samedi 21 août 2021

L'inquiétante étrangeté 20. Bouleaux intérimaires

 


Gustav Klimt, Forêt de bouleaux (1902)


Qu’en est-il du geai qui a supplanté le merle? Je croyais qu’il avait disparu et, au bout du compte, je le regrettais un peu. Mais je me trompais. Juste au moment où je m’interrogeais sur son sort,  je l’ai vu traverser l’espace aérien en bas de la maison,  de l’autre côté de la route. Son vol planant semblait celui d’un drone, ce qui ne correspond pas au style aviaire du geai. Mais on a souvent remarqué, chez les oiseaux de ce modèle, un fort penchant pour l’imitation. Il passait pour voir si j’étais encore là, probablement, impatient de recoloniser le laurier.

Mais revenons aux plantes du jardin.

Pendant un long moment, j’ai travaillé autour des invasions biologiques sans réaliser que moi aussi, finalement,  je contribuais à la dynamique invasive (que l’on songe au laurier, qui n’est pas du tout une espèce endogène).  Pour l'installation inopportune des  sapins je pourrais clamer mon innocence et faire porter le chapeau à un ami de mes parents. C’est ce fonctionnaire de la Forestale (Les  Eaux et Forêts) qui nous les avait confiés à une époque où l’État italien encourageait les reboisements. Animé par le démon de l’expérimentation, il était également à l’origine de l’introduction des mouflons dans les montagnes environnantes, ce qui a laissé les chevreuils autochtones fortement perplexes*. Les trois bouleaux faisaient partie du lot. Je suis allé les récupérer avec mon frère qui avait déjà participé, avec un enthousiasme mitigé, à l’installation des sapins. Nous les avons rangés l’un à côté de l’autre, comme trois copains qui regardent vers le fleuve. En inspectant notre travail le fonctionnaire était furieux : « Mais vous êtes cinglés ? Les bouleaux se plantent en bouquet !».

Un des trois bouleaux par la suite est décédé, ce qui a donné lieu à un bouquet  minimaliste, à deux tiges. Les deux rescapés, une fois morts, ne seront pas remplacés. Assez d'intégrations forcées! Mais accabler le pauvre fonctionnaire pour cette acclimatation ratée serait injuste. Nous étions bien fiers de ces bouleaux mal placés. Et des sapins aussi.

* Mais un zeste de corsitude dans le cocktail alpin ne peut faire que du bien.

4 commentaires:

  1. Pris par d'autre chose, je n'ai jeté qu'un oeil curieux à votre blog de tout l'été mais je n'ai pas pris le temps de lire les textes...je le regrette maintenant car vous avez une écriture très poétique qui se lit agréablement. Ce n'est peut-être qu'un mal pour un bien: je lirai ainsi toute la série. Bonne fin d'été

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  2. Merci, dans ces divagations estivales j'ai toujours peur d'être à côté de la plaque.

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    1. Je ne vais pas vous rassurer, mais il me semble qu'en période estivale, un histoire de boulot semble déplacée! Hervé A.

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    2. C'est vrai. Et une histoire de chaîne aurait été encore pire.

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