Moutons arriérés croyant encore à l’histoire du Grand Méchant
Loup.
Pas trop d’idées ce matin. Je reviens donc sur mon marronnier
estival. Dans la presse régionale, je tombe sur un article commentant le
désarroi des éleveurs face à la prolifération des loups dans les Alpes de
Vénétie. Il s’appelle “ Abattez les loups, sinon ce sera un désastre ». Des
agriculteurs furieux après les dernières hécatombes »“. L’article reporte
le point de vue d’Alberto Morandi, propriétaire d'une exploitation agricole
dans la province de Padoue, qui emmène depuis trente ans près d'un millier de
moutons à l'alpage : « Soit le problème
du loup est résolu, soit nous allons au-devant d'un désastre, car des dizaines
d'exploitations agricoles décideront de cesser leur activité. » En moins d'un
mois, il a subi trois attaques : 20 brebis ont été déchiquetées, 13 blessées et
50 dispersées. Et cela, bien qu'il ait respecté le protocole consistant à
installer chaque soir une double clôture électrifiée, le troupeau étant protégé
par trois chiens de garde. La dernière attaque remonte à dix jours, le 19
juillet.« On fait constamment la leçon aux éleveurs et on les fait passer pour
des gens peu professionnels. »
Ça alors. Mais de quels loups parle-ton ? J’étais
persuadé que la peur du loup n’était que l’héritage d’anciennes croyances
irrationnelles, de fantaisies rétrogrades fustigées par les porteurs de la
légitimité scientifique (pour utiliser une formule à la Bourdieu)*. Je cite au hasard :
“« Le loup et les peurs irrationnelles »
(…) L’ignorance, la cupidité et l’égoïsme entrent pour beaucoup dans
l’agitation irrationnelle qui accompagne le retour, timide d’ailleurs, du loup
dans les forêts vosgiennes. (…) « La vertu est science ; le vice est ignorance
», disait Platon. C’est bien de cela qu’il s’agit : le loup, mais aussi l’ours,
le lynx, la chauve-souris, les rapaces, les insectes etc. sont victimes
d’obscures superstitions véhiculées par les fantasmes de l’imaginaire, par des
réminiscences ancestrales scientifiquement infondées, mais bien ancrées dans
l’inconscient collectif, et souvent reliées aux manifestations du Malin ou à
toute autre puissance délétère. Comment se débarrasser de ces croyances ? Une
psychanalyse collective semblant exclue, il faut, comme bien souvent, être
patient et éduquer, inlassablement”. (Dominique Pernot, Ancien président
d’Alsace-nature - Dernières Nouvelles d’Alsace, 3 mars 2014 https://www.dna.fr/environnement/2014/03/01/le-loup-et-les-peurs-irrationnelles?utm_source=chatgpt.com
Et pour rester dans les alpages où pâturent les moutons de
Monsieur Morandi, voici le point de vue prophétique de Stefania Ganz,
biologiste et adjointe à l'environnement de Belluno, dans un numéro de l’hebdomadaire
L’amico del Popolo de 2018: « Le loup ne devrait pas faire peur à
l'homme, il n'y a aucune raison. Les éleveurs devront s'adapter. C'est
possible. »
Même appel au réalisme chez Pierre Rigaux, « militant
français pour l'écologie, la cause animale et l'abolition de la chasse », qui
dans ses conférences se démène pour
« démystifier beaucoup de choses qui relèvent du fantasme. » « On entend dire (...) qu'il décimerait les
troupeaux (...). Il faut regarder la situation d'un point de vue quantitatif
(...), on se rend compte que les choses peuvent, en grande partie, être
évitées.
Bref, chers éleveurs, nous comprenons votre désarroi, bien
entendu, parce que nous sommes des êtres sensibles (plus que vous, d’ailleurs,
qui élevez des non-humains pour les amener à l’abattoir).
Cependant - espèce de
troglodytes - assurer la cohabitation entre le loup et l'agneau est ce qu'il y a de plus élémentaire : il n’y a qu’à …
* Je mens. Cette
arrogance scientiste réduisant à des préjugés ataviques les doutes des éleveurs
quant à la possible cohabitation du bétail et des loups fait l’objet de mes
critiques depuis une vingtaine d’années voire plus.