L'ethnologue avec son informateur privilégié
Les ethnologues écrivent pour leurs pairs, bien entendu, pour eux mêmes, pour leurs informateurs* et pour « un plus large public » (définition vague, cette dernière, qui réunit dans une même catégorie des individus aussi hétérogènes que l’abonné du Club du livre, notre voisin de palier ou le Ministre de la culture). Ils ont des interlocuteurs officiels mais également, comme on le découvre en lisant le journal de Malinowski ou celui de Leiris, des interlocuteurs intimes**. À l'ombre de chaque ethnologue se cache une Dulcinée (ou un Dulciné) qui inspire ses prouesses. Ce « tu » à qui il/elle s'adresse de façon clandestine constitue un point aveugle dans l’analyse du texte ethnologique ***.
* Ou à la place de leurs informateurs, pour leur restituer la parole. Le terme « informateur » est désuet et plein d'harmoniques désagréables, je le sais.
** Très précieuse, à ce sujet, la version d'Afrique fantôme éditée par Jean Jamin incluant dans le document la correspondance de Michel Leiris pendant la rédaction du manuscrit ( Miroir d'Afrique, Quarto Gallimard, 1996)
*** J’aborde la question du « moi » du chercheur dans : « Je interdit ». Le regard presbyte de l’ethnologue, in (Georges Ravis-Giordani éd.), Ethnologie(s). Paris, CTHS, p. 18-40
Les ethnologues écrivent donc pour des points aveugle?!? Je ne suis pas certain d'avoir bien lu! ;) Hervé A.
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