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mardi 8 août 2023

Tourisme à la ferme et éthique animale

 


 - Ah, il y a encore des trucs comme ça, en Italie ? En France, je crois que c’est interdit.

- C’est que les Français sont plus sensibles.

 - Oui, sans doute.

- Il semblerait que c’est un progrès moral.

- Oui, parce qu’on n’a plus les mouches  sous  les yeux pendant qu’elles crèvent.

- C'est vrai, mais il faudrait agir en amont.

- Comment en amont?

- Moins de vaches dans les prés, moins de mouches à l'auberge.

lundi 30 décembre 2019

Du bien-être des mouches (et de leur suppression éthique)



 
J'ai emprunté cette image au site : https://antimouche.fr/comment-fabriquer-un-ruban-anti-mouche-naturel-maison/
Il est de bon ton, dans l’anthropologie classique, de présenter les chasseurs-cueilleurs comme de grands amis du gibier et les éleveurs comme de grands amis du bétail (je caricature à peine). Il arrive cependant que l’ethnographe laïque et désenchanté soit obligé de reconnaître, ici et là,  l’existence de comportements « moins catholiques ». Les paysans mongols  décrits par Typhaine Cann dans son article « Pour en finir avec les mouches »*par exemple,  montrent vis à vis de leurs  animaux de rente une « indifférence étonnante compte tenu de la proximité, comme s’il fallait se garder de regarder les bêtes autrement que de la viande sur pattes (ce qu’elles deviennent effectivement chaque fois que le congélateur commence à se vider) ». Ceci mène l’ethnologue à se questionner, plus généralement,  sur le statut ontologique des espèces gênantes et marginales  :  
« Comment concilier cette attitude avec la théorie bouddhiste de la réincarnation ? Et est-ce que cela vaut aussi pour les mouches ? »
* De la bête au non-humain. Perspectives et controverses autour de la condition animale (Sergio Dalla Bernardina dir.),  édition numérique Collection « Actes des congrès nationaux des sociétés historiques et scientifiques »
2020 (à paraître).

mercredi 5 juin 2019

Anthropomorphisme. Interprétation et sur-interprétation



 

Je me pose des questions sur le comportement de la mouche que je viens d'immortaliser. En approchant d’une goutte de lait qui traîne sur la table elle joint ses pattes antérieures de façon énigmatique. On dirait un rituel. 
1) Elle se frotte les mains avant de se mettre à table.
2) Elle se nettoie les mains avant de se mettre à table.
3) Elle remercie le Bon Dieu avant de se mettre à table.

« Cette myopie techniquement appelée “anthropomorphisme”, le fait de penser que les animaux sont comme nous dans leurs sentiments et leurs besoins, a moult conséquences non seulement sur nous les humains, mais sur les autres espèces ».  (Extrait de la revue À bâbord    N. 45 - été 2012.   L’anthropomorphisme et ses dérives).

samedi 23 septembre 2017

Avec le taon


Taon

Lorsqu'on est des étrangers  (c'est mon cas  en France, même si j'y ai passé une bonne partie de ma vie*),  on a du mal à saisir certaines nuances phonétiques. Cette carence  nous permet ne nous livrer à toute une série de jeux de mots particulièrement imbéciles**.

* C'est mon cas également en Italie, pour être franc.
**Pour ce qui concerne la controverse autour de la bonne manière de prononcer le mot
"taon", je renvoie au site suivant,  qui commence citant  l'Encyclopédie de Diderot &  D'Alembert. C'est passionnant : 
http://fr.lettres.langue.francaise.narkive.com/esK1OPsw/prononciation-de-taon


"Taon" vuol dire tafano, ma suona come "temps" (tempo). Il titolo fa riferimento a una canzone bella ma piagnucolosa di Léo Ferré . Quando si è stranieri (come le sono io in Francia anche se ci ho passato buona parte della mia vita - lo sono ormai  anche in Italia), si stenta a cogliere certe sfumature fonetiche. Questa carenza ci permette di indulgere a  tutta una serie di giochi di parole particolarmente imbecilli.

jeudi 13 octobre 2016

La chasse aux mouches dans l'ancien Empire mongol


Ruban tue-mouches et porte en PVC
"Je fais mon possible pour le ruban tue-mouche (j’en ai récupéré un dans la poubelle : je crains bien qu’avec le froid qui s’installe nos « ennemies » les mouches commencent justement à se raréfier et je n’ai pour appareil que des téléphones portables qui permettent de prendre des clichés au format « facebook », c’est loin d’être terrible). Je pourrai toujours vous en ramener un en souvenir, ce n’est pas lourd dans une valise".


Les sensibilités changent. Pour se procurer un ruban tue-mouches, désormais, il faut se rendre en Mongolie*.

* La photo et  le message sont de Typhaine Cann, jeune ethnologue brestoise alternant, dans ses terrains de recherche, les profondeurs de la mer d'Iroise et les plaines  illimitées de la steppe mongole où la question du bien-être animal, pour ce qui concerne les mouches, ne se pose pas (encore).

dimanche 10 juillet 2016

Faire du mal aux mouches


Ṛṣabhanātha or Lord Ṛṣabha, the first Jina (17th-century). Image by Gift of Diandra and Michael Douglas © public domain.


"Il ne ferait pas de mal à une mouche", dit-on en français (en  italien aussi). C'est le cas des adeptes du Jainisme, religion d'origine indienne datant du VIe siècle, au moins,  avant notre ère. On les voit circuler  avec une bande de tissu devant la bouche pour ne pas avaler des insectes,  leur programme existentiel prévoyant  de ne pas nuire aux différentes  formes de vie qui peuplent notre planète.

Personnellement j'ai une attitude ambivalente vis-à-vis des mouches. Lorsque j'en repère une grosse, en raison peut-être de son bruit, qui fait penser à une sorte de  bavardage, j'ai tendance à ouvrir la fenêtre pour qu'elle parte discuter ailleurs. C'est à cause du principe de précaution : dans le folklore alpin les grosses mouches hébergent parfois l'âme d'une sorcière sortie de son corps pendant le sommeil pour aller faire un tour. Avec les plus petites c'est différent.  Tout en sachant que ce n'est pas vrai, je suis persuadé   qu'elles ont un point de vue, qu'elles ont des préférences,  qu'elles ne m'aiment pas et qu'elle font du bruit exprès pour me déranger*. Lorsque j'en attrape une, après l'avoir jetée dans la poubelle,  je me remets au travail fier de moi comme si j'avais accompli une bonne action.

C'est immoral, je le sais : les mouches, comme les loups,  se limitent à faire  leur métier et il faudrait les laisser tranquilles.


* En italien pour dire, "il lui a fait perdre patience", on dit  "il lui a  fait sauter la mouche au nez".