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dimanche 20 février 2022

Du bon usage de la hyène

 

On réhabilite la hyène, aujourd’hui, comme si c’était une grande trouvaille. Mais en lisant L’Arca di Noè, un numéro de la revue Quaderni di studi Arabi qui s’inscrit dans la tradition des Animals Studies, je découvre que les vertus de cet animal singulier étaient déjà connues chez les non-modernes*. Je parle des vertus magiques et pharmacologiques. « Les propriétés liées à la sphère sexuelle ne manquent pas – écrit Sara Fani dans son article " Le iene di Harär : ecologia spirituale di una relazione inter-specie " *. La bile desséchée, si on la fait boire à une femme, inhibera son désir sexuel. On obtiendra le même effet avec une poudre tirée du pénis du mâle qui cependant, bue par un  homme, donnerait l’effet opposé. Celui qui porte une amulette faite avec la vulve ou les griffes de la patte droite d’une hyène attirera vers lui l’amour. La patte entière, en revanche favorise la grossesse ; d’autres parties servent pour ramener la virilité chez un homme efféminé ou le contraire. Les emplois de la hyène dans le champs ophtalmique sont nombreux (sa bile est employée comme collyre, pour améliorer la vue, en cas de cataracte ou de larmoiements), pour guérir les blessures infectées (il faut un onguent tiré du poil d’une hyène mâle, arraché dans la zone périanale, brûlé, réduit en poudre et mélangé à de l’huile d’olive – là tous les médecins tombent d’accord), contre la perte de mémoire et le mal de dents (en portant comme bracelet une dent de l’animal) mais aussi pour soigner les enfants (7 jours d’enfumages avec le poil de son dos). Son testicule assaisonné sous sel et avalé avec du miel est un remède pour le foie, sa rate soigne la diarrhée, alors que sa chair est un remède contre la toux ».  Bref, dans  la hyène, comme dans le cochon, tout est bon.

Extraits de leur contexte, à l’époque du politiquement correct, ces propos peuvent paraître déplacés : « Pauvre hyène, il n'y a pas à rire … ». Je revendique le droit de traiter ces matériaux folkloriques avec un peu d’ironie. Je le considère même comme un acte de militantisme.

* Quaderni di Studi Arabi Nuova serie, n. 14 – 2019 L’Arca di Noè. Studi in onore di Giovanni Canova (professeur de Langue et Littérature arabe à l’Université  "L'Orientale" de Naples, qui passe la direction de la revue à ses collègues).

** Quaderni di Studi Arabi, op. cit. p. 217-242

mardi 16 novembre 2021

Chasseurs oui, mais assermentés

 

 

Il faudrait que j’arrête avec mes commentaires sur  la chasse, sinon je risque de  passer pour un monomaniaque. Mais l’actualité s’y prête. Je viens de saluer, à ma manière, la sincérité du Président de la Fédération des chasseurs de France reconnaissant que la chasse est un plaisir et que la mise à mort des animaux en fait partie.   J’ai néanmoins réagi avec étonnement, sur twitter, à sa proposition de confier à des chasseurs la tâche de faire respecter les lois de l'État dans les espaces boisés. On m’a rappelé à l’ordre (ça commence bien …), en précisant  qu’il n’a jamais été question d’attribuer cette tâche à des chasseurs ordinaires. Il s'agit seulement de chasseurs « assermentés ».  Je me demande : est-ce que cela change vraiment quelque chose sur le plan du message, de la perception du public ? Et j'imagine la conversation suivante :

- J’étais dans la forêt. Des types habillés en vert sont venus me contrôler. Ce n’était pas des gardes champêtres, ni l’amant de lady Chatterley, ni Petit Jean et Robin des Bois. C’était des chasseurs. Mais ils n’ont pas honte ? Déjà on a du mal à les supporter. Il font vraiment tout pour se faire détester !

- Oui mais, attention, c’était peut-être des chasseurs assermentés.

- Ah ben, alors …