mardi 21 avril 2026

Les loups sont revenus (6). Frissonnons dans les bois puisque le loup est-là

    Pascale de Senarclens, Crime Board, extrait  de Présences. Les loups sont de retour » (Infolio, Musée de Bagnes, 2026

(Suite) L’ethnologue Grégoire Mayor (« Derrière les feuilles, derrière le masque : petite enquête sur la recherche et la peur ») nous raconte avec grâce l’histoire de ses rapports avec la figure du loup -  de l’époque de son enfance, quand son frère appelait le loup au téléphone pour lui dire de venir embarquer son petit frère (il lui donnait même l’adresse de la maison…), jusqu’à l’actualité, où cette image envoûtante a été remplacée par celle du loup réel, qui passe désormais dans les villages pour kidnapper les  moutons.

Le retour du loup, nous explique Grégoire Mayor, a laissé sa trace dans les Tschäggättä du Lötschental, ces « créatures qui hantent durant la période du carnaval les paysages alpins du Haut-Valais ». Absent de la tradition locale, le personnage du loup a fait son apparition dans le cortège en 2023. « La gueule du loup était inquiétante, avec sa bouche grande ouverte, ses crocs saillants, sa langue d’un rouge éclatant et ses yeux d’un jaune vif. Cette expressivité contrastait avec la douceur et l’élégance d’un costume très travaillé, camaïeu de gris et de noir. » Un portrait double face, finalement, évoquant à la fois la brutalité réelle du loup et la bonne réputation dont il bénéficie aujourd’hui.

Je rappelais au départ l’angélisme qui accompagne les représentations officielles du loup. C’est un angélisme qui considère les anciens attributs de ce carnassier emblématique comme des épiphénomènes, des « croyances », des stigmates injustifiés. Certaines voix se lèvent, cependant, pour nous rappeler les aspects sanglants du style de vie de ce canidé sauvage réhabilité. En jouant sur le parallélisme entre prédation « naturelle », pour ainsi l’appeler, et prédation sexuelle, Pascale de Senarclens, artiste interdisciplinaire (« Crime Board »), met sous nos yeux, à côté d’une férocité humaine qui n’a plus d’alibi (justifier ses intempérances par l’instinct ou la passion a perdu toute efficacité), la férocité animale que nous aurions tendance à banaliser (et parfois même à sanctifier : « Crime Board, écrit-elle, est issu de ce tissage entre proies et prédateurs, domestiques et sauvages, massacres banalisés en tout genre. Parce que la brebis et moi, nous avons de la peine à attirer l’attention sur les meurtres qui traversent notre histoire, alors je me permets de demander, en notre nom à toutes les deux, pourquoi la grandeur du loup sauvage émeut-elle davantage les foules que le ventre déchiqueté de la brebis ? »

Je comprends le parallélisme, tout en me demandant si ceux qui minimisent ou passent sous silence la violence du loup à l’égard des brebis et ceux qui minimisent ou passent sous silence la violence des hommes à l’égard des femmes appartiennent à la même catégorie. De toute façon, force est de constater que leur argumentaire, comme je viens de le suggérer,  est souvent le même : « La prédation… c’est naturel ».

Clôt l’ensemble un article un peu dingue, consacré à la « fonction sacerdotale du loup » (« Sacrés loups et loups sacrés. Une compassion à géométrie variable »), où l’auteur cherche à montrer que, si les grands prédateurs sont de retour, c’est pour remplir une fonction sacrificielle. S'ils sont  bien accueillis chez nous - hypothèse encore plus farfelue que la précédente - ce n'est pas en dépit de leur férocité (« on ne fait pas d’omelettes, etc. »), mais en raison de leur férocité (« frissonnons dans les bois, tant que le loup est-là »). Inutile de préciser que je partage intégralement ce point de vue (suite et fin).

dimanche 19 avril 2026

Les loups sont revenus (5) À quoi servent-ils ?

 
 Longarone, Foire de la chasse, de la pêche et de la nature, avril 2026.  Loup ravi de pouvoir négocier avec notre espèce. Cliché SDB

Je continue de profiter de la parution de « Présences Les loups sont revenus » pour préciser, en cachette, mon point de vue personnel -  non pas sur le retour du prédateur, mais sur ses emplois.

(Suite) L’article « Corps à corps avec la nuit : comment l’expérience pastorale transforme notre perception du loup », de Marie Eich, doctorante FNS (Institut travail social HES-SO Valais-Wallis), m’a intéressé au plus haut degré en raison de son exemplarité. Consacré à OPPAL, Organisation pour la protection des alpages, il décrit avec efficacité l’expérience de l’autrice dans le cadre de sa participation à des pratiques de volontariat pour l’agriculture de montagne valaisanne. L’objectif de l’article est de montrer que la médiation sur le terrain constitue la posture la plus raisonnable pour surmonter la controverse qui oppose les amis des loups à leurs ennemis. Par sa référence aux formules typiques du débat contemporain en matière de communication avec les non-humains, il me permet d’illustrer la diversité des approches qui peuvent cohabiter au sein d’une même discipline. Prenons la phrase suivante :

« Au travers de ses activités, l’association OPPAL incarne l’idée que les êtres humains entretiennent des relations d’interdépendance avec les autres espèces, sur lesquelles nous pouvons agir, même à l’échelle individuelle. Le discours d’OPPAL est captivant, car il alimente le pouvoir d’agir de chacun et chacune et milite pour une appréhension des animaux sauvages non plus comme objets de gestion, mais plutôt comme sujets avec lesquels il convient de négocier des relations. »

L’anthropologue respectant les déclarations des acteurs et adoptant une posture empathique y verra une preuve évidente des changements de sensibilité qui traversent la société contemporaine : « L’anthropocentrisme périclite. L’art de prêter attention au vivant est en train de se développer. »

L’anthropologue s’interrogeant sur les non-dits de ce désir urbain de passer la nuit dans les bois pour aider l’éleveur, les moutons, le loup (et soi-même) pourrait, en revanche, se dire : « Drôle de dynamique, c’est fin et tordu à la fois : dans un premier temps, on favorise le retour des loups. Ensuite, comme si les loups ne suffisaient pas, on introduit des bénévoles. Et pourquoi ces bénévoles sont-ils là ? “Pour vivre des expériences inoubliables.” C’est du tourisme déguisé, au bout du compte. Du tourisme chic, enrobé de formules appelant à l’œcuménisme interspécifique. À quoi servent les loups ? À coloniser, pour la bonne cause, les derniers espaces dits sauvages. »

On pourrait tenir le même discours à propos du texte d’Eliza Levy, réalisatrice et artiste, qui nous offre une très belle description des émotions qui s’emparent du bénévole perdu dans le noir, aux prises avec l’inconnu forestier d’un côté, et avec le propriétaire des moutons à surveiller de l’autre - un propriétaire qui n’a pas l’air très ouvert et qui ne sait pas comment instaurer un dialogue constructif. S’il avait intégré les nouvelles « manières de faire monde » analysées voire même prônées, avec de bons arguments, par les sciences humaines et sociales,  il aurait pu dire : « Excusez-moi, j’ai de vieux réflexes, mais j’ai bien compris que vous agissez pour la pacification du territoire… ».*

Si, en revanche, il restait attaché à une manière moins novatrice d’analyser le comportement humain - puisqu’il présente, si j’ai bien compris, un tempérament à la Capitaine Haddock -, il dirait presque sûrement : « Écoutez-moi, espèces de boy-scouts, je ne comprends rien à des formules du genre “différentes façons d’être ensemble” ou “rencontrer des humains différemment”. Ce que je sais, c’est que vous êtes en train de squatter mes moutons et de profiter du loup pour jouer aux secouristes. Restez chez vous et les vaches seront bien gardées. »

On voit immédiatement à quel point, à l’égard de la sensibilité ambiante, cette deuxième approche anthropologique - qui, loin d’être empathique, se révèle particulièrement antipathique - est à côté de la plaque. (À suivre).

*Je tiens à préciser, on l’aura bien compris j’espère, que j’ai la plus grande considération pour les approches anthropologiques que je m’amuse ici à taquiner. C’est que mon regard porte moins sur les nobles valeurs qu’elles promeuvent que sur leurs usages « extrascientifiques » et leurs conséquences.


 

vendredi 17 avril 2026

Les visiteurs de mon blog

 

Ces derniers temps, mes lecteurs français n’ont pas tendance à augmenter. Il faudrait que je change de registre, manifestement.  Je remarque avec plaisir, en revanche, l’arrivée de nouveaux visiteurs. Venant du Cap-Vert, par exemple.

mercredi 15 avril 2026

L’oiseau-machine



 
 Je lis dans Sciences et vie : « Le chant des oiseaux accompagne les premiers instants du jour comme une évidence familière. Pourtant, derrière cette symphonie matinale se cache une mécanique bien plus subtile. Des chercheurs lèvent aujourd’hui le voile sur un phénomène longtemps perçu comme instinctif, révélant que le chant des oiseaux à l’aube obéit à des règles précises, dictées par la lumière, les hormones et la physiologie du sommeil »*.

 C’est bien triste, je croyais qu’ils chantaient spontanément. 

 

* https://www.science-et-vie.com/nature-et-environnement/animaux/a-laube-le-chant-des-oiseaux-retentit-et-on-sait-maintenant-pourquoi-216478.html


lundi 13 avril 2026

Les loups sont revenus (4) - Mais pour nous aider à nous repenser


Je continue avec ma description détaillée de « Présences, les loups sont revenus ». Cette parution permet de faire le point sur ce qui se dit actuellement autour d’un prédateur qui, après avoir connu un grand succès, est peut-être en train de perdre une partie de sa popularité.

(Suite) La contribution de Lionel Gauthier (géographe, conservateur du musée de Léman) compte parmi les plus amusantes. L’auteur remarque la forte présence du loup dans la chanson française, qu’il explique d’une manière ingénieuse : « Agréable pour une oreille francophone, le son “ou” n’est probablement pas pour rien dans le succès du loup dans les chansons. D’autant qu’il permet des rimes avec des mots prisés par les paroliers comme “beaucoup”, “partout”, “surtout”, “jaloux”, “doux”, “nous” ou “rendez-vous”. Il y a fort à parier que le loup serait moins présent dans la chanson si le français avait conservé “leu”, l’ancienne forme du mot disparue au XVIe siècle. » L’article insiste sur les usages métaphoriques de la figure du loup et cite toute une série d’exemples de recyclage symbolique, allant de Charles Trenet et Johnny Hess à IAM, en passant par Gilbert Bécaud, Renaud, Serge Gainsbourg…

Quant à Gainsbourg, capable de construire des chansons sur des sonorités « particulièrement désagréables pour une oreille francophone » (Exercice en forme de Z, par exemple), l’argument du « ou » est peut-être moins déterminant dans son cas. Gainsbourg dévorait avec nonchalance toutes sortes de sonorités.

Dans son article précis et panoramique (« Cohabitations en mouvement : vivre avec le retour du loup dans les territoires de montagne »), la géographe Liane Chanteloup (Université de Lausanne) reconstitue la révolution engendrée par la réapparition du loup dans les vallées alpines. Elle commence par un constat qui déplace les termes du débat manichéen opposant les « lycophiles » aux « lycophobes » : « La conflictualité liée au retour du prédateur relève moins d’un affrontement direct entre humains et loups que de divergences entre humains dans leurs manières, notamment, de concevoir et de pratiquer la montagne. » La géographe montre ensuite à quel point, dans différents domaines (chasse, pastoralisme, etc.), les loups « perturbent », obligeant à une reconfiguration du système alpin. J’apprécie l’objectivité de cet article, capable de reconnaître, sans les hiérarchiser, la pluralité des « lectures » - des manières de lire le retour du loup - et leur légitimité.

 Et je suis jaloux parce que, personnellement, même si je fais de mon mieux, j’ai du mal à ne pas laisser transparaître mes préférences. Je lis la phrase : « Vivre avec le loup, c’est accepter que la montagne ne soit pas un musée figé, mais un espace vivant où cohabitent différentes formes de vie. Cet animal n’est pas une fatalité : il peut devenir une chance de réapprendre la réciprocité -  avec les animaux, avec les humains, avec le territoire habité. »

Je me dis alors : « C’est vraiment comme ça, la prophétie est en train de se réaliser : le loup, effectivement, dormira avec l’agneau. Il est déjà en train de le faire, d’ailleurs, séparé de l’agneau seulement par un filet électrifié. Le processus est irréversible, mieux vaut en apprécier les aspects positifs, qui ne manquent pas. ». En même temps, je pense : « La gestion pratique et symbolique des espaces naturels, qui appartenait autrefois aux “indigènes”, aux gens du coin, leur a échappé. Désormais, chacun - le touriste, le skieur, le néo-druide ou la néo-chamane - se sent légitime pour exprimer une opinion sur la présence du loup en montagne. »

Je sais bien que tous les acteurs sociaux sont porteurs d’une vision du monde légitime (puisque c’est la leur) et qu’il ne s’agit pas de la juger, mais de la comprendre*. Le bel article de Liane Chanteloup nous aide à saisir, sur un ton optimiste, la complexité de ces voix discordantes.

* Le propos que je tiens ici n’est pas celui d’un anthropologue, mais celui d’un acteur social parmi tant d’autres. 

samedi 11 avril 2026

Les loups sont revenus (3). (Mais pas les garous)

 

La Chevauchée du loup de Ulrich Molitor, Strasbourg, 1489

Je reviens finalement, après une courte interruption, à ma relecture de l’ouvrage que le Musée de Bagnes vient de consacrer au retour du loup*.

(Suite) Dans l’article de Mathias Délèze, assistant scientifique au Musée de Bagnes (« La meute silencieuse. Le loup dans les musées de Suisse Romande »), j’ai trouvé de nombreuses pistes à explorer. Sa reconstitution historique décrit l’introduction lente et précautionneuse des loups dans les musées suisses et les changements de sensibilité, en matière de rapport aux prédateurs, illustrés par l’évolution de leur mise en scène. Mon attention a été attirée par un passage qui, en décrivant une installation du Muséum d’histoire naturelle de Neuchâtel, résume parfaitement l’esprit didactique qui anime la muséographie contemporaine : « En permettant au visiteur de s’approcher et même de toucher les animaux, l’émotion se mêle à l’expérience sensorielle engageant mémoire et réflexion. Ce type de présentation vise un objectif clairement énoncé : déconstruire les images fantasmées qui entourent encore le loup. Car c’est bien là un des défis majeurs : démystifier la dangerosité du loup sans pour autant nier sa nature de prédateur et son impact sur le monde pastoral ». 

C’est bien l’esprit de notre époque et je comprends les intentions qui l’animent.  En me figurant le scénario, j’ai toutefois quelques hésitations : la partie la plus défaitiste de ma personnalité me porte à considérer ce programme conciliateur comme une quadrature du cercle. La partie la plus enfantine, de son côté, me pousse à me rebeller contre le projet de « déconstruire les images fantasmées qui entourent encore le loup ». Elles font peur, elles sont peut-être injustifiées, c’est vrai, mais j’y tiens beaucoup. Je me console en sachant que ces fantasmes seront forcément remplacés par d’autres, peut-être encore plus envoûtants.

L’article de Jean-Marc Landry, biologiste et éthologue, (« Dans l’ombre des loups. 30 ans d’observations nocturnes et de découvertes au cœur des alpages et des tensions humaines ») nous informe sur les progrès récents en matière d’espionnage. Oui, parce que, il y a encore trente ans, arriver à surprendre un loup en dehors de ceux qui prospéraient dans les parcs zoologiques aux frais du contribuable, était une vraie gageure. Vers la fin du siècle passé, grâce aux pièges photographiques de la marque Trailmaster, on a pas mal avancé. Aujourd’hui, avec les « caméras automatiques connectées, capables d’envoyer en temps réel photos et vidéos », c’est encore mieux : les données collectées permettent d’obtenir des informations inédites et de prendre des mesures efficaces pour la gestion des canidés.

Tout ceci est passionnant, mais je vois se profiler à l’horizon un problème éthique et peut-être légal. Les représentants du courant anthropologique qu’on appelle le « Tournant ontologique », nous ont habitués à l’idée que même les non-humains sont à considérer comme des sujets. Ils sont des « personnes » et ils ont donc des droits. Dans cette perspective, le fait de filmer les loups à leur insu, dans les moments les plus poétiques ou les plus spectaculaires de leur intimité, perd une bonne partie de sa légitimité. Et en tout cas, avant de publier les images, il faudra demander leur autorisation.

L’article de Gwendolyn Wirobski et Ilenia Montello, éthologues de l’Université de Neuchâtel (« Les loups et le langage humain : une perspective évolutive »)  nous rappelle l’utilité des sciences de la nature pour comprendre la société humaine.  Pour saisir le fonctionnement mental des non-humains – on l’entend assez souvent – il ne faut pas les anthropomorphiser. Animaliser l’humain, le penser à partir des autres animaux, peut en revanche nous servir.  La communication des loups, par exemple (l’étude de leurs vocalisations, des signaux visuels, des marquages olfactifs), nous aide à reconstituer l’évolution du langage humain. (À suivre)

Présences. Les loups sont de retour » (Infolio, Musée de Bagnes, 2026

 

 

mardi 7 avril 2026

Culture et civilisation. (À propos de la guerre en Iran)

 

Hier soir, j'ai posté un billet très amer. Ce matin, apprenant avec soulagement que le projet apocalyptique qu’on nous avait annoncé avait été suspendu, et que les menaces trumpiennes ne constituaient qu’un « coup de poker génial », j’aurais dû le retirer. Au bout du compte, j’ai cru opportun de le garder.

On sait désormais que même les autres animaux ont une culture, dans le sens qu’ils sont capables de stocker des informations et de les transmettre d’une génération à l’autre. Les quatre chardonnerets que j’ai vus ce matin, en train de dévorer des pissenlits avec une joie toute printanière, ont leur culture à eux, différente de celle des chardonnerets de Fribourg ou de Douarnenez.

La notion de civilisation, elle, est réservée à notre espèce. En allant me coucher, je pense au fait que demain, au dire du milliardaire américain qui dirige actuellement le États-Units d’Amérique, une civilisation toute entière aura peut-être disparu*.

On pourrait lui faire remarquer qu’une civilisation est une chose, la dignité des gouvernants qui prétendent la représenter en est une autre. 

* Lorsqu'on vient d'un  Pays tout neuf, détruire une civilisation millénaire  doit donner de grandes satisfactions.

 

samedi 4 avril 2026

Démonté le complot qui discréditait le lierre. Finalement la vérité




 

Le campus Condorcet Paris – Aubervilliers : installation didactique nous rappelant que le lierre n’est pas un parasite. (Cliché SDB)

Je sors à l’arrêt Front Populaire et je tombe sur un panneau qui me rappelle ma bêtise. Oui, car je croyais que le lierre, lorsqu’il devient envahissant – disons hypertrophique – donne à la plante qui l’héberge le sentiment d’être colonisée. Alors que ce n’est pas vrai du tout, c’est même le contraire : ils cohabitent joyeusement.

Je poursuis mon chemin en prenant acte de ma superficialité : « Tu vois ? t’es plein de préjugés ! »

jeudi 2 avril 2026

La place de l’inconscient 2 (Les épigones de Saint Antoine)

 


Jérôme Bosch, Tentation de Saint Antoine, 1508. Musée du Prado, Madrid

Encore un mot sur Saint Antoine, caché au fond de la forêt pour échapper aux tentations mondaines. Il boit de la bière sans alcool, j'imagine, s’efforce de penser à autre chose — mais le désir est là, et des fantasmes licencieux et politiquement peu corrects entourent ses prières comme des diablotins.

Il en va de même pour les communautés alternatives qui oublient d’inscrire dans leur projet la dimension inconsciente : une variable déterminante, difficile à contrôler*.

En lisant Il Corriere della Sera — je passe du coq à l’âne — j’apprends que les écureuils du parc de Brockwell, à la différence de Saint Antoine, aiment vivre en  ville et se sont mis à vapoter.

*Les utopistes m’ont toujours étonné par leur capacité à présenter leurs plans sous un jour très réaliste.