jeudi 26 mars 2026

« Les loups sont revenus ». (2) (Ils reviennent, mais ils ne sont plus les mêmes).

 

Ambroise Héritier. Lieu de tous les fantasmes. Petit tableau subliminal. Acrylique sur carton toilé, 2025. Extrait de Présences. Le loups sont de retour, p. 65

(Suite) Voici donc les éléments de Présences. Les loups sont de retour » (Infolio, Musée de Bagnes, 2026) que j’ai annotés au cours de ma lecture (autant de suggestions qui mériteraient d’être reprises pour agrémenter ce blog) :

Dans l’article de Nicole Reynaud Savioz, archéozoologue, j‘apprends que si nos chiens d’appartement ont la chance (discutable) d’être chez nous, allongés comme des maharajas sur nos canapés, ce n'était pas en raison de leur spécificité. D’autres « carnivores commensaux à caractère anthropophile », comme par exemple le renard et le coyote,  auraient pu les remplacer sans problème. J’apprends  aussi qu’un des facteurs qui ont contribué à la domestication du loup (animal « ubiquiste » devenu chien par la suite) est probablement l’allaitement féminin : des femmes des chasseurs-cueilleurs auraient donné le sein à des petits non sevrés « pour des raisons sociales (source de prestige) rituelles (sacrifice) par affection, dans le but de les apprivoiser, voire pour toutes ces raisons à la fois ». Je découvre au passage le fonctionnement de l’ocytocine, protéine contenue dans le lait qui corrobore le lien affectif  et qui a permis, dans ce cas, d’attacher à jamais des humains à des non humains.

La contribution d’Alexandre Scheurer, Photographe naturaliste et historien de l’environnement,  montre, preuves à l’appui, l’évolution à géométrie variable de la dangerosité du loup (craint, parfois, en dépit de sa faible agressivité à l’égard des humains). Cette agressivité serait une variable historico-géographique. Sous l’Ancien régime elle  était très prononcée en France, alors qu’en Suisse, à la même période,  elle était presque négligeable. (Je pense, au passage,  à l’usage qu’on aurait pu faire de cette  information « zoo-ethnique »  à l’époque où la psychologie des peuples était une discipline à la mode).

L’écrivain et critique littéraire Jérôme Meizoz signale la valeur stratégique des toponymies vernaculaires, réceptacles d’une créativité alternative de très longue durée (par ces temps d’homologation culturelle et de cancel culture, je trouve ce rappel très salutaire). En s’appuyant sur le site d’Henry Suter,  Meizoz nous rappelle la fréquence des lieux-dits alpins formés à partir du mot « loup » et de ses variantes. Sa longue liste ( 76 occurrences) nous permet de déduire que,  même si les loups suisses étaient plus gentils que les français  (ce n’est pas lui qui le dit, j’extrapole) ils étaient suffisamment inquiétants pour qu’on marque par des lieux-dits leur présence sur le territoire.

Federica Tamarozzi contribue à la complexification de l’image du loup montrant aux lecteurs la large palette des représentations  convergentes, conflictuelles et contradictoires qui lui sont associées dans le vaste monde. L’Église aurait joué un rôle important dans l’homogénéisation de ces représentations bariolées : « En réalité, la naissance de la figure du grand méchant loup est bien plus récente que ce qu’on pourrait croire, elle ne remonte pas à la nuit des temps mais à la diffusion de écrits chrétiens au Moyen Âge et surtout aux interprétations populaires de l’Église transformant le loup en topos littéraire ». Derrière la figure du  « Grand méchant loup », se cacherait donc l’Église, ce « Grand Big Brother » qui - nous avons tendance à l’oublier - a formaté la pensée occidentale pendant presque deux millénaires. Très riche dans ses références, l’article fait état de la fréquence avec laquelle, à partir des année 1950, le loup, réhabilité, a été « squatté » pour lui faire dire n’importe quoi (et notamment des propos sains, moraux et sympathiques). Parallèlement, certains emplois vernaculaires de la figure du loup (et nous revenons là au thème de la cancel culture), tendent à disparaitre, comme ceux qui ont trait à la sexualité et présentent le loup, sur le plan symbolique, comme une métaphore animale du  « mari idéal ». Je partage  la conclusion de Federica Tamarozzi, qui s’interroge sur l’opportunité d’oblitérer ces contenus politiquement incorrects  et se demande par quoi ils seront remplacés. (À suivre)

 

1 commentaire:

  1. Voilà qui donne envie de relire les histoires de loups que je lisais à mes fils puis à mes petits-enfants ! Et aller voir ce que disent les histoires de loup actuelles (rayon enfant ). Métaphore toujours ou … ?
    Nicole Juin

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