- C’est quoi ?
- Un chien, je crois.
- C'est un peu inconscient ... mais c'est vachement marrant quand même.
- Et s’ils croisent des flics …
- Oh, probablement ils les connaissent … ça doit être une curiosité locale.
- C’est quoi ?
- Un chien, je crois.
- C'est un peu inconscient ... mais c'est vachement marrant quand même.
- Et s’ils croisent des flics …
- Oh, probablement ils les connaissent … ça doit être une curiosité locale.
Illustration tirée de Pierre l'ébouriffé : joyeuses histoires et images drôlatiques pour les enfants de 3 à 6 ans (Heinrich Hoffmann, (1809-1894).
Cela renvoie à ma réflexion sur la rêverie qui accompagne l’action du chasseur. Je reviens parfois à cette lecture de la chasse comme activité fantasmatique, comme une « scène » (au sens de la Commedia dell’Arte) où chaque animal incarne une figure archétypale : non pas un lièvre ou un faisan quelconques, mais le Lièvre, le Faisan par définiion. Dans cette perspective, chacun interprète un personnage. Le chasseur joue le rôle du chasseur, le chien celui du chien, le lièvre celui du lièvre. C’est dans cet esprit qu’il faut comprendre cette note que je retrouve dans mes carnets :
« La chasse est une représentation théâtrale dont certains protagonistes, à la fin, meurent pour de vrai. »
- Finalement ... si on ne mange pas les chiens et les chats c’est qu’ils sont carnivores…
- Et les Chinois, alors ? En tout cas, je viens de lire qu’avec un régime nutritionnel végan, ils présentent un état de santé comparable à celui de ceux nourris de façon conventionnelle. Il suffit que le régime soit bien équilibré.
- C’est une bonne nouvelle. Comme ça ou pourra les bouffer.
Nudité anthropomorphe du gibier. Still Life of Dead Game with Hounds, Alexandre-François Desportes, 1730.
Je reviens sur mon aphorisme du billet précédent : « La chasse, sur le plan fantasmatique, est un va-et-vient permanent entre l’animalité et l’humanité de la proie ».
Cette généralisation avait été précédée par le propos suivant :
Alors là … si un chasseur m’entendait … je veux dire un chasseur « standard », il crierait au scandale. Il me dirait : « Mais ça va pas ? C’est un raisonnement pervers. Moi, je sais bien faire la différence entre un humain et un non-humain ». Je lui répondrais ce que je viens de vous dire :
« C’est indiscutable - mon cher chasseur - mais dans tes récits, dans tes poèmes, et même dans les discours que tu fais au bar avec tes copains, tu anthropomorphises ta proie. Tu la présentes comme un être intentionné, avec sa personnalité, ses astuces, ses vices. Et tu anthropomorphises même ses caractéristiques physiques ».
J’en ai ensuite profité pour suggérer à mon auditoire la lecture de l’article « Sur qui tire le chasseur ? Jouissances dans les bois », publié dans n. 67 de la revue Terrain et consultable en ligne : https://journals.openedition.org/terrain/16152
Je n'arrive pas à retrouver le nom de l'auteur/autrice de cette création. Je comblerai cette lacune dès que possible.
Avant-hier j’ai eu l’occasion de revenir sur mes travaux dans un cadre public. À un moment donné j’ai sorti cette phrase sur un ton sérieux, non dépourvu d’une certaine solennité : « Bref, dès le début de mes recherches, la chasse m’est apparue, du point de vue des représentations mentales qui l’accompagnent, comme un va-et-vient permanent entre l’humanité et l’animalité de la proie ».
Je pense aux étudiants qui ont entendu mon propos et je me mets à leur place. Ils doivent s'être dit : « Ça sonne bien, mais c’est complètement dingue ».
Je suis partiellement d’accord avec eux. (À suivre)
Coq taxidermisé (gallinacé dont la proximité avec l’espèce humaine n’est plus à démontrer - cliché SDB).
L'artiste contemporain : un chasseur qui s'ignore? J’en parlerai mardi prochain, à 18, dans les locaux de l’ EESAB École européenne supérieure d'art de Bretagne - art et design (18 rue du château, Brest)
Humain, trop humain. Autour du trophée de chasse et de ses avatars.
On insiste beaucoup, ces derniers temps, sur le fait que la distance entre humains et non-humains n’est plus ce qu’elle était. L’éthologie, la psychologie animale, et même le droit rendent désormais incontestable la proximité qui nous relie aux autres espèces. On le savait déjà, en réalité. Ce qui change aujourd’hui, c’est que nous ne pouvons plus le cacher. Reconnaître la « quasi-humanité » de l’animal n’est pas sans conséquences. Sur le plan symbolique, la mise à mort d’un « presqu’humain » devient un « presque homicide », et l’utilisation de ses restes une profanation. Cette remise en cause de la frontière ontologique jette une nouvelle lumière sur la passion du chasseur pour les trophées de chasse. Elle n’épargne pas non plus, peut-être, l’artiste contemporain, tout aussi passionné que le chasseur – en plein regain d'intérêt pour les cabinets de curiosités – par la manipulation des corps taxidermisés.
« Je crains que les animaux ne considèrent l’homme comme un être leur semblable, qui a perdu d’une manière extrêmement dangereuse le sain entendement animal — comme l’animal qui, par son idée fixe de l’“esprit”, par son imagination d’une origine et d’une destination supérieures, est devenu fou. »
Dans cet aphorisme, l’animal est un être stylisé comme savent bien le peindre les philosophes, une comparse censée incarner nos vertus originaires, un faire-valoir proche du « bon sauvage » des Lumières. La fureur belliciste qui traverse notre époque donne à cette abstraction une concrétude toute particulière.
Brest. Le square de la Tour d'Auvergne (avec étournaux) (Cliché Sergio D.B.)
Moi je les aimais beaucoup, ces magnolias. Je passais par là tous les jours en faisant attention, lorsque l’hiver arrivait, à ne pas traverser le bosquet en diagonale. Oui, parce que les étourneaux aimaient ces arbres vénérables encore plus que moi. Ils faisaient beaucoup de boucan et leurs fientes attiraient des rats, créant ainsi, pour employer le langage de l’administration, une « gêne sanitaire dans l’espace public ». Il ne faut pas regretter cette coupe claire - nous explique-t-on - parce qu’elle ouvrira la voie à une « meilleure végétalisation ».
À l’époque du « tournant ontologique », on a beau souligner le respect croissant pour ces proches de nous que sont devenus les végétaux ( ne serait-ce que dans la rhétorique ambiante). Nous adorons les magnolias, nous protégeons les oiseaux, mais lorsqu'il s'agit d'avoir la paix, nous restons très anthropocentristes*.
C'est une manière comme une autre de respecter la tradition**.
* Dans un monde qui commence à reconnaître (ou, plutôt, qui recommence à penser) que les plantes aussi ont une personnalité, une intelligence, une sensibilité, on pourrait se demander comment elles ont perçu cette initiative municipale).
* La tradition de « Brest, ville minérale ».
Le square de la Tour d'Auvergne (sans étourneaux et sans magnolias)
Je ne sais plus dans quel quotidien j’ai effectué cette capture d’écran. C’est que la nouvelle, et la manière de la présenter, m’ont quelque part interpellé. Je ne me réfère pas à la mort du petit d'un chevreuil mutilé par une faucheuse (c’est triste, mais combien meurent tous les jours écrasés par des voitures ?).
Ce qui m’a troublé c'est l’existence d’une entité, qu’on appelle le Web, capable de se mobiliser autour d’un non-événement de ce genre (avec toute la compassion que l’on peut ressentir pour la pauvre petite bête). « C’est une preuve de sensibilité, diront certains ». C’est possible. Mais face à ces manifestations de bonté collective qui ne coûtent pas grand chose (et bravent ce que Freud appelait le « Principe de réalité »), on a le droit de se méfier. Le Web est une drôle de bête*. Parfois, transporté par le sentiment, il se mobilise pour sauver un chevreuil irrécupérable, et il en veut aux institutions qui n’arrivent pas à lui recoller les pattes. Parfois, transporté par le sentiment, il incite au lynchage.
* Je note au passage le caractère "durckheimien " de la formule choisie par l'auteur du reportage (« le web se mobilise …» ), qui personnifie le web, lui donnant une existence autonome, indépendante des individus qui la composent.
Arte Sella Theatre “The Cube” di Rainer Gross, 2015. Installation artistique permettant d’apprécier une performance esthétique (pièce de théâtre, concert etc.) dans un cadre très chargé de sollicitations sensorielles.
(Suite) Comme les communautés bariolées qui se réunissent à l’automne sous la houlette d’un spécialiste pour être initiées aux mystères du brame, moi aussi je fantasme*. Je me permets donc d’imaginer que, derrière les motivations officielles (« J’aime la nature et je tiens à la connaître dans tous ses replis … ») l’esprit de l’éco-touriste soit traversé par des « parasites » qu’il n’a aucune envie de nous faire partager*. Derrière les explications officielles et les fantaisies individuelles, sur le plan fonctionnel, il y a l’attrait du cadre : le plaisir de se retrouver tous ensemble dans un décor majestueux, prêts à l'avènement d'une manifestation sonore qui aura l’effet d’une épiphanie. Il n’y a pas d’encens, remplacé par des arômes tout aussi prégnants, mais tous les éléments contribuant au sentiment du sacré sont réunis. L’architecture des cathédrales gothiques ne tire-t-elle pas son inspiration de la végétation arborée?
On appelle synesthésie l’association de plusieurs sollicitations sensorielles (visuelles, olfactives, sonores, tactiles), qui convergent dans une même expérience. Le beau de ces expériences est qu’en jouant sur les instincts, donc sur des réactions éthologiques, elles permettent de donner du sens à des choses qui, prises singulièrement, n’ont pour nous qu’un charme relatif. On procède par addition. La marche en montagne m’intéresse moyennement ? Les quatuors de Schubert me fatiguent ? Il suffit que ces mêmes quatuors soient joués à l’aube, et à 2000 mètres d’altitude, pour me réconcilier à la fois avec la musique de chambre et avec l’alpinisme*.
La surabondance des sensations aide à compenser la carence de sens.
Même dans le cas du brame il est question de sens, mais au pluriel : cet appel libidineux venant du fond des bois nous parle des sens ( les nôtres et ceux de la bête) et de leur force impérieuse.
(À suivre).
* Et pour rendre compatible la musique de chambre, qui comme son nom l’indique serait à jouer dans un espace restreint, avec l’immensité des pâturages alpins.
Appeau à Cerf Hubertus (Marque Fritzmann) - Embouchure Bois, Tubes Coulissants - #33332-16*
(Suite) Le brame, donc, est un moment à ne pas rater. Et que faut-il faire pour ne pas le rater ? J’ai interrogé l’Oracle (ChatGPT) et voici sa réponse : « Pour vivre une expérience collective d'écoute du brâme, on peut participer à des sorties guidées organisées par des professionnels de la nature, souvent des agents de l'Office national des forêts (ONF) ou des associations locales, pendant la période du rut (mi-septembre à mi-octobre). Ces sorties, qui se déroulent généralement à l'aube ou au crépuscule, offrent un cadre idéal pour observer et écouter le cerf en toute sécurité, loin des zones sensibles, et permettent de bénéficier de l'expertise des animateurs pour comprendre ce phénomène naturel ».
Pourquoi donc des collectifs se réunissent entre chien et loup dans un drôle de cortège dirigé par un « professionnel de la nature » ? Mais bien sûr, c’est « pour comprendre un phénomène naturel ». Oui, parce qu’il arrive parfois, pendant la nuit, qu’on ait du mal à s’endormir tellement le besoin de comprendre un phénomène naturel nous tracasse « Pourquoi le brame ? Il faut absolument que je sache ! ». (À suivre).
* « Attirez les cerfs avec précision grâce à l'appeau à cerf Hubertus, référence #33332-16. Cet appeau haut de gamme est conçu pour reproduire fidèlement le brame du cerf grâce à son embouchure en bois et ses tubes coulissants qui permettent de moduler facilement le son. Que vous soyez un chasseur passionné ou un amateur de nature, cet appeau vous garantit des résultats exceptionnels sur le terrain. Fabriqué avec des matériaux durables, l'appeau Hubertus est un outil essentiel pour réussir vos sorties en période de rut ».
J'aime la nature? J'achète un appeau pour duper le cerf qui trouvera ça très drôle. Rien de plus naturel.
Au premier plan, cerf taxidermisé (cliché SDB)
(Suite) Je comprends que des chasseurs puissent s’intéresser au brâme du cerf. Ils suivent le cerf tout au long de l’année, donc, pourquoi pas à ce moment-là ? Et puis, entendre le cerf qui pousse ses hurlements favorise sa localisation. Absorbé dans son enthousiasme reproductif, il est moins méfiant et on peut en profiter. On l’approche sans faire de bruit comme dans le jeu « un deux trois soleil » et, puisqu'on est bon tireur, on met fin à ses braillements par un tir impeccable qui lui permettra d’accéder au Walhalla des cervidés sans même s’en apercevoir.
Il se peut que, dans ses fantaisies, le chasseur se projette dans la scène nuptiale qu’il vient de bouleverser, mais ce n’est pas en lui posant la question qu’on en saura davantage. On trouve des indices qui vont dans ce sens, cependant, dans ses poèmes et ses souvenirs littéraires. J'en fais l'analyse dans mon article « Sur qui tire le chasseur ? Jouissances dans les bois », in Terrain, Jouir ? n. 67, 2017 librement accessible en ligne : https://journals.openedition.org/terrain/16152
(À suivre)
Je lis que « Les humains partagent des ressemblances génétiques significatives, par exemple, environ 99 % de leur ADN avec les chimpanzés et environ 50 % avec les bananes ».
Quant aux chimpanzés j’étais au courant. Pour les bananes je m’attendais à une distance plus prononcée*.
En tout cas, il suffit d’un gadget quelconque pour mettre en évidence notre proximité avec les non-humains.
* Il semblerait que si nous arrivons à nous comprendre, moi et la banane, c’est en raison d’un ancêtre commun.
La limace atterrit
Oui, je dois avouer que mes rapports avec la communauté des limaces, traditionnellement, allaient au-delà de la simple diplomatie. Et parler de « soumission physique » serait un euphémisme. Elles faisaient partie de mon collectif, c’est vrai, mais je ne me disais pas : « il faudrait trouver une nouvelle manière de se relationner ». Je cherchais juste le moyen le meilleur pour les exterminer. Mais le prodige qui s'est déroulé sous mes yeux a changé la donne.
L’atterrissage approche. J’oublie mon anthropocentrisme et j’assiste, émerveillé, à la prouesse technique. Tout se passe en douceur. Le véhicule se pose sur une feuille de lierre et le fil, comme par enchantement, disparait. C’est la fin de l’exhibition.
Au bout du compte, j’ai de la gratitude pour cette limace qui s’est donnée en spectacle et qui, avec sa capacité de tout contrôler dans la terre et dans le ciel, m’a fait douter de ma supériorité cognitive.
Dès qu'elle touche le sol, je la vois prendre la direction de mon céleri vivace. Un vieil automatisme s'empare de moi, mais je me retiens : « Toi, je t’épargne. Désormais nous sommes copains. Vas où tu veux, moi, je rentre à la maison, bonne chance et bye-bye ».
Pendant la nuit il se met à pleuvoir. Le matin, dans le jardin, les limaces croisent dans toutes les directions comme des gondoles sur le Canal Grande. Ma copine fait surement partie du cortège, mais j'ai du mal à la reconnaître.
Limace célèste porteuse d'un message énigmatique
Autrefois, parait-il, nous étions plus sensibles à l’harmonie du vivant, alors qu’aujourd’hui, selon les observateurs les plus crédités, nous assistons à une « crise des sensibilités ». C’est vrai que l’Homme sauvage, lorsqu’il rencontrait une limace sur son chemin, loin de l’aplatir d’un coup de massue se posait des questions sur son Umwelt* : « Que peut-il bien se passer – se demandait-il – dans la tête de ce non-humain dont je partage le biotope » ?
Chez moi, qui ai échappé à la crise des sensibilités, c’est pareil. Je scrute la bestiole et je me demande : « À quoi pensent les limaces lorsque, accrochées à leur bave, elles contemplent le monde de haut en bas ? aux conséquences de l’exctractivisme capitaliste qui, du point de vue d’un gastéropode, ne présente peut-être pas les mêmes inconvénients ? ». Ça m’étonnerait. Je la regarde de près pour mieux comprendre sa mentalité mais cela ne sert à rien. On a beau avoir un ancêtre commun, plus j’approche de ce mollusque terrestre, plus le souvenir de notre parenté originaire s’éloigne. Un blocage atavique m'empêche de penser comme une limace. Pour la taquiner, j’aurais envie de lui dire : « Tu sais, tu te prends pour une libellule mais tu ressembles vachement à un alevin. Un alevin au bout d'un hameçon ». Mais la limace m’attendrit, d’autant plus qu’elle s’est mise à osciller délicatement pour faire sortir les quelques centimètres de bave qui la séparent de sa destination. Ce mouvement de pendule est bien joli, autre chose que la pose statique de ses consœurs qui infestent mon jardin et que je balance dans la rue, en déléguant aux voitures la tâche ingrate de réduire leur densité démographique** (suite).
*Le terme « Umwelt », forgé par le biologiste allemand Jakob von Uexküll, désigne le « monde propre » subjectif d'un organisme, c'est-à-dire son environnement perçu et vécu à travers ses sens et ses capacités cognitives uniques.
** Sur l’éthique de la mise à mort de grenouilles, crustacés, anguilles etc. et sur mon ambiguïté à cet égard, je renvoie sur ce blog à la série « Traumatismes de guerre (aux innocents) » : 17 février 2019 et suiv.
Limace in excelsis (photo de Sergio Dalla Bernardina)
Pister les limaces est particulièrement facile. Elles sont très lentes et, de surcroit, elles laissent derrière elles une trace brillante qui aux lumières du soir, après la pluie, devient presque phosphorescente. On n’a qu’à la suivre et on tombe sur le mollusque. Je dois confesser qu'avant cet épisode je n’avais pas une grande considération pour le peuple des limaces, mais les acrobaties de cette funambule m’ont fait changer d’avis. Elle mérite un reportage photographique, me suis-je dit. La lenteur de sa descente prouvait sa disponibilité.
Pendant mes prises de vue j’ai songé à « ces gens-là » -
dont j’ai entendu parler à la radio - qui arrivent dans des endroits merveilleux,
prennent un selfie sans prêter la moindre attention à ce qui se passe autour et
repartent à toute vitesse. « Pauvre limace, tu braves la loi de gravitation
universelle pour attirer l’attention sur toi et personne ne te regarde. Heureusement
que je suis-là. Ne bouge pas, je vais changer de perspective pour révéler au monde ton côté
aérien et je dirai même céleste » (à suivre).
Dire qu’elle a surgi serait exagéré. J’ai juste levé la tête. Elle pendait comme une araignée ou, plutôt, comme la décoration d’un arbre de Noël, accrochée à un long fil luisant qui s’allongeait doucement sous mes yeux. Elle descendait en rappel, finalement pour quitter le toit de lierre où elle s’était aventurée. Je ne savais pas que la bave des limaces pouvait remplir cette fonction. Je pensais par ailleurs que les gastéropodes de ce type, souples et dodus comme ils sont, pouvaient se laisser tomber dans le vide et atterrir n’importe où sans besoin de parachute. Je lui ai dit : « attends une seconde que je te prenne en photo ». Elle était là pour moi, manifestement. Elle m’avait choisi comme ces ours et ces loups qui apparaissent par enchantement, comme des épiphanies, mais seulement aux connaisseurs authentiques, ceux qui le méritent vraiment. Un message ? La reconnaissance d'une affinité? D'une proximité totémique? Peut-être (à suivre).
Cela fait des années que je reviens sur le thème de la « réification » de l’animal en vue de son abattage. Le mot réification vient du latin res qui signifie « chose » : Plus l’animal s’apparente à une chose, plus sa mise à mort est aisée*. Même au sein de l’ontologie occidentale, le degré de choséité d’un animal peut varier d’un pays à l’autre.
J’ai posé à Chatgpt la question suivante :
Est-il vrai qu’en matière de dermatose nodulaire contagieuse le gouvernement français prend des mesures bien plus radicales (l'abattage total) qu'en Suisse ou en Italie?
Voici sa réponse :
« Synthèse comparative
|
Pays |
Stratégie principale |
Abattage total ? |
Vaccination |
|
France |
Dépeuplement total des foyers + zones + vaccination |
Oui, dès 1er cas confirmé |
Vaccination obligatoire (20–50 km) |
|
Italie |
Abattage partiel (≈ 18 %) + autres mesures |
Non systématique |
Probablement vaccination/surveillance |
|
Suisse |
Surveillance + vaccination envisagée |
Non |
Vaccins non autorisés actuellement |
Conclusion
Oui, la France applique des mesures beaucoup plus radicales que l’Italie ou la Suisse : abattage total des troupeaux dès le premier cas, contre abattage partiel en Italie, et aucune politique d’abattage en Suisse, du moins selon les informations disponibles ».
J'y reviendrai. Pour l'instant, je me limite à dire que j’aimerais voir à quoi ressemble le petit-malin qui a inventé l’euphémisme « dépeuplement » : « Nous, on n’extermine pas, Monsieur. Lorsque c’est vraiment indispensable, on euthanasie, on dépeuple ! ».
* Voir, su ce sujet, le chapitre : « Une personne pas tout à fait comme les autres, l’animal et son statut » dans l’ouvrage en ligne : La langue des bois. L’appropriation de la nature entre remords et mauvaise foi. Paris, Muséum National d’Histoire naturelle, 2020.