Les auteurs qui tiennent à revendiquer la paternité de leurs idées, ou l’ancienneté de leurs recherches dans un certain domaine, sont souvent taxés de narcissisme. C’est méconnaître l'univers académique. Les chercheurs en sciences humaines et sociales ne gagnent pas un rond avec leurs ouvrages. Les chemins qu’ils ont inaugurés (en même temps que d’autres peut-être, mais en tant que pionniers), sont leur seule fierté. Leurs trouvailles sont leurs créatures et donnent un sens à leur vie. C’est pourquoi, lorsqu’ils voient chez le libraire un bouquin consacré aux thèmes qui leurs sont chers, ils se précipitent sur la bibliographie. « Ce n’est pas vrai, il/elle ne me cite pas », « Ce n’est pas possible, elle/il ne cite que mes contributions marginales ». Incapables d’accepter la vérité, à savoir que si on ne les cite pas c’est que leurs travaux ne le méritent pas, ils sombrent dans le complotisme. S'installe alors chez eux le soupçon d’avoir fait l’objet d’un pillage ou d’un refus d’accepter la controverse scientifique.
L’attitude que je viens de définir est souvent qualifiée de « paranoïaque ». C’est oublier que dans le monde de la recherche, comme dans certains établissement religieux, les gens de bien ne manquent pas, mais il y a aussi des prédateurs. Ces prédateurs ont des complices qui contribuent, par leur silence, à la prospérité de la meute.