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vendredi 19 juin 2026

Rapide et infaillible (autour du poisson silure. Épisode 1 sur 2)



Gravure d'auteur inconnu datée de 1666, lac d'Ossiach, Autriche (Source :
Wikipédia)

Au départ, il ne définissait qu'un poisson, plus tard, en italien, le terme Siluro a été utilisé pour dénommer la torpille.

Le peuple italien était fier de ses  siluri  et en 1941 leur a même consacré une chanson.  Elle s’appelle  « L’inno dei Sommergibili » L’hymne des sous-marins (Paroles de "Zorro, alias Guglielmo Giannini - Musique de Mario Ruccione).

1

Elles frôlent les vagues noires
dans l’épaisse obscurité ;
des kiosques de commandement fiers
chaque regard demeure aux aguets !

Silencieux et invisibles,
les sous-marins prennent la mer !
Cœurs et moteurs
de combattants d’assaut
contre l’Immensité !


2

Là, sous la vague grise
dans la brume de l’aube naissante,
une tourelle grise
épie sa proie au passage !

Du sous-marin s’élance,
rapide et infaillible,
droit et sûr,
la torpille frappe,
brise et bouleverse la mer !


3

Maintenant sur l’onde bleue
dans la lumière du matin,
chaque moteur murmure
comme un chant de triomphe !

Vers les ports inaccessibles
reviennent les sous-marins ;
chaque pavillon
qui flotte avec fierté
vaut une victoire !


Refrain

Parcourir la vaste mer
en riant au nez de Dame la Mort et du destin !

Frapper et engloutir
tout ennemi rencontré sur le chemin !

Ainsi vit le marin
au plus profond du cœur
de la mer sonore !

De l’ennemi et de l’adversité
il se moque bien, car il sait
qu’il vaincra !

Je pense à Monsieur Giannini (alias Zorro), et à ceux, chez mes compatriotes, qui ont aimé sa chanson. Je trouve qu’Ils ressemblent beaucoup à leurs « proies » guettées dans les profondeurs marines. Ils ressemblent  à leurs ennemis, tout aussi fiers de leur "équipe", qui aimaient le même genre de chants priapiques et triomphaux.

Comme le disait Bèi Sàijiāo (塞焦) « Les humains sont comme les poissons. Ils appartiennent à la même espèce mais ils ne se ressemblent pas forcément ».

mercredi 18 février 2026

Je cogne, tu cognes, il cogne. (Le pitbull antifa)


 


Dans mon post du 3 février intitulé  « Pourquoi les black-blocks n’aiment pas la psychanalyse » je faisais dire à un membre de cette multitude composite* « – Serais-je donc essentiellement un cogneur, comme ces fachos à qui je fais la guerre? ».

Les valeurs revendiquées par les uns et par les autres ne sont pas les mêmes. Et les sciences humaines et sociales les prennent justement au sérieux, tout en nous invitant à reconstituer les contextes qui permettent de mieux comprendre les trajectoires individuelles.

Il n’empêche que les comportements se ressemblent terriblement. Et les mobiles inconscients aussi. Peut-être.

À vingt ans, dans l’Italie des années de plomb, j’aurais qualifié le propos qui suit de « qualunquista »**. Je le tiens tout de même, conscient qu’il ne fera pas  l’unanimité :

Je sais que je ne devrais pas, mais lorsque j’entends la formule « Jeune Garde » je pense automatiquement à l’hymne fasciste « Giovinezza, giovinezza »***. Je pense à  Eros e Priapo du grand écrivain italien Carlo Emilio Gadda, qui tourne en dérision le jeunisme « priapique » de la rhétorique fasciste (Gadda, qui était un conservateur de la plus belle eau). Je pense au tire-larmes hongrois  Les gars de la rue Paul – un énorme succès éditorial chez les préadolescents européens – où on raconte l’histoire de deux bandes d’écoliers qui défendent « leur territoire » bec et ongles,  et ça se termine mal. ****Je pense aux « traditions d’antan » et aux guéguerres entre villages, véritables batailles identitaires avec leurs morts à la clé, qu’on retrouvait raidis dans le caniveau au lendemain de la fête patronale (autant de « victimes qu'il faudra venger »). Je pense, comme je l’ai déjà écrit, aux tifosi et à leurs meneurs. Oui, parce que même les tifosi, lorsqu’on les écoute, ont leurs valeurs à défendre, leur idéologie, et leurs maîtres à penser.

L’analyse sociale, aujourd’hui, nous aide à comprendre ces dynamiques tragiques.  Le « réductionnisme biologique », de son côté, évoquerait, derrière les argumentaires politiques invoqués par les cogneurs, l’influence de la testostérone.

Les commentateurs d’autrefois auraient mis plutôt l’accent sur l’instinct, les « humeurs », les tempéraments. Dans le folklore et le roman, on arrivait même à imaginer l’existence d’une méchanceté intrinsèque à certains individus, habités par la haine, par la jalousie, par le désir pur et simple de se défouler, de faire du mal.

C’est ce qu’on aurait envie de penser à propos des derniers instants du pauvre Quentin Deranque lorsque, déjà à terre et dans l’impossibilité de se défendre, il a reçu ces quelques coups de pied supplémentaires.

* Composée par des individualités différentes professant, dans leur quotidien, les métiers les plus insoupçonnables 

** Je confie au lecteur la tâche de se renseigner sur les origines de ce mot dans l’Italie « apolitique » de l’après-guerre.  

*** Giovinezza, giovinezza, primavera di bellezza, nel fascismo è la salvezza
della nostra libertà
.

****  Voici le résumé proposé par Wikipédia : « En 1889, à Budapest, des écoliers du quartier Józsefváros passent leur temps libre dans l'unique terrain vague de la ville, terrain qu'ils considèrent comme leur « patrie ». Aussi, lorsqu'une autre bande de garçons appelés « les Chemises rouges », tentent de s'emparer du terrain, les écoliers de Józsefváros sont obligés de se défendre à la manière militaire… ».

 


mardi 3 février 2026

Pourquoi les black blocs n’aiment pas la psychanalyse


 

 
Peut-on être à la fois un pitbull et d'extrême gauche? Ma critique à ceux qui squattent le terme « patriotisme » pour anoblir leur envie de cogner ne doit pas nous faire oublier ceux qui cherchent à justifier cette même incontinence au nom de l’antifascisme*. J’ai sous les yeux des images montrant des black blocs qui, à Turin, ont frappé sauvagement un policier à coups de marteau. Pour qui se prennent-ils ? Pour des résistants ? Pensent-ils vraiment que les masses n’attendent que leurs exploits guerriers pour descendre dans la rue et faire la révolution ? Quelle arrogance aveugle ! Et quel infantilisme ! En quoi seraient-ils différents des tifosi qui tous les dimanches, sans besoin d’invoquer le moindre idéal politique, frappent leurs semblables avec la même volupté ?

Les black blocs répondraient que ce n’est pas pareil, que leurs motivations et celles des tifosi ne se ressemblent pas. Mais ces motivations officielles auraient de fortes chances d’être considérées, par les spécialistes de l'inconscient, comme des rationalisations.  Le vrai moteur est ailleurs :

 – T’as beau proclamer tes idéaux de justice et de fraternité, ce qui t’intéresse, manifestement, c’est de cogner. Nous pouvons explorer ensemble ton vécu, si tu veux,  pour remonter aux origines de ton syndrome**.

– Serais-je donc essentiellement un cogneur, comme ces fachos à qui je fais la guerre?

-  Tu commences  a en prendre conscience, c'est déjà un pas en avant. 

Je pense que le fait de remettre en cause les déclarations des acteurs sociaux (et, implicitement, leur libre arbitre), explique en bonne partie l'hostilité suscitée par la psychanalyse chez bon nombre de nos concitoyens***.

 * Alors que le fasciste, justement, est celui qui veut imposer son point de vue par la force.

** Inutile de préciser qu'un vrai psychanalyste s'y prendrait autrement. 

*** Et notamment ceux qui, puisque l'inconscient ne se voit pas, sont persuadés qu'il n'existe pas.  

dimanche 1 février 2026

Nostalgie de quoi ?

 


Où réside le charme de ces souvenirs?

Je songe aux gaillards recrutés pour faire partie de l’ICE (un raccourci de MILICE, je suppose) que Donald Trump a qualifié de patriotes. Et je pense à cette phrase, que je dois avoir déjà commentée, qui jette une ombre glaciale sur une chanson que par ailleurs j’aime beaucoup : Toulouse.  C’est là où Nougaro dit : « Ici, même les mémés aiment la castagne ».

Personnellement, j’éprouve une antipathie profonde pour les mémés qui aiment la castagne (ainsi que pour leurs compagnons).  Et je me demande : « Quelles motivations met-on en avant quand on aime castagner ? ». La défense des valeurs  morales fait souvent partie de ces prétextes. Le patriotisme (et l'amour  pour l'équipe de son cœur)* également.

C’est ainsi que, parfois, on peut avoir le sentiment que des termes comme « cogneur », « va-t-en-guerre », « nécrophile » et « patriote »** appartiennent à la même aire sémantique. 

A priori, je n’ai rien contre le patriotisme qui, à certains moments de l’histoire d'un Pays, peut prendre des formes très nobles. Mais le patriotisme est une chose, les « patriotes », parfois, en sont une autre (et notamment ceux qui font du sentiment patriotique tout un fromage — j’ai toujours aimé cette formule française aux accents surréalistes). La comparaison d’un certain type de patriotes avec des « tifosi » partageant avec eux les mêmes dispositions psychologiques, me fait penser à la formule freudienne « narcissisme des petites différences ». On trouve sur le net la définition suivante  : Le « narcissisme des petites différences » : concept forgé par Sigmund Freud (notamment dans Le Malaise dans la civilisation, 1929) pour décrire la tendance des communautés proches ou apparentées à se railler et à se combattre mutuellement en exagérant des différences minimes. Ce mécanisme permet de satisfaire des pulsions agressives tout en renforçant la cohésion interne du groupe, le mépris de l’autre voisin servant de dérivatif.

** J'ajouterais même «  pitbull ».  

jeudi 3 octobre 2024

L’importance de s’appeler Adolf

 

Adolf Ziegler 1892–1959, Cristmas Picture

 

Est-ce que chez les nouveaux nés autrichiens le prénom Adolf va revenir à la mode ? Il l’est peut-être déjà, allez savoir. Ailleurs, pour l’instant, il reste peu apprécié. C’est comme pour le prénom Benito en Italie (pays surprenant où les choses changent très vite et une phalange de  bébés néo-mussoliniens est peut déjà en train d'envahir les chrèches). Autrefois, à l’époque où les valeurs de la patrie étaient respectées, le prénom Adolf (« du vieux haut allemand Adalwolf, de adal (« noble ») et wolf (« loup ») »), n’avait rien de honteux, bien au contraire.

Lorsqu’on est noble comme un loup on a le droit de prendre des initiatives. C’est ainsi qu’Adolf Hitler, en 1936, a chargé Adolf Ziegler d’organiser la célèbre exposition Entartete Kunst (l'art dégénéré), dans laquelle étaient mises au pilori les principales œuvres des avant-gardes artistiques de l’époque (Max Beckmann, Otto Dix, Paul Gauguin, Wassily Kandinsky, Oscar Kokoschka, Emil Nolde, Henri Matisse, Pablo Picasso...).

L’idée d’une nuée de petits Adolphe et de petits Benito venant mettre des limites à la création artistique et culturelle au nom de la normalité, du bon sens commun, de la sensibilité du peuple et de la morale nationale me répugne et me terrorise. La société évolue, les catégories aussi parait-il. De mon côté, je reste profondément antifasciste.*

 

* On me retorquera que même les communistes, là où ils ont pu le faire, ont exercé la censure au nom de l’intérêt collectif et traité comme des ordures des libres penseurs qui ne le méritaient pas.   C’était, effectivement, leur coté fasciste. Comme le dirait Virenque (je reviens souvent sur cette formule géniale) : ils étaient des fascistes « à l’insu de leur plein gré ». J’ajouterai que je connais plein d’électeurs qui, encore aujourd’hui, aimeraient mieux avoir chez eux un tableau d'Adolf Ziegler qu’un tableau de Kandinsky ou de Picasso.

mardi 1 octobre 2024

Les visiteurs de mon blog (10). Soyez spontanés, votez naturel !


 

 

Dans un billet consacré à l’identité nationale des visiteurs de mon blog (4 juillet 2023), je constatais avec regret n’avoir jamais suscité la curiosité du moindre Autrichien.

Aujourd’hui, après la victoire de l’extrême droite qui va donc gouverner le pays, je suis fier de mon manque d'attrait.

En même temps, je suis désolé pour les "vaincus", ces compatriotes de Sigmund Freud, Oskar Kokoschka et Thomas Bernhard (bande de dégénérés notoires) qui ont perdu les élections et à qui va toute ma sympathie.

jeudi 27 juin 2024

Pour qui votent les propriétaires de dobermans ?

 


Arrêtons avec les  préjugés, tous les dobermans ne sont pas d'extrême droite. Leurs propriétaires non plus.

En Italie ce n'est pas comme en France. Certains électeurs de  Madame Meloni  se réclament ouvertement du fascisme, ce fascisme authentique, originaire, à la bonne franquette, qui pendant vingt ans a satisfait la  plupart des patriotes péninsulaires.

On réhabilite le fascisme en disant qu’il y a des gentils et des méchants un peu partout, ce qui n’est pas complètement faux.

Mon sentiment -  je le rappelle de temps en temps – est que le fascisme, avant d'être une idéologie, est un tempérament (que l'on peut  retrouver chez les membres de n'importe quelle formation politique mais à des doses variables*). Et je propose la définition suivante : le fasciste est celui qui cherche à imposer  son point de vue  par l'usage de la force**. Lorsque la majorité des électeurs partage le point de vue du fasciste,  cet usage devient superflu. On parlera alors de choix démocratique***.
 
* Certaines traditions politiques se montrant plus attrayantes  que d'autres pour les individus présentant ces traits de caractère et cette mentalité.
** Ou de la ruse, de la désinformation, du chantage ... Autre définition : le fasciste est celui qui n'a pas de doutes  sur l'excellence de sa vision des choses et prétend l'imposer à tout le monde. On appréciera, j'espère, l'œcuménisme de cette formule : libéré de son ancrage historique  ("Ne faisons pas d'amalgames, dit le post-fasciste, le vrai fascisme correspond à une époque précise et révolue ...") l'adjectif "fasciste" récupère sa fonctionnalité, celle d'une représentation sociale (au sens technique du terme) qui nous permet de nous entendre autour d'une idée complexe,  aux nuances variables, dont nous partageons le noyau dur (et qui peut s'exprimer par des propos du genre :  "Arrête de te comporter comme un.e fasciste!").  
*** Ai-je le droit d'ironiser? Je sais bien que  le vote pour l'extrême droite, aujourd'hui,  n'a rien de "caractériel". Ça répond à un véritable malaise sociétal et figure pour certains comme un dernier recours. C'est l'appel désespéré, après avoir tout tenté, à un  deus ex machina  censé sauver les victimes d'une gestion calamiteuse de la vie publique qui a duré trop longtemps. La correspondance de certains tempéraments avec certaines manières de pratiquer la politique (et de choisir son chien, pour continuer avec ce parallélisme caricatural) ne cesse toutefois de m'interpeller. J'ajouterai une dernière remarque : la partie de la population française qui vote pour l'extrême droite par désespoir ne doit pas nous faire oublier l'autre partie, qui le fait  parce qu'elle est intrinsèquement, structurellement ... je peux éviter de dire "fasciste", si on trouve que ce terme n'est pas assez précis. Les synonymes ne manquent pas.