Morale (je reviens à la formule de Cocteau) : ce n’est pas parce que le chasseur français est un Italien de mauvaise humeur qu'il a le droit d'avoir un comportement pire que le sien.
Morale (je reviens à la formule de Cocteau) : ce n’est pas parce que le chasseur français est un Italien de mauvaise humeur qu'il a le droit d'avoir un comportement pire que le sien.
Je ne me lasserai jamais de le rappeler, je n’ai rien contre les chasseurs, loin de là. Cela ne m’empêche pas de remarquer chez leurs représentants, comme le dirait Lucien Lévy-Bruhl, une certaine résistance au principe de non-contradiction. Je lis un article dans la revue Chassons consacré à Willy Schraen (président de la Fédération Nationale des Chasseurs que je trouve encore plus fabuleux que Gaston Fébus). Il s'est déplacé dans le Sud, je cite, « pour soutenir les six ruraux, dont Jean-Luc Fernandez, président de la Fédération Départementale des Chasseurs de l’Ariège (FDC 09), qui étaient jugés par le tribunal judiciaire pour s’être opposés aux extrémistes écolos et aux associations pro-ours en mai 2018 ».
« Si le patron des chasseurs a tout d’abord souligné l’absurdité des poursuites à l’encontre de ces six ruraux qui n’ont fait que défendre pacifiquement leurs convictions « dans un pays où l’on sort plus facilement une kalashnikov qu’une main de sa poche pour en serrer une autre », il a tenu à affirmer les liens « familiaux » qui unissent les acteurs de la ruralité dans la défense de nos valeurs et de nos traditions ».
L’article est entouré par une image publicitaire qui nous montre un chasseur tout à fait différent des personnages joviaux, garants des traditions ancestrales, de « nos valeurs » et de la ruralité, défendus par Shraen. Pour en savoir plus, je clique sur l’icône publicitaire sur la droite. Voilà ce qui apparaît :
Ce n’est pas un kalashnikov, c’est vrai. Ça doit être le fusil du père de Marcel Pagnol pour la chasse aux bartavelles.
Eh bien oui, lorsque je me promène « chez moi », dans les Alpes, je fais comme si j’étais chez moi, mais je triche. Dans la plupart des cas, en fait, je profite de la tolérance des propriétaires des alpages et des massifs forestiers qui, jusqu’à maintenant, ont toujours trouvé normal qu’on se promène chez eux. Ça peut déplaire mais même la Wilderness, lorsqu’elle ne fait pas partie des biens de l’État, a ses propriétaires. Des propriétaires qui ont su préserver la « naturalité » de leurs terres et n’aiment pas trop croiser des arpenteurs du dimanche leur donnant des leçons de morale.
On rit beaucoup, aujourd’hui, des
propos du Président de la Fédération des Chasseurs invitant les ennemis de la
chasse à se promener chez eux. Il se limite à rappeler une évidence :
75% des forêts, en France, appartiennent à des particuliers. Faut-il les exproprier au nom du bien-être animal et du droit à la promenade ?
Peut-être, mais ça se discute.
J’aborde cette question dans mon article : « Mauvais indigènes et touristes éclairés. Sur la propriété morale de la nature dans les Alpes / Ill-informed locals or enlightened tourists - On the moral ownership of the natural environment in the Alps », Revue de Géographie Alpine Année 2003 91-2 pp. 9-25 .
Voici le lien :
https://www.persee.fr/doc/rga_0035-1121_2003_num_91_2_2237