À l’époque d’Edward Tylor on pensait que les sociétés humaines évoluaient toutes de la même façon, en passant de la sauvagerie à la barbarie et de celle ci à la civilisation. On établissait un parallélisme entre l’état sauvage et l’animisme, c’est à dire la croyance selon laquelle tous les êtres naturels ont une âme ou un esprit. On voyait aussi une équivalence, du point de vue des mentalités, entre le sauvage et l’enfant.
J’y pense en lisant ce passage de Romain Gary :
« Je ne sais, ami lecteur, si tu étais comme moi à cet âge, mais tout devenait pour moi quelqu’un et l’existence même des choses inanimées me paraissait fort douteuse. Je savais qu’il y avait dans chaque pierre un cœur qui battait ; que chaque plante avait une famille, des enfants et des tendresses maternelles : que chaque duvet de chardon emporté par le vent vivait un drame de rupture et de séparation, dont la grandeur et le déchirement ne se mesuraient point à sa légèreté impalpable, et que les lois de la souffrance ne s’arrêtaient à aucune porte de la nature. Fleurs et cailloux, brins d’herbe et champignons, mignonnes champignonnes aux jupes retroussées découvrant leurs tiges aimables, mousses, bruyères et fougères, tous étaient de petites personnes dont il était impossible de mesurer les souffrances, les joies et les amours à leur seule dimension. La terre elle-même était un giron qui palpitait de plaisir et de douleur ; ». Les enchanteurs, Gallimard Folio, p. 22
