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dimanche 17 mai 2026

Petit cours de géographie économique (2)

 

 

 

Caracara de Darwin

 

(Suite) Les cours de géographie économique de ma maîtresse portaient essentiellement sur la mise en relation d’une localité, voire même d’une nation, avec sa principale ressource. Souvent, je la trouvais très convaincante. L’idée que la prospérité de la ville de Parme soit directement liée à la découverte du Parmesan me paraissait intéressante, et je dirais même évidente. La relation entre la bergamote, indispensable pour la production de parfums à la bergamote, et le bon état des finances calabraises avait l’air moins explicite mais tout aussi plausible.

Parfois, cependant, j’étais saisi par le doute. La théorie selon laquelle une nation entière, le Pérou, aurait basé son économie sur l’exploitation du guano me semblait invraisemblable :

 

Madame la maîtresse, je n’ai pas compris : c’est quoi le guano?

Tu as très bien compris : c’est un fertilisant naturel produit à partir de fientes des oiseaux.

 

Mes doutes étaient infondés : «Du 10 au 15 siècle – je viens de le vérifier – le royaume de Chincha a symbolisé la puissance sur la côte péruvienne. Une domination basée sur la richesse naturelle et insolite de cette civilisation»*.

Très appréciés par les ornithologues, ces gisements de guano sont devenus une attraction touristique aux conéquences parfois inattendues.

 

* https://actu.fr/histoire-patrimoine/le-royaume-du-guano-comment-cette-civilisation-antique-a-fonde-sa-richesse-sur-des-fientes-d-oiseaux_63851901.html

lundi 9 décembre 2024

LGBTQ+Z. L’évolution d’un acronyme?

 


Pablo Picasso, 1938 Nature morte à la bougie palette et Tête de minotaure rouge

On vient de me signaler que « le groupe Zoophilia Pride demande la décriminalisation du sexe avec les animaux, et appelle le mouvement LGBTQ+ à ajouter un Z à son nom ». La chose ne m’étonne pas. En 2014, dans un article publié dans la revue  Anthropologie et société, j’écrivais :

“ Peter Singer ne prétend pas affirmer que les rapports sexuels entre membres d’espèces différentes  sont « normaux » ou « naturels », il se limite à nous rappeler qu’une fois reconnu le caractère arbitraire, purement idéologique, de la hiérarchisation des espèces, « de tels rapports cessent de constituer une offense envers notre statut et notre dignité d’êtres humains » (ibid). S’il ne défend donc pas la zoophilie, il fournit néanmoins un support philosophique à ceux qui aujourd’hui, à l’instar des zoophiles accusés de « sodomie » et brûlés sur la place publique à l’époque de la Renaissance, pensent que faire l’amour avec un animal est non seulement « normal » et « naturel », mais, au bout du compte, que c’est même mieux. Et ces humains attirés par les non-humains sont, paraît-il, nombreux. Il y en a même qui ont créé un mouvement (dont l’analyse mériterait un traitement à part entière) qui s’appelle ZETA,  « l’unique fédération officielle de zoophiles du monde », qui prétend représenter l’orientation de 100.000 citoyens et s’oppose  publiquement à la nouvelle loi qui interdit la zoophilie en Allemagne. Son  leader, Michael Kiok, est un bibliothécaire qui cohabite paisiblement, depuis un moment, avec une bergère allemande de 8 ans. Il a déclaré à la presse qu’ « un Animal sait très bien montrer ce qu’il veut et ce qu’il ne veut pas », que  « Les Animaux sont parfois plus faciles à comprendre que les femmes » et que «derrière la défense des animaux, se cache en fait un retour à la morale et à l’intolérance». Kiok, finalement, n’aurait trouvé rien de déplacé dans les propositions coquines de Koko, la gorille anthropophile ”.

Cet article, qui s’appelle « Amours sans frontières. Nouveaux horizons de la zoophilie à l’époque de la libération animale » est en libre accès à l’adresse suivante : https://www.erudit.org/fr/revues/as/2015-v39-n1-2-as01900/1030841ar/resume/

J’y reviendrai prochainement.

samedi 27 avril 2024

Promenons-nous dans les bois (tant que la peste porcine n’est pas là) (2)

 


(Suite et fin) Qui a disséminé la myriade de sangliers qui, depuis un moment, hante les bois, les champs, les périphéries et même les centre-villes de la péninsule italienne ? On ne sait pas trop, même si on a de forts soupçons. Dans l’incertitude, disons que c’est la faute à la déprise agricole, aux écosystèmes qui n'arrêtent pas de bouger et, plus généralement, à l’État. Puisque les chasseurs n’arrivent pas à régler le problème et la peste porcine sévit, c’est bien à l’État qu’on demande une solution. Contre les sangliers, ces non-humains à quatre pattes qui avec leurs épidémies compromettent l’écoulement de la cochonaille transalpine, on a ainsi décidé de mobiliser l’armée. Acclamés par tout le monde, des spécialistes militaires utiliseront des drones pour repérer les charognes pestiférées.  On n’exclut pas l’emploi de troupes au sol.

   

jeudi 25 avril 2024

Promenons-nous dans les bois (tant que la peste porcine n’est pas là)

 

Désolé pour les jambons de Parme, mais la question est sérieuse. Je viens de lire que « La peste porcine africaine (PPA) est une maladie virale hémorragique qui touche exclusivement les porcs domestiques et les sangliers et n'est pas contagieuse pour l'Homme » (Wikipédia). Cette innocuité relative ne règle pas le problème. Si la carcasse d’un sanglier infecté par la PPA* est repérée à moins de 15 kilomètre d’une charcuterie,  celle-ci est soumise à des restrictions draconiennes. L’exportation du célèbre jambon de Parme** est désormais interdite au Japon, en Chine, en Corée du sud et à Taiwan. D’autres pays n’acceptent que la Mortadelle. Les prélèvements  des chasseurs ne suffisent pas et les non-chasseurs sont tenus à collaborer : les randonneurs  ne doivent pas sortir des  chemins balisés ni faire des pique-niques. Une  fois rentrés de leur promenade, ils sont priés de stériliser leurs vêtements et leurs chaussures (à suivre).

 

* On en a retrouvé 150 entre Parme et Piacenza. 

 **Région célèbre aussi  pour son fromage et ses aficionados de l’opéra.

mardi 19 avril 2022

C’est extra(communautaire). Présences étrangères dans les jardins romains

 

Jardin romain d'avant la globalisation

 

Il faut faire vite. À partir du  8 mai l‘Italie interdira l’importation et le commerce d’animaux exotiques et sauvages. Les raisons de cette initiative sont à la fois d’ordre sanitaire et moral*. On a peur des zoonoses et on trouve de plus en plus discutable que l’on  oblige les canaris à dansoter dans des cages et les poissons rouges à tourner en rond  dans des bocaux (ils ont la mémoire courte, c’est vrai, mais pas au point d’oublier que c’est toujours le même parcours). Tout le monde n’apprécie pas cette restriction qui met fin à une circulation millénaire. C’est le cas des commerçants d’espèces « aliènes »** bien entendu, mais aussi celui des innombrables propriétaires de tortues, perroquets, reptiles et autres chinchillas (500 millions de spécimens au niveau erupéen). Il y aurait beaucoup à dire sur cette clôture des frontières. Pour l’instant, je me limiterai à remarquer qu’elle est dans l’air du temps.

Après une parenthèse fusionnelle et cosmopolite,  notre société retrouve des réflexes identitaires. Bannis à l’époque où nous étions des hippies, le localisme et  la xénophobie recommencent à titiller les esprits. L’Autre nous perturbe et nous déstabilise. Il se croit tout permis.

Il n’y a qu’à  regarder ces perroquets moines qui occupent sans gêne les jardins historiques de la capitale. On dirait qu’ils sont chez eux. Et nos geais alors ?  Et nos pics rouges ? Et nos tourterelles ?

 

* C’est juste l’application d’une disposition de la Communauté européenne.

** On les appelle comme ça, c’est déjà tout dit.

mercredi 2 février 2022

Zoonoses imaginaires et folklore

 

D’où viennent les maladies infectieuses? Elles viennent d’ailleurs (parce que c’est ailleurs qu’on trame contre nous).  Et elles cherchent à nous altérer.  J’y pensais l’autre jour à propos de la façon vénitienne d’appeler la coqueluche : la tos pagana (la toux païenne). C’est, peut-être, qu’elle  nous fait tousser comme des païens, des endiablés, avec des sonorités qui ne sont plus les nôtres.  Et elle réveille notre animalité. Au Frioul on l’appelle la tos moltona  (la toux du mouton), en Corse la tossa canina (la toux du chien), en Lombardie la tuss asnina (la toux de l’âne). Certains étymologistes, en France, estiment que coqueluche, à l’origine, signifiait  « la toux du coq ».

lundi 18 mai 2020

« Je veux celui-là ». Le retour des animaux sauvages à l’époque du coronavirus





La pandémie, nous rappellent  les médias, n'a pas nui à tout le monde. Les animaux sauvages  en ont profité.  À Venise, par exemple, l’eau est redevenue claire et dans les canaux  on voit transiter les poissons.  Je trouve que c’est bien. J’aime savoir ce que je mange.

jeudi 7 mai 2020

Distanciation sociale, nationale, raciale, interspécifique, interplanétaire, intergalactique …

 
"Attention, oncle, Sam, les rats débarquent!".
 Illustration tirée du journal américain Judge (6 juin 1903) commentée  par Gian Antonio Stella dans l'ouvrage  : L'orda. Quando gli Albanesi eravamo noi*.

Si on avait gardé nos distances avec le pangolin, la chauve-souris et … . Il faudrait ériger des murs, voilà. Des murs nous protégeant de l’altérité ethnique, pour commencer. Les Mexicains, par exemple … Ils pullulent comme les rats. Et les Chinois … On les aide à bâtir des laboratoires pour étudier les virus, et voilà qu’il laissent s’échapper le COVID 19. Il faut être des tartes !  (et j’ai les preuves).   

*Milan, Rizzoli, 2003. Loin de jeter l’opprobre sur les Américains, ce livre  montre que les Italiens, lorsque l’occasion se présente, savent être tout aussi racistes que les autres.  

samedi 2 mai 2020

Chantera bien qui chantera le dernier (être coq à Hong Kong)



Collectif de gallinacés bretons (toujours les mêmes)
J’évoquais l’autre jour les procédures, recueillies par  Paul Sébillot dans la France profonde*, assurant des effets thérapeutiques par l'immolation d'un oiseau**.  Mon regard est tombé ce matin sur un passage du premier des deux livres consacrés par  l’anthropologue Frédéric Keck aux phénomènes pandémiques:

« À Hong Kong, je pus assister à un festival taoiste (jiao). Un anthropologue de l’Université des Sciences et des Techniques, Liu Tik-Sang, me recommanda d’y participer, ce qui me permettrait de mieux comprendre comment les gens ordinaires utilisaient les oiseaux pour se protéger des maladies. Liu Tik-Sang avait étudié la culture populaire des villages de migrants, et s’indignait des mesures de biosécurité imposées aux villageois, qui écrasaient selon lui les savoirs locaux dans leur réponse au malheur. Le festival jiao s’ouvrait ainsi par l’abattage d’un coq, dont le sang était versé aux quatre coins de l’emplacement de la cérémonie à des fins de purification. Le coq n’est pas consommé en Chine, car il est considéré comme toxique en raison de sa puissance sexuelle – seul les coqs castrés peuvent être consommés -, de sorte que l’abattage d’un coq non castré produit l’inverse d’une intoxication alimentaire ».

Les logiques changent, les associations symboliques aussi, les oiseaux s’adaptent.


*Le folkloriste Paul Sébillot est né en 1843 et mort en 1918.
** Ce n'est pas un sacrifice, c'est un transfert de la maladie.
*** Frédéric Keck, Un monde grippé, Flammarion, 2010, 167-168 (voir aussi, Les Sentinelles des pandémies. Chasseurs de virus et observateurs d’oiseaux, Zones Sensibles, 2020).

jeudi 30 avril 2020

Le petit bestiaire du port de commerce



 
On se promène  pendant une heure, c’est tout. A-t-on le droit d’aller jusqu’à la jetée ?  Qui sait ? Les versions divergent. Dans le doute, on y va. Dans le trajet, mine de rien, on croise plein de bestioles. Des pies, des pigeons ramiers, des goélands, des muges qui font des ronds tout près des bateaux.  Des maquereaux. Une méduse (grosse).   Et même ce drôle d’oiseau que tout le monde connaît,  ici en Bretagne, sauf moi. En tout cas, cela fait du bien de sortir.  

mardi 7 avril 2020

Manger sain, manger domestique



À partir du  24 février, la Chine a interdit le commerce et la consommation d’animaux sauvages. C'est pour des raisons valables, bien entendu, mais qui ne sont pas sans nous rappeler la pensée mythique, qui verrait dans la pandémie une sanction surnaturelle : "Avez-vous mélangé le domestique et le sauvage? Eh bien, voici les conséquences".
J’y pense en regardant ces goélands que, de toute façon, je ne mangerais pas.

dimanche 5 avril 2020

Lire la presse, lire le ciel


 Nuages brestois
Comment meubler mon confinement?  J’écoute les infos comme tout le monde. Mais ce que j’entends, malheureusement, est très confus. Les autorités sont confuses. Les commentateurs aussi. Ce n’est pas de leur faute. C’est la réalité qui est confuse*. Tant qu’à faire, je scrute la forme des nuages et je cherche à l’interpréter.
* Sauf pour les leaders populistes qui eux, en revanche, ont tout compris (c’est un complot …  il n’y avait qu’à …  il faut murer les frontières … à mort les cosmopolites … ).

vendredi 3 avril 2020

D’un masque à l’autre 6) Contre le pessimisme

(Dernier segment) Avec les rescapés, on est  passé à la phase du brossage. Là aussi on a dû regretter quelques pertes, parce que ceux qui n’avaient pas compris la consigne se sont mis  à fourbir leur camarade comme si c’était une pièce d’argenterie. « Mais peut-on être plus crétin ? », hurlait l’officier, « Maintenant il y a de la poussière radioactive partout ».  À un moment il nous a tourné le dos,  deux recrues indisciplinées ont commencé à se brosser mutuellement comme deux ratons laveurs.  On cherchait à ne pas rire, mais c’était difficile.

Nous avons regagné notre dortoir avec quelques doutes sur l’efficacité de l’exercice. Mais nous avions tort. Sur le plan pratique les  dispositifs de ce genre présentent peut-être des failles, mais sur le plan psychologique ils remplissent une fonction essentielle : en ritualisant nos conduites, en nous proposant un cadre gestuel, un « mode d’emploi »,  ils nous permettent  d’atténuer notre angoisse.

mercredi 1 avril 2020

D’un masque à l’autre 5) L’importance des statistiques



Masque taoïste contre les esprits malveillants

On a  commencé la manœuvre : tout le monde a mis son masque. L’officier est passé dans les rangs pour vérifier le résultat. « Toi, ça va, mais il faut serrer davantage ». Il s'est  approché du suivant. D’une main ferme, il a saisi son masque mal installé et l’a tiré vers le bas,  comme si c’était une cravate à élastique, en lui disant : « Toi en revanche tu es mort ».  Le soldat refusait de mourir : « Attendez … je cherche à le mettre un peu plus droit … ». « Toi tu es mort, un point c’est tout. Et maintenant tu t’allonges par terre parce que je dois faire les stat' ».  Après, en haussant la voix pour que tout le monde l’entende, il a déclaré : « Ceux qui sont morts s’allongent par terre parce que je dois faire les statistiques ».

lundi 30 mars 2020

D’un masque à l’autre 4) Du bon usage de la brosse





Brosse

Et voilà l’épisode qui m'est revenu à l'esprit en méditant sur la précarité de nos moyens de défense face à la menace d’une contamination planétaire. Un matin d’été - il faisait déjà chaud - , on nous a tous réunis  sur le parvis de la caserne pour un exercice. Il s’agissait d’apprendre le comportement à tenir en cas d’attaque chimique, biologique ou nucléaire. Notre équipement se composait de deux éléments : un masque et une brosse. L’officier responsable de l’opération devait nous illustrer la procédure. D’abord il nous a montré comment appliquer  le masque : « Ça doit être parfaitement étanche. S’il y a la moindre ouverture, vous êtes foutus ! ».  Ensuite, il nous montre le bon usage de la brosse : «  La brosse n’est pas pour vous, c’est pour brosser votre voisin. Celui-ci doit se tenir immobile pendant  que vous le brossez très lentement du haut en bas. Très lentement pour ne pas disperser les particules radioactives ».





samedi 28 mars 2020

D’un masque à l’autre 3) Confiance et déception




D’un autre côté, pendant un certain temps, j’ai eu une grande confiance envers les masques à gaz. J’étais convaincu que,  à l’instar des autres fournitures de l’armée, ils  étaient   indestructibles. C’est ainsi que, le jour où on nous a emmenés au champ de tir pour que l’on prenne connaissance de notre équipement, j’ai soumis mon masque à  une série d’épreuves assez rudes. Je ne l’ai pas fait exprès. Le masque est toujours resté dans son étui, accroché à ma ceinture. Mais, tout au long de la journée, il m’a accompagné pendant les  bonds,  les rampements et autres galipettes qui me semblaient convenir à la situation. Ce n’est que dans le car, avant de rejoindre la caserne, que j’ai jeté un regard furtif à l’intérieur de la sacoche : mon pauvre masque à gaz avait perdu une lentille et l’autre était sérieusement abimée. Je l’ai déposé dans l’entrepôt, avec nonchalance,  en espérant que personne ne vérifie son état  et que la guerre n’éclate pas le lendemain.

jeudi 26 mars 2020

D'un masque à l'autre à l'époque du coronavirus. 2) La forme et la fonction


La Place Wilson, à Brest, le 25 mars 2020

Qui l’aurait cru? À 9h30 du matin la place Wilson, ensoleillée, est parfaitement vide. Je n’ai pas le droit de déambuler comme d'habitude. La radio dit que la situation reste grave et qu’il n’y a pas de masques pour tout le monde. Mon esprit divague. Par association d’idées, je passe à une autre histoire de masques et de confinements. Je sais que ce n’est pas le meilleur moment pour faire de l’humour, d’autant plus que mon histoire est plutôt idiote. Je la raconte également, en guise d’exorcisme.  

J’ai toujours éprouvé des sentiments ambivalents vis-à-vis des  masques à gaz. D’un côté ils suscitent ma méfiance. Depuis mon enfance (il y en avait deux dans le grenier, on jouait avec),  je suis frappé par le décalage entre leur forme et leur fonction. La fonction est de nous tenir en vie. Mais la forme, manifestement, est  celle d’une  tête de mort. Il suffit de mettre un masque à gaz pour ressembler à un zombie. En donnant libre cours à l’imagination,  en se laissant bercer par la pensée magique, on pourrait se demander si la forme, à la limite,  ne risque pas de porter préjudice à la fonction. (À suivre)

mardi 24 mars 2020

D’un masque à l’autre à l’époque du coronavirus. 1) Préambule




Mètre étalon

Les animaux, de préférence, ne s’exposent pas trop.  Avant de bouger, ils attendent que leur proie soit assez proche, ou que  le danger se soit éloigné. Ça dépend beaucoup  de l’espèce.   Il y en a de lents et de rapides, d’individualistes et de grégaires. À quel animal je ressemble dans mes rapports au coronavirus ? Je ne saurais dire.  Ces derniers temps, comme tout le monde, je sors peu. Je prends mes précautions. Si je dois communiquer avec quelqu’un (l’employée du supermarché où je fais mes courses, par exemple),  je tiens scrupuleusement la distance et je me demande si un mètre suffit *.  Je me plie volontiers à cette mesure,  même si je crains que ce ne soit  qu’un palliatif. Sa logique incertaine  me rappelle un souvenir de l’époque où, pour ne pas subir les rigueurs de la loi, j’ai accepté d’effectuer mon service militaire. (La suite après-demain).

* Elle se pose la même question, bien entendu.

vendredi 20 mars 2020

Le courage civil (encore sur la distanciation sociale)


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C’était au collège. On attendait patiemment, un derrière l’autre, l’ouverture de la salle de classe. Un retardataire s’est joint à nous avec un joli chapeau à la Davy Crocket.  Un copain lui a demandé : « Où as-tu trouvé le courage civil de porter un chapeau de ce genre ? »*

C’est la question que je pose à l’inventeur de l’expression « distanciation sociale » censée  décrire les mesures à prendre pour endiguer le virus :  « Où avez-vous trouvé le courage civil de nous proposer  une formule de ce genre ? »**

* À cette époque on était loin de se préoccuper du bien-être animal, c’était juste pour des raisons esthétiques.

** « Le courage civil », c’est fabuleux. Depuis, j’utilise cette locution avec la même fréquence que : « À l’insu de mon plein gré » (autre trouvaille géniale …) .  « Où as-tu trouvé le courage civil d'acheter cette armoire ? ». « Où a-t-il trouvé le courage civil de nous conseiller ce film?".

mercredi 18 mars 2020

Égalitarisme et pandémie



Groupuscule d'oiseaux grégaires et cygne (qui tient à garder ses distances).

 Question :  qui a choisi la formule  « distanciation sociale » pour indiquer les mesures  à adopter  contre la diffusion du coronavirus ?*

* Ce n'est pas Marx, ce n'est pas Durkheim, ce n'est même pas Bourdieu.