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dimanche 2 février 2025

La boîte magique et les pantegane (3 sur 3)


(Suite et fin) Au bout de l’allée, derrière le virage, trônait un gros conteneur en plastique en forme de pyramide destiné au compostage. C’était un composteur magique : on avait beau le remplir, il restait toujours à moitié vide.

On comprit plus tard son secret. C’est comme pour le chien. Si son maître et sa famille avaient été végétariens, il n’y aurait pas eu de problèmes. Et s’ils avaient respecté les consignes en matière de compostage tout se serait bien passé. Le fait est qu’ils utilisaient  le composteur pyramidal comme une micro-décharge, pour ne pas dire un charnier : « Mais tu y mets les peaux du fromage et les coquilles d’œuf ? ». « Bien évidemment, c’est de la matière organique ». « Et les os du poulet » ? « Bien sûr, ça se décompose : "Souviens-toi que tu es poussière, et que tu redeviendras poussière" … ».

Ayant dépassé l'âge adulte depuis un long moment, le chien quitta la scène. Son maître en profita pour disperser du raticide partout. Les pantegane, qui sont intelligentes, quittèrent les lieux et  allèrent contribuer à la biodiversité quelque part ailleurs.

Le composteur n’était pas très en forme lui non plus et on décida de le supprimer. Surprise : son fond avait disparu, complètement rongé par les rats. De son emplacement partaient des tunnels qui s’enfonçaient dans la terre mélangée à des morceaux de plastique de toutes les couleurs. La colline était devenue un immense gruyère et, pour éviter qu’elle s’écroule, il fallut la bétonner.

Morale : certains humains sont moins éveillés que certaines pantegane.

lundi 16 mars 2020

Irons-nous tous au Paradis? Tout dépend du prix (Trump, le coronavirus et la mère de Saint Pierre).




Échelle menant au Paradis récemment rachetée par une firme américaine (en noir, les employés censés éloigner les intrus).
C’est hallucinant. Les Allemands pensent pouvoir réaliser un vaccin contre le coronavirus d’ici quelques mois (ce qui nous réconforte un peu). En apprenant la nouvelle, Trump a proposé de l’acheter et d’en  garder l’exclusivité pour les Américains. Cela me rappelle une vieille légende que je reporte ici dans sa version corse*:

LA MÈRE DE SAINT PIERRE

La mère de saint Pierre avait été si méchante pendant sa vie, que Dieu ne voulut pas la laisser entrer  au Paradis après sa mort.   Saint Pierre en fut bien attristé : il ne mangeait plus  et maigrissait à vue d'œil.   Le Seigneur s'en aperçut et lui dit :   «  Pierre, pourquoi donc es-tu si triste ? »  Et Pierre lui répondit :   « Seigneur, ne voyez-vous pas tous les supplices  que ma mère endure aux enfers ? ».   «  J'en suis bien désolé, mais elle n'a que ce qu'elle  mérite. Dis-moi, Pierre, a-t-elle seulement fait une  bonne action pendant sa vie? Cherche, et si tu en  trouves une, si petite qu'elle soit, je te promets de la  faire entrer au ciel ».   Saint Pierre se mit aussitôt à feuilleter le livre où  était écrite toute la vie de sa mère.   Il tourne et retourne les pages, mais pas la moindre  bonne action. Enfin, à force de chercher, il réussit à  trouver qu'un jour elle avait donné une feuille de poireau à un malheureux qui mourait de faim. Triomphant, plein de joie, saint Pierre courut vers  le Seigneur :   « Seigneur, Seigneur, elle a donné une feuille de  poireau » « Eh bien ! ce sera cette feuille de poireau qui la  sauvera ».   A l’instant, saint Pierre prit une feuille de poireau  qui s'allongea, s'allongea tant et tellement qu'elle  arriva jusqu'aux enfers.   La mère du saint s'y suspendit sans perdre de temps.  La voyant monter au ciel, un premier damné s'accrocha à elle, un second suivit, puis un troisième, puis  un quatrième, etc.   La feuille de poireau enlevait tout le monde.   En chemin, la méchante femme s'aperçut qu'on la  suivait. Furieuse elle donne de grands coups de pieds,   « Lâchez-moi, ce n'est pas pour vous que mon fils a  envoyé cette feuille ».   «  Laissez-les monter, ma mère, disait saint Pierre;  ne soyez pas si ingrate ».   Mais sa mère n'écoutait rien et continuait à donner  de grands coups de pieds afin qu'aucun malheureux ne  pût se sauver avec elle.   «  Eh bien ! Pierre, dit alors le Seigneur, que dis-tu  de cela ? »   Pierre baissa tristement la tête ; puis, lâchant la  feuille de poireau, il laissa retomber sa mère au fond  des enfers.   (J.B. Frédéric Ortoli, Contes populaires de l'île de Corse  -1883).

* Il me semble que le poireau, dans la version italienne,  est remplacé par un oignon.

samedi 29 février 2020

Mangez sain, mangez vénitien. Le coronavirus, les Chinois et les rats


 Image tirée de l'article : Prosecco Carpenè Malvolti premiato in Cina. Zaia “Una perla per i 150 anni” By Alvise Salice - 18 febbraio 2019*
Avez-vous jamais vu des Chinois manger des rats vivants ? Moi non, mais Luca Zaia, le gouverneur de la région Vénétie, en a vu. Ses électeurs aussi (« Nous avons tous vu, a-t-il déclaré il y a deux ou trois jours, des Chinois manger des rats vivants … ». Cela expliquerait, selon lui,   le fait qu’en Vénétie, au moment où il rendait publique son analyse, il y avait seulement 116 individus affectés par le coronavirus, dont  63 en pleine forme et seulement 28 à l’hôpital (alors qu’en Chine ils sont bigrement plus nombreux ).  C’est une question d’hygiène et de culture, a-t-il poursuivi.  Les Chinois ont  moyennement apprécié.
On  a fait remarquer au gouverneur que les gens de Vicenza, traditionnellement, sont qualifiés de « Mangeurs de chats ». D’autres lui ont rappelé que les Chinois, tout en mangeant des rats (et même des serpents et autres mygales, comme le précisent  des internautes proches de sa formation) sont aussi de grands consommateurs de Prosecco,  ce vin pétillant très à la mode produit, justement, en Vénétie.
Ou plutôt, ils étaient de grands consommateurs de Prosecco.
 * https://notizieplus.it/prosecco-carpene-malvolti-premiato-cina-zaia-perla-150-anni/

lundi 24 février 2020

Le carnaval de Venise et le nuage de Tchernobyl (à propos du coronavirus)




Le nuage de Tchernobyl, on le sait, s’était arrêté à Ventimiglia   pour épargner la population française. Le coronavirus aussi a un comportement variable : il sévit dans les écoles et les universités mais il épargne les grandes concentrations de foule. C’est ainsi que le gouverneur de la Région Vénétie, Luca Zaia, a fermé les universités par précaution tout en laissant des milliers de touristes mélanger leurs haleines dans les ruelles de la Sérenissima pendant le carnaval. Mais il portent un masque, c’est vrai.   

mercredi 19 avril 2017

Vers une banalisation de la zoophilie?


Henri Matisse, L'enlèvement d'Europe, 1929

Je profite de cet espace pour annoncer mon intervention à la prochaine séance du séminaire: 

Appropriation de la nature, entre remords et mauvaise foi : la prédation comme spectacle (EHESS-IIAC-Centre Edgar Morin)

Le 24 avril, de 15h à 17h en salle 10
EHESS, 105 bd Raspail, 75006 Paris


"Circulez, il n'y a plus rien à voir. Vers une banalisation de la zoophilie?"


Acte de prédation impliquant un échange asymétrique (l'humain impose, l'animal subit), l'amour interspécifique  constitue un  fantasme socialement réprouvé dont la mythologie, l'art, le folklore montrent l'universalité.   À l'époque du Mouvement pour la libération des animaux et  de la remise en cause des frontières ontologiques l'interdit qui pèse sur cette pratique semble avoir perdu, chez les esprits les plus anticonformistes, une bonne partie de sa sacralité. L'abolition des différences que cela entraîne pose des problèmes évidents qui, avant même d'être moraux, sont d'ordre symbolique.

Le séminaire est ouvert au public