Paulus Potter (1625-1654)
. La punition du chasseur
(1647 environ)
L’autre jour j’ai eu l’opportunité
de participer à l’émission « Le téléphone sonne »*. On avait tous
beaucoup de choses à dire, ce qui m’a empêché d’arriver au bout de mon
raisonnement. Mais c’était presque inévitable et je ne me plains pas. Ce que
j’avais à ajouter, d’ailleurs, aurait été inécoutable. Ça concernait le thème central
de l’émission, portant sur les
accidents de chasse qui rendent nos promenades en forêt de plus en plus aventureuses. En fait, j’aurais aimé consacrer
quelques mots aux commentaires qui font suite, habituellement, à la mort accidentelle d'un chasseur (événement relativement courant). Leur
véhémence s’explique car, comme le rappelle l'expression biblique, « qui
sème le vent récolte la tempête … », mais elle ouvre sur une réflexion plus large autour de la
violence et de ses multiples expressions.
J’en parle dans mon étude Faut qu’ça saigne. Écologie, religion,
sacrifice (à côté de la plaque, aujourd'hui, tellement elle s'éloigne de la sensibilité
ambiante)**. J’y reporte
quelques commentaires haineux comme les suivants :
« Que dire …. La justice divine a voulu te
punir … j’espère seulement que tu
n’est pas mort sur le coup … mais seulement après une bonne dose d’agonie et de
souffrance … au froid , seul, avec tes souvenirs du sang et de mort que tu as
causés … j’espère que tu ne
trouveras pas de paix où que tu sois maintenant » (GuglielmoCicolin)https://www.facebook.com/TgAmiciAnimali/photos/a.156353671153389/987509048037843/?type=1&theater
« Ouiiiiiiiiiiii'!!!!!!
Je suis heureuse pour ta mort !!!!!!!!! Je juouiiiiiiiiiis ! Cela ne me déplait
même pas un petit peu!!!!!! Finalement de la justice pour tous les animaux que
tu as tués par passe-temps
!! » (Assunta Verdecanna, ibid.)
Et voici ma réaction :
« Il n’y a pas que ce genre de
commentaires. D’autres refusent cette agressivité et s’étonnent. Mais le
ton dominant est la ferveur
punitive. C’est un ton homogène, comme si un même courant traversait les
lanceurs d’anathèmes. Le lexique fourmille de références religieuses : on parle de Karma, de vengeance de la nature, de destin, du
bon Dieu « qui donne et qui prend », on souhaite au [chasseur qui vient de mourir]*** les
flammes de l’enfer. On se pose en ministres d’une justice céleste et, pour
mieux l’exercer, on souille le condamné avec des mots orduriers mélangeant
l’obscène et le scatologique.
Lorsqu’on pense aux idéaux humanitaires, iréniques, prêchés par les amis
des animaux, on a du mal à croire
que cette population bariolée, qui rêve d’un monde apaisé où le « loup
dormira avec l’agneau », puisse faire preuve d’une telle férocité »
(p. 56).
*https://www.franceinter.fr/emissions/le-telephone-sonne/le-telephone-sonne-du-vendredi-05-novembre-2021
** Éditions Dépaysage, 2020
*** Dans l'exemple que je propose il s'agit d'un certain docteur Pozzetto, un vétérinaire passionné de chasse tombé accidentellement d'une falaise.