dimanche 21 juin 2026

Le silure émissaire (2sur 2)

  

 

L'expression italienne "essere silurato" (être torpillé) signifie être limogé, viré ou écarté brusquement de son poste ou de ses fonctions.

C’est bien ce que risque le poisson silure, tel qu’il est représenté dans cette affiche de la Fédération des pécheurs du Lot.


vendredi 19 juin 2026

Rapide et infaillible (autour du poisson silure. Épisode 1 sur 2)



Gravure d'auteur inconnu datée de 1666, lac d'Ossiach, Autriche (Source :
Wikipédia)

Au départ, il ne définissait qu'un poisson, plus tard, en italien, le terme Siluro a été utilisé pour dénommer la torpille.

Le peuple italien était fier de ses  siluri  et en 1941 leur a même consacré une chanson.  Elle s’appelle  « L’inno dei Sommergibili » L’hymne des sous-marins (Paroles de "Zorro, alias Guglielmo Giannini - Musique de Mario Ruccione).

1

Elles frôlent les vagues noires
dans l’épaisse obscurité ;
des kiosques de commandement fiers
chaque regard demeure aux aguets !

Silencieux et invisibles,
les sous-marins prennent la mer !
Cœurs et moteurs
de combattants d’assaut
contre l’Immensité !


2

Là, sous la vague grise
dans la brume de l’aube naissante,
une tourelle grise
épie sa proie au passage !

Du sous-marin s’élance,
rapide et infaillible,
droit et sûr,
la torpille frappe,
brise et bouleverse la mer !


3

Maintenant sur l’onde bleue
dans la lumière du matin,
chaque moteur murmure
comme un chant de triomphe !

Vers les ports inaccessibles
reviennent les sous-marins ;
chaque pavillon
qui flotte avec fierté
vaut une victoire !


Refrain

Parcourir la vaste mer
en riant au nez de Dame la Mort et du destin !

Frapper et engloutir
tout ennemi rencontré sur le chemin !

Ainsi vit le marin
au plus profond du cœur
de la mer sonore !

De l’ennemi et de l’adversité
il se moque bien, car il sait
qu’il vaincra !

Je pense à Monsieur Giannini (alias Zorro), et à ceux, chez mes compatriotes, qui ont aimé sa chanson. Je trouve qu’Ils ressemblent beaucoup à leurs « proies » guettées dans les profondeurs marines. Ils ressemblent  à leurs ennemis, tout aussi fiers de leur "équipe", qui aimaient le même genre de chants priapiques et triomphaux.

Comme le disait Bèi Sàijiāo (塞焦) « Les humains sont comme les poissons. Ils appartiennent à la même espèce mais ils ne se ressemblent pas forcément ».

mercredi 17 juin 2026

Jeux de rôles

 


Illustration tirée de Pierre l'ébouriffé : joyeuses histoires et images drôlatiques pour les enfants de 3 à 6 ans (Heinrich Hoffmann, (1809-1894).

 

Cela renvoie à ma réflexion sur la rêverie qui accompagne l’action du chasseur. Je reviens parfois à cette lecture de la chasse comme activité fantasmatique, comme une « scène » (au sens de la Commedia dell’Arte) où chaque animal incarne une figure archétypale : non pas un lièvre ou un faisan quelconques, mais le Lièvre, le Faisan par définiion. Dans cette perspective, chacun interprète un personnage. Le chasseur joue le rôle du chasseur, le chien celui du chien, le lièvre celui du lièvre. C’est dans cet esprit qu’il faut comprendre cette note que je retrouve dans mes carnets :

 

« La chasse est une représentation théâtrale dont certains protagonistes, à la fin, meurent pour de vrai. »

lundi 15 juin 2026

Le Monte Serva (conversations de bistrot)

Le Monte Serva 

 

- Plus je vieillis, plus le mont Serva me paraît gigantesque.

 

- Alors qu'il est toujours pareil ! Vous voyez ? Ils vont à l'étranger, ils reviennent avec un diplôme, et ils prétendent nous donner des leçons de géographie.

 

samedi 13 juin 2026

Un corbeau passe


 

 Ange, antenne et corbeau (Cliché SDB)

 

C’est l’heure de l’apéritif (très tard, à cette saison dont les journées durent longtemps). Installés sur la terrasse panoramique d’un bar, nous assistons au passage des corbeaux. Tous les matins, ils se déplacent des montagnes de l’ouest vers la plaine. Le soir, ils rentrent chez eux.

Leur passage est rapide, fourmillant et spectaculaire. Après le peloton, comme au Tour de France, on voit apparaître les retardataires. Suit un moment de vide, interrompu par le surgissement du dernier : 

 

- Regarde celui-là, mais où s’était-il fourré ? 

- Il avait oublié son cartable.


jeudi 11 juin 2026

L’âge du chat


Sur une marche de la rue du Château, j’aperçois un visage qui me regarde. Ça date de quand ? Des années 50, peut-être. Un bel exemple d’Art brut. Un graffiti avant l’heure.

Le chat qui a laissé ses empreintes aurait à peu près mon âge. J’essaie de me le figurer. De quelle couleur était-il ?


mardi 9 juin 2026

Empathiser, emphatiser bis

 

Acteur social malveillant cherchant à hypnothiser l'ethnologue*

 

Hier matin, je suis intervenu au séminaire « Ruralités contemporaines » avec la communication : « Empathiser, emphatiser. Les émotions du chercheur ». Fidèle à cet intitulé, j’ai décrit mes émotions personnelles avec emphase en adoptant un ton vaguement satirique.  Dans l’ensemble, j’ai pu m’exprimer comme je le souhaitais, même si, vers la fin, le fatum, implacable, m’a privé des quelques minutes nécessaires pour assurer une conclusion équilibrée.

Mes propos ont suscité quelques réactions. Elles m’ont aidé à remettre en cause mon usage approximatif du terme « empathie » que, dans ce cas précis, j’avais associé trop directement à la sympathie et à la compassion. On m’a rappelé la vaste palette des sentiments qui entrent en jeu dans une enquête de terrain (alors que moi, je n’avais mis en avant que les sentiments extrêmes, à la manière d’Otto Dix ou de George Grosz).

Une collègue a carrément exprimé son désaccord, me signifiant que, par expérience, elle sait que les choses, sur le terrain, ne se passent pas forcément comme je le prétendais. Ce qui est très vrai. Je me suis dit : « Moi, j’ai parlé de mes émotions. Pour obtenir son agrément, j’aurais dû ressentir les siennes. Bonjour l’empathie. »

Les bémols, finalement, n’ont pas manqué. Ce matin, pour bien démarrer la journée, j'ai cherché à me souvenir des dièses.

 

Sur l’interprétation de cette image, les sources sont discordantes. D’autres proposent : « Ethnologue malveillant cherchant à hypnotiser son informateur ». À l’époque de la « post-vérité », les deux narratifs peuvent cohabiter sans problème.


 

dimanche 7 juin 2026

Souvenirs de Mongolie



Cela fait un an que Typhaine Cann nous a quittés.

 

Parmi ses nombreux dons, elle avait aussi celui de la peinture. Je regarde une petite huile qu’elle m’avait donnée. Je cherche dans mon courrier électronique le long message où elle décrivait le contexte de cette scène. Je réalise que je l’ai perdu. Je m’en veux. Sans savoir pourquoi, je me souviens du nom « Ganbat », associé au portrait du chasseur mongol.
Je le tape sur mon ordinateur et je tombe sur deux fragments. Le premier est incomplet :

 

« … père de Ganbat, mais lui ce n'étaient pas les ours qu'il assassinait (par contre les renards, les loups, les marmottes...). »

 

L’autre est daté du 2 juillet 2020 :

 

« PS : en lien indirect avec la photo du père de Ganbat en mafieux chasseur de marmottes, je suis en train de lire un livre dont j'adorerais traduire certains passages, justement sur la chasse à la marmotte ou sur la mort tragique d'un petit cheval offert généreusement par les éleveurs mongols aux soldats de l'armée rouge. »

 

Le temps passe, les traces s’effacent. On fait avec.

mercredi 3 juin 2026

Réenchanter le passé pour parler du présent. (À propos d'une publication imminente)

 


Cet ouvrage,  sur lequel je reviendrai de façon détaillée, sera disponible en librairie dans trois mois. Pour l’instant, voici le lien  éditorial permettant d’accéder, dans la rubrique « À paraître », à la table des matières et à la quatrième de couverture :  https://cths.fr/

Séminaire

Ruralités contemporaines en question(s)

ÉCOLE DES HAUTES ÉTUDES EN SCIENCES SOCIALES (Paris)

 

Pierre Alphandéry, chercheur honoraire, INRAE

Christophe Baticle, MCF, Univ. Aix-Marseille, LPED - Habiter le Monde,-UPJV

Sophie Bobbé, chercheure associée au laboratoire LAP–EHESS

Sergio Dalla Bernardina, professeur émérite, Univ Bretagne Occid, LAP-EHESS

Maxime Vanhoenacker, chercheur CNRS, LAP-EHESS, référent pour cette UE

 

 

Séance du lundi 8 juin  2026, 11-13 heures

Salle AS1-23 - 54 bd Raspail 75006 Paris

En présentiel et en visio :

https://bbb.ehess.fr/b/sop-lhm-oav-qy4

 

 

Empathiser, emphatiser. Les émotions du chercheur.

Intervenant :

Sergio Dalla Bernardina 

 

L’empathie d’un côté, le regard distancié de l’autre : le chercheur en sciences humaines et sociales est fatalement partagé. Souvent, il bricole. En tout cas, il s’interroge : comment gérer ses émotions ? Quelle place leur donner ? Comment les décrire ? Et comment restituer celles de l’interlocuteur, de l’« observé » ? L’anthropologie des émotions est aujourd’hui très en vogue. Par ses affordances sensorielles (les paysages, les parfums, l’effort physique…) et historiques (le terroir, les ancêtres, le « chez-soi »), le monde rural se prête tout particulièrement à l’exploration de ce champ longtemps négligé par l’anthropologie classique. Même lorsque le chercheur n’a pas explicitement intégré cette perspective à son enquête, il a sans doute beaucoup à dire sur les sentiments qu’il a éprouvés, les passions qu’il a cru déceler sur le terrain, ou encore sur la manière dont il les restitue - aussi bien au monde académique qu’aux femmes et aux hommes qui lui ont offert la matière de sa réflexion.

S’interroger sur la juste manière de traiter les émotions constitue à la fois une quête éthique et une interrogation épistémologique. Je profiterai de la sortie imminente de mon ouvrage, L’invention du chasseur écologiste (CTHS, 2026, parution prévue en septembre), pour illustrer, à partir d’exemples concrets, les tribulations d’un ethnologue cherchant à conjuguer ses projections narcissiques -  toujours à l’affût - avec le devoir de restituer la parole de l’Autre dans toute son objectivité.

 

lundi 1 juin 2026

Chanter comme un rossignol (ce qui n’est pas le cas du castor)

 

 

Oiseau qui chante. Cliché SDB

 

Il chantait comme un fou, et avec un répertoire très varié.

- Tu l’as pris en photo ?

- Je crois

- Attends, je vais l’enregistrer.

- C’est quoi ?

Hier soir, j’ai posé  la question à Gemini (Chat GPT parlait juste d’un « passereau », sans trop préciser). D’après l’IA il pourrait s’agir d’un rossignol Philomèle « souvent perché bien en évidence au sommet d'un buisson ou sur une branche basse d'un arbre pour maximiser la portée de sa voix »*.

Je demande des précisions : « Fin mai / début juin correspond au pic de la saison de reproduction où les mâles chantent inlassablement, de jour comme de nuit, pour défendre leur territoire ».

Je pense au castor dont on a parlé l’autre jour, qui, pour marquer son territoire, répand du castoréum partout.

Je me dis que, finalement, je préfère le rossignol.

* Gemini  avance aussi l’hypothèse de la grive musicienne, tout en ajoutant que c’est moins probable. Je n'ai pas les compétences pour trancher.