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vendredi 12 mai 2023

Devenir végétarien à l’insu de son plein gré

 

Paolo Dalla Bernardina : Cadavre de veau

 

Je brandis ma carnivorité  comme un étendard, mais en étalant ma fierté je dévoile mes incertitudes. J’en veux aux antispécistes qui m’obligent à réfléchir sur ma proximité ontologique avec le  jarret de porc qui rôtit dans le four. Et je porte sur les végétariens un regard soupçonneux, comme si derrière leur choix il y  avait des raisons qu’ils ignorent et que moi - allez savoir pourquoi - je serais censé connaître.

Vers la fin de sa brève trajectoire terrestre mon frère Paolo,  en raison de la sympathie qu’il éprouvait pour les humains, les bêtes et la création en général, était en train de glisser vers le végétarisme. Il ne faisait pas trop de vagues. Il n’en parlait jamais et je me demandais s’il en était conscient. Je viens de tomber sur ce dessin qu’il a réalisé à Paris en 1977 après un passage au  supermarché. Il semble lever tous les doutes. Il s’inscrit dans une tradition d’ « éclaireurs » qui remonte au moins à Pythagore (« Ouvrez les yeux sur l'identité des  malheureux que vous mangez :  ils sont nos semblables! ») et anticipe le cliché du « cadavre en barquette »  mis en scène avec succès par les animalistes contemporains.

 

 

vendredi 6 mars 2020

La vache idéale


 

Je tombe sur une affiche du Salon de l’ agriculture. En bas à droite je lis : « Idéale, 6 ans, Charolaise ».  Je me demande : « idéale dans quel sens ? Pour faire du roastbeef ? ». Je trouve la formule déplacée*. On m’explique que « Idéale », en réalité,  est  juste le nom de la vache.


*  On pense certaines choses, à la limite, mais on ne les dit pas.

jeudi 29 août 2019

Autophagie (la vache qui rit)



Sorti de chez le boucher, j'ai regardé cette image censée donner à mon faux-filet un air joyeux. Faisant  partie de la catégorie de mangeurs   qui se posent  des questions sur le bien-fondé de l’alimentation carnée (comment pourrait-on les dénommer ? « Carnivores critiques » ? ),  je l’ai trouvée de mauvais goût. C’est de la vieille propagande : « Je donne mon corps à …  et je suis tout content ».

lundi 4 février 2019

Cannibalisme indirect



Le célèbre Figatellu corse (source Wikipédia)

Encore un mot sur les sangliers.  Lors de mes enquêtes en Corse on m’a raconté que, au cours de la libération de l'Ile, l’armée allemande avait subi des pertes importantes. Le repérage des corps n'était pas toujours très aisé :

- Il y en a qui sont restés comme ça, dans le maquis, sans enterrement.

- Oui et  remarque ... les sangliers, cette année-là, étaient bien plus gras.

Cet ainsi que, à chaque fois que  je vois un figatellu corse, je pense à la guerre et à ses méfaits.  



Il faut dire qu’on raconte plein d’histoires farfelues aux ethnologues,  juste pour le plaisir de les induire en erreur.

samedi 6 octobre 2018

Le syndrome de Big Brother. Liberté humaine et libération animale



Le Grand Frère regardant un mangeur de rognons

-T’es passé aux halles Saint-Louis ? T’as vu l’état des vitrines ?
- Les Vegans ? C’est impossible. Ils sont gentils comme des nounours.
 - Et pourtant c’est bien les Vegans. S’ils ne mangent  pas d’animaux, tant mieux pour eux. Mais  empêcher les autres d’en manger  … Ça vas pas quoi ? ».

Je n’arrive plus à trouver la référence, mais des chercheurs américains * auraient prouvé l’existence  d’un lien entre la possession d’un berger allemand et la propension à s’immiscer dans la vie d’autrui  pour le surveiller et lui imposer des conduites  plus convenables.  C’est une fake new, vraisemblablement. Mais cette tendance à vouloir dominer les autres sous prétexte de les « améliorer »  nous la connaissons  très  bien.  On pourrait l’appeler le syndrome de Big Brother : « Pour la bonne cause, je te surveille et je t'empêche de faire des bêtises  ».
Je soupçonne certains membres de la communauté antispéciste d’être affectés par le  syndrome de Big Brother. Ils prônent la lutte contre la souffrance animale et en même temps, par leur intransigeance et leur agressivité, ils montrent leur  désir de dicter la loi :  « Au nom de la souffrance animale,  le chef c’est moi ! ».

Je conseille aux antispécistes intolérants l’écoute d’une jolie chanson de Paul McCartney (végétarien, par ailleurs) qui s’appelle, tout simplement, « Freedom ». 


*Toujours eux, c’est pratique, ils ont bon dos ces Américains …

mercredi 3 octobre 2018

Brest. Groupuscule antispéciste saccage la vitrine d’un fleuriste



Tiens, me suis-je dit, ils ont vandalisé  la vitrine du fleuriste. Mais pourquoi? Ça doit être pour rappeler que « le spécisme est aux espèces ce que le racisme est aux races », un vulgaire prétexte  pour dominer les autres créatures (toutes catégories confondues, de la vache à la marguerite).  Donc, à bas les fleuristes !


C’était en fait la vitrine du boucher. Alors j’ai pensé :  on commence par les bouchers, certes, mais ce n’est que l’apéritif.

mardi 18 juillet 2017

Une famille de barbares



 Ce qui reste de la boucherie en question

Nous étions une famille de barbares. Mon père mangeait de la viande. Pas trop, à dire vrai, mais il aimait la langue de bœuf. Ma mère aimait les rognons et les escargots. Tout comme moi. Je crois savoir que mon grand père avait un faible pour la tête de veau (tout comme Chirac). Et nous avions la capacité, encore plus barbare, de laisser la viande dans le frigidaire pendant un temps considérable. Nous pratiquions en fait un rituel hebdomadaire. Tous les vendredis un couple d'amis passait à la maison. Après avoir échangé quelques mots conventionnels nous partions en procession chez le boucher. Il habitait à une quinzaine de kilomètres.  Ce n'était pas très pratique mais on y allait de bon cœur. On l'avait choisi parce que sa viande avait passé l'été dans les pâturages alpins*,  et il la proposait à des prix fort intéressants. Il avait les cheveux roux ce qui, dans mon esprit d'enfant, avait un lien direct aves sa profession. Ma mère choisissait les morceaux, ma grand-mère supervisait. Du veau pour les cotolette alla milanese;  des lamelles fines de bœuf pour les osèi scamapai *(oiseaux sans tête dit-on en Belgique),  du jarret pour le bollito et pour le polpettone préparé à partir de ce qui en restait. Personne n'aimait la viande saignante ("On n'était pas des sauvages, quoi ...")*. Les différents morceaux étaient emballés dans du papier beigeâtre particulièrement  râpeux. Dans le dernier paquet il y avait du poumon pour le chat. Je me souviens encore de cette masse mauve et puante, pleine de trous comme une éponge, qui restait collée au papier. Le chat aimait. Un barbare lui aussi comme les autres membres de la famille.



Ce boucher gâtait ses clients. Tous les ans, pour noël, il leur faisait cadeau d'un chapon. Après il a dû fermer. L'âge, peut-être, ou la concurrence des supermarchés. Ou sa prodigalité.



* Littéralement : oiseaux qui se sont envolés. Autre chose que les alouettes sans tête.

* Dit comme cela c'est atroce.

*Après j'ai évolué.





Eravamo una famiglia di barbari. Mio padre mangiava della carne. Non troppo, a dire il vero, ma gli piaceva la lingua di manzo. A mia madre piacevano il rognone e le lumache. Proprio come a me. Pare che mio nonno avesse un debole per la testina di vitello (proprio come Chirac). E avevamo la capacità, ancora più barbara, di lasciare la carne nel frigo per parecchi giorni. Praticavamo un rito settimanale. Ogni venerdì una coppia di amici passava a casa nostra. Dopo qualche frase convenzionale partivamo in processione dal macellaio. Abitava a una quindicina di chilometri. Non era molto pratico, ma ci andavamo volentieri. Lo avevamo scelto perché la sua carne aveva passato l'estate nei pascoli alpini (detto così è atroce) e faceva degli ottimi prezzi. Era rosso di capelli il che, nel mio spirito infantile, era direttamente legato al suo mestiere. Mia madre sceglieva, mia nonna sovrintendeva. Del vitello per le cotolette alla milanese, delle fettine di bue (altri usano il maiale) per gli osei scampai; del garretto per il bollito e per il polpettone preparato a partire dai resti del bollito. A nessuno piaceva la carne al sangue ("non siamo mica dei selvaggi ..."). I vari pezzi erano imballati in una carta giallastra particolarmente ruvida. Nell'ultimo pacchetto c'era del polmone per il gatto. Ricordo ancora questa massa violacea e puzzolente, piena di buchi come una spugna, che restava incollata alla carta.   Al gatto piaceva. Un barbaro anche lui, come il resto della famiglia. Questo macellaio viziava i suoi clienti. Ogni anno, per Natale, gli regalava un cappone. Poi ha dovuto chiudere. L'età, forse, o la concorrenza dei supermercati. O la prodigalità.


jeudi 6 avril 2017

Plénitude et condition animale : le salon de Guipavas



J'aime taquiner les amis des animaux. Je veux dire les militants et, plus précisément, ceux qui font de leur passion pour les animaux un  marqueur identitaire ("Moi, Monsieur, j'aime les animaux ...").  C'est que, comme Pierre Bourdieu,  j'ai une certaine méfiance vis à vis de ceux qui parlent au nom des autres*.  Dans la vie concrète, cependant,  je trouve cette communauté tout à fait attachante.

Il y a quelques jours j'ai visité le Salon du bien-être animal à Guipavas (Finistère). Il n'y avait que des gens tranquilles avec quelques animaux parfaitement anonymes. Ils n'étaient pas là pour se faire remarquer. La composante utopiste (ou tout simplement avant-gardiste) était majoritaire. Certains offraient des services, à savoir des compétences, des soins, des produits homéopathiques. Nous avons parlé de furets à héberger, de porcelets à ne pas castrer, de chats à caser (et parfois à castrer, parce qu'ils prolifèrent), de taxis pour animaux malades, d'une association qui signale les chiens errants et cherche à identifier les accidentés de la route, d'éducation canine, de l'efficacité du silicium pour rajeunir les chevaux, de la souffrance animale, du pouvoir cancérigène du saucisson et des différentes diètes végétariennes. Je ne citerai pas ceux qui avaient occupé le salon  pour des raisons bassement commerciales (en confondant le bien être de l'animal avec celui de son propriétaire) et qui  n'étaient pas très nombreux.


* Je reconnais en même temps que les animaux, sans intermédiaires, auraient  du mal à s'exprimer.  Je cite Bourdieu parce que cela accroit mon pouvoir symbolique : Cf., à ce propos : "La délégation et le fétichisme politique", in Langage et pouvoir symbolique, Seuil "Points", 2001