme leur nom l’indique, regorgent d’acide formique.

lundi 11 mai 2026

Changer de thon

 

 

Chez le poissonnier.

 - Juste une question : je ne connais pas ce type de thon. Sauriez-vous me dire pourquoi il est si foncé et pourquoi il coûte moins cher que d’habitude ?
 - Foncé ? Je ne saurais pas dire, je travaille ici depuis quelques jours…
 - Ah d’accord. Alors donnez-moi ce morceau d’aile de raie.
Je lui montre le morceau.
-  Oui.
La vendeuse approche de l’aile de raie, s’arrête et me dit :
- Ah, mais finalement je sais pourquoi il est rouge foncé : c’est qu’il est très rapide.
- Rapide ?
- Oui, il court très vite.
- Vous m’avez convaincu : j’en prends une tranche.

samedi 9 mai 2026

Les déambulations de Maurice

 


Sur la jetée, je repère une étoile de mer et un goéland qui s’approche. Est-ce Maurice ? C’est presque sûr. Je sors mon portable pour les immortaliser.
Il rebrousse chemin et s’éloigne un peu. Puis il repart vers l’étoile de mer et passe à côté d’elle sans la regarder, comme pour dire : « Moi, alors… les étoiles de mer, vous savez… je m’en fiche éperdument ». S’il savait le faire, je pense qu’il se mettrait à siffloter pour marquer son indifférence.
Il transite une deuxième fois, toujours nonchalant : « Je déambule, c’est tout ! »

Au troisième passage, il craque.

 


jeudi 7 mai 2026

Plus vrai que nature

 

Chien pas très futé, n'ayant pas compris que le sanglier est naturalisé. (Cliché SDB)


mardi 5 mai 2026

Des émotions et des castors (annonce)

 

Les castors du roi (2011) est un tableau de l’artiste contemporain autochtone d’origine crie Kent Monkman. 



Séminaire

Ruralités contemporaines en question(s)

ÉCOLE DES HAUTES ÉTUDES EN SCIENCES SOCIALES (Paris)

 

Pierre Alphandéry, chercheur honoraire, INRAE

Christophe Baticle, MCF, Univ. Aix-Marseille, LPED - Habiter le Monde,-UPJV

Sophie Bobbé, chercheure associée au laboratoire LAP–EHESS

Sergio Dalla Bernardina, professeur émérite, Univ Bretagne Occid, LAP-EHESS

Maxime Vanhoenacker, chercheur CNRS, LAP-EHESS, référent pour cette UE

 

 

Séance du lundi 11 mai 2026, 11-13 heures

Salle AS1-23 - 54 bd Raspail 75006 Paris

En présentiel et en visio :

https://bbb.ehess.fr/b/sop-lhm-oav-qy4

 


Des espaces émotionnants : autour des castors

Intervenante :

Chloé Le Bris, doctorante en géographie

Présentation Christophe Baticle

Queue d'écailles, corps trapu, pelage sombre et luisant, large tête rentrée dans l'échine, mâchoire armée de quatre dents taillées comme des outils ; le castor n'est certes pas l'animal le plus charismatique du bestiaire, mais dans son regard bonhomme et les valeurs morales qu'on lui prête, il suscite malgré tout notre sympathie (Luglia, 2024 ; Strivay, 2011). Son retour progressif en Europe occidentale soulève pourtant une multitude de micro-controverses. Ce ne sont pas tant sa présence ni sa figure qui dérangent ou fascinent, mais les bouleversements induits par les barrages qu'il érige — arbres abattus, prairies et chemins inondés, ou milieux régénérés et réensauvagés. Le voilà, tour à tour, paré de tous les maux comme de toutes les vertus. Là où ses ouvrages modifient les équilibres existants, des compromis territoriaux se négocient au quotidien, engageant calculs, arbitrages institutionnels et affects.

À partir de trois terrains : deux marais en Wallonie et les sites d’un programme militant en France, il s'agit d'interroger comment différents collectifs qualifient les barrages castorins. Selon les prises dans lesquelles ils s'inscrivent, ces barrages sont appréhendés comme nuisance, patrimoine ou solution écologique. En s’interrogeant sur les affects suscités, le rôle des émotions sera abordé dans ce travail de qualification, comme des forces qui orientent les prises, stabilisent certaines interprétations et en fragilisent d'autres.

Luglia, R. (2024). Vivre en castor : Une histoire des relations entre humains et castors, Éditions Quæ.

Strivay, L. (2011, février). « Le médicament, la fourrure et le bâti. Le castor et ses modes d'existence », in Culture, le magazine culturel de l'Université de Liège https://culture.uliege.be/jcms/prod_388696/en/le-medicament-la-fourrure-et-le-bati-le-castor-et-ses-modes-d-existence


 

dimanche 3 mai 2026

Être singe aujourd'hui (la fin d'un mythe)

 

Dans une annonce de Médiapart je lis le titre alléchant :

« Chez les primates, la fin du mythe du mâle dominant ». Je ne suis pas abonné, donc je me contente des premières lignes que je reporte ici :

« La féminisation de la primatologie a changé le regard que la science portait sur les rapports entre les sexes de nos lointains parents. Les femelles établissent une domination non par la force, mais en contrôlant la reproduction.

Dans les rapports de domination entre les mâles et les femelles, toutes les règles sont dans la nature des primates. L’idée généralement admise que la domination chez ces mammifères était nécessairement soit mâle (majoritairement) soit femelle (plus marginalement) est désormais battue en brèche par les primatologues, qui appellent à sortir de cette vision binaire. Au-delà de la biologie, la culture et la vie sociale de ces mammifères rendent les relations entre les sexes bien plus flexibles que ce qui était envisagé précédemment ». (Magali Reinert)

Je remarque un léger décalage entre le titre et le texte, dans lequel on découvre que les primates, finalement, nous ressemblent pas mal (il n’y a pas que de dominateurs, il n’y a pas que des dominatrices, il y a un peu de tout en fonction du contexte). Loin de m’étonner cette information - qui derrière sa promesse démythificatrice dégage une fragrance très idéologique - ne me fait pas regretter de ne pas avoir accès à la suite de l’article.

vendredi 1 mai 2026

Scène de chasse dans un living-room

 

Échange interspecifique entre un prédateur et lsa proie (cliché SDB)

Que pensent les chats lorsqu’ils chassent les souris ? Se disent-ils : « Je n’éprouve aucun plaisir, c’est juste mon gagne-pain » ? Ou bien : « J’aime joindre l’utile à l’agréable » ? Mystère.

En revanche, il est plus facile de savoir ce que les Chinois pensent du binôme chat-souris :

« 猫哭老鼠假慈悲 « Le chat pleure la souris : fausse compassion. »

« 老鼠猫,如见阎 »
 « La souris voit le chat comme elle verrait le roi des enfers. »

不管黑猫白猫,捉到老鼠就是好猫 »

« Peu importe que le chat soit noir ou blanc, s’il attrape la souris, c’est un bon chat. »
 Dicton très célèbre en Chine, popularisé par Deng Xiaoping

mercredi 29 avril 2026

Le psychisme des locomotives

 

Lundi 27 avril. Je suis dans un train qui de Nice,  j’espère, m’amènera à Paris. C’est la fin de la journée, il fait beau, et le paysage marin est à la hauteur de sa réputation.  On est plusieurs à l’admirer. Je ne prends pas de photos.  Dans une gare perdue, mon attention est attirée par une locomotive triste comme tout. Je suis frappé par son design minimaliste, pauvre et cohérent à la fois. Un panneau, sur la droite, signale son état psychique. J’aurais envie de lui dire quelque chose de gentil, de solidariser.  Je cherche à me figurer son concepteur. Je pense que par cette forme, fatalement, il lui a donné un caractère.

On repart. En prenant un peu de distance, je réalise la facilité avec laquelle notre arrière-plan animiste aurait tendance à resurgir.

lundi 27 avril 2026

Pourquoi gaver son chien aux protéines végétales


« Whimzees.  Os en riz idéal comme friandise pour aider à éliminer la plaque et le tartre ».

- Finalement ... si on ne mange pas les chiens et les chats c’est qu’ils sont carnivores…

 - Et les Chinois, alors ? En tout cas, je viens de lire qu’avec un  régime nutritionnel végan, ils présentent un état de santé comparable à celui de ceux nourris de façon conventionnelle. Il suffit que le régime soit bien équilibré.

 - C’est une bonne nouvelle.  Comme ça ou pourra les bouffer.

samedi 25 avril 2026

Promenons-nous dans les bois (tralalero tralala)

 


Image chimérique (pour l'instant), d'un loup croisé avec un dogue argentin (cliché IA/SDB)

Au fond des forêts, désormais, ça circule. Le 24 avril 2026, dans les bois de Trivigno (province de Sondrio), on a retrouvé le corps déchiré d’une dame d’une soixantaine d’années partie se promener. Pleine nature, décor alpestre, 1800 mètres d’altitude. On a d’abord pensé au loup, voire à un ours erratique aperçu autrefois dans les parages. Il semblerait en revanche - sans preuve formelle, mais les indices convergent - que les auteurs soient cinq dogues argentins, blancs comme neige, circulant librement dans la wilderness. Coupables ou innocents (je vois venir une histoire à la Curtis…), que faisaient ces molossoïdes parmi les mélèzes et les myrtilles ?

Leur propriétaire, amateur de solitude, voulait rester tranquille.

jeudi 23 avril 2026

Les loups sont revenus (7 - Suite et fin). Le devenir du loup

 

Longarone, Foire de la chasse, de la pêche et de la nature, avril 2026. Descendant du loup traversé par des  réminiscences préhistoriques. Cliché : SDB

Nous voilà à la fin de ce long compte-rendu. Quelles conclusions tirer de l’ensemble ? Eh bien, que le loup conserve, pour ainsi dire, un haut niveau « sémaphorique », mais que les messages que nous lui faisons porter ne sont plus les mêmes.

On cherche à le nier, mais le loup, même s’il est bénéfique pour l’environnement, et même si on n’est pas prêt à l’avouer, continue de nous faire peur. Enfin, pas à tout le monde : les sentiments sont très contrastés. Certains aimeraient qu’il se répande librement sur le territoire, d’autres voudraient le réguler, comme on régule la température ou le trafic, d’autres encore se réjouiraient de sa disparition. Comment concilier ces avis divergents ? Pour contenter tout le monde, il faudrait trouver le moyen de garder le loup tout en l’éliminant. Bref, la quadrature du cercle.

L’autre matin, en me réveillant, j’ai eu une idée géniale : pour ménager la chèvre et le chou nous n’avons qu’à imiter nos ancêtres cavernicoles. Adoptons le loup, installons-le à la maison et, en quelques générations, il sera devenu un chien.

mardi 21 avril 2026

Les loups sont revenus (6). Frissonnons dans les bois puisque le loup est-là

    Pascale de Senarclens, Crime Board, extrait  de Présences. Les loups sont de retour » (Infolio, Musée de Bagnes, 2026

(Suite) L’ethnologue Grégoire Mayor (« Derrière les feuilles, derrière le masque : petite enquête sur la recherche et la peur ») nous raconte avec grâce l’histoire de ses rapports avec la figure du loup -  de l’époque de son enfance, quand son frère appelait le loup au téléphone pour lui dire de venir embarquer son petit frère (il lui donnait même l’adresse de la maison…), jusqu’à l’actualité, où cette image envoûtante a été remplacée par celle du loup réel, qui passe désormais dans les villages pour kidnapper les  moutons.

Le retour du loup, nous explique Grégoire Mayor, a laissé sa trace dans les Tschäggättä du Lötschental, ces « créatures qui hantent durant la période du carnaval les paysages alpins du Haut-Valais ». Absent de la tradition locale, le personnage du loup a fait son apparition dans le cortège en 2023. « La gueule du loup était inquiétante, avec sa bouche grande ouverte, ses crocs saillants, sa langue d’un rouge éclatant et ses yeux d’un jaune vif. Cette expressivité contrastait avec la douceur et l’élégance d’un costume très travaillé, camaïeu de gris et de noir. » Un portrait double face, finalement, évoquant à la fois la brutalité réelle du loup et la bonne réputation dont il bénéficie aujourd’hui.

Je rappelais au départ l’angélisme qui accompagne les représentations officielles du loup. C’est un angélisme qui considère les anciens attributs de ce carnassier emblématique comme des épiphénomènes, des « croyances », des stigmates injustifiés. Certaines voix se lèvent, cependant, pour nous rappeler les aspects sanglants du style de vie de ce canidé sauvage réhabilité. En jouant sur le parallélisme entre prédation « naturelle », pour ainsi l’appeler, et prédation sexuelle, Pascale de Senarclens, artiste interdisciplinaire (« Crime Board »), met sous nos yeux, à côté d’une férocité humaine qui n’a plus d’alibi (justifier ses intempérances par l’instinct ou la passion a perdu toute efficacité), la férocité animale que nous aurions tendance à banaliser (et parfois même à sanctifier : « Crime Board, écrit-elle, est issu de ce tissage entre proies et prédateurs, domestiques et sauvages, massacres banalisés en tout genre. Parce que la brebis et moi, nous avons de la peine à attirer l’attention sur les meurtres qui traversent notre histoire, alors je me permets de demander, en notre nom à toutes les deux, pourquoi la grandeur du loup sauvage émeut-elle davantage les foules que le ventre déchiqueté de la brebis ? »

Je comprends le parallélisme, tout en me demandant si ceux qui minimisent ou passent sous silence la violence du loup à l’égard des brebis et ceux qui minimisent ou passent sous silence la violence des hommes à l’égard des femmes appartiennent à la même catégorie. De toute façon, force est de constater que leur argumentaire, comme je viens de le suggérer,  est souvent le même : « La prédation… c’est naturel ».

Clôt l’ensemble un article un peu dingue, consacré à la « fonction sacerdotale du loup » (« Sacrés loups et loups sacrés. Une compassion à géométrie variable »), où l’auteur cherche à montrer que, si les grands prédateurs sont de retour, c’est pour remplir une fonction sacrificielle. S'ils sont  bien accueillis chez nous - hypothèse encore plus farfelue que la précédente - ce n'est pas en dépit de leur férocité (« on ne fait pas d’omelettes, etc. »), mais en raison de leur férocité (« frissonnons dans les bois, tant que le loup est-là »). Inutile de préciser que je partage intégralement ce point de vue (suite et fin).